Beat génération - Stanislas kazal underground blog

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30 avril 2005

BEAT GÉNÉRATION

   

BEAT GÉNÉRATION
poets

Le 24 octobre 1969, on enterrait au cimetière catholique de Lowell, morne petite ville industrielle du Massachusetts, le corps de Jack Kerouac, mort d’une hémorragie abdominale à l’âge de quarante-sept ans. Depuis quelque temps, il n’était plus que l’ombre de lui-même, revenu, auprès de sa «Mémère», à un vieux fonds de populisme pieux, ressassant ses rancœurs, sourd à la musique de Woodstock où, cet été-là (août 1969), une nouvelle génération américaine avait tenu son festival, le «premier congrès eucharistique de la religion du rock» (Bruce Cook). Il aurait pu cependant y reconnaître, comme le fit Allen Ginsberg, la moisson de ce que lui et ses amis avaient semé, mais il avait passé la main; un chapitre était définitivement clos et loin l’époque où, avec sa belle et sombre gueule de bûcheron, de débardeur, sa chemise à carreaux, ses bourlingues d’une côte à l’autre, «Kerouac le vagabond», lampant sa gnole à même le goulot et scandant ses blues à l’escale de la grand-route, avait été la star numéro un du mouvement beat  qu’une Amérique un peu effarouchée avait vu soudain exploser en 1955-1957. Sa chronique picaresque et sentimentale Sur la route  (On the Road,  1957), récit des folles embardées à travers le continent américain des «enfants de la nuit bop», est néanmoins restée, avec Howl , la rhapsodie hallucinée de Ginsberg (1955), le document classique de la génération beat , ce grand happening littéraire des années cinquante, l’électrochoc qui tira de sa torpeur l’Amérique d’Eisenhower, la secousse qui, partie d’un clan de copains emportés par le tourbillon d’un narcissisme extatique, finit de proche en proche par transformer le paysage culturel, voire politique de l’Amérique et laissa, sinon de grandes œuvres, du moins un profond sillage.

Préhistoire

Le noyau originel de ce qui allait devenir, l’orchestration publicitaire aidant, la beat generation , naquit de la rencontre à New York, en 1943-1944, d’un trio improbable: Kerouac, Ginsberg et Burroughs. William Burroughs (né en 1914) avait déjà trente ans; après des études d’anthropologie à Harvard, il vivait de petits métiers et jouait au chat et à la souris avec la brigade des stupéfiants. Burroughs restera toujours proche de ses amis beat , mais on peut penser que, sans la beat generation, il aurait tout de même écrit, avec un glacial humour d’arnaqueur pince-sans-rire, à mi-chemin entre W. C. Fields et Jonathan Swift, les textes où (depuis Junkie , 1953, et The Naked Lunch , 1959) il débusque les pièges, linguistiques et autres, par où le système social nous traque. Jack Kerouac, né en 1922 à Lowell, d’une famille franco-canadienne, avait joué au football américain, navigué dans la marine marchande; il rêvait d’être un nouveau Jack London, un second Thomas Wolfe. Quant à Allen Ginsberg (1926-1997, né à Paterson (New Jersey), où son père, poète lui-même, était instituteur, il n’était encore qu’un tout jeune étudiant à l’université Columbia où ses frasques faisaient scandale.

Le trio fréquente le monde des paumés et des drogués de Times Square, se frotte à la petite pègre des «rues sans joie», découvre aussi l’envers nocturne de la grande ville, le jazz de Harlem comme «l’aube blafarde des clochards à la dérive». John Clellon Holmes (né en 1930) a évoqué le climat de ces années dans Go  (1952), le premier roman beat. Depuis le XIXe siècle, le mot beat désignait le vagabond du rail voyageant clandestinement à bord des wagons de marchandises, dormant la nuit dans les «jungles» en contrebas des remblais. Passé dans le lexique des jazzmen noirs (Man, I’m beat ) auxquels les beats l’empruntèrent comme le reste de leur argot (hip , dig , jive ), il en vint à signifier une démarche, une manière de traverser la vie: être beat, c’était être en bout de course, à bout de souffle, exténué, «foutu» – l’impression «d’être réduit au tréfonds de la conscience, d’être acculé au mur de soi-même» (Holmes) et de survivre, furtivement, dans les marges clandestines du monde urbain. Cette sensibilité de marginal, déjà esquissée par les films noirs où jouait Bogart, voire dès 1931 par Peter Lorre et sa manière, souvent imitée, de frôler les murs dans M le Maudit  de Fritz Lang, Kerouac y vit le style propre à toute une génération; il inventa le label: il y avait eu la «génération perdue», celle-ci était la génération «foutue» qui, parvenue au bout de la route, continuait «furtivement» à marcher. Norman Mailer (né en 1926 et compagnon de route des beats) devait en 1957 faire une brillante analyse de ce «style» dans son essai The White Negro .

L’appel du continent

L’automne de 1946 débarque à New York, en provenance du Colorado, le légendaire Neal Cassady, le gosse de la route né en 1926 à Salt Lake City de parents migrants d’Oklahoma. Il sort de prison, est affamé d’expériences «sur le vif» et «sans entraves». L’énergie «sauvage» de ce voyou survolté, de cet «ange en salopette», fascine Kerouac et Ginsberg: «C’était l’Ouest, le vent de l’Ouest, une ode venue des Plaines», soufflant dans leur vie jusqu’ici confinée. Cassady fonce, se défonce, et, à sa suite, Kerouac et Ginsberg commencent leurs équipées sauvages à travers le continent: les «cloches» de New York deviennent les «clochedingues» qui se font la belle, cap à l’ouest, et sillonnent le pays. Cassady continuera d’ailleurs jusqu’à la fin cette course effrénée: on le retrouvera au volant du bus bariolé des Merry Pranksters de Ken Kesey (né en 1935) lors de leur voyage transcontinental de l’été 1963; en février 1968, il est trouvé inconscient près d’une voie ferrée au Mexique et il meurt d’une surdose de drogue. À Ginsberg, il aura enseigné, tabous levés, la découverte de son propre corps; à Kerouac, le sens du paysage américain comme un grand livre ouvert. Il y a dans Sur la route  du «lyrisme mignard» (Ginsberg), mais aussi un certain charme élégiaque, une mélancolie, comme un mal du siècle né du vertige des grands espaces. «Quel est ce sentiment qui vous étreint quand vous quittez des gens en bagnole et que vous les voyez se rapetisser dans la plaine jusqu’à finalement disparaître? C’est le monde trop vaste qui nous écrase et c’est l’adieu. Pourtant, nous allons tête baissée au-devant d’une nouvelle et folle aventure sous le ciel.» La beat generation participe ici d’un mouvement général de retrouvailles avec, ou de repli sur, l’Amérique qui tranche sur l’époque des expatriés et est caractéristique des années 1948-1952.

Neal Cassady, ce cow-boy de la frontière, remplaçant, dans un espace recroquevillé, la lente transhumance par la nervosité des raids à fond de train, fut pour Kerouac un lien romanesque avec l’Amérique des migrants d’autrefois. La beat generation renoua ainsi avec la tradition du hobo  de Josiah Flynt (1901), de Jack London (The Road , 1907) ou de Vachel Lindsay, et se joua un remake  de la migration des pauvres Blancs des Raisins de la colère , sans le mordant politique. Chaque beat donna sa propre variation du vagabond. Le monde de Kerouac est celui d’un lecteur de Spengler attendant, dans le crépuscule de l’Occident, le salut d’un renouveau de la religiosité chez les oubliés de la terre, les «fellahs», ce qui n’est pas sans harmoniques avec le climat politique des années McCarthy. Puis l’influence de Gary Snyder viendra infléchir le vagabond vers le «clodo du dharma», le moine bouddhiste itinérant, le vagabond sous son ombrelle trouée: beat renverra alors à la béatitude, à la disponibilité qui ouvre à une nouvelle perception du monde.

