30 avril 2005
BEAT GÉNÉRATION
Le
24 octobre 1969, on enterrait au cimetière catholique de
Lowell, morne petite
ville industrielle du Massachusetts, le corps de Jack Kerouac, mort
d’une
hémorragie abdominale à l’âge
de quarante-sept ans. Depuis quelque temps, il
n’était plus que l’ombre de
lui-même, revenu, auprès de sa
«Mémère», à un
vieux
fonds de populisme pieux, ressassant ses rancœurs, sourd
à la musique de
Woodstock où, cet été-là
(août 1969), une nouvelle génération
américaine avait
tenu son festival, le «premier congrès
eucharistique de la religion du rock»
(Bruce Cook). Il aurait pu cependant y reconnaître, comme le
fit Allen
Ginsberg, la moisson de ce que lui et ses amis avaient semé,
mais il avait
passé la main; un chapitre était
définitivement clos et loin l’époque
où, avec
sa belle et sombre gueule de bûcheron, de
débardeur, sa chemise à carreaux, ses
bourlingues d’une côte à
l’autre, «Kerouac le vagabond», lampant
sa gnole à
même le goulot et scandant ses blues à
l’escale de la grand-route, avait été
la
star numéro un du mouvement beat
qu’une Amérique un peu
effarouchée avait vu soudain exploser en 1955-1957. Sa
chronique picaresque et
sentimentale Sur la route (On
the Road, 1957),
récit des folles
embardées à travers le continent
américain des «enfants de la nuit bop»,
est
néanmoins restée, avec Howl ,
la rhapsodie hallucinée de
Ginsberg (1955), le document classique de la
génération beat ,
ce grand happening
littéraire des années cinquante,
l’électrochoc qui tira de sa torpeur
l’Amérique d’Eisenhower, la secousse
qui, partie d’un clan de copains emportés
par le tourbillon d’un narcissisme extatique, finit de proche
en proche par
transformer le paysage culturel, voire politique de
l’Amérique et laissa, sinon
de grandes œuvres, du moins un profond sillage.
Préhistoire
Le
noyau originel de ce qui allait devenir, l’orchestration
publicitaire aidant,
la beat generation ,
naquit de la rencontre à New York, en 1943-1944,
d’un trio improbable: Kerouac, Ginsberg et Burroughs. William
Burroughs (né en
1914) avait déjà trente ans; après des
études d’anthropologie à Harvard, il
vivait de petits métiers et jouait au chat et à
la souris avec la brigade des
stupéfiants. Burroughs restera toujours proche de ses amis beat ,
mais on peut penser que,
sans la beat generation, il aurait tout de même
écrit, avec un glacial humour
d’arnaqueur pince-sans-rire, à mi-chemin entre W. C.
Fields et Jonathan Swift,
les textes où (depuis Junkie ,
1953, et The Naked Lunch ,
1959) il débusque les
pièges, linguistiques et autres, par où le
système social nous traque. Jack
Kerouac, né en 1922 à Lowell, d’une
famille franco-canadienne, avait joué au
football américain, navigué dans la marine
marchande; il rêvait d’être un
nouveau Jack London, un second Thomas Wolfe. Quant à Allen
Ginsberg (1926-1997,
né à Paterson (New Jersey), où son
père, poète lui-même, était
instituteur, il
n’était encore qu’un tout jeune
étudiant à l’université
Columbia où ses
frasques faisaient scandale.
Le
trio fréquente le monde des paumés et des
drogués de Times Square, se frotte à la petite
pègre des «rues sans joie»,
découvre aussi l’envers nocturne de la grande
ville, le jazz de Harlem comme
«l’aube blafarde des clochards à la
dérive». John Clellon Holmes (né en
1930) a
évoqué le climat de ces années dans Go
(1952), le premier roman
beat. Depuis le XIXe siècle,
le mot beat désignait le vagabond du rail
voyageant clandestinement à bord des wagons de marchandises,
dormant la nuit
dans les «jungles» en contrebas des remblais.
Passé dans le lexique des jazzmen
noirs (Man, I’m beat )
auxquels les beats l’empruntèrent comme le reste
de
leur argot (hip , dig , jive ),
il en vint à signifier une
démarche, une manière de traverser la vie:
être beat, c’était être en
bout de
course, à bout de souffle, exténué,
«foutu» – l’impression
«d’être réduit au
tréfonds de la conscience, d’être
acculé au mur de soi-même» (Holmes) et
de
survivre, furtivement, dans les marges clandestines du monde urbain.
Cette
sensibilité de marginal, déjà
esquissée par les films noirs où jouait Bogart,
voire dès 1931 par Peter Lorre et sa manière,
souvent imitée, de frôler les
murs dans M le Maudit
de Fritz Lang, Kerouac y vit le style propre à toute
une génération; il inventa le label: il y avait
eu la «génération perdue»,
celle-ci était la génération
«foutue» qui, parvenue au bout de la route,
continuait «furtivement» à marcher.
Norman Mailer (né en 1926 et compagnon de
route des beats) devait en 1957 faire une brillante analyse de ce
«style» dans
son essai The White Negro .
L’appel
du continent
L’automne
de 1946 débarque à New York, en provenance du
Colorado, le légendaire Neal
Cassady, le gosse de la route né en 1926 à Salt
Lake City de parents migrants
d’Oklahoma. Il sort de prison, est affamé
d’expériences «sur le vif» et
«sans
entraves». L’énergie
«sauvage» de ce voyou survolté, de cet
«ange en salopette»,
fascine Kerouac et Ginsberg: «C’était
l’Ouest, le vent de l’Ouest, une ode
venue des Plaines», soufflant dans leur vie
jusqu’ici confinée. Cassady fonce,
se défonce, et, à sa suite, Kerouac et Ginsberg
commencent leurs équipées
sauvages à travers le continent: les
«cloches» de New York deviennent les
«clochedingues» qui se font la belle, cap
à l’ouest, et sillonnent le pays.
