02 octobre 2005
Oser et comprendre la pensée libertaire…
Dans son oeuvre, Léo Ferré fait constamment
référence à l'anarchie.
S'il est bien évident que chaque anarchiste
possède sa propre
interprétation du concept, il n'est pas inutile de
préciser ici
les bases communément admises qui rassemblent tous les
anarchistes
Oser et comprendre la pensée libertaire…
“C'est l'anarchie !"
"C'est l'anarchie!". Les gens de pouvoir, les médias
utilisent à profusion le terme anarchie pour
désigner le chaos économique, politique et moral
de notre société. L'emploi du mot anarchie
tendrait à faire croire que ce monde est livré
aux mains de forces diaboliques qui veulent renverser le bel
édifice que les peuples disciplinés, conduits par
les Etats, ont bâti au cours des siècles.
Pourtant, ce sont bien les Etats qui se partagent et gouvernent la
planète C'est bien à eux que l'on doit le
désordre économique dans lequel nous vivons.
Faire mieux que les Etats dans les domaines du chaos et de l'horreur
est difficile... Qui peut croire encore que le pouvoir est
synonyme d'organisation ? Ceux qui vivent du pouvoir, très
certainement. Mais pas les anarchistes. Le chaos
institutionnalisé, le pouvoir et l'esclavage ont fait leur
temps. Aujourd'hui, choisir l'anarchisme, c'est faire preuve de
réalisme et de sens organisationnel. Nos
détracteurs (des fascistes aux marxistes en passant par les
démocrates) nous considèrent comme des
terroristes ou des idéalistes en retard d'une
révolution. Il y a ceux aussi qui prétendent
défendre l'anarchisme, mais qui préconisent une
société sans règle, sans morale, sans
contrainte, dans laquelle on pourrait faire ce que l'on veut. Quel
choix le citoyen raisonnable pourra-t-il faire entre les propositions
d'autoritaires de toutes sortes qui ont montré leur
faillite, et celles des nihilistes de tout poil qui
prétendent que demain on rasera gratis, tout
étant résolu par la suppression pure et simple de
toutes les institutions mises en place jusqu'à nos jours ?
La pensée libertaire englobe un projet de
société différent de tous
les modèles connus jusqu'à présent.
Alors, l'anarchie, c'est quoi ?
C’est l’état d'un peuple, et plus
exactement encore, d'un milieu social sans gouvernement. Hormis les
anarchistes, tous les philosophes, tous les moralistes, tous les
sociologues, y compris les théoriciens démocrates
et les doctrinaires socialistes, affirment qu'en l'absence d'un
gouvernement, d'une législation et d'une
répression qui assure le respect de la loi et
sévit contre toute infraction à celle-ci, il ne
peut y avoir que désordre et criminalité. Les
anarchistes affirment que "l'anarchie est la plus haute expression de
l'ordre".
Anarchie et ordre ?
Notre ordre repose sur l'entente (principe de Liberté,
opposé au principe d’Autorité). Au
contraire, les autres propositions d'organisation de la
société - socialisme, libéralisme,
marxisme… - ont toujours octroyé à une
minorité de privilégiés le droit de
gérer la société à la place
des concernés et pour leur propre profit. Ce mode de gestion
porte un nom : l'État.
L'État est l'expression politique du régime
économique auquel est soumise la
société. Il permet et justifie l'oppression et
l'exploitation de l'homme par l'homme : il confisque à
l’individu son pouvoir - en dictature comme en
démocratie (élections) - et met ce pouvoir au
service du capital (répression des mouvements sociaux, aides
financières…).
L'État, à force
d'être omniprésent,
finit par se superposer
à la
société, et tente
de faire croire qu'en-dehors
de lui elle ne
saurait fonctionner. Cette illusion est
d’autant plus
pathétique que
l’Etat constitue de
fait un groupe social
à part entière,
coupé des
réalités des
individus et des autres
groupes sociaux. Il ne
sert qu’à maintenir
l’ordre (fonctions
législative et
répressive) au service des
intérêts de la classe exploiteuse,
qu’on la nomme patronat, bourgeoisie ou nomenklatura.
