Louise Brooks - Stanislas kazal underground blog

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23 janvier 2006

Louise Brooks

 

Louise Brooks (Loulou)


film_pandora22Louise Brooks est une actrice américaine, née le 14 novembre 1906 à Cherryvale (Kansas), et morte le 8 août 1985 d'une crise cardiaque à Rochester.
Son aura à la fois scandaleuse, naturelle, froide, sensuelle, rebelle et énigmatique me fascine...
Aucune actrice ne creva jamais plus l'écran avec une telle présence visuelle! Elle fut unique..... On la surnomma la Mona Lisa du cinéma...
Et pour moi, elle demeure éternellement loulou!

 

 

 

 

 



Biographie

 

Née à Cherryvale (Kansas) en 1906, de son vrai nom Mary Louise Brooks, cette actrice aux cheveux d'un noir d'ébène, à la coupe si singulière, est surtout connue pour ses rôles dans les films muets des années 20 aux États-Unis mais aussi, pour trois de ses films, en Europe en 1929 et 1930.

Ses parents sont quelque peu "absents", et bien qu'ils lui donnent le goût des livres et de la musique - sa mère était une pianiste de talent, lui jouant Debussy et Satie -, ils ne peuvent la protéger d'abus sexuels de la part d'un voisin. Cela aura une influence majeure sur sa vie et sa carrière - elle affirmera plus tard être incapable d'aimer vraiment.

brooks_kette1Encore adolescente, elle débute sa carrière d'artiste comme danseuse dans la révolutionnaire compagnie de danse moderne de Denishaw, où se trouvent également Martha Graham, Ruth St. Denis et Ted Shawn. Après son départ en raison d'une brouille due à son caractère trop obstiné, elle se tourne vers ses amis les plus influents et obtient bientôt un rôle de danseuse dans les Ziegfeld Follies à Broadway, où elle se fait immédiatement remarquer par les studios américains (à l'époque basés à New York) par sa grande beauté.

Elle signe chez Paramount où elle passera la plus grande partie de sa carrière. En 1925, elle obtient un rôle (non crédité) dans le film muet The Street of Forgotten Men. Bientôt, elle obtient les premiers rôles dans un certain nombre de comédies légères, jouant notamment aux côtés d'Adolphe Menjou et W. C. Fields. Elle se fait remarquer en Europe grâce à son rôle pivot d'une vamp dans le film muet de Howard Hawks, A Girl In Every Port (1928).

Elle trouve son meilleur rôle américain dans l'un des derniers films muets, Beggars Of Life (1928), dans le rôle d'une fille de la campagne en fuite, avec Richard Arlen et Wallace Beery qui interprètent des clochards qu'elle croise en route. Fait rare pour l'époque, la plus grande partie de ce film est tournée en extérieurs, et le boom microphone est inventé pour ce film par le réalisateur William Wellman qui en a besoin pour tourner l'une des premières scènes parlantes du cinéma.

3949_10594_21A cette période de sa vie, elle est au firmament. Elle est régulièrement invitée chez le milliardaire William Randolph Hearst, à San Simeon. Sa coiffure si unique déclenche une nouvelle mode, et elle est bientôt imitée par de nombreuses femmes dans le monde entier.

Peu après le tournage du film, Louise, qui se tient soigneusement à l'écart du "milieu" hollywoodien, refuse d'enregistrer des paroles pour le film muet The Canary Murder Case et part en Europee tourner sous la direction de G.W. Pabst, le célèbre réalisateur expressionniste allemand, mettant un terme à sa carrière à Hollywood.

Dans Loulou (1929), son rôle de Loulou, une femme misérable aux prises avec Jack l'éventreur après une série d'escapades salaces, fait d'elle une icône de la vie et de la mort dans la période jazzy. Ce film est renommé pour son traitement cru des moeurs sexuelles d'alors, y compris la première apparition à l'écran d'une lesbienne. Louise joue ensuite dans les sociodrames controversés que sont Diary Of A Lost Girl (1929) et Prix de beauté (1930), ce dernier étant tourné en France et offrant une fin aussi choquante que fascinante. Tous ces films sont largement censurés, étant très "adultes" dans leur propos et considérés comme choquants en raison de leur affichage de la sexualité, sans compter une critique acerbe de la société. Bien que passés inaperçus à l'époque en raison du succès des films parlants, ces trois films furent plus tard reconnus comme des pièces maîtresses du cinéma muet, son personnage de Loulou étant désormais mythique.

flouisebrooks1Louise est considérée comme l'une des premières actrices "naturelles" du cinéma, son jeu étant subtil et nuancé par rapport à de nombreux acteurs du cinéma muet. Le gros plan était en vogue chez les réalisateurs, et le visage de Louise s'y prêtait parfaitement.