Une prosodie bop

«Je veux qu’on me considère comme un poète de jazz qui joue des blues à une jam-session le dimanche après-midi. Je prends 242 chorus, mes idées varient, glissent parfois d’un chorus à l’autre, débordent l’un sur l’autre» (Kerouac, Mexico Blues , 1959). Pour Ginsberg, Kerouac a essayé de «jazzer» la langue américaine. Il avait un côté clochard de la Bowery improvisant sous le portail d’un immeuble. Dans les années quarante, il avait entendu, au Milton Playhouse de Harlem, Monk, Parker et Gillespie. Plus tard, il enregistra des haïkaï, accompagné par Zoot Sims et Al Cohn: «La semelle de mes godasses est trempée, j’ai marché sous la pluie.» Dans une Amérique de l’après-guerre, où l’influence du New Criticism  avait sclérosé l’inspiration poétique et l’avait cantonnée dans une sorte de préciosité frileuse, le grand apport beat fut de refaire de la poésie un art vocal. Il s’agissait désormais moins de lécher d’elliptiques distiques ironiques que de retrouver le beat, le tempo profond d’un solo de saxo montant crescendo jusqu’à la béatitude de son dénouement, sans se soucier des entraves de la grammaire ni des formes. D’où l’expérimentation de toute une série de techniques d’écriture spontanée, impromptue, sans révisions ni ratures, et le sens du texte rapide et qui s’efface qui restera la marque de tous ceux qui de près ou de loin (par exemple Richard Brautigan, né en 1935) ont subi l’influence beat.

Cette prosodie bop aura surtout fait renouer l’écriture poétique avec le corps, et le souffle, comme le démontra magistralement Allen Ginsberg le soir d’octobre 1955 à San Francisco où il déclama son «hurlement» (Howl ), rythmant de son corps les versets de sa longue litanie suraiguë tandis que le public scandait comme dans une jam-session les laisses rythmées par le retour lancinant de la note profonde d’un Who  (qui) où le poète reprenait respiration pour relancer le chant comme une ritournelle de saxo «qui fit trembler les villes jusqu’à leur dernière radio». L’influence d’Artaud et de Rimbaud, le souvenir des illuminations de William Blake, la drogue, tout contribua au «long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens» qui, libérant la parole prophétique de ce nabi fou d’Amérique, lui faisait retrouver, ce dont il était parfaitement conscient, les sources vives de la tradition américaine, le souffle de Whitman, de Lindsay, de Sandburg. Cet aspect de la révolution beat, qui trouvait des échos dans l’Action Painting  des années 1947-1950 ou la théorie du «vers projectif» de Charles Olson (1950), fut important entre tous, contribuant aussi à sortir de l’ombre des poètes comme William Carlos Williams ou Louis Zukofsky, dont on n’avait pas jusqu’alors perçu l’importance.

La mouvance beat

La soirée d’octobre 1955 à San Francisco où Ginsberg lut Howl , la publication en octobre 1956 de ce texte par City Lights et le procès pour obscénité qui s’ensuivit firent éclater le mouvement beat dans le grand public américain. En septembre 1957, On the Road , écrit entre 1949 et 1952, trouva enfin un éditeur. En novembre 1959, la «rébellion» beat eut les honneurs de Life , le magazine illustré des familles. Un journaliste forgea le terme beatnik qui servit rapidement à désigner, comme on l’aurait appelée «zazoue» ou «existentialiste», la bohème des quartiers de Venice West, à Los Angeles, de Greenwich Village, à New York, ou de North Beach, à San Francisco. Du jour au lendemain, l’Amérique fut pleine de beatniks, c’est-à-dire, dans l’image que s’en faisait la grande presse, d’adolescents déguisés en clochards crasseux, cheveux longs et nu-pieds, trouvant des extases mystiques au fond de piaules grouillantes de cancrelats. Ce phénomène social des «rebelles sans cause» n’était pas toujours sans rapport avec le mouvement beat (par exemple, dans son culte de héros à la vie brève et violente comme Dylan Thomas, Charlie Parker, James Dean), mais il en travestissait gravement l’impulsion profonde, de sorte que tous les écrivains qui se sont trouvés un jour ou l’autre placés dans l’orbite de la beat generation se sont acharnés à se démarquer de ce label finalement «insultant» (Ginsberg): chacun a en effet sa personnalité propre et son propre cheminement que le terme beat brouille plus qu’il ne l’éclaire. Citons-les cependant, en vrac pour ainsi dire; ils ont en commun de s’être connus, d’apparaître bras dessus, bras dessous sur les innombrables photographies que la beat generation n’a cessé de prendre d’elle-même; mais tous pourraient dire, comme Gregory Corso, «la beat generation, ça n’existe pas».

Lawrence Ferlinghetti, dont la librairie City Lights fut à San Francisco le quartier général beat, est né à Yonkers, New York, «en 1919 ou 1920»; après un doctorat à la Sorbonne (1951), il a inauguré sa série des Pocket Poets  en 1955; il a traduit en anglais Paroles  de Prévert et publié en 1960 un roman, Her , proche du Nadja  de Breton ou du Nightwood  de Djuna Barnes. Philip Whalen est né en 1923 à Portland, dans l’Oregon: guetteur d’incendie, poète zen. Bob Kaufman est né en 1925 à La Nouvelle-Orléans: à treize ans, il est mousse dans la marine marchande et fait, en quinze ans, neuf fois le tour du monde. Philip Lamantia: né en 1927 à San Francisco, il découvre le surréalisme en peinture; Breton dira de lui qu’il est le seul surréaliste américain. Gregory Corso: né en 1930 à New York, une enfance ballottée de famille adoptive en famille adoptive, puis la prison, puis la rencontre avec Ginsberg. Gary Snyder: né en 1930 à San Francisco, il participa en 1955 à l’historique soirée avant de partir pour le Japon. Michael McClure, né en 1932 au Kansas, était le plus jeune poète de cette soirée: à son intérêt pour la «composition par champ» et la calligraphie s’ajouta plus tard l’obsession du face-à-face entre Billy le Kid («le Jacob Boehme de l’assassinat») et Jean Harlow, «le yin et le yang» (The Beard , 1965). Dès qu’on s’éloigne du «noyau originel» (et new-yorkais), la mouvance beat se fait vaste et plus floue.

Un autre regard

Orchestré par le maestro Ginsberg, l’explosion beat fut un grand coup de cymbales: on découvrit San Francisco. Le retentissement, toutefois, n’aurait pas été si grand ni si durable s’il n’y avait pas déjà eu sur la côte ouest toute une activité culturelle que peuvent résumer rapidement les deux noms de Kenneth Rexroth et de Robert Duncan. Kenneth Rexroth (né en 1903) était arrivé en 1927 du Middle West à San Francisco: dans cette ville, dit-il, la seule qui, colonisée par des marins et des aventuriers, n’ait pas subi l’emprise des puritains de Nouvelle-Angleterre ni des féodaux du Sud, se perpétuait la vieille tradition anarcho-syndicaliste des Wobblies (I.W.W.) du début du siècle. Alors que l’Est, sous l’influence conjuguée des marxistes de Partisan Review  et des agrariens de Kenyon Review , se fermait, toujours selon Rexroth, dans un repli provincial, San Francisco, ville ouverte, avait gardé le contact avec le mouvement moderniste de l’entre-deux-guerres (Pound, Eliot, Williams, Moore). Robert Duncan (né en 1919) illustre par son trajet cette même continuité pour avoir travaillé avec Charles Olson et Robert Creeley au Black Mountain College, ce «Bauhaus de Caroline du Nord» (S. Fauchereau), dont l’influence à long terme fut immense sur la culture américaine. C’est par ce qu’elle capta de cette double tradition, radicale et moderniste, que la beat generation eut le plus d’impact. Nul n’illustre mieux ce retour aux sources oubliées que Ginsberg. Échappant à la beat generation, il a transformé son sens dadaïste du happening en une stratégie politique. Chantant des mantras devant les baïonnettes, opposant à la paranoïa du Pentagone le satori  de la «nouvelle conscience», il est devenu une institution américaine, un prophète fils de Whitman à qui il finit même par ressembler. Mais le gourou de la jeunesse internationale, que les étudiants de Prague sacrèrent en 1965 «roi de Mai», ouvre ici un nouveau chapitre, tout comme le fait Gary Snyder. Si Allen Ginsberg fut le Walt Whitman de la beat generation, Gary Snyder fut son Thoreau. Élevé dans la forêt au nord de Seattle, il recueille l’héritage wobbly que Bob Dylan (né en 1941) ira chercher auprès de Woody Guthrie. La double expérience des réserves indiennes d’Amérique et des monastères zen du Japon l’amène à percevoir, sous les États-Unis, la conquête puritaine et industrielle, le continent perdu des Indiens, «l’Amérique, île Tortue». Earth House Hold , publié en 1969, décrit cette nouvelle perception des rapports de l’homme et du continent. C’est encore la beat generation, et déjà autre chose où se retrouve le legs de l’ancêtre William Carlos Williams, médecin à Paterson où Ginsberg était allé le voir, et auteur de ce traité beat avant la lettre, In the American Grain  (1933), où il esquissait cette autre version de l’Amérique que la beat generation aura beaucoup fait pour mettre au jour.