Cassady continuera d’ailleurs jusqu’à la
fin cette course effrénée: on le
retrouvera au volant du bus bariolé des Merry Pranksters de
Ken Kesey (né en
1935) lors de leur voyage transcontinental de
l’été 1963; en février 1968,
il
est trouvé inconscient près d’une voie
ferrée au Mexique et il meurt d’une
surdose de drogue. À Ginsberg, il aura enseigné,
tabous levés, la découverte de
son propre corps; à Kerouac, le sens du paysage
américain comme un grand livre
ouvert. Il y a dans Sur la
route
du «lyrisme mignard»
(Ginsberg), mais aussi un certain charme
élégiaque, une mélancolie, comme un
mal du siècle né du vertige des grands espaces.
«Quel est ce sentiment qui vous
étreint quand vous quittez des gens en bagnole et que vous
les voyez se
rapetisser dans la plaine jusqu’à finalement
disparaître? C’est le monde trop
vaste qui nous écrase et c’est l’adieu.
Pourtant, nous allons tête baissée
au-devant d’une nouvelle et folle aventure sous le
ciel.» La beat generation
participe ici d’un mouvement général de
retrouvailles avec, ou de repli sur,
l’Amérique qui tranche sur
l’époque des expatriés et est
caractéristique des
années 1948-1952.
Neal
Cassady, ce cow-boy de la frontière,
remplaçant, dans un espace recroquevillé, la
lente transhumance par la
nervosité des raids à fond de train, fut pour
Kerouac un lien romanesque avec
l’Amérique des migrants d’autrefois. La
beat generation renoua ainsi avec la
tradition du hobo
de Josiah Flynt (1901), de Jack London (The
Road ,
1907) ou de Vachel Lindsay,
et se joua un remake
de la migration des pauvres Blancs des Raisins
de
la colère ,
sans le mordant politique. Chaque beat donna sa propre variation
du vagabond. Le monde de Kerouac est celui d’un lecteur de
Spengler attendant,
dans le crépuscule de l’Occident, le salut
d’un renouveau de la religiosité
chez les oubliés de la terre, les
«fellahs», ce qui n’est pas sans
harmoniques
avec le climat politique des années McCarthy. Puis
l’influence de Gary Snyder
viendra infléchir le vagabond vers le «clodo du
dharma», le moine bouddhiste
itinérant, le vagabond sous son ombrelle trouée:
beat renverra alors à la
béatitude, à la disponibilité qui
ouvre à une nouvelle perception du monde.
Une
prosodie bop
«Je
veux qu’on me considère comme un poète
de jazz qui joue des blues à une
jam-session le dimanche après-midi. Je prends 242 chorus,
mes idées varient,
glissent parfois d’un chorus à l’autre,
débordent l’un sur l’autre»
(Kerouac, Mexico
Blues ,
1959). Pour Ginsberg, Kerouac a essayé de
«jazzer» la langue
américaine. Il avait un côté clochard
de la Bowery improvisant sous le portail
d’un immeuble. Dans les années quarante, il avait
entendu, au Milton Playhouse
de Harlem, Monk, Parker et Gillespie. Plus tard, il enregistra des
haïkaï,
accompagné par Zoot Sims et Al Cohn: «La semelle
de mes godasses est trempée,
j’ai marché sous la pluie.» Dans une
Amérique de l’après-guerre,
où l’influence
du New Criticism
avait sclérosé l’inspiration
poétique et l’avait
cantonnée dans une sorte de préciosité
frileuse, le grand apport beat fut de
refaire de la poésie un art vocal. Il s’agissait
désormais moins de lécher
d’elliptiques distiques ironiques que de retrouver le beat,
le tempo profond
d’un solo de saxo montant crescendo
jusqu’à la béatitude de son
dénouement,
sans se soucier des entraves de la grammaire ni des formes.
D’où
l’expérimentation de toute une série de
techniques d’écriture spontanée,
impromptue, sans révisions ni ratures, et le sens du texte
rapide et qui
s’efface qui restera la marque de tous ceux qui de
près ou de loin (par exemple
Richard Brautigan, né en 1935) ont subi
l’influence beat.
Cette
prosodie bop aura surtout fait renouer
l’écriture poétique avec le corps, et
le souffle, comme le démontra
magistralement Allen Ginsberg le soir d’octobre 1955
à San Francisco où il
déclama son «hurlement» (Howl ),
rythmant de son corps les
versets de sa longue litanie suraiguë tandis que le public
scandait comme dans
une jam-session les laisses rythmées par le retour lancinant
de la note
profonde d’un Who
(qui) où le poète reprenait respiration pour
relancer
le chant comme une ritournelle de saxo «qui fit trembler les
villes jusqu’à
leur dernière radio». L’influence
d’Artaud et de Rimbaud, le souvenir des
illuminations de William Blake, la drogue, tout contribua au
«long, immense et
raisonné dérèglement de tous les
sens» qui, libérant la parole
prophétique de
ce nabi fou d’Amérique, lui faisait retrouver, ce
dont il était parfaitement
conscient, les sources vives de la tradition américaine, le
souffle de Whitman,
de Lindsay, de Sandburg. Cet aspect de la révolution beat,
qui trouvait des
échos dans l’Action
Painting
des années 1947-1950 ou la
théorie du «vers projectif» de Charles
Olson (1950), fut important entre tous,
contribuant aussi à sortir de l’ombre des
poètes comme William Carlos Williams
ou Louis Zukofsky, dont on n’avait pas jusqu’alors
perçu l’importance.
La
mouvance beat
La
soirée d’octobre 1955 à San Francisco
où Ginsberg lut Howl ,
la publication en octobre
1956 de ce texte par City Lights et le procès pour
obscénité qui s’ensuivit
firent éclater le mouvement beat dans le grand public
américain. En septembre
1957, On the Road ,
écrit entre 1949 et 1952, trouva enfin un
éditeur.
En novembre 1959, la «rébellion» beat
eut les honneurs de Life ,
le magazine illustré des
familles. Un journaliste forgea le terme beatnik qui servit rapidement
à
désigner, comme on l’aurait appelée
«zazoue» ou «existentialiste»,
la bohème
des quartiers de Venice West, à Los Angeles, de Greenwich
Village, à New York,
ou de North Beach, à San Francisco. Du jour au lendemain,
l’Amérique fut pleine
de beatniks, c’est-à-dire, dans l’image
que s’en faisait la grande presse,
d’adolescents déguisés en clochards
crasseux, cheveux longs et nu-pieds,
trouvant des extases mystiques au fond de piaules grouillantes de
cancrelats.
Ce phénomène social des «rebelles sans
cause» n’était pas toujours sans rapport
avec le mouvement beat (par exemple, dans son culte de héros
à la vie brève et
violente comme Dylan Thomas, Charlie Parker, James Dean), mais il en
travestissait gravement l’impulsion profonde, de sorte que
tous les écrivains
qui se sont trouvés un jour ou l’autre
placés dans l’orbite de la beat
generation se sont acharnés à se
démarquer de ce label finalement
«insultant»
(Ginsberg): chacun a en effet sa personnalité propre et son
propre cheminement
que le terme beat brouille plus qu’il ne
l’éclaire. Citons-les cependant, en
vrac pour ainsi dire; ils ont en commun de s’être
connus, d’apparaître bras
dessus, bras dessous sur les innombrables photographies que la beat
generation
n’a cessé de prendre
d’elle-même; mais tous pourraient dire, comme
Gregory
Corso, «la beat generation, ça n’existe
pas».
Lawrence
Ferlinghetti, dont la librairie City
Lights fut à San Francisco le quartier
général beat, est né à
Yonkers, New
York, «en 1919 ou 1920»; après un
doctorat à la Sorbonne (1951), il a inauguré
sa série des Pocket
Poets
en 1955; il a traduit en anglais
Paroles
de Prévert et publié en 1960 un roman, Her ,
proche du Nadja
de Breton ou du Nightwood
de Djuna Barnes. Philip
Whalen est né en 1923 à Portland, dans
l’Oregon: guetteur d’incendie, poète
zen. Bob Kaufman
est né en 1925 à La Nouvelle-Orléans:
à treize ans, il est
mousse dans la marine marchande et fait, en quinze ans, neuf fois le
tour du
monde. Philip Lamantia: né en 1927 à San
Francisco, il découvre le surréalisme
en peinture; Breton dira de lui qu’il est le seul
surréaliste américain. Gregory
Corso: né en 1930 à New York, une enfance
ballottée de famille adoptive en
famille adoptive, puis la prison, puis la rencontre avec Ginsberg. Gary
Snyder:
né en 1930 à San Francisco, il participa en 1955
à l’historique soirée avant de
partir pour le Japon. Michael McClure, né en 1932 au Kansas,
était le plus
jeune poète de cette soirée: à son
intérêt pour la «composition par
champ» et
la calligraphie s’ajouta plus tard l’obsession du
face-à-face entre Billy le
Kid («le Jacob Boehme de l’assassinat»)
et Jean Harlow, «le yin et le yang» (The
Beard ,
1965). Dès qu’on s’éloigne du
«noyau originel» (et new-yorkais),
la mouvance beat se fait vaste et plus floue.
Un
autre regard
Orchestré
par le maestro Ginsberg, l’explosion beat fut un grand coup
de cymbales: on
découvrit San Francisco. Le retentissement, toutefois,
n’aurait pas été si
grand ni si durable s’il n’y avait pas
déjà eu sur la côte ouest toute une
activité culturelle que peuvent résumer
rapidement les deux noms de Kenneth
Rexroth et de Robert Duncan. Kenneth Rexroth (né en 1903)
était arrivé en 1927
du Middle West à San Francisco: dans cette ville, dit-il, la
seule qui,
colonisée par des marins et des aventuriers, n’ait
pas subi l’emprise des
puritains de Nouvelle-Angleterre ni des féodaux du Sud, se
perpétuait la
vieille tradition anarcho-syndicaliste des Wobblies (I.W.W.) du
début du
siècle. Alors que l’Est, sous
l’influence conjuguée des marxistes de Partisan
Review
et des agrariens de Kenyon
Review ,
se fermait, toujours selon
Rexroth, dans un repli provincial, San Francisco, ville ouverte, avait
gardé le
contact avec le mouvement moderniste de l’entre-deux-guerres
(Pound, Eliot,
Williams, Moore). Robert Duncan (né en 1919) illustre par
son trajet cette même
continuité pour avoir travaillé avec Charles
Olson et Robert Creeley au Black
Mountain College, ce «Bauhaus de Caroline du Nord»
(S. Fauchereau),
dont l’influence
à long terme fut immense sur la culture
américaine. C’est par ce qu’elle capta
de cette double tradition, radicale et moderniste, que la beat
generation eut
le plus d’impact. Nul n’illustre mieux ce retour
aux sources oubliées que
Ginsberg. Échappant à la beat generation, il a
transformé son sens dadaïste du
happening en une stratégie politique. Chantant des mantras
devant les baïonnettes,
opposant à la paranoïa du Pentagone le satori
de la «nouvelle conscience»,
il est devenu une institution américaine, un
prophète fils de Whitman à qui il
finit même par ressembler. Mais le gourou de la jeunesse
internationale, que
les étudiants de Prague sacrèrent en 1965
«roi de Mai», ouvre ici un nouveau
chapitre, tout comme le fait Gary Snyder. Si Allen Ginsberg fut le Walt
Whitman
de la beat generation, Gary Snyder fut son Thoreau.
Élevé dans la forêt au nord
de Seattle, il recueille l’héritage wobbly que Bob
Dylan (né en 1941) ira
chercher auprès de Woody Guthrie. La double
expérience des réserves indiennes
d’Amérique et des monastères zen du
Japon l’amène à percevoir, sous les
États-Unis, la conquête puritaine et industrielle,
le continent perdu des
Indiens, «l’Amérique, île
Tortue». Earth House
Hold ,
publié en 1969, décrit cette
nouvelle perception des rapports de l’homme et du continent.
C’est encore la
beat generation, et déjà autre chose
où se retrouve le legs de l’ancêtre
William Carlos Williams, médecin à Paterson
où Ginsberg était allé le voir, et
auteur de ce traité beat avant la lettre, In
the American Grain
(1933), où il esquissait
cette autre version de l’Amérique que la beat
generation aura beaucoup fait
pour mettre au jour.
03 mai 2005
KEROUAC JACK
KEROUAC
(J.)
Né
dans le Massachusetts d’une famille de Canadiens
français, Kerouac mène, après
ses études, une vie errante, travaillant dans des garages,
ou bien comme marin,
parcourant en tous sens les États-Unis et le Mexique. Une
grande partie de son
abondante production est tirée de ces
expériences. Parmi ses principaux livres,
on peut citer, en dehors de son premier ouvrage La
Ville et la cité (The
Town and the City ,
1950), Les Souterrains (The
Subterraneans ,
1958), l’autobiographique Vagabond
solitaire (The
Lonesome Traveller ,
1960), Dr. Sax
(1962), Big Sur
(1962), Visions de
Gérard (Visions
of Gerard ,
1963), et le recueil de
poèmes Mexico City
Blues (1959).
Son œuvre la plus
célèbre est toutefois Sur
la route (On
the Road ),
qui, rédigée dès 1951, ne
fut publiée qu’en 1957, faute
d’éditeur qui l’accepte.
L’ouvrage,
livre clé de la beat
generation ,
est le récit des errances de
l’auteur (qui se met en scène sous le pseudonyme
de Sal Paradise) d’un bout à
l’autre des États- Unis. Voyageant en auto-stop,
logeant chez qui l’accepte,
partageant femmes et alcool avec des amis de rencontre, Kerouac
s’abandonne à
la loi du hasard, à la recherche moins de
l’aventure que d’une fraternité
réelle entre les gens; il s’agit de
connaître et d’aimer le monde et ceux qui y
vivent, par-delà les conventions sociales, d’aller
à la rencontre de soi-même.
Le récit est le compte rendu de cette quête (qui
fait souvent penser au vieux
rêve whitmanien), avec ses moments d’euphorie, mais
aussi ses passages à vide,
ses instants nuls, ses échecs; parfois cocasse, parfois
tragique, il rend
remarquablement la nostalgie, typiquement américaine, des
grands espaces.
Carte de "sur la route"
BIBLIOGRAPHIE
The Town and The City. 1950
Avant la Route. La Table Ronde, 1990
On the Road. 1957
Sur la Route. Gallimard, 1960 (poche coll. Folio)
Doctor Sax. 1958
Docteur Sax. Gallimard, 1962 (poche coll. Folio)
The Subterraneans. 1958
Les Souterrains. Gallimard, 1964 (poche coll. Folio)
The Dharma Bums. 1958
Les Clochards Célestes. Gallimard, 1974 (poche coll. Folio)
Maggie Cassidy. 1959
Maggie Cassidy. Stock, 1984 (poche coll. Points)
Mexico City Blues. 1959
Mexico City Blues. Christian Bourgeois, 1995
Book of Dreams. 1960
Tristessa. 1960
The Scripture of The Golden Eternity. 1960
Lonesome Traveler. 1960
Le Vagabond Solitaire. Gallimard, 1969 (poche coll. Folio)
Pull My Daisy. 1961
Big Sur. 1962
Big Sur. Gallimard, 1979 (poche coll. Folio)
Visions of Gerard. 1963
Visions de Gérard. Gallimard, 1972
Desolation Angels. 1965
Les Anges Vagabonds. Denoël, 1968 (poche coll. Folio)
Satori in Paris. 1966
Satori à Paris. Gallimard, 1971 (poche coll. Folio)
Vanity of Duluoz. 1968
Vanité de Duluoz. Christian Bourgeois, 1995 (poche coll. 10/18)
Scattered Poems. 1971
Scattered Poems. Seghers, 1976
Pic. 1971
Pic. La Table Ronde, 1988
Visions of Cody. 1972
Visions de Cody. Christian Bourgeois, 1990 (poche coll. 10/18)
Trip Trap (haïkus). 1973
Heaven and Other Poems. 1977
San Francisco Blues. 1983
Dear Carolyn : Letters to Carolyn Cassady. 1983
Poems All Sizes. 1992
Old Angel Midnight. 1993
Vieil Ange de Minuit. Gallimard, 1998
Good Blonde and Others. 1993
Vraie Blonde et Autres. Gallimard, 1998
Selected Letters 1940-1956. 1996
Lettres Choisies 1940-1956. Gallimard, 2000
Book of Blues. 1995
Book of Blues. Denoël, 2000
Selected Letters 1957-1969. 1999
Some of the Dharma. 1999
Dharma. Fayard, 2000
Atop an Underwood : Early Stories and Other Writings. 1999
Door Wide Open. 2000
Ainsi donc, en Amérique, quand le
soleil descend et que je suis
assis près du fleuve sur le vieux quai démoli,
contemplant au loin,
très loin, le ciel au-dessus du New-Jersey, et que je sens
tout ce pays
brut rouler en bloc son étonnante panse géante
jusqu'à la Côte Ouest et
toute cette route qui y va, tous ces gens qui rêvent dans son
immensité
— et, dans l'Iowa, je le sais, les enfants à
présent doivent être en
train de pleurer dans ce pays où on laisse les enfants
pleurer, et
cette nuit les étoiles seront en route et ne savez-vous pas
que Dieu
c'est le Grand Ours et l'homme-orchestre ? et l'étoile du
berger doit
être en train de décliner et de
répandre ses pâles rayons sur la
prairie, elle qui vient juste avant la nuit complète qui
bénit la
terre, obscurcit les rivières, décapite les pics
et drape l'ultime
rivage...