Louise a toujours été égocentrique, parfois d'un caractère difficile, et elle n'hésitait pas à user de sa verve acidulée lorsque l'occasion s'en présentait. De plus, elle s'était promise de ne jamais sourire face à la caméra, sauf si elle y était obligée, et bien que la plupart de ses photos la montrent avec une expression neutre, on peut parfois la voir arborer un sourire éblouissant. De son propre aveu, c'était une femme libérée, encline aux expériences, posant même nue pour des photographes, et ses liaisons avec de nombreuses vedettes du cinéma sont (à juste titre ?) légendaires.

Elle était également dépensière, mais gentille et généreuse envers ses amis, presque à l'excès. Lorsqu'elle retourne à Hollywood, elle est sur liste noire et ne peut reconquérir son succès d'antan. Des rumeurs propagées par les studios laissent entendre que sa voix n'ést pas adaptée aux films parlants, ce qui est faux.

En 1938, après avoir été humiliée de se retrouver dans des films de série B où les studios l'avaient casée pour lui faire regretter son dédain d'antan, elle se retire du show business, et retourne à Wichita (Kansas), la ville de son enfance.

louise_brooks_19251Mais elle n'y trouve pas la tranquillité qu'elle y espérait. Elle écrit : "Les gens de Wichita étaient jaloux de mon succès, ou me méprisaient pour mes échecs. Et tout cela ne m'enchantait pas vraiment. Je dois reconnaître qu'une malédiction pèse sur moi : mon proche échec en tant qu'être humain dans cette société."

Elle retourne vers l'Est et travaille pendant quelques années comme vendeuse dans un magasin Saks sur la Cinquième Avenue à New York, puis vit aux frais de divers hommes fortunés. Hélas, Louise a toujours aimé l'alcool, elle y sombre bientôt, mais parvient à exorciser ses démons : c'est le début de sa seconde vie. Les historiens français du cinéma redécouvrent ses films au début des années 50, prétendant (souvent pour plaisanter) voir en elle une actrice dont le talent dépassait même celui de Marlene Dietrich et Greta Garbo, mais cela a pour effet de lui attirer un nouveau public et la réhabilite même dans son propre pays.

James Card, le conservateur des films de la George Eastman House, la retrouve recluse à New York et la persuade de le suivre à Rochester. Avec son aide, elle devient une scénariste reconnue. Un recueil de ses écrits, plein d'esprit et pertinents, paraîtra en 1982 sous le nom de Loulou à Hollywood. Le scénariste Kenneth Tynan dresse d'elle un portrait avantageux dans son essai La Fille au Casque Noir, dont le titre fait allusion à sa coupe de cheveux si particulière et devenue mondialement célèbre.

brooks_l22Elle donnait rarement des interviews, mais était en bons termes avec John Kobal et Kevin Brownlow, deux historiens du cinéma, et ils purent coucher sur papier certains aspects de son étonnante personnalité. Elle vécut seule, de son propre choix, pendant de nombreuses années, et mourut paisiblement en 1985 après avoir longtemps souffert d'arthrite et d'emphysème.

Après sa mort, un excellent film biographique, Louise Brooks: Looking For Lulu, fut réalisé en 1998.

Elle se maria deux fois mais n'eut jamais d'enfants - elle aimait à se décrire comme un ruisseau aride ("Barren Brook" en anglais). Son premier mari fut le réalisateur Edward Sutherland dont elle divorça. Le second fut le millionnaire de Chicago, Deering Davis qu'elle épousa en 1933. Deering la quitta 5 mois plus tard, et ils divorcèrent en 1937.

Louise Brooks est encore dans toutes les mémoires. Elle est considérée comme l'une des plus grandes actrices de l'histoire du cinéma, et l'une des plus belles stars jamais photographiées.