Il s'appuie pour cela sur une morale dégradante et
humiliante pour l'être humain, secondé en ce sens
par la religion qui légitime elle aussi l'exploitation et la
domination, se contentant parfois d'en condamner les manifestations les
plus brutales, sans jamais émettre de critique de fond ni
proposer d’autre modèle que patriarcal,
conservateur, hiérarchique et caritatif. Les anarchistes
refusent ce modèle sociétaire, oppresseur,
exploiteur, négation de l'individu et de ses aspirations.
Ils cherchent par tous les moyens à montrer qu’il
est possible et souhaitable de vivre dans une
société égalitaire,
gérée directement et librement par ses diverses
composantes : individus, groupements sociaux, économiques,
culturels, et ce dans le cadre du fédéralisme
libertaire.
Le refus de l'autorité.
Le refus de l'autorité n'est pas apparu avec les
théories libertaires. Il les précède
largement au travers des actes, des attitudes d'individus ou de
groupements sociaux. Certains événements
historiques nous le rappellent : par exemple les révoltes
des esclaves dans la Rome antique, les jacqueries paysannes du Moyen
âge, l'essor de la Renaissance, les philosophes des
Lumières, la Révolution française.
Plus près de nous, ces théories ont
participé au déclenchement de la
Révolution de 1848, de la Commune de Paris, de la
Révolution russe et de la Révolution espagnole.
Autant de lieux, de situations, dans lesquels des hommes ont
cherché à desserrer, voire à abolir
l'étau oppressif dans lequel ils se sentaient pris au
piège.
En replaçant ces événements dans le
contexte historique et social qui leur a donné naissance, on
s'aperçoit qu'ils visent le même but :
l'amélioration des conditions d'existence, le partage des
richesses, le droit à la connaissance, l'instruction, le
bien-être, bref une aspiration au bonheur. Ces mouvements de
révolte ont été pour la plupart
écrasés (les esclaves, les paysans, la Commune de
Paris), ou récupérés au profit d'une
classe ou d'un parti (la bourgeoisie émergente sous la
Révolution française, les Bolcheviks dans la
Révolution russe), ou encore détournés
de leur but (les monarques dits "éclairés" du
Siècle des Lumières). Car malgré
l'embryon de liberté qu'ils contenaient, ils
n'étaient pas suffisamment forts ni structurés
pour renverser le cours des choses. Ils étaient des utopies
dans le sens où ils ont osé projeter sur
l'écran de l'avenir des images en contradiction avec celles
de leur temps.
Héritages.
Cet héritage philosophique a été
théorisé puis mis en pratique au
XIXème siècle, coïncidant en cela - et
non sans raison - avec l'apparition du nationalisme et de
l'étatisme.
On s'accorde aujourd'hui à dire que Pierre - Joseph Proudhon
est le "père" de l'anarchisme, le théoricien du
système mutualiste et du fédéralisme,
et l’inspirateur du syndicalisme ouvrier. Son influence sur
le mouvement ouvrier a été réelle,
puisqu'au sein de l'Association Internationale des Travailleurs
(A.I.T.) existait un courant nettement proudhonien. Le
Congrès de Saint-Imier (1872) jette les bases de
l'anarchisme. Les délégués
réunis proclament "que la destruction de tout pouvoir
politique est le premier devoir du prolétariat", "que toute
organisation d'un pouvoir politique soi-disant provisoire et
révolutionnaire pour amener cette destruction, ne peut
être qu'une tromperie et serait aussi dangereuse pour le
prolétariat que tous les gouvernements existant
aujourd'hui...".
Ces idées, reprises de Michel Bakounine et de la
Première Internationale, resteront présentes
jusqu'à nos jours. Elles seront l'apanage de Louise Michel
(Commune de Paris), du 1er Mai 1885 (Etats-Unis), de Fernand
Pelloutier (Bourses du Travail), des explications du monde
d'Elisée Reclus, éminent géographe, de
Pierre Besnard (anarchosyndicalisme), de Pierre Kropotkine et du
communisme libertaire, de Paul Robin et de son école
libertaire de Cempuis, de Jean Grave et de ses quarante ans de
propagande anarchiste, de Gustave Landauer, fusillé par la
soldatesque en 1919 pour sa lutte au côté des
Conseils Ouvriers de Bavière, de Nestor Makhno et de son
engagement dans la révolution russe, de Sacco et Vanzetti,
assassinés par chaise électrique pour leurs
idées, d'Erich Mühsam, poète et
dramaturge allemand, mort dans un camp de concentration en 1933, de
Buenaventura Durruti pendant la guerre d'Espagne, d'Armand Robin et ses
langues multiples, pour ne citer que quelques-uns.
Après la seconde guerre mondiale, elles resurgiront et
verront la création de la Fédération
Anarchiste, de l'Internationale des Fédérations
Anarchistes dans le monde; elles impulseront la reconstruction de la
Confédération Nationale du Travail,
anarcho-syndicaliste, affiliée à l'A.I.T., elles
souffleront dans les rangs de Mai 68 et de la contre-culture, dans le
mouvement social...
De l'anarchie à l'anarchisme.
Ainsi donc, l'anarchie est ce que nous entrevoyons
(société libertaire) ; l'anarchisme est le
mouvement social qui poursuit la réalisation de
l'idéal anarchiste. L'anarchisme est une lutte incessante,
sous les formes les plus variées, contre les
préjugés, l’obscurantisme, le fait
autoritaire. Il s'articule principalement autour de deux types de
tâches : les unes destructives, les autres reconstructives.
Les actions destructives consistent à saper
profondément le principe d'autorité dans toutes
ses manifestations, le démasquer, combattre toutes les
manœuvres par lesquelles il tente de se
réhabiliter et de se survivre sous une autre forme. Les
actions reconstructives, parfois parallèles aux
destructives, visent à mettre en place un fonctionnement
fédéraliste et de gestion directe. Pour cela, il
faut un outil adapté, une organisation…
Organisation.
L'organisation est fonction du degré de conscience, atteint
par les discussions, débats et confrontation
d'idées, et dans l’action. Plus cette conscience
sera grande et plus la vitalité de l'organisation sera
élevée. Pour aboutir à une
organisation souple et forte, en même temps conforme
à l'esprit libertaire, il faut aller de la base au sommet,
de l'unité au nombre, du particulier au collectif. Nous nous
accordons entre individus et groupes sur un ensemble de principes
généraux, de conceptions fondamentales et
d'applications pratiques (voir nos 'Principes de base') : c'est le
fédéralisme qui permet à chacun de
rester lui-même, de se soustraire à tout
écrasement, de garder son autonomie, de prendre une part
active à la vie de l'organisation, d'émettre son
opinion. Une telle organisation laisse à chacun de ses
éléments la totalité des forces qui
lui sont propres, tandis que par l'association de ces forces, elle
atteint elle-même son maximum de vitalité.
Action.
L’action n’est pas l’agitation. Elle doit
correspondre à un but, la révolution libertaire,
et à une stratégie, plus circonstancielle.
Parfois, la situation sociale est provisoirement calme, parfois elle
s’emballe. L’organisation doit s’adapter
à ces différentes phases. En tout état
de cause, la place des militants anarchistes est dans la lutte sociale,
expression de la lutte des classes, y compris dans les luttes dites
réformistes (lutte contre la
précarité, contre les licenciements, augmentation
des salaires, défense des services publics…),
avec nos pratiques antiautoritaires et d’action directe
(contrôle et révocabilité des
mandatés…), et nos perspectives
d’ensemble. C’est de la confrontation entre nos
idées, nos pratiques, et les masses, que peut surgir ou
naître progressivement la conscience
révolutionnaire.
Des propositions.
L'anarchisme, enfin, est un ensemble de propositions et de pratiques
tendant à l'émancipation totale de l'homme en
société. Si la société
existe en tant qu'entité sociologique, l'individu existe
tout autant, sans rapport hiérarchique à cette
société. C'est donc l'harmonie entre ces deux
éléments que recherchent les anarchistes.
L'émancipation est de triple nature. Emancipation
économique d'abord, par la réappropriation des
outils de production, leur gestion directe par les travailleurs eux
mêmes, et par la répartition égalitaire
des richesses. Emancipation politique ensuite, par le remplacement de
la bureaucratie d'État, par une organisation
fédéraliste des secteurs de la
société, maintenant la cohésion et
préservant l'autonomie.
Emancipation intellectuelle, enfin, via la prise en charge par
l'individu de son rôle social, reléguant la
religion et toute forme de soumission au musée des horreurs.
Une société sans classe et sans Etat,
organisée par et pour les femmes et les hommes,
Voilà ce que veut l'anarchisme. L'anarchiste est par
tempérament et par définition
réfractaire à tout embrigadement qui trace
à l'esprit des limites et encercle la vie. Il nie le
principe d'autorité dans l'organisation sociale. Il ne peut
donc y avoir de catéchisme libertaire.
L'organisation anarchiste de la société,
émanation directe de la volonté des individus et
des groupements sociaux, ne pourra se réaliser qu'en dehors
et contre la tutelle de tous les organismes et structures autoritaires
établis sur l'inégalité
économique et sociale.
Les fondements éthiques et organiques du
fédéralisme libertaire sont :
la liberté comme base,
l'égalité économique et sociale comme
moyen,
la fraternité comme but.
Cette définition marque la profonde différence
entre le fédéralisme libertaire et le
"fédéralisme étatique".
Nous appelons de toutes nos forces une société de
type fédéraliste, fondée sur la
possession collective ou individuelle des moyens de production et de
distribution (excluant toute possibilité pour certains de
vivre du travail d'autres), l’entraide, l'abolition du
salariat et de l'exploitation de l'homme par l'homme.
Les anarchistes n'accordent aucun crédit à un
simple changement des personnes qui exercent l'autorité :
les mêmes causes engendrent les mêmes effets.
Toutes les formes d'autorité se tiennent. En laisser
subsister une seule, c'est favoriser la réapparition de
toutes.
Vers une société libertaire.
Pour arriver à instaurer une société
libertaire, il faut se doter de moyens en accord avec la
finalité. Tel que l'exprime Errico Malatesta, "ces moyens ne
sont pas arbitraires, ils dérivent nécessairement
des fins que l'on se propose et des circonstances dans lesquelles on
lutte. En se trompant sur le choix des moyens, on n'atteint pas le but
envisagé, mais on s'en éloigne, vers des
réalités souvent opposées et qui sont
la conséquence naturelle et nécessaire des
méthodes que l'on emploie".
Il est possible de vivre dans une société
égalitaire, gérée directement et
librement par ses diverses composantes (individus, groupements sociaux,
économiques, culturels, ethniques...) dans le cadre du
fédéralisme.
Les règles qui vont faire fonctionner une telle
société sont basées sur des contrats
mutuels, égalitaires, réciproques, pouvant
être remis en cause à tout instant. Ces contrats
peuvent être écrits ou tacites.
Mandatements.
Une telle société ne peut évidemment
pas fonctionner sans entraide ni coopération volontaire. La
délégation de responsabilité permettra
de discuter au niveau fédéral. Mais attention,
entendons-nous sur les mots : pour les anarchistes, chaque
délégué reçoit un mandat
précis. L'assemblée qui l'a mandaté
exerce un contrôle permanent sur son travail, et, surtout,
peut le révoquer à tout moment si le travail
qu'il effectue ne correspond pas à son mandat.
L'anarchisme est une proposition globale de
société cherchant à promouvoir une
civilisation réellement différente.
L’anarchisme oppose
le principe de liberté au principe d'autorité,
l'entraide à la loi de la jungle,
l'égalité à la discrimination.
"Aussi longtemps que la société sera
basée sur l'autorité, les anarchistes
resteront en état perpétuel d'insurrection"
(Elisée Reclus)
********************
12 octobre 2005
LA BIOGRAPHIE DE SID VICIOUS
LA BIOGRAPHIE DE SID VICIOUS
John Simon Ritchie est néle 10 mai 1957 à Londres. Ses parents,
John Ritchie et Ann Randall se séparent très
tôt. Sans argent, la jeune mère se
réfugie avec son fils à Ibiza chez des amis et
gagne piteusement sa vie en vendant de l'herbe. De retour à
Londres en 1965, Ann devient junkie, abandonnant son fils à
l'école de la rue. Adolescent John devient de plus en plus
incontrôlable, n'aimant que la musique, surtout Bowie et T.
REX. Il fréquente un gang, The Johns, et
emménage dans un taudis avec Johnny Rotten, qui le surnomme
Sid Vicious en raison de son caractère
imprévisible et violent. Après l'échec
d'un premier groupe, il rejoint, en février 1977, les Sex
Pistols, groupe crée en 1975 par le producteur Malcolm
McLaren. L'image chaotique de Sid profite au groupe qui
connaît alors un succès foudroyant,
enchaînant ses titres aussi provocateurs. Il rencontre alors
une jeune junkie américaine, Nancy Spungen. Une passion,
synonyme d'héroïne, de masochisme et
d'autodestruction. Elle s'achève dans le chaos, Nancy meurt
poignardée, de manière inexpliquée, le
10 octobre 1978, au mythique Chelsea Hotel de New York. Sid est
arrêté puis relâché sous
caution. Désormais inutile aux Pistols, dans l'attente de
son procès, il poursuit sa fuite en avant,
jusqu'à l'overdose.Il meurt le 2 février 1979 à New York L'icône du punk n'avait que 21
ans.
> Deux morts étranges
Le meurtre de Nancy Spungen n'a jamais été
élucidé. Sid Vicious fut relaché pour
une caution de 50.000 dollars payée par Mc Laren. Sa mort
est elle même bien mystérieuse : suicide ou
accident ?
> My Way
La grande réussite de Sid Vicious, c'est certainement sa
reprise du My Way de Franck Sinatra (elle même reprise d'un
tub de Claude François: Comme d'habitude !). On le
découvre chanteur, rageur et comique, dans une grande
interprétation qui résume à elle seule
l'esprit du Punk.
> Punk attitude !
Il semble que Sid Vicious n'ait jamais joué de basse avant
de se faire embrigader par McLaren dans les Pistols.
> Dernière volonté
Le dernier souhait de Sid Viciou fut semble-t-il de reposer
auprés de Nancy. Devant le refus de la mère de la
jeune femme, Ann Randall déposa les cendres de son fils sur
sa tombe, à Philadelphie...
21 octobre 2005
1978 une conversation téléphonique avec sId ViCiOuS
Lu sur God save Sid Vicious :
"1978 une conversation
téléphonique avec sId ViCiOuS par Roberta Bayley. La
tournée Américaine des Sex Pistols prit fin
à Winterland à San
Fransisco, en 1978. Deux jours plus tard le
groupe s'était
officiellement séparé. Le 20 janvier, il
était dans un avion à
destination de New York. Il eut une overdose et fut
déposé d'urgence,
inconscient dans un hôpital en Jamaïque. La plus
grande tempête de
l'année immobilisa New York, nous lui avons donc
parlé par téléphone.
Il avait l'air très faible, et anxieux de parler.
Il en avait assez.
Sid: salut.
Roberta: salut, Sid?
S: salut.
R: Sid?
S: ouais?
R: c'est Roberta.
S: oh oui, je me souviens... tu vas me rendre visite à l'hôpital?
R: il neige.
S: oh.
R: je n'ai pas de voiture et tu ne peux pas prendre le train.
S: je suis seul.
R: on va venir demain. tu penses que tu seras encore là demain?
S: je suis sensé rentrer à Londres demain.
R: comment te sens-tu?
S: faible.
R: personne n'est venu ou n'a essayé de te voir?
S: non.
R: c'est tellement pitoyable dehors. Je suppose que tu peux le voir à la télévision.
S: ouais, je reste tout seul.
R: tu es là depuis combien de temps? la nuit dernière?
S: mmm, ouais.
R: qu'est-ce qui est arrivé aux autres? qui était dans l'avion avec toi?
S: Boogie. (le technicien du son des Sex Pistols) en fait, j'ai pris 80mg de methadone, ok? et quand t'es bien shooté et qu'en plus t'es haut dans les airs et ça te fait un putain d'effet, meilleur que quand t'es au sol. Tu sais que tu t'éclates bien mieux quand t'es là-haut.
R: oui, tu es plus vite défoncé.
S: donc c'est ce qui est arrivé. je n'espérais pas que quelqu'un aie l'intention de prendre le train pour me voir.
R: tu as la télé au moins?
S: ouais. j'aimerai mieux quelquechose à lire.
R: oui, des magazines ou des BDs, hein?
S: ce que je veux vraiment c'est une énorme pile de BDs Marvel.
R: j'ai plein de Bds super.
S: ouais, moi aussi, mais c'est Boogie qui les as, l'enfoiré.
R: tu n'as aucun moyen de le contacter?
S: non, il a dit qu'il essaierait de m'appeler plus tard aujourd'hui. Mais il le fera pas. c'est un con.
R: et qu'est-ce qui est arrivé au groupe, alors?
S: je les ai quittés.
R: oui, on dirait que tout le monde les a quittés.
S: ben, je pense pas qu'ils voulaient vraiment continuer, mais personne n'avait les tripes de le dire. j'ai juste téléphoné à John et lui ai dit ce que je pensais de lui et où je pensais qu'il en était et tout... je veux dire je pense toujours que je suis plutôt bon. Je pense que j'était même meilleur que tous les autres.
R: qu'est-ce que Steve et Paul veulent faire?
S: j'en sais rien. ils vont sûrement essayer de rejoindre un autre groupe et échouer. John est complètement fini.
R: ça a l'air d'être un consentement général.
S: (content) vraiment?
R: est-ce que tu penses que John va se reprendre un peu?
S: ouais, c'est ce que j'éspère. Que ça va le secouer et qu'il va faire quelquechose. De toute façon, s'il ne fait rien, non seulement il ne sera rien, mais personne ne voudra le connaître. Ils diront, oh, tu n'étais pas Johnny Rotten?
R: oui, je suppose qu'en Angleterre tout le monde doit s'inquiéter. Comment tu le sens?
S: j'ai bien peur que ce soit fini parce que j'étais... enfin j'avais l'impression que j'étais le seul à y mettre vraiment toute mon énergie. Tu as vu le concert à Frisco? John ne faisait pas grand-chose n'est-ce pas?
R: le concert était médiocre au lieu d'être meilleur.
S: ouais. je crois que celui qu'on a donné à Dallas ou un endroit du genre était...
R: San Antonio.je pense que c'était le meilleur.
S: (excité) quoi, tu parles de celui où je me suis explosé la tête?
R: non, ça c'était à Dallas. mais j'ai adoré celui où tu as frappé le mec avec ta guitare.(Rodéo de Randy)
S: est-ce que c'était celui où j'ai failli devenir fou?
R: oui, et John sautait un peu beaucoup partout et le public jettait au groupe des canettes de bière. c'était vraiment bien.
Si les avions marchent demain est-ce que tu reviendras à Londres?
S: Ben je dirais que j'irais. Sophie aura réservé les billets.
R: mais ils ne laisseront peut-être pas les avions partir...
S: d'un côté j'épère que c'est ce qu'ils ont fait parce que j'aimerais rester à New York quelques jours.
R: oui, tu devrais. plein de gens aimeraient te rencontrer et tout. tu n'y est jamais allé avant. tu y passeras un bon moment. je pense que tu es en assez bonne santé pour le faire.
S: je ne sais plus où j'en suis. je ne peux pas boire. je ne peux rien apprécier. le docteur a dit que si je rebuvais comme je l'ai fait dans le passé... j'aurais alors à peu près 6 mois à vivre, pareil pour les drogues donc je ne peux plus ou moins rien faire parce que si je sortais je devrais tout simplement... m'assoir et ne rien faire. si je sortais je ne pourrai pas résister à la tentation-et CA ce serait le problème. Comme si j'allais en finir en me bousillant.
R: bon, alors qu'est-ce que tu vas faire? si tu retournes à Londres, c'est exactetement la même chose.
S: oui. je vais probablement mourrir dans 6 mois, en fait.
R: il faut que tu te calmes pendant un moment.
S: je suppose que je suis obligé. je n'ai pas encore imaginé comment je vais me débrouiller pour le faire parce que ça fait 4 ans qu'on ne m'a pas pris en main. j'ai eu l'hépatite et quand je suis sorti de l'hôpital je me suis foutu en l'air aussi mal que j'ai pu. je ne sais pas pourquoi, mais tout le monde dit que je ne peux rien faire, alors je n'en fais qu'à ma tête et je le fais. C'est ma nature.
R: oui, et ta nature va te causer beaucoup de problèmes.
S: ma nature va surtout me tuer dans 6 mois.
24 octobre 2005
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