In the morning frost
the cats
Step slowly.
Dans
le givre du matin
les chats
Avancent lentement.
Winking over his pipe
the Buddha lumberjack
nowhere.
Clin
d'œil par-dessus sa pipe
le bûcheron Bouddha
nulle
part.
All day long
wearing a hat
that wasn't on my head.
Toute
la journée
j'ai porté un chapeau
qui
n'était pas sur ma tête.
In my medicine cabinet
the winter fly
has died of old age.
Dans
mon armoire à pharmacie
la mouche d'hiver
est
morte de vieillesse.
04 mai 2005
GINSBERG ALLEN
GINSBERG
(A.)
«Ce
qu’il faut à ce pays», disait Henry
Miller, parlant des États-Unis, «c’est
un
fou inspiré.» Quand le volume Howl
and Other Poems
parut chez Lawrence
Ferlinghetti, qui a édité presque tous les livres
de Ginsberg, à San Francisco
(City Lights Press), en 1956, Miller devait au moins lui tirer un coup
de
chapeau. Toujours est-il qu’avec la parution de ce livre, qui
fit d’ailleurs
l’objet d’un procès pour
obscénité, Ginsberg se trouvait tout
d’un coup, avec
Kerouac, à la tête d’un nouveau
mouvement, jusque-là souterrain et sans voix,
dans la littérature et dans l’existence
américaines. La vague beatnik
déferlait, et avec beaucoup de bruit — trop pour
Kerouac; mais Ginsberg se trouvait
plutôt dans son élément: le
rôle de prophète ne lui déplaisait pas.
On
ne comprendrait pas Ginsberg sans tenir
compte de ses origines juives et, du côté de sa
mère, dont le personnage
l’obsède, russes. S’il y a chez lui un
prophète biblique, il y a aussi un être
torturé, tout droit sorti d’un roman de
Dostoïevski. Il avait tout ce qu’il
fallait pour se sentir aliéné dans la
société américaine de bon ton.
L’histoire
de sa poésie, c’est l’histoire de son
aliénation et de ses tentatives pour
trouver une voie de sortie. La première voie qui
s’offrait était celle de la
drogue (la seconde partie de Howl a
été écrite sous l’influence
du peyotl). Ginsberg utilise les drogues, comme Michaux, pour explorer
certains
modes de conscience. Pour lui, «la marihuana est un outil
politique», un
antidote contre «la merde officielle» (official
dope )
et ce qu’Artaud appelait
«les grands trusts psychiques». Mais, de plus en
plus, c’est la voix de l’Inde
que Ginsberg entend, et ce sont les voies de l’Inde
qu’il suit. Il étudie les
textes, il va en Inde à la recherche de gurus, qui lui
disent «Ton propre cœur
est le guru», et «La poésie aussi est un
yoga». Confirmé et fortifié dans son
activité par l’Inde, il lui emprunte certaines
techniques, telles que le mantra ,
qu’il utilise dans ses
lectures publiques à travers le monde entier. Il publiera en
1970 ses Journaux
indiens .
Depuis
les grandes litanies à inspiration
hébraïque de Howl
et Kaddish
(1961), sa matière poétique
consiste en tranches de vie notées entre deux trains, dans
un avion, le long
d’une autoroute (Planet
News ,
1968; Reality Sandwiches ,
1963), extraits d’un carnet
en perpétuelle gestation, où l’accent
n’est pas mis sur la perfection de la
forme, mais sur l’immédiateté et sur le
«flash» éventuel. Mais, avec The
Fall of America
(1972), dédié à Whitman, il retrouve
son grand
souffle pour le déclin et la chute des États
politiques actuels et le
développement potentiel de nouveaux états de la
conscience. On trouve
l’aboutissement de tous ces thèmes dans Plutonium
Ode and Other Selected
Poems
(1977-1980).
BIBLIOGRAPHIE
(Traductions
françaises en italique)
Howl and Other Poems. City
Lights Books, 1956
Howl.
Christian Bourgeois, 1993
Kaddish and Other Poems. City
Lights Books, 1961
Kaddish.
Christian Bourgeois, 1993
Reality Sandwiches. City
Lights Books, 1963
The Yage Letters
(with William
Burroughs). City Lights Books,
1963
Les
Lettres du Yage. Editions de
l'Herne, 1970
Planet News. City
Lights Books, 1968
The Gates of Wrath : Rhymed
Poems 1948-1951. Four Seasons,
1972
The Fall of America. City
Lights Books, 1973
La
Chute de l'Amérique.
Flammarion, 1979
Iron Horse. City
Lights Books, 1974
Iron
Horse. Editions Solin
Indian Journals. Grove
Press, 1974
Journaux
Indiens. Christian Bourgeois,
1977 (livre de poche coll. 10/18)
Journals : Early Fifties, Early
Sixties. Grove Press, 1977
Journal
1952-1962. Christian Bourgeois,
1996
Mind Breaths : Poems 1971-1976.
City Lights Books, 1978
Souffles
d'esprit. Christian Bourgeois,
1994
Straight Hearts' Delight
(with Peter Orlovsky). Gay Sunshine Press, 1980
Plutonian Ode : Poems
1977-1980. City Lights Books,
1982
Collected Poems : 1947-1980. HarperCollins,
1984
White Shroud Poems : 1980-1985.
