Qui est Gilles Deleuze? - Stanislas kazal underground blog

Stanislas kazal underground blog

L’underground peut être défini de la façon suivante : il s’agit d’un mode de vie en marge des valeurs dominantes de la société, le mainstream, qui se manifeste par l’élaboration de ses propres règles à la fois de vie et intellectuelle/culturelle.

26 juillet 2013

Qui est Gilles Deleuze?

DELEUZE GILLES (1925-1995)

article_56884

 

 

L’importance du travail philosophique de Gilles Deleuze en interdit un résumé trop rapide. On peut toutefois souligner, dans l’ensemble de ses textes, depuis son premier livre, Empirisme et Subjectivité (1953), jusqu’à son essai sur Leibniz (Le Pli , 1988), une préoccupation constante, celle d’affirmer la possibilité d’une «métaphysique en mouvement, en activité», c’est-à-dire encore de renouveler la philosophie dans le sens, nietzschéen, d’une pratique mobile, qu’il appelle aussi, d’après une métaphore empruntée à l’archéologie, «nomade». Dès 1953, Empirisme et Subjectivité développe une position critique par rapport à la philosophie kantienne dominante alors dans l’Université. Deleuze étudie dans ce livre les origines «historiques», traditionnellement reconnues comme telles, de la pensée kantienne. Proche en cela de Michel Foucault, il fonde sa critique de la philosophie sur une histoire de la philosophie. Faire l’histoire d’un système philosophique, c’est le répéter ou le reproduire, déclare-t-il dans la Préface de sa thèse, Différence et Répétition (1968), de telle sorte qu’un espace de jeu soit ouvert, débouchant sur la production de différences. Ainsi, tout en tenant compte largement du dehors historique et aboutissant de ce fait, dans les années 1970, à un débordement du discours philosophique, la pensée de Gilles Deleuze ne cesse jamais pour autant de s’ancrer dans une analyse des grands systèmes. Cette analyse débouche sur des confrontations: Spinoza (Spinoza et le problème de l’expression , 1968), Bergson (Le Bergsonisme , 1966) et, surtout, Nietzsche (Nietzsche et la philosophie , 1962), qui demeure tout au long de son travail la référence fondamentale de Deleuze, sont ainsi opposés à Kant (La Philosophie critique de Kant , 1963) ou à Hegel. C’est après avoir démontré l’importance et l’enjeu moderne des notions de jugement et de loi chez Kant qu’il peut avancer la sortie radicale du système, représentée par Nietzsche. À cet égard, on doit lire l’un des textes les plus explicites de Deleuze, sa Présentation de Sacher-Masoch (1967), où les erreurs d’un débat qui se contenterait de confronter Kant et Nietzsche sont soulignées par la démonstration de la non-pertinence du couple sadisme/masochisme. Car il faut aussi insister sur le fait que le projet de Deleuze est fondamentalement antidialectique: il ne s’agit jamais pour lui de penser les résultats historiques de forces contraires, mais de déplacer le lieu même des questions, de produire un espace différent de la pensée, l’espace de l’«ici et maintenant», de ce qu’il appelle encore l’«intempestif»: «À la suite de Nietzsche nous découvrons l’intempestif comme plus profond que le temps et l’éternité: la philosophie n’est ni philosophie de l’histoire, ni philosophie de l’éternel, mais intempestive, [c’est-à-dire] contre ce temps, en faveur, je l’espère, d’un temps à venir.» Avec la publication de L’Anti-Œdipe (1972, en collaboration avec Félix Guattari), qui constitue une vaste critique, d’inspiration nietzschéenne, de la pensée «réactive» (tout particulièrement le lacano-freudisme), Gilles Deleuze semble en effet ouvrir dans son propre travail le temps de la pensée intempestive. Il écrivait déjà, dans la Préface de Différence et Répétition : «Le temps approche où il ne sera guère possible d’écrire un livre de philosophie comme on en fait depuis si longtemps: “Ah! le vieux style...” La recherche de nouveaux moyens d’expression philosophiques fut inaugurée par Nietzsche, et doit être aujourd’hui poursuivie en rapport avec le renouvellement de certains autres arts, par exemple le théâtre ou le cinéma.» Une nouvelle pratique de la philosophie est donc essayée. Pratique positive, fondée sur l’éloge des désirs multiples, des «intensités» mouvantes, des «micropolitiques». À l’interprétation, Deleuze oppose l’expérience; au ressentiment, l’affirmation. D’où, par exemple, l’importance du théâtre: Deleuze s’est intéressé de très près au travail de dramaturge de Carmelo Bene (Superpositions , 1979) et à l’œuvre de Beckett (L’Épuisé , postface à Quad et autres pièces , 1992). À la figure en arbre de la rationalité, il oppose encore la figure en «rhizome» des «agencements» d’intensités, travaillant le milieu social et travaillés par lui. La philosophie doit cesser d’être un ravalement des différences, des singularités. Mais, en même temps, les singularités ne valent que dans la mesure de leur extension, de leur action, dans le champ social et la réalité physique tout entière (la pensée de Deleuze tient d’une cosmologie politique...). Commencée avec Logiques du sens (1969), poursuivie avec L’Anti-Œdipe , cette écriture de la philosophie comme composition sérielle trouve une manière d’achèvement avec Mille Plateaux (avec F. Guattari, 1980). Faisant passer au second plan la dimension polémique qui animait L’Anti-Œdipe , Mille Plateaux , éloge de la singularité irréductible à toute appréhension de l’Un, s’affirme avec toute la rigueur et l’invention d’une forme inédite, véritable «machine de guerre» pour notre temps. Cette affirmation du multiple crée à travers la figure du nomade et le concept de devenir conçu comme mode de relation la possibilité d’une pensée qui, tout en maintenant les catégories de la philosophie classique, remet en question bien des conceptions de l’Histoire et de l’État. La réflexion sur l’État et sur les «sociétés de contrôle» se prolongera dans l’essai de Gilles Deleuze sur Foucault (1986), et dans certaines pages de Pourparlers (1990). Il faut également souligner l’importance que la littérature, comprise comme «machine textuelle» exprimant à chaque fois la singularité d’un désir dans son immanence, n’a cessé d’avoir dans l’œuvre de Gilles Deleuze, de Proust et les signes (1964) aux essais rassemblés dans Critique et clinique (1993), en passant par Kafka. Pour une littérature mineure (avec F. Guattari, 1975). Quant à L’Image-mouvement et à L’Image-temps (1983 et 1985), «essais de classification des images et des signes», ils représentent deux tentatives d’envergure pour reconnaître le cinéma dans sa dignité d’art et de pensée, à travers de minutieuses et stimulantes analyses, placées sous l’égide de Bergson et de Peirce. ___________________________________

Posté par kazal à 20:08 - Gilles Deleuze - Commentaires [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire