07 février 2006
L'effet Barnum
Par Serge Ciccotti auteur de 150 petites
expériences de psychologie (pour
mieux comprendre nos semblables)
Si vous appréciez
les tests, alors faites celui-ci :
- Prenez une feuille de papier et faites une colonne de 1
à 10 :
1
2
3 ... - Suivez ensuite les instructions en répondant le
plus spontanément possible :
- En face du chiffre 1, écrivez le chiffre de votre jour de naissance.
- A côté des chiffres 2 et 6, inscrivez le nom d'une personne du sexe opposé que vous connaissez.
- A côté des chiffres 3, 4 et 5, écrirez le nom de personnes proches (ami, parents, etc.).
- Ecrivez quatre titres de chansons en 7, 8, 9 et 10 (une seule chanson à la fois).
Résultats du test :
- Si le nombre que vous avez mis en face de « 1 » est un nombre pair, vous êtes une personne capable de fournir beaucoup d’efforts. S’il est impair, vous avez un grand sens des responsabilités.
- Vous partagez beaucoup de points communs avec la personne n° 2.
- Celle que l’on trouve en n° 6 est une personne que vous appréciez beaucoup mais que vous ressentez comme problématique.
- Vous tenez particulièrement à la personne en n° 3.
- Le nom placé en n° 4 est celui d’une personne dont vous connaissez des situations particulièrement compliquées de sa vie.
- La chanson n° 7 est celle qui s'associe avec la personne en n° 2.
- Le titre en n° 8 est la chanson pour la personne en n° 6.
- La chanson donnée en 9 est celle qui en dit le plus sur votre état d’esprit en ce moment.
- La chanson placée en 10 est celle qui révèle vos sentiments généraux par rapport à la vie.
Etes-vous d’accord
avec ces résultats ? Beaucoup de personnes le sont...
En cherchant bien, vous avez
certainement dû
trouver dans la chanson en n° 7 et en n° 9 des
éléments qui
correspondent aux résultats du test (état
d’esprit du moment,
association avec la personne en n° 2, etc.).
Hélas, ne soyez pas trop déçu, ce
petit jeu n’a évidemment aucune
valeur. Il illustre simplement à quel point nous arrivons
à interpréter
des informations vagues et floues (les résultats du test) et
à leur
donner du sens. Nous sommes capables, à partir de
suppositions
incohérentes, d’accepter des
interprétations sur nous-mêmes et de
trouver en plus qu’elles ont du sens.
Ce
phénomène a été mis en
évidence par le psychologue Forer (1949). Il nommera "Effet
Barnum,
cette tendance des gens à accepter une vague description de
personnalité comme s'appliquant de manière
précise à eux-mêmes sans se
rendre compte que cette même description pourrait s'appliquer
aussi
bien à n'importe qui...
Afin de valider son hypothèse, Forer (1949) fit passer un test de personnalité à chacun de ses étudiants. Il jeta les résultats à la poubelle et recopia le texte d’une analyse de personnalité qu’il trouva sous la rubrique "astrologie" d’un magazine. Quelques jours plus tard, il remis à chacun de ses élèves le compte rendu suivant :
"Vous avez besoin d'être aimé et admiré, et pourtant vous êtes critique avec vous-même. Vous avez certes des points faibles dans votre personnalité, mais vous savez généralement les compenser. Vous avez un potentiel considérable que vous n'avez pas tourné à votre avantage. A l'extérieur vous êtes discipliné et vous savez vous contrôler, mais à l'intérieur vous tendez à être préoccupé et pas très sûr de vous-même. Parfois vous vous demandez sérieusement si vous avez pris la bonne décision ou fait ce qu'il fallait. Vous préférez une certaine dose de changement et de variété, et devenez insatisfait si on vous entoure de restrictions et de limitations. Vous vous flattez d'être un esprit indépendant et vous n'acceptez l'opinion d'autrui que dûment démontrée. Vous pensez qu'il est maladroit de se révéler trop facilement aux autres. Par moment vous êtes très extraverti, bavard et sociable, tandis qu'à d'autres moments vous êtes introverti, circonspect, et réservé. Certaines de vos aspirations tendent à être assez irréalistes".