Harper & Row, 1986
Linceul
Blanc. Christian Bourgeois, 1994
Allen Ginsberg Photographs. Twelvetrees
Press, 1991
Cosmopolitan Greetings Poems :
1986-1993. HarperCollins, 1994
Cosmopolitan
Greetings. Christian Bourgeois,
1996
Selected Poems : 1947-1995. HarperCollins,
1996
Illuminated Poems. Four
Walls, 1996
Death & Fame : Poems
1993-1997. HarperCollins, 1999
PARTIE II
Quel sphinx de ciment et d'aluminium a défoncé leurs crânes et dévoré leurs cervelles
et leurimagination ?
Moloch! Solitude! Saleté! Laideur
Poubelles et dollars impossibles à obtenir! Enfants hurlant sous les escaliers!
Garçons sanglotant sous les drapeaux! Vieillards pleurant dans les parcs!
Moloch! Moloch! Cauchemar de Moloch!
Moloch le sans-amour! Moloch mental!
Moloch le lourd juge des hommes!
Moloch en prison incompréhensible!
Moloch les os croisés de la geôle sans âme et du Congrès des afflictions!
Moloch dont les buildings sont jugements! Moloch la vaste roche de la guerre!
Moloch les gouvernements hébétés!
Moloch dont la pensée est mécanique pure!
Moloch dont le sang est de l'argent qui coule!
Moloch dont les doigts sont dix armées!
Moloch dont la poitrine est une dynamo cannibale!
Moloch dont l'oreille est une tombe fumante!
Moloch dont les yeux sont mille fenêtres aveugles!
Moloch dont les gratte-ciel se dressent dans les longues rues comme
des Jéhovah infinis!
Moloch dont les usines rêvent et croassent dans la brume!
Moloch dont les cheminées et les antennes couronnent les villes!
Moloch dont l'amour est pétrole et pierre sans fin!
Moloch dont l'âme est électricité et banques! Moloch dont la pauvreté est
le spectre du génie!
Moloch dont le sort est un nuage d'hydrogène asexué!
Moloch dont le nom est Pensée!
Moloch en qui je m'assois et me sens seul! Moloch où je rêve d'Anges!
Fou dans Moloch! Suceur de bite en Moloch!
Sans amour et sans homme dans Moloch!
Moloch qui me pénétra tôt! Moloch en qui je suis une conscience sans corps!
Moloch qui me fit fuir de peur hors de mon extase naturelle!
Moloch que j'abandonne! Réveil dans Moloch! lumière coulant du ciel!
Moloch! Moloch! Appartements robots! banlieues invisibles!
trésors squelettiques! capitales aveugles! industries démoniaques!
nations spectres! asiles invisibles! queues de granit! bombes monstres!
Ils se sont pliés en quatre pour soulever Moloch au Ciel! Pavés, arbres, radios, tonnes!
soulevant la ville au Ciel qui existe et qui nous entoure partout!
Visions! augures! hallucinations! miracles! extases! disparues dans le cours du
fleuve américain!
Rêves! adorations! illuminations! religions!
tout le tremblement de conneries sensibles!
Percées! par-dessus le fleuve! démences et crucifixions! disparus dans la crue!
Envolées! Epiphanies! Détresses! Décades des cris animaux et de suicides!
Mentalités! Amours neuves! Génération folle! en bas sur les rochers du Temps!
Vrai rire sacré dans le fleuve! ils ont vu tout cela! les yeux fous! les hurlements sacrés!
Ils ont dit adieu! Ils ont sauté du toit! Vers la solitude! gesticulant!
portant des fleurs! En bas vers le fleuve! dans la rue!
05 mai 2005
FERLINGHETTI LAWRENCE (1919- )
FERLINGHETTI
(L.)
FERLINGHETTI
LAWRENCE (1919- )
Le
plus engagé politiquement des poètes
américains, Lawrence Ferlinghetti n’est
sûr ni du lieu ni de la date de sa naissance. Selon lui, son
père mourut peu
avant qu’il ne vînt au monde, sa mère
entra dans un hôpital psychiatrique et
une parente l’emmena en France, où il passa la
plus grande partie de son
enfance. Rentré aux États-Unis, il fut officier
dans la marine américaine
pendant la Seconde Guerre mondiale; il avait entrepris des
études universitaires,
qui le menèrent jusqu’à la Sorbonne,
où il obtint un doctorat en 1951.
C’est
Ferlinghetti qui créa le beat
movement
à San Francisco, vers 1955.
Sa librairie City Lights ,
la première librairie des États-Unis à
ne vendre que
des livres brochés, est l’un des premiers
rendez-vous des poètes de la beat
generation
qui rejettent le style formel et académique
prévalant à l’époque,
pour composer des œuvres où sensations et
sentiments seraient saisis dans ce
qu’ils ont de plus immédiat, sans se soucier de
l’incohérence et du
morcellement produits. Éditeur, Ferlinghetti est le premier
à publier dans le
cadre des éditions City Lights Books leurs recueils de
poèmes, notamment en
1956, Howl
d’Allen Ginsberg.
Ferlinghetti
compose parfois ses poèmes sur bande
magnétique, la plupart étant destinés
à être lus à haute voix. Il est
l’auteur
de plusieurs recueils de poèmes, parmi lesquels Images
du monde disparu (Pictures
of the Gone
World ,
1955); En partant de San
Francisco (Starting
from San
Francisco ,
1961); Le Sens
caché des choses (The
Secret Meaning of
Things ,
1968); Nuit mexicaine (Mexican
Night ,
1970). Il a écrit aussi deux
pièces de théâtre, Débats
à armes inégales avec l’existence (Unfair
Arguments with
Existence ,
1963), Routines
(1964), et un roman, Her
(1960), traduit en français
sous le titre de La
Quatrième Personne du singulier .
