le Burlesque - Stanislas kazal underground blog

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27 janvier 2006

le Burlesque

   



le Burlesque







       Fondés sur l’utilisation abondante d’effets comiques, les films burlesques créent un univers dominé par l’absurde et le non-sens. Contrairement à la comédie qui joue avant tout sur les allusions ou quiproquos d’une situation réaliste, le burlesque, lui, se construit sur la succession d’évènements rocambolesques, insistant sur l’outrance et la crudité des gags. Fondamentalement destructeur, ce genre parodique ne respecte rien, et c’est à travers ce chaos comique et insensé qu’il cherche à provoquer l’éclat de rire plutôt que le sourire du spectateur.



Origine D'Un Genre
       

       



       Le premier film burlesque est aussi l’un des premiers films de l’histoire du cinéma, puisque c’est en 1895, l’année même où l’on date la naissance du septième art, que les Frères Lumière présentent L’Arroseur Arrosé, un film de quelques dizaines de secondes, mais dont le gag unique deviendra célèbre dans le monde entier. Reposant sur un effet comique qui tient dans son titre même, cette courte mise en scène exploite un procédé extrêmement simple, qui sera repris maintes fois, de manière diverses, dans les films représentant ce nouveau genre parodique du cinéma naissant. Dès lors, le burlesque sera une des expressions favorites du cinéma muet.



       Non seulement avec Auguste et Louis Lumière, mais aussi, dans les années suivantes, avec des réalisateurs tels que Georges Méliès ou Ferdinand Zecca, le cinéma burlesque est avant tout français, et ce jusqu’en 1914 et l’irruption de la première Guerre Mondiale. Mais les premières années du siècle restent une période riche pour les cinéastes hexagonaux qui, s’inspirant des procédés hérités du music hall ou du théâtre, créent les caractéristiques principales du genre burlesque. Le maquillage et les exagérations gestuelles et vestimentaires sont donc mis à l’honneur.
Une des caractéristiques du burlesque est aussi la simplicité du scénario, ce qui donne naissance à des films essentiellement visuels, s’attachant plus particulièrement à montrer plutôt qu’à tenter de raconter. A cette époque, sur les écrans, les comédiens les plus populaires sont André Deed, Charles Petit Demange et surtout Max Linder devenu célèbre notamment par son costume de dandy. En cette période d’avant-guerre, les affiches des cinémas proposent à des foules sans cesse plus nombreuses des films aux titres évocateurs comme Le Chapeau Magique, Le Paravent Mystérieux ou La Course des Belles-Mères.



       Age D'Or Du Burlesque
       

       



       Avec l’éclat de la première Guerre Mondiale, la production cinématographique européenne est interrompue et les films américains apparaissent sur les écrans du vieux continent, et jusqu’à la fin des années 1920, date à laquelle arrive le cinéma parlant, les mises en scènes burlesques des studios hollywoodiens connaîtront un succès indéniable. L’un des pionniers de ce genre cinématographique aux Etats-Unis est Mack Sennett qui invente le "slapstick", équivalant du burlesque français, et lance la carrière de plusieurs comédiens dont les silhouettes règneront sur les écrans durant plus d’une décennie.



       Parmi ces nouveaux acteurs figurent entre autres l’incontournable Charlie Chaplin qui crée le personnage de Charlot, petit vagabond à moustache, toujours coiffé d’un chapeau melon. De la même manière que Max Linder se caractérisait en étant vêtu en dandy, les acteurs du burlesque américain incarnent devant les caméras des personnages singuliers, immédiatement reconnaissables par le public. Ainsi, Harold Lloyd porte des lunettes, Fatty est obèse ; Ben Turpin, lui, louche ; quant à Buster Keaton, il a pour habitude de ne jamais rire.



       Les nombreux films dans lesquels évoluent ces emblèmes du burlesque hollywoodien sont généralement fondés sur une idée unique à partir de laquelle gagmen, réalisateurs et comédiens improvisent une succession de péripéties qui déclenche invariablement un cataclysme visuel volontairement absurde. Les effets comiques les plus appréciés sont les batailles à grand renfort de tartes à la crèmes ainsi que les poursuites ininterrompues en voiture, en vélo ou en moto lancés à toute vitesse, indifférents aux panneaux de signalisation comme aux passants. Ce chaos joyeux provoque inévitablement des collisions, des chutes, des manœuvres inattendus et des catastrophes en chaîne, essence même du burlesque.
   

Déclin Et Renaissance
       

       
Cependant, l’arrivée des films parlants va profondément bousculer les règles du burlesque, et ce genre parodique qui convenait parfaitement au cinéma muet voit décliner la toute puissance de l’image, dont il avait fait son principal atout, au profit des dialogues et de la psychologie des personnages. Ainsi, dès la fin des années 1920, le burlesque se fait de plus en plus rare lors des projections dans les salles obscures, et les maîtres du genre, qui n’ont pas su ou parfois pas voulu se convertir à la déferlante du cinéma parlant, s’éloignent peu à peu des studios hollywoodiens ; seul Charlie Chaplin résiste et parvient à imposer ses mises en scène muettes au cours des années 1930.



       Il faudra attendre les années 1950 et la venue d’une nouvelle génération de réalisateurs et d’acteurs, pour voir renaître le genre burlesque. En mettant en avant le maquillage ainsi que les comportements clownesques, Jerry Lewis retrouve le goût de ses prédécesseurs pour l’exagération gestuelle et vestimentaire. Ses films enchaînent les effets comiques en cascade pour aboutir à des apocalypses visuelles toujours plus absurdes, ce qui n’est pas sans rappeler les grandes heures du burlesque. Les Monty Python, eux, parviennent à redonner à la comédie ses lettres de noblesse. Quant aux Marx Brothers et à W.C. Fields, ils avaient, dès les années 1930, fait renaître l’esprit du genre en utilisant le potentiel comique du discours et des mots.



       Au cour de la dernière moitié du XX° siècle, le burlesque a été brillamment illustré par des cinéastes français tels que Pierre Etaix qui, dans ses mises en scène, mêle avec talent l’art de la comédie et de l’émotion. Mais un des génies du burlesque moderne reste Jaques Tati, ennemi juré de la parole. Par la poésie et le rire dont sont emprunts la plupart de ses films, il a su savamment mettre à mal l’armée des convictions matérialistes qui ravage l’époque contemporaine. Avec Jour de Fête, Les Vacances de M. Hulot et Parade, Tati impose son style unique et prouve que le burlesque a toujours sa place dans le cinéma actuel.



Posté par kazal à 01:05 - cinéma de genre - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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