Filmographie sélective


films muets

     

  • 1926 : Au suivant de ces messieurs (A Social Celebrity) de     Malcolm Saint-Clair
  •  

  • 1927 : Un homme en habit (Evening Clothes) de Luther Reed
  •  

  • 1928 : Les Mendiants de la vie (Beggars of Life) de William A. Wellman
  •  

  • 1928 : Une fille dans chaque port (A Girl in Every Port) de Howard Hawks
  •  

  • 1929 : The Canary Murder Case de Malcolm Saint-Clair
  •  

  • 1929 : Loulou (Die Büsche der Pandora, Pandora's box) de Georg Wilhelm Pabst
  •  

  • 1929 : Le Journal d'une fille perdue (Das Tagebuch einer Verlorenen) de Georg Wilhelm Pabst


films parlants

     

  • 1930 : Prix de beauté de Augusto Genina
  •  

  • 1937 : Hollywood Boulevard (King of the Gamblers) de Robert Florey


Louise Brooks
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A eu une romance avec :

     

  • Humphrey Bogart
  •  

  • Charlie Chaplin
  •  

  • Greta Garbo
  •  

  • William S. Paley

s'est mariée avec :

     

  • Edward Sutherland (réalisateur)
  •  

  • Deering Davis (playboy)



 

Rencontre avec Louise Brooks

interview de Patrice Hovald (1967)


"Aux yeux de tous les amoureux, de tous les "amants" vous êtes "Loulou". Pour des millions d'hommes et de femmes qui aiment le cinématographe, vous avez été ce personnage. C'est-à-dire que, pour nous, vous vous êtes identifiée avec l'héroïne du film de Georg Wilhelm Pabst. Vous êtes un des rares mythes du cinématographe. En êtes- vous consciente?"

"Votre première question? 'pour des millions d'hommes et de femmes qui aiment le cinématographe ...' m'a beaucoup intriguée! En effet, pour autant que je me souvienne et à une seule exception près, je n'ai jamais eu d'admiratrices pour mes films. Or, pour durer, une vedette ne doit pas seulement être admirée, mais imitée par les femmes. Ce qui m'intrigue, c'est de savoir pourquoi certaines stars sont imitées par les femmes alors que d'autres ne le sont pas. Dans les années Vingt, ce fut le cas de Clara Bow, mais pas celui de Colleen Moore; dans les années Trente Garbo mais pas Dietrich. Dans les années Cinquante, mes films ont été repris après plus de vingt ans au cours desquels je suis tombée dans l'oubli le plus total. En Novembre 1958, Henri Langlois m'a rendu hommage. Sauf lors de mon arrivée et à quelques autres occasion, j'ai passé ce mois à l'hôtel Royal Monceau, dans une petite chambre grise, dans un petit lit metallique recouvert d'un édredon rouge. Je ne voulais aller nulle part. C'est pourquoi, Langlois avait demandé à Lotte [Eisner] de venir me voir tous les aprés-midi. Quand elle entra dans ma chambre, le premier jour, elle me jeta un regard et dit: 'Je n'aime pas les femmes'. Peut-être était-elle au courant des bruits selon lesquels j'aurais été lesbienne. Quoi qu'il en soit, cela me fit tellement rire, qu'elle éclata, elle aussi de rire. Joyeux comme celui d'un enfant, ce rire scella entre nous une indéfectible amitié. Elle m'avait apporté du pain de seigle, du fromage et des pommes toutes dorées; je lui ai donné du café et du chocolat américain. Ensuite, nous avons parlé de gens et de films, mais surtout de littérature: Proust, Goethe, Tolstoï, Dickens, Samuel Johnson, Ring Lardner. Lotte semblait avoir lu tous ces génies dans leur propre langue et elle m'a beaucoup appris ..."


"Il y a eu des milliers de visages nés au cinema après le vôtre, dont celui de Marylin Monroe et plus récemment celui de Julie Christie. Et pourtant, le vôtre, après quarante ans, est resté inoubliable. Je pense que ce fait est dû à votre totale rupture avec ce qu'auparavant on avait vu à l'écran. Le visage de Loulou est celui - là même de la femme moderne, celui dont tout homme - et nombre de femmes - rêvent inconsciemment ou ... consciemment. Ai - je raison? Quel est votre sentiment à ce sujet?"

brooks30"Chaque fois que j'ai vu mes films, j'ai eu le sentiment d'une corvée plutôt stupide. En l'occurence, il ne peut y avoir pour moi ni mystère, ni surprise. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je ne suis pas curieuse. Je ne crois pas que l'on puisse apprendre une quelconque technique d'interprétation, sauf celle d'un autre acteur qui apprendre son métier. Les comédiennes qui me fascinent sont celles qui, comme Greta Garbo et Simone Signoret, offrent un insondable mystère dans la manière dont elles réagissent devant une situation donnée; celles qui, comme Marylin Monroe, conservent une constante pureté en dépit de danses 'sexy' strictement vulgaires; celles qui, comme Jean Harlow et Ava Gardner, m'écrasent de leur générosité. La rapidité explosive et l'esthétique qui partecipent des gestes de Shirley MacLaine me coupent le souffle."




"Marlène Dietrich était issue de Josef von Sternberg, Garbo de Maurice Stiller,
Louise Brooks est - elle issue de Pabst?"

"Pabst n'a pas créé Louise Brooks: il l'a réalisée, libérée. En 1928, il m'avait vue dans A girl in every port de Howard Hawks et avait pris des contacts à Hollywood pour Loulou. Bien qu'il ne m'eût jamais rencontrée et qu'il ignorât tout de moi jusqu'à mon arrivée à Berlin, il avait, je ne sais comment, deviné que j'étais 'sa' Loulou. En 1958, j'ai envoyé à Pabst un mot amer parce que, 'maintenant', on me considérait comme une grande comédienne. Il me répondit: "Vous étiez une grande comédienne parce que vous aviez une forte personnalité."


"Quels ont été vos rapports avec Pabst pendant le tournage de Loulou? Il est rare d'observer un tel accord avec un metteur en scène et son interprète. N'est ce là qu'une apparence ou bien l'exigence de Pabst répondait - elle à vos propres aspirations?"

"Dès l'instant où je l'ai rencontré, je n'ai pas cessé d'adorer Pabst. Quelquefois, il disait que j'étais 'la plus belle et la plus fascinante femme qu'il ait jamais vue', quelquefois, il disait que j'étais 'une vraie chienne' parce qu'il ne pouvait pas se faire à l'idée que la Loulou réelle, à l'instar de la Loulou du film, collectionnait les amants. Au travail, l'entente était si parfaite entre nous qu'il ne disait presque rien. Je ne parlais pas l'allemand; il parlait, lui, un excellent anglais. Cependant, parce qu'il manquait de pratique d'une part, en raison de la présence des autres acteurs allemands, d'autre part, il dirigeait dans sa langue. Une seule fois, lors du tournage de Diary of a lost girl, nous ne nous sommes pas compris et j'ai fichu une scène en l'air en ne fermant pas une porte. 'Die Tür zu, die Tür ist zu', hurla - t - il. Bon sang, ne pouvait - il pas parler anglais!"

"La liberté de Loulou était - elle votre propre liberté? L'a - t - elle été toute votre vie? Si oui, avez - vous eu à en souffrir dans vos rapports avec la societé?"

"La liberté de 'Loulou' est ma propre liberté. Quand, après n'avoir pas réussi à me persuader de rester en Allemagne pour tourner des films, Pabst me prédit que la fin de Loulou serait ma fin, il n'était pas loin d'avoir 'horriblement' raison. Il savait que, comme Loulou, je n'attachais aucune importance à moi - même. Je n'ai revu Loulou qu'en 1957, lorsque le film m'a été projeté ici, à Eastman House, à Rochester. Pabst sentait que je me laissis aller et que j'étais un objet pour quiconque me prendrait en main. J'ai fait fi de la sécurité et des conventions sociales. Je haïssais Hollywood. Aprés un an de mariage, je me suis rebellé contre mon état de 'Mrs. Sutherland'. Maîtresse d'un célèbre millionnaire, j'ai trouvé insupportable d'être un jouet sexuel, tombée plus bas qu'une fille dont on paye les services. Je suis devenue une sorte de clocharde. C'est alors qu'on m'a rejetée."


"Qu’est-ce Loulou à vos yeux? Avez-vous lu la version établie Freddy Buache? Les scènes originales coupées par les différentes censures et qui manqueraient dans cette version sont-elle nombreuses? Lesquelles?"

"Pour moi Loulou est la projection de Louise Brooks. J’ai eu un peu plus de chance puisque j’ai été élevée – encore que dans une totale indifférence – par des parents cultivés. Bien qu’à huit ans j’aie été séduite par un quadragénaire – un certain Mr. Flower - , ma vie n’a pas commencé comme celle de Loulou, à danser, au hasard dans des rues de la ville, sous la surveillance d’une espèce de maquereau. En 1954, j’ai été sauvée d’un désastre irrémédiable par une pension de mon fameux millionnaire. Je suis très fière de l’opinion flatteuse que Freddy Buache a de mes films. En ce qui concerne la censure, chaque pays a coupé dans Loulou et Diary selon ses propres exigences. En France, l’amie lesbienne de Loulou est devenue une amie tout court, le fils de son mari est devenue son secrétaire!"

"Quel a été l’accueil du public en 1928-1929?"

"Quand Pandora’s box fut réalisé en 1928 et présenté dans une version mutilée, tous les critiques m’éreintèrent. Ils étaient absolument indignés qu’une Américaine ait pu interpréter le personnage de Loulou. Ils disaient que je ne savais rien faire. Ils me voulaient à l’image de Asta Nielsen, frémissante, douloureuse. La vérité, c’est qu’une fille, jeune encore, n’a pas le temps, au cours d’un tournage, de penser à des choses classées en bonnes ou mauvaises, par conséquent, elle ne peut donc pas jouer la « souffrance ». Sur le plan symbolique, Loulou est une force vive qui ne connaît rien de l’amour jusq’à ce qu’elle ait dit « JE T’AIME » à Jack the Ripper. À l’instar d’une graine, elle doit mourir pour naître à la vie. Le héros de Loulou est un vieux maquereau qui sait ce qu’il veut et qui l’obtient. J’ai vu Pandora’s box en séance publique. Les gens ont détesté cela. Voilà un monde qui, pour avoir à sa disposition de jeunes putains, doit vendre aux hommes comme aux femmes le mythe de la prostitution considérée comme une chose plaisante -  voir Never on Sunday. La vérité qui veut que les clients des prostituées peuvent être des voleurs, des souteneurs, des assassins et des porteurs de sales maladies vénériennes, cette verité - là se dissimule en l’occurrence sous une certaine forme de propagande : celle des putains heureuses"



"Combien de films avez-vous tournés ? Lesquels sont importants pour vous?"

"J’ai tourné ving-quatre films. Loulou est naturellement quelque chose d’important pour moi: Pabst a fait de moi quelque chose d’important. Le théâtre est le fait d’acteurs ; le cinéma celui des metteurs en scène"

"Où êtes-vous née? Que faisaient vos parents? Avez-vous des frères, des soeurs? Que faisiez- vous avant de devenir comédienne? Comment êtes - vous venue au cinéma?"

"Je suis née le 14 Novembre 1906 à Cherryvale, une petite ville du Kansas. Mon grand-père, John Brooks, était venu en 1870 d’une ferme du Tennessee à bord d’un chariot bâché, pour s’établir dans la prairie parmi les Comanches, les chasseurs de buffles et les conducteurs (des ivrognes pour la plupart) de troupeaux venus du Texas. Mon père était avoué. Ma mère était une belle jeune femme qui montait son poney sans selle, qui interprétait remarqueblement Debussy et qui détestait les enfants. Elle en avait quatre : Martin, Louise, Théodore et June. J’ai commencé à danser à l’âge de cinq ans, ma mère m’a envoyée à New York suivre des cours chez Ruth St. Denis et Ted Shamm [Shawn]. Pendant deux ans, j’ai fait des tournèes avec leur compagnie. En 1924, j’ai dansé dans la revue Scandals de George White. Je suis ensuite venue en France avec ma meilleure amie, Barbara Bennett, soeur de Constance et de Joan. J’ai échoué à l’hôtel Edouard VII à Paris et j’ai été sauvée d’une détresse certaine par un producteur américain de théâtre, Archie Selwyn, qui m’a emmenée à Londres pour danser le charleston au Café de paris (détruit pendant la deuxième guerre mondiale). En 1925, je suis retournèe aux États - Unis pour danser aux Ziegfeld Follies jusqu’à l’automne de cette même année où j’ai signé un contrat avec Paramount"
 
"Quel âge avait Loulou? Quel âge aviez-vous à votre dernier film?"