Il continue à écrire des
poèmes à tendance politique, comme le
suggèrent les titres suivants: Mille
Paroles de crainte pour Fidel Castro (One
Thousand Fearful
Words for Fidel Castro ,
1961), Où est le
Vietnam (Where
Is Vietnam ,
1965) et Tyrannus Nix
(1969). Un choix de poèmes
est imprimé à Londres en 1967 sous le titre Un
œil sur le monde (An
Eye on the World ).
Il a également traduit du
français un choix de poèmes tirés de Paroles
de Jacques Prévert (1958).
L’œuvre
de Ferlinghetti se poursuit avec des
recueils de poèmes tels que Œil
ouvert , Cœur
ouvert (Open
Eye , Open
Heart ,
1973) et, en 1979, Paysages
des vivants et des morts (Landscapes
of Living and Dying ).
En 1984, Au-dessus de
toutes les frontières obscènes (Over
all the Obscene
Boundaries )
rassemble des textes publiés en revue. Une œuvre
abondante donc,
contestataire, mais qui rejoint la tradition américaine de
la responsabilité
morale de l’écrivain, comme en
témoignent ses deux manifestes populistes (Populist
Manifesto ,
1974 et Adieu à
Charlot ; Second
Populist Manifesto ,
1979). Ferlinghetti eût fait
sienne la devise du romancier Sinclair Lewis: «Je
n’aime pas l’Amérique, je
l’adore».
SNYDER GARY (1930- )
SNYDER
(G.)
Pour
Jack Kerouac et Allen Ginsberg, arrivant de la côte est
à San Francisco (où le
mouvement beat a pris naissance), Gary Snyder, natif du Nord-Ouest
(Oregon),
était «le type le plus fou et le plus intelligent
que nous ayons jamais
rencontré». Si Kerouac a tendance à se
perdre dans une religiosité vague et naïvement
enthousiaste, si Ginsberg, lui, tend à se transformer
parfois en moulin à
paroles, Snyder (il est Japhy Ryder, le personnage central du roman de
Kerouac,
Les Clochards
célestes , The
Dharma Bums , 1963)
donne l’impression d’une personnalité
beaucoup plus homogène, à
l’esprit plus clair, à la parole plus
économe, aux gestes plus précis. Il se
situe au centre de ce mouvement américain (et non
américain) actuel qui tend
vers une «conscience écologique»:
nouveaux rapports entre l’homme et la nature,
liés à une nouvelle compréhension de
la nature de l’homme lui-même; mouvement
qui comporte pêle-mêle des
éléments de primitivisme,
d’orientalisme et
d’utopisme. On pense aussi, bien sûr, à
la leçon de ces deux grands ancêtres
que sont Thoreau et Whitman. Ayant, sur un fond
d’idées anarchistes et
socialistes, fait des études d’anthropologie
(tribus indiennes de la côte
nord-ouest), des études de chinois et de japonais, Snyder,
après avoir fait un
séjour de plusieurs années au Japon et
trouvé une unité en lui-même (A
Range
of Poems ,
1966; Regarding Wave , 1970; Turtle
Island , 1974),
se tourne de plus en plus vers la société:
«Le
mouvement en Occident s’appelle révolution
sociale; le mouvement en Orient
s’appelle pénétration individuelle dans
le vide fondamental du soi. Nous avons
besoin des deux.» Dans son petit livre de notes et
d’essais, Le Retour
des
tribus (Earth
House Hold ,
1969), Snyder trace son itinéraire physique et spirituel qui
l’a mené des
solitudes boisées du Nord-Ouest, par un tour du monde comme
matelot sur divers
bateaux, jusqu’à un séjour dans un
monastère zen au Japon, pour finalement
revenir s’installer aux États-Unis avec
l’idée d’y trouver, d’y
créer, ne
serait-ce que microsocialement, une unité autre
qu’étatique, unité dont il voit
les germes et les prototypes chez les taoïstes, les sufis, les
bouddhistes zen et tantriques,
les gnostiques et, dans le monde chrétien, les
frères du Libre-Esprit. Il
s’agit, pour citer le titre d’un de ses
poèmes, d’une «révolution
dans la
révolution dans la révolution». Gary
Snyder a développé son point de vue dans
un recueil d’essais, The
Practice of the Wild (1990, Pratique
du monde sauvage ).
BIBLIOGRAPHIE
Riprap. 1959.
Myths & Texts. 1960.
Riprap and Cold Mountain Poems. 1965.
Six Sections from Mountains and Rivers Without End. 1965.
A Range of Poems. 1966.
The Back Country. 1967.
Earth House Hold. 1969.
Regarding Wave. 1969.
Six Sections from Mountains and Rivers Without End Plus One. 1970.
Le Retour de la Tribu. Ed. Christian Bourgeois, 1972.
Turtle Island (Prix Pulitzer). 1974.
He Who Hunted Birds in His Father's Village: The Dimensions of a Haida
Myth. 1979.
Axe Handles. 1983.
Passage through India. 1983.
Left out in the Rain. 1986.
No Nature. 1992.
Premier Chant du Chaman & Autres Poèmes. Ed. La
Différence, 1992.
La Pratique Sauvage (Essais pour une nouvelle écologie). Ed.
du Rocher, 1999.
EXTRAITS
PREMIER CHANT DU CHAMAN
Dans le villages des morts,
Remué des ossements épars
mangé la poix d'une branche morte
(graisse de baleine)
Orties et peuplier. L'herbe fume
au soleil
Des troncs roulent dans la rivière
le sable écorche les pieds.
Deux jours sans manger, des camions passent
dans la poussière et la lumière, les
rivières
montent.
Dégel dans les hautes prairies. Vers l'ouest en juillet.
Les huîtres molles pourrissent, à marée
basse
les parcs puent.
Assis sans penser à rien au bord du chemin de rondins
J'ébauche un nouveau mythe
en regardant les loutres
le dernier camion disparu.