Forer leur demanda de noter
cette évaluation
entre 0 et 5, afin de savoir à quel point ils trouvaient que
le
résultat du test reflétait bien leur
personnalité. Bien entendu, les
étudiants ignoraient que tout le monde avait eu le
même compte-rendu.
Forer fut
impressionné par les résultats. En effet, la
moyenne de 4,2 révéla un accord très
important !
Cette expérience a
été répliquée de nombreuses
fois, toujours avec autant de succès. Ainsi, Ulrich,
Strachnick et
Stainton (1963) constatèrent que sur 57 personnes, 53
avaient estimé
que le bilan qui leur avait été remis constituait
une excellente
interprétation de leur personnalité. A ceci
près que dans cette étude,
les chercheurs remarquèrent un fait troublant : bien
qu'après
l'expérience, les sujets aient eu connaissance que
l'attribution des
profils était identique pour tous (débriefing),
certains continuèrent à
persister dans "l'effet Barnum". Un sujet rapporta même la
phrase
suivante : "Je crois que dans mon cas, cette
interprétation s'adapte
individuellement car il y a beaucoup trop de facettes qui me
correspondent pour que cela puisse être une
généralisation" (p. 833).
Comment expliquer l'effet
Barnum ? Et bien selon
Dickson et Kelly (1985) qui ont étudié la
totalité des recherches
dédiées à ce
phénomène, il semble d'abord que nous aimions
particulièrement la flatterie et les discours qui nous
valorisent.
Ainsi, il ressort des différentes études que les
traits de caractère
qui nous avantagent soient plus facilement acceptés comme
une
description précise de notre personnalité que les
traits désavantageux.
Faites vous-même l'expérience, dites par exemple
à quelqu'un : "Je trouve que tu as un grand sens de
la justice, n'est-ce pas ?". Vous verrez que la
réponse sera toujours : "Oui, c'est vrai...".
Dans les recherches sur l'effet Barnum, les analyses de
personnalité
donnent aux sujets l'illusion d'un portrait nuancé reposant
sur une
description vague de traits et de leur contraire. L'esprit humain
comble alors la description en y projetant ses propres images et en ne
retenant que ce qui l'arrange.
De plus, nous cherchons
toujours à obtenir des
informations sur soi afin de nous construire ou de compléter
la
représentation que nous nous faisons de nous même,
ce qui n'est pas
chose facile. Aussi dès que des informations
extérieures nous
permettent d'assouvir ce besoin d'information à notre
égard, nous avons
tendance à les accepter surtout si nous croyons aux
méthodes qui les
révèlent. Ainsi, les études
scientifiques de certaines pratiques comme l’astrologie, la
numérologie, la graphologie
ou la chiromancie montrent qu'elles ne constituent en rien des outils
valides pour déterminer la personnalité.
Pourtant, la plupart de leurs
clients sont satisfaits et convaincus de leur précision car
elles
semblent donner des analyses précises.
La recherche de Dickson et
Kelly montre
également que l’effet Barnum est davantage
présent chez les personnes
qui possèdent un grand besoin d'approbation ou encore une
tendance
autoritaire.
Le danger avec
l’effet Barnum c’est que nous
risquons de trouver pertinent n’importe quelle
méthode d’évaluation de
la personnalité, d’accepter des
déclarations hasardeuses voire fausses
sur nous-mêmes, si tant est que nous les
considérions suffisamment
positives ou flatteuses. Une fausse description de notre
personnalité
peut nous paraître précise et
spécifique alors qu’elle est vague et
qu’elle peut s’adapter à de nombreuses
personnes.
| Conclusion |
Trouvez-vous que les tests de
personnalité
que l’on trouve dans les magazines populaires correspondent
à votre
personnalité ? Pensez-vous tout autant que votre horoscope
ou que votre
thème numérologique reflète ce que
vous êtes ?
Si vous répondez oui, alors vous êtes victime de "l’effet Barnum"...





