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03 mai 2005

KEROUAC JACK

     

KEROUAC (J.)

kerouac1KEROUAC JACK (1922-1969)

Né dans le Massachusetts d’une famille de Canadiens français, Kerouac mène, après ses études, une vie errante, travaillant dans des garages, ou bien comme marin, parcourant en tous sens les États-Unis et le Mexique. Une grande partie de son abondante production est tirée de ces expériences. Parmi ses principaux livres, on peut citer, en dehors de son premier ouvrage La Ville et la cité  (The Town and the City , 1950), Les Souterrains  (The Subterraneans , 1958), l’autobiographique Vagabond solitaire  (The Lonesome Traveller , 1960), Dr. Sax  (1962), Big Sur  (1962), Visions de Gérard  (Visions of Gerard , 1963), et le recueil de poèmes Mexico City Blues  (1959). Son œuvre la plus célèbre est toutefois Sur la route  (On the Road ), qui, rédigée dès 1951, ne fut publiée qu’en 1957, faute d’éditeur qui l’accepte.

L’ouvrage, livre clé de la beat generation , est le récit des errances de l’auteur (qui se met en scène sous le pseudonyme de Sal Paradise) d’un bout à l’autre des États- Unis. Voyageant en auto-stop, logeant chez qui l’accepte, partageant femmes et alcool avec des amis de rencontre, Kerouac s’abandonne à la loi du hasard, à la recherche moins de l’aventure que d’une fraternité réelle entre les gens; il s’agit de connaître et d’aimer le monde et ceux qui y vivent, par-delà les conventions sociales, d’aller à la rencontre de soi-même. Le récit est le compte rendu de cette quête (qui fait souvent penser au vieux rêve whitmanien), avec ses moments d’euphorie, mais aussi ses passages à vide, ses instants nuls, ses échecs; parfois cocasse, parfois tragique, il rend remarquablement la nostalgie, typiquement américaine, des grands espaces.

Carte de "sur la route"

kerouacroad1



BIBLIOGRAPHIE

The Town and The City. 1950        
Avant la Route. La Table Ronde, 1990
On the Road. 1957        
Sur la Route. Gallimard, 1960 (poche coll. Folio)
Doctor Sax. 1958         Docteur Sax. Gallimard, 1962 (poche coll. Folio)
The Subterraneans. 1958        
Les Souterrains. Gallimard, 1964 (poche coll. Folio)
The Dharma Bums. 1958        
Les Clochards Célestes. Gallimard, 1974 (poche coll. Folio)
Maggie Cassidy. 1959        
Maggie Cassidy. Stock, 1984 (poche coll. Points)
Mexico City Blues. 1959        
Mexico City Blues. Christian Bourgeois, 1995
Book of Dreams. 1960
Tristessa. 1960
The Scripture of The Golden Eternity. 1960
Lonesome Traveler. 1960        
Le Vagabond Solitaire. Gallimard, 1969 (poche coll. Folio)
Pull My Daisy. 1961
Big Sur. 1962        
Big Sur. Gallimard, 1979 (poche coll. Folio)
Visions of Gerard. 1963        
Visions de Gérard. Gallimard, 1972
Desolation Angels. 1965        
Les Anges Vagabonds. Denoël, 1968 (poche coll. Folio)
Satori in Paris. 1966        
Satori à Paris. Gallimard, 1971 (poche coll. Folio)
Vanity of Duluoz. 1968        
Vanité de Duluoz. Christian Bourgeois, 1995 (poche coll. 10/18)
Scattered Poems. 1971        
Scattered Poems. Seghers, 1976
Pic. 1971        
Pic. La Table Ronde, 1988
Visions of Cody. 1972        
Visions de Cody. Christian Bourgeois, 1990 (poche coll. 10/18)
Trip Trap (haïkus). 1973
Heaven and Other Poems. 1977
San Francisco Blues. 1983
Dear Carolyn : Letters to Carolyn Cassady. 1983
Poems All Sizes. 1992
Old Angel Midnight. 1993        
Vieil Ange de Minuit. Gallimard, 1998
Good Blonde and Others. 1993        
Vraie Blonde et Autres. Gallimard, 1998
Selected Letters 1940-1956. 1996        
Lettres Choisies 1940-1956. Gallimard, 2000
Book of Blues. 1995        
Book of Blues. Denoël, 2000
Selected Letters 1957-1969. 1999
Some of the Dharma. 1999        
Dharma. Fayard, 2000
Atop an Underwood : Early Stories and Other Writings. 1999
Door Wide Open. 2000

   

UN EXTRAIT DE SUR LA ROUTE

    Ainsi donc, en Amérique, quand le soleil descend et que je suis assis près du fleuve sur le vieux quai démoli, contemplant au loin, très loin, le ciel au-dessus du New-Jersey, et que je sens tout ce pays brut rouler en bloc son étonnante panse géante jusqu'à la Côte Ouest et toute cette route qui y va, tous ces gens qui rêvent dans son immensité — et, dans l'Iowa, je le sais, les enfants à présent doivent être en train de pleurer dans ce pays où on laisse les enfants pleurer, et cette nuit les étoiles seront en route et ne savez-vous pas que Dieu c'est le Grand Ours et l'homme-orchestre ? et l'étoile du berger doit être en train de décliner et de répandre ses pâles rayons sur la prairie, elle qui vient juste avant la nuit complète qui bénit la terre, obscurcit les rivières, décapite les pics et drape l'ultime rivage...


QUELQUES HAÏKUS

In the morning frost
    the cats
Step slowly.
                       Dans le givre du matin
                          les chats
                      Avancent lentement.

Winking over his pipe
    the Buddha lumberjack
nowhere.
                       Clin d'œil par-dessus sa pipe
                          le bûcheron Bouddha
                       nulle part.

All day long
    wearing a hat
that wasn't on my head.
                       Toute la journée
                          j'ai porté un chapeau
                       qui n'était pas sur ma tête.

In my medicine cabinet
    the winter fly
has died of old age.
                       Dans mon armoire à pharmacie
                          la mouche d'hiver
                       est morte de vieillesse.


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04 mai 2005

GINSBERG ALLEN

   

GINSBERG (A.)

ginsy1GINSBERG ALLEN (1926-1997)

«Ce qu’il faut à ce pays», disait Henry Miller, parlant des États-Unis, «c’est un fou inspiré.» Quand le volume Howl and Other Poems  parut chez Lawrence Ferlinghetti, qui a édité presque tous les livres de Ginsberg, à San Francisco (City Lights Press), en 1956, Miller devait au moins lui tirer un coup de chapeau. Toujours est-il qu’avec la parution de ce livre, qui fit d’ailleurs l’objet d’un procès pour obscénité, Ginsberg se trouvait tout d’un coup, avec Kerouac, à la tête d’un nouveau mouvement, jusque-là souterrain et sans voix, dans la littérature et dans l’existence américaines. La vague beatnik déferlait, et avec beaucoup de bruit — trop pour Kerouac; mais Ginsberg se trouvait plutôt dans son élément: le rôle de prophète ne lui déplaisait pas.

On ne comprendrait pas Ginsberg sans tenir compte de ses origines juives et, du côté de sa mère, dont le personnage l’obsède, russes. S’il y a chez lui un prophète biblique, il y a aussi un être torturé, tout droit sorti d’un roman de Dostoïevski. Il avait tout ce qu’il fallait pour se sentir aliéné dans la société américaine de bon ton. L’histoire de sa poésie, c’est l’histoire de son aliénation et de ses tentatives pour trouver une voie de sortie. La première voie qui s’offrait était celle de la drogue (la seconde partie de Howl  a été écrite sous l’influence du peyotl). Ginsberg utilise les drogues, comme Michaux, pour explorer certains modes de conscience. Pour lui, «la marihuana est un outil politique», un antidote contre «la merde officielle» (official dope ) et ce qu’Artaud appelait «les grands trusts psychiques». Mais, de plus en plus, c’est la voix de l’Inde que Ginsberg entend, et ce sont les voies de l’Inde qu’il suit. Il étudie les textes, il va en Inde à la recherche de gurus, qui lui disent «Ton propre cœur est le guru», et «La poésie aussi est un yoga». Confirmé et fortifié dans son activité par l’Inde, il lui emprunte certaines techniques, telles que le mantra , qu’il utilise dans ses lectures publiques à travers le monde entier. Il publiera en 1970 ses Journaux indiens .

Depuis les grandes litanies à inspiration hébraïque de Howl  et Kaddish  (1961), sa matière poétique consiste en tranches de vie notées entre deux trains, dans un avion, le long d’une autoroute (Planet News , 1968; Reality Sandwiches , 1963), extraits d’un carnet en perpétuelle gestation, où l’accent n’est pas mis sur la perfection de la forme, mais sur l’immédiateté et sur le «flash» éventuel. Mais, avec The Fall of America  (1972), dédié à Whitman, il retrouve son grand souffle pour le déclin et la chute des États politiques actuels et le développement potentiel de nouveaux états de la conscience. On trouve l’aboutissement de tous ces thèmes dans Plutonium Ode and Other Selected Poems  (1977-1980).


   

BIBLIOGRAPHIE

(Traductions françaises en italique)

Howl and Other Poems. City Lights Books, 1956
Howl. Christian Bourgeois, 1993
Kaddish and Other Poems. City Lights Books, 1961
Kaddish. Christian Bourgeois, 1993
Reality Sandwiches. City Lights Books, 1963
The Yage Letters (with William Burroughs). City Lights Books, 1963
Les Lettres du Yage. Editions de l'Herne, 1970
Planet News. City Lights Books, 1968
The Gates of Wrath : Rhymed Poems 1948-1951. Four Seasons, 1972
The Fall of America. City Lights Books, 1973
La Chute de l'Amérique. Flammarion, 1979
Iron Horse. City Lights Books, 1974
Iron Horse. Editions Solin
Indian Journals. Grove Press, 1974
Journaux Indiens. Christian Bourgeois, 1977 (livre de poche coll. 10/18)
Journals : Early Fifties, Early Sixties. Grove Press, 1977
Journal 1952-1962. Christian Bourgeois, 1996
Mind Breaths : Poems 1971-1976. City Lights Books, 1978
Souffles d'esprit. Christian Bourgeois, 1994
Straight Hearts' Delight (with Peter Orlovsky). Gay Sunshine Press, 1980
Plutonian Ode : Poems 1977-1980. City Lights Books, 1982
Collected Poems : 1947-1980. HarperCollins, 1984
White Shroud Poems : 1980-1985. Harper & Row, 1986
Linceul Blanc. Christian Bourgeois, 1994
Allen Ginsberg Photographs. Twelvetrees Press, 1991
Cosmopolitan Greetings Poems : 1986-1993. HarperCollins, 1994
Cosmopolitan Greetings. Christian Bourgeois, 1996
Selected Poems : 1947-1995. HarperCollins, 1996
Illuminated Poems. Four Walls, 1996
Death & Fame : Poems 1993-1997. HarperCollins, 1999

UN EXTRAIT DE HOWL

PARTIE II

 

Quel sphinx de ciment et d'aluminium a défoncé leurs crânes et dévoré leurs cervelles 
et leurimagination ?
Moloch! Solitude! Saleté! Laideur
Poubelles et dollars impossibles à obtenir! Enfants hurlant sous les escaliers!
Garçons sanglotant sous les drapeaux! Vieillards pleurant dans les parcs!
Moloch! Moloch! Cauchemar de Moloch!
Moloch le sans-amour! Moloch mental!
Moloch le lourd juge des hommes!
Moloch en prison incompréhensible!
Moloch les os croisés de la geôle sans âme et du Congrès des afflictions!
Moloch dont les buildings sont jugements! Moloch la vaste roche de la guerre!
Moloch les gouvernements hébétés!
Moloch dont la pensée est mécanique pure!
Moloch dont le sang est de l'argent qui coule!
Moloch dont les doigts sont dix armées!
Moloch dont la poitrine est une dynamo cannibale!
Moloch dont l'oreille est une tombe fumante!
Moloch dont les yeux sont mille fenêtres aveugles!
Moloch dont les gratte-ciel se dressent dans les longues rues comme
des Jéhovah infinis!
Moloch dont les usines rêvent et croassent dans la brume!
Moloch dont les cheminées et les antennes couronnent les villes!
Moloch dont l'amour est pétrole et pierre sans fin!
Moloch dont l'âme est électricité et banques! Moloch dont la pauvreté est
le spectre du génie!
Moloch dont le sort est un nuage d'hydrogène asexué!
Moloch dont le nom est Pensée!
Moloch en qui je m'assois et me sens seul! Moloch où je rêve d'Anges!
Fou dans Moloch! Suceur de bite en Moloch!
Sans amour et sans homme dans Moloch!
Moloch qui me pénétra tôt! Moloch en qui je suis une conscience sans corps!
Moloch qui me fit fuir de peur hors de mon extase naturelle!
Moloch que j'abandonne! Réveil dans Moloch! lumière coulant du ciel!
Moloch! Moloch! Appartements robots! banlieues invisibles!
trésors squelettiques! capitales aveugles! industries démoniaques!
nations spectres! asiles invisibles! queues de granit! bombes monstres!
Ils se sont pliés en quatre pour soulever Moloch au Ciel! Pavés, arbres, radios, tonnes!
soulevant la ville au Ciel qui existe et qui nous entoure partout!
Visions! augures! hallucinations! miracles! extases! disparues dans le cours du
fleuve américain!
Rêves! adorations! illuminations! religions!
tout le tremblement de conneries sensibles!
Percées! par-dessus le fleuve! démences et crucifixions! disparus dans la crue!
Envolées! Epiphanies! Détresses! Décades des cris animaux et de suicides!
Mentalités! Amours neuves! Génération folle! en bas sur les rochers du Temps!
Vrai rire sacré dans le fleuve! ils ont vu tout cela! les yeux fous! les hurlements sacrés!
Ils ont dit adieu! Ils ont sauté du toit! Vers la solitude! gesticulant!
portant des fleurs! En bas vers le fleuve! dans la rue!

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05 mai 2005

FERLINGHETTI LAWRENCE (1919- )

   

FERLINGHETTI (L.)

ferlinghetti1FERLINGHETTI LAWRENCE (1919- )

Le plus engagé politiquement des poètes américains, Lawrence Ferlinghetti n’est sûr ni du lieu ni de la date de sa naissance. Selon lui, son père mourut peu avant qu’il ne vînt au monde, sa mère entra dans un hôpital psychiatrique et une parente l’emmena en France, où il passa la plus grande partie de son enfance. Rentré aux États-Unis, il fut officier dans la marine américaine pendant la Seconde Guerre mondiale; il avait entrepris des études universitaires, qui le menèrent jusqu’à la Sorbonne, où il obtint un doctorat en 1951.

C’est Ferlinghetti qui créa le beat movement  à San Francisco, vers 1955. Sa librairie City Lights , la première librairie des États-Unis à ne vendre que des livres brochés, est l’un des premiers rendez-vous des poètes de la beat generation  qui rejettent le style formel et académique prévalant à l’époque, pour composer des œuvres où sensations et sentiments seraient saisis dans ce qu’ils ont de plus immédiat, sans se soucier de l’incohérence et du morcellement produits. Éditeur, Ferlinghetti est le premier à publier dans le cadre des éditions City Lights Books leurs recueils de poèmes, notamment en 1956, Howl  d’Allen Ginsberg.

Ferlinghetti compose parfois ses poèmes sur bande magnétique, la plupart étant destinés à être lus à haute voix. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poèmes, parmi lesquels Images du monde disparu  (Pictures of the Gone World , 1955); En partant de San Francisco  (Starting from San Francisco , 1961); Le Sens caché des choses  (The Secret Meaning of Things , 1968); Nuit mexicaine  (Mexican Night , 1970). Il a écrit aussi deux pièces de théâtre, Débats à armes inégales avec l’existence  (Unfair Arguments with Existence , 1963), Routines  (1964), et un roman, Her  (1960), traduit en français sous le titre de La Quatrième Personne du singulier . Il continue à écrire des poèmes à tendance politique, comme le suggèrent les titres suivants: Mille Paroles de crainte pour Fidel Castro  (One Thousand Fearful Words for Fidel Castro , 1961), Où est le Vietnam  (Where Is Vietnam , 1965) et Tyrannus Nix  (1969). Un choix de poèmes est imprimé à Londres en 1967 sous le titre Un œil sur le monde  (An Eye on the World ). Il a également traduit du français un choix de poèmes tirés de Paroles  de Jacques Prévert (1958).

L’œuvre de Ferlinghetti se poursuit avec des recueils de poèmes tels que Œil ouvert , Cœur ouvert  (Open Eye , Open Heart , 1973) et, en 1979, Paysages des vivants et des morts  (Landscapes of Living and Dying ). En 1984, Au-dessus de toutes les frontières obscènes  (Over all the Obscene Boundaries ) rassemble des textes publiés en revue. Une œuvre abondante donc, contestataire, mais qui rejoint la tradition américaine de la responsabilité morale de l’écrivain, comme en témoignent ses deux manifestes populistes (Populist Manifesto , 1974 et Adieu à Charlot ; Second Populist Manifesto , 1979). Ferlinghetti eût fait sienne la devise du romancier Sinclair Lewis: «Je n’aime pas l’Amérique, je l’adore».


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SNYDER GARY (1930- )

   

SNYDER (G.)

snyder1SNYDER GARY (1930- )

Pour Jack Kerouac et Allen Ginsberg, arrivant de la côte est à San Francisco (où le mouvement beat a pris naissance), Gary Snyder, natif du Nord-Ouest (Oregon), était «le type le plus fou et le plus intelligent que nous ayons jamais rencontré». Si Kerouac a tendance à se perdre dans une religiosité vague et naïvement enthousiaste, si Ginsberg, lui, tend à se transformer parfois en moulin à paroles, Snyder (il est Japhy Ryder, le personnage central du roman de Kerouac, Les Clochards célestes , The Dharma Bums , 1963) donne l’impression d’une personnalité beaucoup plus homogène, à l’esprit plus clair, à la parole plus économe, aux gestes plus précis. Il se situe au centre de ce mouvement américain (et non américain) actuel qui tend vers une «conscience écologique»: nouveaux rapports entre l’homme et la nature, liés à une nouvelle compréhension de la nature de l’homme lui-même; mouvement qui comporte pêle-mêle des éléments de primitivisme, d’orientalisme et d’utopisme. On pense aussi, bien sûr, à la leçon de ces deux grands ancêtres que sont Thoreau et Whitman. Ayant, sur un fond d’idées anarchistes et socialistes, fait des études d’anthropologie (tribus indiennes de la côte nord-ouest), des études de chinois et de japonais, Snyder, après avoir fait un séjour de plusieurs années au Japon et trouvé une unité en lui-même (A Range of Poems , 1966; Regarding Wave , 1970; Turtle Island , 1974), se tourne de plus en plus vers la société: «Le mouvement en Occident s’appelle révolution sociale; le mouvement en Orient s’appelle pénétration individuelle dans le vide fondamental du soi. Nous avons besoin des deux.» Dans son petit livre de notes et d’essais, Le Retour des tribus  (Earth House Hold , 1969), Snyder trace son itinéraire physique et spirituel qui l’a mené des solitudes boisées du Nord-Ouest, par un tour du monde comme matelot sur divers bateaux, jusqu’à un séjour dans un monastère zen au Japon, pour finalement revenir s’installer aux États-Unis avec l’idée d’y trouver, d’y créer, ne serait-ce que microsocialement, une unité autre qu’étatique, unité dont il voit les germes et les prototypes chez les taoïstes, les sufis, les bouddhistes zen et tantriques, les gnostiques et, dans le monde chrétien, les frères du Libre-Esprit. Il s’agit, pour citer le titre d’un de ses poèmes, d’une «révolution dans la révolution dans la révolution». Gary Snyder a développé son point de vue dans un recueil d’essais, The Practice of the Wild  (1990, Pratique du monde sauvage ).


   

BIBLIOGRAPHIE
Riprap. 1959.
Myths & Texts. 1960.
Riprap and Cold Mountain Poems. 1965.
Six Sections from Mountains and Rivers Without End. 1965.
A Range of Poems. 1966.
The Back Country. 1967.
Earth House Hold. 1969.
Regarding Wave. 1969.
Six Sections from Mountains and Rivers Without End Plus One. 1970.
Le Retour de la Tribu. Ed. Christian Bourgeois, 1972.
Turtle Island (Prix Pulitzer). 1974.
He Who Hunted Birds in His Father's Village: The Dimensions of a Haida Myth. 1979.
Axe Handles. 1983.
Passage through India. 1983.
Left out in the Rain. 1986.
No Nature. 1992.
Premier Chant du Chaman & Autres Poèmes. Ed. La Différence, 1992.
La Pratique Sauvage (Essais pour une nouvelle écologie). Ed. du Rocher, 1999.

EXTRAITS
PREMIER CHANT DU CHAMAN

Dans le villages des morts,
Remué des ossements épars
                   mangé la poix d'une branche morte
                   (graisse de baleine)
Orties et peuplier. L'herbe fume
                               au soleil
Des troncs roulent dans la rivière
                   le sable écorche les pieds.

Deux jours sans manger, des camions passent
                   dans la poussière et la lumière, les rivières
                   montent.
Dégel dans les hautes prairies. Vers l'ouest en juillet.

Les huîtres molles pourrissent, à marée basse
                       les parcs puent.

Assis sans penser à rien au bord du chemin de rondins
J'ébauche un nouveau mythe
en regardant les loutres
                       le dernier camion disparu.

CHANSONNETTE POUR GAÏA

Reveillé par l'horloge sur le coup de cinq heures
Le jour déjà,
Je vois encore le rêve
Trois Vierges du Maïs en vert
Feuilles vertes, jupe, manches —
En promenade,
      Je détournai les yeux, sachant ne point regarder.

Et m'éveille songeant :
J'aurais dû mieux observer
Pour voir comment c'est fait
Les Vierges du Maïs en vert.
Visage en feuille verte, aussi
Yeux détournés.

Mais alors je suis content d'avoir su pour une fois
Ne pas trop regarder quand
Vraiment là.

     Ou essayer de l'écrire

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07 mai 2005

BURROUGHS

   

BURROUGHS (W.)

wsb_moireUn thème, l’exploration de la drogue, et un procédé formel, le cut-up , suffisent généralement à caractériser ce qui ne recouvre en réalité qu’une partie de l’œuvre de W. S. Burroughs. Du Festin nu  aux Cités de la nuit écarlate , en passant par la Révolution électronique , la fiction expérimentale mise en place par l’écrivain possède en réalité bien d’autres facettes. Tour à tour hallucinée et visionnaire, elle ne paraît se porter au plus loin, dans l’espace et dans le temps, que pour raconter notre univers de paroles détournées, d’images concassées, prisonnier du ruban interminable que dévide une information pervertie. W. S. Burroughs serait-il notre Swift?

De «Junkie» au «Festin nu»

William Seward Burroughs est né le 5 février 1914 à Saint Louis dans le Missouri. Il fait ses études à Harvard, puis voyage en Europe en 1936 (Paris, Vienne, Budapest, Dubrovnik), retourne à Vienne l’année suivante pour étudier la médecine. À Dubrovnik, il épouse Ilse Klapper pour lui permettre d’obtenir la citoyenneté américaine. De retour aux États-Unis, il s’intéresse à différentes disciplines, dont l’archéologie et l’anthropologie. Sa première nouvelle, écrite en 1938, n’est pas publiée. Il entre en traitement chez un psychanalyste de New York, le docteur Herbert Wiggers. Il exerce plusieurs petits métiers, dont celui d’employé dans une société de dératisation qu’il évoque plus tard dans Exterminator!  (1973). En 1944, Burroughs fait la connaissance d’Allen Ginsberg et de Jack Kerouac. C’est l’époque où se constitue le cercle d’écrivains qui va devenir célèbre sous le nom de Beat Generation. Le meurtre commis par un ami commun, Lucien Carr, inspire Kerouac, qui demande à Burroughs de l’aider à rédiger un roman policier, And the Hippos Were Boiled in their Tanks . Mais aucun éditeur n’accepte le texte. En 1946, Burroughs est initié à la drogue. Il s’installe alors au Texas avec l’idée de cultiver de la marijuana, puis tente une autre expérience à La Nouvelle-Orléans avec la culture du coton. Après son échec, il part pour le Mexique et voyage en Amérique centrale. De retour à Mexico, il tue accidentellement sa seconde femme, Joan, en septembre 1951. En janvier 1953, il repart pour le Mexique et se rend en Colombie à la recherche d’une mystérieuse drogue initiatique, le yage . Les lettres qu’il adresse à Ginsberg au cours de sa quête seront réunies en 1960 dans un volume: Les Lettres du yage . Burroughs revient aux États-Unis au printemps de 1953, quand paraît son premier roman, Junkie , qu’il a composé après la mort de Joan. Il y raconte son expérience à New York après la guerre, à La Nouvelle-Orléans en 1949 et au Mexique en 1950, et veut en faire la «confession d’un drogué non repenti». C’est dans cette œuvre autobiographique, où il décrit la logique impitoyable de la drogue et le bouleversement auquel elle soumet la perception, qu’il forge le personnage gris et banal de William Lee. Son éditeur lui ayant demandé un autre ouvrage, Burroughs rédige la suite de Junkie , Queer , qui se déroule exclusivement à Mexico. Il y approfondit les relations de dépendance provoquées par l’intoxication tout en brossant un tableau tragi-comique du petit milieu de l’homosexualité. Sa dimension immorale vaudra au livre de ne paraître qu’en 1985. En 1954, Burroughs s’embarque pour Tanger sur les conseils de Paul Bowles. Là, il atteint le degré zéro de la déchéance: «J’ai passé un mois dans une chambre de la Casbah en train de regarder la pointe de mes pieds [...], j’ai compris brusquement que je ne faisais rien . J’étais en train de mourir.» Parvenu «au terminus de la came», il écrit un grand nombre de pages qui sont ensuite rassemblées sous le titre d’Interzone . Kerouac et Ginsberg qui l’ont rejoint l’aident à mettre de l’ordre dans le manuscrit. Kerouac lui donne même son titre définitif: The Naked Lunch  (Le Festin nu ). À Paris en 1959, Ginsberg propose l’ouvrage à l’éditeur Maurice Girodias, qui trouve sa prose «éblouissante» mais exige qu’il soit sérieusement remanié. En moins d’un mois, Burroughs et ses amis s’attellent à cette tâche. En naît un livre complètement différent qui sort chez Olympia Press l’année même. Mais sa version définitive ne sera établie qu’en 1964, au moment de sa traduction en français. Les textes composant Interzone  ont été perdus, retrouvés vingt ans plus tard et publiés en 1989. Quant au Festin nu , il est interdit à l’affichage et à la vente aux mineurs en France, et, en 1966, sa parution lui vaut plusieurs procès pour obscénité. C’est sans nul doute l’opus magnum  de Burroughs. Manifestement influencé par La Colonie pénitentiaire  et Le Procès  de Kafka, il se présente comme une pérégrination picaresque, une fiction «apatride» (Mary McCarthy) défiant les lois de l’espace et du temps. William Lee traverse des villes angoissantes et ne cesse de changer d’identité. Il tente de s’infiltrer dans le système qui a déterminé sa dépendance et sa chute afin de le démanteler. La planète est soumise aux impératifs délirants de l’«algèbre du besoin». De New York au Marché d’Interzone, en passant par Annexie et la République de Libertie, le monde est victime d’une fracture nette, définitive, violente et de caractère manichéen. Il comprend quatre catégories d’individus au pouvoir: les Factualistes, les Divionistes, les Émissionnistes et les Liquéfactionistes. Tous, à l’instar du Contrôleur, entendent s’assurer la domination des masses par des manipulations biologiques ou psychiques. Pour décrire cet univers de cauchemar, Burroughs invente un style d’écriture qui procède par collages de phrases, de situations, de personnages empruntés à des auteurs anciens ou modernes, tous les genres traditionnels ou populaires se confondant dans une contamination frénétique.

Une écriture de l’âge électronique

burroughsLe séjour parisien de Burroughs entre 1958 et 1960, au célèbre Beat Hotel de la rue Gît-le-Cœur, se traduit par une phase intense d’expérimentations. Le peintre et poète Brion Gysin met au point la technique du cut-up  (découpage). Burroughs se passionne pour les résultats de cette pratique: «Même taillé en pièces et recomposé selon la fantaisie de Bill, le texte de Rimbaud était toujours compréhensible et [...] les mots prenaient des significations nouvelles, plus fortes, plus cinglantes» (B. Gysin). Ces jeux littéraires donnent lieu à des compositions collectives qui remplacent les cadavres exquis. Burroughs emploie d’autres techniques, comme le fold-in  (pliage) et les permutations. Les expériences accomplies avec Gysin seront réunies par la suite dans un volume intitulé The Third Mind  (Œuvre croisée , 1976). Ce sont ces méthodes radicales qu’il met à contribution pour construire la grande trilogie élaborée entre 1960 et 1964. La Machine molle  (1966) en constitue le premier volet. Il s’agit d’une épopée qui se déroule dans un labyrinthe en mouvement ou, mieux, au sein d’un kaléidoscope: des lieux réels se confondent avec des lieux imaginaires, et des figures se travestissant inlassablement sont entraînées dans le passé, le présent, l’avenir. Le Ticket qui explosa  (1967) et Nova Express  (1969) développent cet «univers des puissances belliqueuses». Avec le héros-cosmonaute, nous pénétrons dans le Jardin des Délices (Dieu) avec ses Fours Nova, le foyer de tous les dualismes et de toutes les guerres, de tous les paroxysmes et de tous les phantasmes interdits, nous découvrons la Cité de Minraud, le repaire des hommes-insectes. La trilogie s’achève par une insurrection générale contre les forces coercitives, la «police biologique» ou «police Nova».

Avec ces œuvres, Burroughs excède violemment les frontières du romanesque. Marshall McLuhan note à ce propos qu’il «tente de reproduire en prose ce dont nous nous accommodons chaque jour comme un aspect banal de la vie à l’âge électronique. Si l’existence collective doit être transcrite sur le papier, il faut employer la méthode de “non-histoire discontinue”». La révolte transgressive, carnavalesque et millénariste animant les damnés évoluant dans ces zones troubles où dominent la terreur et l’abjection est théorisée dans un traité intitulé La Révolution électronique  (1971) que Burroughs écrit après son installation à Londres. Et elle constitue le moteur d’une œuvre séparée en deux volumes, Les Garçons sauvages  (1970) et Havre des saints  (1973), auxquels il faut rattacher Exterminateur!  Là, Burroughs renonce aux cut-up  et aux méthodes révolutionnaires qu’il a privilégiées. Il se sert de modèles comme le peep show  et l’écriture hiéroglyphique. Les métamorphoses des garçons sauvages prennent une tournure dionysiaque, évoquent une danse au-dessus du volcan de l’ère moderne. Quand il rentre à New York en 1974, Burroughs entreprend un nouveau et ambitieux cycle romanesque. Celui-ci commence avec Les Cités de la nuit écarlate  (1981). Trois récits distincts s’enchevêtrent: celui des pirates qui créent leur république à Libertatia au XVIIIe siècle, l’enquête de Clem Williamson Snide et la traversée des six cités mythiques du désert de Gobi il y a cent mille ans. Le cycle romanesque se poursuit avec Parages des voies mortes  (1983). Son héros, Kim Carson, parcourt le temps, de Boulder en 1899 aux grandes plaines de l’Ouest américain jusqu’à 2001. Dans ce western métaphysique, Kim Carson «songe paresseusement à sa mission – localiser le chaînon manquant dans la chaîne de l’évolution, remonter aux racines du langage». Il se conclut avec Les Terres occidentales  (1987), qui est une version moderne du Livre des morts égyptien . Dans ces trois fictions, Burroughs accentue le métissage sémantique, empruntant des scènes appartenant à Joseph Conrad ou à Denton Welch, des décors caractéristiques des tableaux d’Édouard Manet et d’Edward Hopper.

Burroughs s’est souvent exprimé en public ou dans la presse à propos de sa vision de la littérature. Ses conférences et ses articles sont réunis dans deux volumes encore inédits aux États-Unis, les Essais  (1981 et 1984). Sa réflexion excède largement le champ de l’écriture. Sa représentation du monde, corrosive et sarcastique, dénonce avec véhémence les préjugés et les injustices qui rendent les sociétés occidentales invivables et virtuellement dangereuses pour l’avenir de l’humanité. Longtemps regardé comme un auteur marginal et subversif, William S. Burroughs est aujourd’hui considéré comme l’un des grands écrivains de la seconde moitié de ce siècle. Norman Mailer n’a pas hésité à affirmer qu’il est «le seul narrateur américain vivant qui puisse raisonnablement être considéré comme un génie».


William S. Burroughs est mort le 3 août 1997 des suites d'une attaque cardiaque, à l'âge de 83 ans. En 2001 sont parues ses "Dernières Paroles" (éd. Christian Bourgeois).

BIBLIOGRAPHIE
(Sélection de livres parus en français)

Junky. 1953, Olympia Press (livre de poche coll. 10/18)
Les Lettres du Yage. 1955, Mille et Une Nuits
Le Festin Nu. 1959, Gallimard (livre de poche coll. )
La Machine Molle. 1961 (livre de poche coll. 10/18)
Le Ticket qui Explosa. 1962
Nova Express. 1965
Les Garçons Sauvages. 1971, Christian Bourgeois (livre de poche coll. 10/18)
Le Havre des Saints. 1977, Flammarion
Les Cités de la Nuit Ecarlate. 1981 (livre de poche coll. 10/18)
New-York. 1989, Editions du Rocher
Lettres de Tanger à Allen Ginsberg. 1990, Christian Bourgeois
Les Terres Occidentales. 1990, Christian Bourgeois
Interzone. 1991, Christian Bourgeois
Entre Chats. 1994, Christian Bourgeois
Queer. 1995, Christian Bourgeois
L'ombre d'une Chance. 1995, Christian Bourgeois
Mon Education : Un Livre des Rêves. 1996, Christian Bourgeois (poche coll. 10/18)
Essais (2 volumes). 1996, Christian Bourgeois
Le Complot. 1996, Editions de l'Herne
Oeuvre croisée (avec Brion Gysin). 1998, Flammarion
Ultimes Paroles. 2001, Christian Bourgeois


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12 mai 2005

Corso

   

Corso

corso2Gregory Nunzio Corso est né à New-York le 26 mars 1930. Sa mère, âgée de seulement 16 ans lorsqu'elle donne naissance à Gregory, abandonne sa famille et son fils un an après sa naissance pour retourner vivre en Italie. Corso va donc passer la majeure partie de son enfance entre orphelinats et maisons d'accueil. Son père se remarie alors que Gregory est âgé de 11 ans, et il obtient la garde de son fils, mais le jeune garçon fugue à plusieurs reprises. Il est alors placé en pension, mais il s'en échappe aussi. Durant son adolescence agitée, il passe quelques mois dans une prison NYorkaise (The Tombs) à cause d'une affaire de vol de radio. Après avoir purgé cette peine il est placé en observation à l'hôpital Bellevue pendant trois mois. A l'âge de 17 ans, il est reconnu coupable de vol et condamné à une peine de trois ans de prison. Pendant son incarcération à la "Clinton State Prison", il lit énormément et commence à écrire de la poésie. Après sa sortie en 1950, il rencontre Allen Ginsberg, grace à qui il fera la connaissance de Jack Kerouac et William Burroughs, ainsi que d'autres artistes et écrivains NYorkais : la future Beat Generation... En 1952 il travaille pour le "Los Angeles Examiner", puis sert dans la marine marchande. En 1954 il travaille à l'Université d'Harvard, où les étudiants contribuent à la publication de son premier recueil de poèmes "The Vestal Lady on Brattle and other poems". Deux ans plus tard, il se rend à San Francisco où Lawrence Ferlinghetti (City Lights Books) vient de publier son recueil de poèmes "Gasoline". Il devient célèbre et en 1957 il rejoint Kerouac et Ginsberg pour une série de lectures et d'interviews. En 1958 paraît son poème le plus célèbre, "Bomb", texte en forme de champignon nucléaire. A partir de cette époque, il va beaucoup voyager, notamment au Mexique et en Europe de l'Est. Ses principales publications après "Gasoline" sont "The Happy Birthday of Death" (1960), "The American Express" (1961), "Long Live Man" (1962), "Elegiac Feelings American" (1970), "Herald of The Autochthonic Spirit" (1981), "Mindfield" (1989). Il décède des suites d'un cancer de la prostate, chez sa fille Sheri Langerman à Minneapolis, le 17 janvier 2001, à l'âge de 70 ans.

BIBLIOGRAPHIE
The Vestal Lady on Brattle and other poems. Richard Brukenfeld, 1955
Gasoline. City Lights Books, 1958
A Pulp Magazine for the Dead Generation : poems with Henk Marsman. Dead Language, 1959
The Happy Birthday of Death. New Directions, 1960
Minutes to Go (with Sinclair Beiles, William Burroughs and Brion Gysin). Two Cities, 1960
The American Express. Olympia, 1961
The Minicab War : The Gotla War-Interview with Minicab Driver and Cabbie. Matrix Press, 1961
Long Live Man. New Directions, 1962
Selected poems. Eyre & Spottiswoode, 1962
The Mutation of The Spirit. Death Press, 1964
The Geometric Poem. Cosmopresse, 1966
10 Times a Poem. Poets Press, 1967
Elegiac Feelings American. New Directions, 1970
Ankh. Phoenix Book Shop, 1971
The Night Last Night Was at Its Lightest. Phoenix Book Shop, 1972
Earth Egg. Unmuzzled Ox, 1974
Way Out : A Poem in Discord. Bardo Matrix, 1974
Herald of The Autochthonic Spirit. New Directions, 1981
Mindfield. Thunder's Mouth Press, 1989
Sentiments Elegiaques Américains. Christian
DEUX POEMES
MER EN VRILLE

Se noyer être cheveux lents
Être poisson-ménestrel
Un œil écarquillé qui effleure
L'épave sondée pour voir —
Pour descendre toujours se noyer
Descendre dans le conclave du calmar
Toit noir le ventre de la baleine
Sol d'huîtres le tombeau —

Mon fantôme marin remonte
Et des cheveux plus lents
d'argent strient mes yeux
Plus haut plus haut je tourbillonne
Et me demande où —

Respirer dans la coupe de Neptune
Pousser du coude brise et tempête
Palper la sirène
Rester pour attacher mes cheveux
À l'étrier de l'hippocampe —

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Diane Di Prima

   

Diane Di Prima

diprima Diane Di Prima est née le 6 août 1934 à Brooklyn, New York. Elle commence à écrire dès l'âge de sept ans, et prend la décision de faire de la poésie sa vie à l'âge de quatorze. Son premier livre, "This Kind of Bird Flies Backward", paraît en 1957.

Elle vit à Manhattan pendant plusieurs années, et est considérée comme la femme écrivain la plus importante du mouvement Beat. Entre autres activités, elle participe à la fondation du "New York Poets Theatre", et crée avec son mari Alan Marlowe une maison d'édition, "The Poets Press", qui publiera 29 livres de prose et poésie d'auteurs tels que Gregory Corso, Herbert Huncke, et bien d'autres. Puis, avec Amiri Baraka (LeRoi Jones), elle fonde une revue littéraire mensuelle, "The Floating Bear", une des revues beat les plus importantes de l'époque, et qui existera durant 10 ans.

À la fin des années soixante, elle passe beaucoup de temps sur la route. Elle vit d'abord à New-York, puis rejoint la communauté psychédélique de Timothy Leary à Milbrook, avant de traverser le pays dans un fourgon VW jusqu'à San Francisco. Là-bas, elle étudie le Bouddhisme Zen, le Sanskrit et l'Alchimie, écrit l'un de ses poèmes les plus célèbres, "Loba", et élève ses cinq enfants. De 1980 à 1986, elle enseigne les traditions ésotériques en poésie, au "New College of California". Son travail a été depuis traduit en une douzaine de langues. En 1983, elle veut appronfondir son étude du Bouddhisme et devient l'élève de Chogyan Trunga Rinpoche.

Aujourd'hui, elle vit et travaille à San Francisco, où elle est l'un des fondateurs et professeur du "San Francisco Institute of Magical and Healing Arts". Ses derniers travaux sont "Not Quite Buffalo Stew", un roman satirique sur la vie californienne, une autobiographie parue sous le titre "Recollections of My Life as a Woman", et un livre sur Shelley en tant que poète-magicien.

Diane Di Prima a publié 31 livres, collaboré à plus de 300 revues et magazines littéraires, est apparue dans 70 anthologies. Ses poèmes ont été traduits en une trentaine de langues.

BIBLIOGRAPHIE
This Kind of Bird Flies Backward. Totem Press, 1957
Various Fables from Various Places. G.P. Putman, 1960
Dinners and Nightmares. Corinth Press, 1961
The New Handbook of Heaven. Auerhan Press, 1962
The Man Condemned To Death. 1963
Poets Vaudeville. Feed Folly Press, 1964
Seven Love Poems for The Middle Latin. Poets Press, 1965
Haiku. Love Press, 1966
New Mexico Poem. Poets Press, 1967
Earthsong. Poets Press, 1967
Hotel Albert. Poets Press, 1968
War Poems. Poets Press, 1968
L.A. Odyssey. Poets Press, 1969
Memoirs of a Beatnik. Olympia Press, 1969
The Book of Hours. Brownstone Press, 1970
Kerhonkson Journal. Oyez Press, 1971
Revolutionary Letters. City Lights Books, 1971
The Calculus of Variation. Eidolon Editions, 1972
The Floating Bear. Laurence McGilvery, 1973
Loba (Part I). Capra Press, 1973
Freddie Poems. Eidolon Editions, 1974
Selected Poems : 1956-1975. North Atlantic Books, 1975
Loba (Part II). Eidolon Editions, 1976
The Loba as Eve. The Phoenix Book Shop, 1977
Loba (Parts I-VIII). Wingbow Press, 1978
Memoirs of a Beatnik (réedition). Last Gasp Press, 1988
The Mysteries of Vision. Am Here Books, 1988
Wyoming Series. Eidolon Editions, 1988
Pieces of a Song : Selected Poems. City Lights Books, 1990
Seminary Poems. Floating Island, 1991
The Mask Is the Path of the Star. Thinker Review International, 1993
Zip Code. Coffeehouse Press, 1994
Recollections of My Life as a Woman. Viking Press, 2001



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John Clellon Holmes

   

John Clellon Holmes

holmes John Clellon Holmes est né le 12 mars 1926 à Holyoke, Massachussets. Il fréquente très tôt les milieux littéraires de New-York et rencontre Jack Kerouac, alors encore inconnu. Une solide amitié, basée sur leurs aspirations d'écrivains, se noue entre les deux jeunes hommes. En 1948, Holmes demande à Kerouac quel terme pourrait décrire les caractéristiques de sa génération, et celui-ci répond avec le terme "Beat Generation". En 1952 est publié le roman de Holmes, "Go", où il décrit, cinq ans avant "Sur la Route", les tribulations de Kerouac, Ginsberg et Cassady. Go attire l'attention des médias et The New-York Times Magazine demande à Holmes d'écrire un article sur l'univers dont il est question dans son roman. Se souvenant de la phrase de Kerouac pour qualifier cette génération, il titre l'article "This is the Beat Generation". Le terme est désormais connu du grand public.

Holmes est mort le 2 mars 1988 à Middleton, Connecticut, en laissant derrière lui trois romans, des poésies, des essais.

BIBLIOGRAPHIE
Go. 1952 (roman)
The Horn. (roman)
Get Home Free. (roman)
Night Music : Selected Poems. (poésie)
Passionate Opinions. (essai)
Displaced Person : The Travel Essays. (essai)
Representative Men : The Biographical Essays. (essai)

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13 mai 2005

Philip Lamantia

   

Philip Lamantia

lamantia2 Philip Lamantia est né le 23 octobre 1927 à San Francisco. Il commence à écrire de la poésie très tôt, alors qu'il est à l'école primaire. Plus tard, il lit les œuvres d'Edgar Allan Poe et H.P. Lovecraft et se fait renvoyer quelques jours de son collège pour "délinquance intellectuelle". À l'âge de seize ans, il découvre le surréalisme à travers Miro et Dali, et commence à écrire de la poésie surréaliste. Peu après il déménage à New-York pour y rencontrer les surréalistes français exilés pendant la guerre, et parmi eux André Breton, qui reconnaît immédiatement son talent. En 1943, des poèmes de Lamantia sont publiés par André Breton dans VVV, revue surréaliste américaine. Son premier livre, Erotic Poems, est publié en 1946, Philip Lamantia a 19 ans.

En 1950, il se rend à New-York où il se lie d'amitié avec Carl Solomon, Allen Ginsberg et Jack Kerouac, ainsi que d'autres membres de ce qui deviendra quelques années plus tard la Beat Generation. Lamantia est l'un des six poètes de la lecture d'octobre 1955 à la 6 Gallery. Il est le premier à monter sur scène et lit ses poèmes ainsi que ceux d'un de ses amis, John Hoofman, qui vient de mourir d'une overdose de peyotl à Mexico. Son second livre, Ekstasis, est publié après cette soirée. En 1959, il se rend à Mexico puis en Europe où il vivra durant les années 60 avant de revenir à San Francisco.

Considéré plus ou moins correctement comme un poète beat, il est en tout cas celui qui a le plus puisé dans les découvertes du Surréalisme et apparaît comme le lien entre la révolution surréaliste des années 20 en France et la Beat Generation. Son travail et sa personnalité ont influencé beaucoup d'auteurs, bien au-delà du cercle beat. Lamantia vit aujourd'hui à San Francisco où il écrit toujours de la poésie et fréquente les milieux de l'avant-garde.

BIBLIOGRAPHIE
Erotic Poems. Bern Porter Books, 1946.

Ekstasis. Auerhahn Press, 1959.

Destroyed Works. Auerhahn Press, 1962.

Touch of the Marvelous. Oyez, 1966.

Selected Poems 1943-1966. City Lights Books, 1967.

The Blood of the Air. Four Seasons Foundation, 1970.

Becoming Visible. City Lights Books, 1981.

Meadowlark West. City Lights Books, 1986.

Bed of Sphinxes: New and Selected Poems 1943-1993. City Lights Books, 1997.

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