"J'ai fêté mon 22e anniversaire en Novembre 1928, à Berlin dans le 'brouillard londonien' des décors de Loulou. J'ai tourné mon dernier film (Overland stage raiders) à Hollywood, en 1938, avec John Wayne. J'avais 31 ans"

"Pourquoi avez-vous cessé brusquement de tourner? On dit que le parlant vous a été fatal. Est-ce vrai?"

"Quand le cinéma parlant est né en 1928, la Paramount a vu là un prétexte pour diminuer les salaires des acteurrs. B. P. Schulberg, chef de la production, que devait sa situation au seul fait d'avoir sous contrat Clara Bow, la plus belle affaire - financièrement parlant - du cinéma, me dit que je pouvais continuer à 75 $ par semaine. Je suis partie. En Décembre, quand je suis revenue à New York après avoir tourné Loulou à Berlin, Schulberg m'ordonna de retourner à Hollywood pour y sonoriser mon dernier film muet The Canary murder case. J'ai refusé et les producteurs durent dépenser beaucoup d'argent pour faire doubler ma voix par celle de Margaret Livingstone (Sunrise) que me fit ainsi parler avec l'accent de Brooklyn. Quand la copie fut prête ne 1929, le studio se vengea en faisant savoir partout que j'avais raté la version parlante parce que ma voix ne collait pas. Lorsque, complètement fauchée, je revins à Hollywood, en 1930 d'abord, puis en 1935, j'étais sur la liste noite dès lors qu'il s'agissait pour moi de trouver un travail convenable"

"J'aurais rêvé d'un film où Louise Brooks aurait été dirigée par von Sternberg. Qu'en ne pensez-vous?"

"Sternberg avait une sorte de génie pour transformer les actrices fades et quelconques en créatures mystérieusement attirantes. Dans Docks of New York, il a donné à Betty Compson son attrait sensuel; dans Underworld, il a transformé en séductrice la masculine Evelyn Brent. Il est certain que s'il m'avait dirigée, il aurait donné une nouvelle dimension à ma personnalité"


"Avez-vous revu Pabst depuis 1930?"

"Après avoir realisé Diary of a lost girl, Pabst vint à Paris en Septembre 1929 me voir pendant Prix de beauté. En 1935, il m'a rencontré à New York alors qu'il pensait à un Faust de Goethe avec Garbo et moi. Le projet ne se réalisa pas. C'est en 1936, à Hollywood, que j'ai vu Pabst pour la dernière fois. Il m'avait invitée, un après-midi, à une 'party'. Sa femme, Trude - qui ne m'aimait pas - sortit brusquement au moment où j'entrais dans la pièce où les invités étaient rassemblés. Après avoir bu un brandy et écouté Pabst consoler Eric von Stroheim qui était très malheureux parce qu'aucun producteur ne voulait le laisser réaliser un film, je suis, moi aussi, sortie brusquement pour aller à une 'party' plus joyeuse"

"Est-il exact que vous écrivez vos mémoires?"

"J'ai arrêté d'écrire mes mémoires au moment où je me suis rendue compte que seule la vérité m'intéressait et qu'écrire la vérité sur moi-même obligeait à écrire la vérité sur d'autres personnes qui n'aimeraient pas cela"

"Allez vous au cinema? Souvent?"

"Comme je sors peu, rares sont les films que je vois. Ingmar Bergman est le plus grand metteur en scène de cinéma"

"Avez-vous été heureuse? S' c'était à refaire? L'amour est pour la plupart des êtres la plus important chose au monde. Et pour vous?"

"Jeune, j'ai été malheureuse la plupart du temps. Ce que recherchaient mes amis - gloire, argent, pouvoir - n'était pas fait pour rendre heureuse. Leurs plaisirs- saloperies sensuelles, manières de se donner des airs, de se faire valoir - ne me rendaient pas heureuse. C'est seulement lorsque je me suis etablie à Rochester que j'ai trouvé un peu de bonheur. Loin de tous ceux qui voudraient s'occuper de moi, je peux vivre commme je l'entends et fermer chaque soir ma porte en disant 'Dieu merci, je suis seule'. Comme il est vain de revenir sur soixante-deux ans de vie pour envisager quelque chose de nouveau! Un recommencement ne changerait rien à un charactère façonné par le destin. Quant à l'amour, si vous entendez par là l'amour physique, je suis à l'image de Loulou; je n'ai aimé personne"

Patrice Hovald, Rencontre avec Louise Brooks, "Sequences", nr. 122, Octobre 1985 [1967]


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