CHANSONNETTE POUR GAÏA
Reveillé par l'horloge sur le coup de cinq heures
Le jour déjà,
Je vois encore le rêve
Trois Vierges du Maïs en vert
Feuilles vertes, jupe, manches —
En promenade,
Je
détournai les yeux, sachant ne point regarder.
Et m'éveille songeant :
J'aurais dû mieux observer
Pour voir comment c'est fait
Les Vierges du Maïs en vert.
Visage en feuille verte, aussi
Yeux détournés.
Mais alors je suis content d'avoir su pour une fois
Ne pas trop regarder quand
Vraiment là.
Ou essayer de l'écrire
07 mai 2005
BURROUGHS
BURROUGHS
(W.)
Un
thème, l’exploration de la drogue, et un
procédé formel, le cut-up ,
suffisent généralement à
caractériser ce qui ne recouvre en
réalité qu’une partie de
l’œuvre de W. S. Burroughs.
Du Festin nu
aux Cités de la
nuit
écarlate ,
en passant par la Révolution
électronique ,
la fiction expérimentale
mise en place par l’écrivain possède en
réalité bien d’autres facettes. Tour
à
tour hallucinée et visionnaire, elle ne paraît se
porter au plus loin, dans
l’espace et dans le temps, que pour raconter notre univers de
paroles
détournées, d’images
concassées, prisonnier du ruban interminable que
dévide
une information pervertie. W. S. Burroughs
serait-il notre Swift?
De
«Junkie» au «Festin nu»
William
Seward Burroughs est né le 5 février
1914 à Saint Louis dans le Missouri. Il fait
ses études à Harvard, puis voyage en Europe en
1936 (Paris, Vienne, Budapest,
Dubrovnik), retourne à Vienne l’année
suivante pour étudier la médecine. À
Dubrovnik, il épouse Ilse Klapper pour lui permettre
d’obtenir la citoyenneté
américaine. De retour aux États-Unis, il
s’intéresse à différentes
disciplines,
dont l’archéologie et l’anthropologie.
Sa première nouvelle, écrite en 1938,
n’est pas publiée. Il entre en traitement chez un
psychanalyste de New York, le
docteur Herbert Wiggers. Il exerce plusieurs petits métiers,
dont celui
d’employé dans une société
de dératisation qu’il évoque plus tard
dans Exterminator!
(1973).
En 1944, Burroughs fait la connaissance d’Allen Ginsberg et
de Jack Kerouac.
C’est l’époque où se
constitue le cercle d’écrivains qui va devenir
célèbre
sous le nom de Beat Generation. Le meurtre commis par un ami commun,
Lucien
Carr, inspire Kerouac, qui demande à Burroughs de
l’aider à rédiger un roman
policier, And the Hippos Were
Boiled in their Tanks .
Mais aucun éditeur n’accepte
le texte. En 1946, Burroughs est initié à la
drogue. Il s’installe alors au
Texas avec l’idée de cultiver de la marijuana,
puis tente une autre expérience
à La Nouvelle-Orléans avec la culture du coton.
Après son échec, il part pour
le Mexique et voyage en Amérique centrale. De retour
à Mexico, il tue
accidentellement sa seconde femme, Joan, en septembre 1951. En janvier
1953, il
repart pour le Mexique et se rend en Colombie à la recherche
d’une mystérieuse
drogue initiatique, le yage .
Les lettres qu’il adresse à
Ginsberg au cours de sa quête seront réunies en
1960 dans un volume: Les
Lettres du yage .
Burroughs revient aux États-Unis au printemps de
1953, quand paraît son premier roman, Junkie ,
qu’il a composé après la
mort de Joan. Il y raconte son expérience à New
York après la guerre, à La
Nouvelle-Orléans en 1949 et au Mexique en 1950, et veut en
faire la «confession
d’un drogué non repenti».
C’est dans cette œuvre autobiographique,
où il décrit
la logique impitoyable de la drogue et le bouleversement auquel elle
soumet la
perception, qu’il forge le personnage gris et banal de
William Lee. Son éditeur
lui ayant demandé un autre ouvrage, Burroughs
rédige la suite de Junkie , Queer ,
qui se déroule exclusivement
à Mexico. Il y approfondit les relations de
dépendance provoquées par
l’intoxication tout en brossant un tableau tragi-comique du
petit milieu de
l’homosexualité. Sa dimension immorale vaudra au
livre de ne paraître qu’en
1985. En 1954, Burroughs s’embarque pour Tanger sur les
conseils de Paul
Bowles. Là, il atteint le degré zéro
de la déchéance: «J’ai
passé un mois dans
une chambre de la Casbah en train de regarder la pointe de mes pieds
[...],
j’ai compris brusquement que je ne faisais rien .
J’étais en train de mourir.»
Parvenu «au terminus de la came», il
écrit un grand nombre de pages qui sont
ensuite rassemblées sous le titre d’Interzone .
Kerouac et Ginsberg qui
l’ont rejoint l’aident à mettre de
l’ordre dans le manuscrit. Kerouac lui donne
même son titre définitif: The
Naked Lunch (Le
Festin nu ).
À Paris en 1959, Ginsberg
propose l’ouvrage à l’éditeur
Maurice Girodias, qui trouve sa prose
«éblouissante» mais exige
qu’il soit sérieusement remanié. En
moins d’un mois,
Burroughs et ses amis s’attellent à cette
tâche. En naît un livre complètement
différent qui sort chez Olympia Press
l’année même. Mais sa version
définitive
ne sera établie qu’en 1964, au moment de sa
traduction en français. Les textes
composant Interzone
ont été perdus, retrouvés vingt ans
plus tard et
publiés en 1989. Quant au Festin
nu ,
il est interdit à
l’affichage et à la vente aux mineurs en France,
et, en 1966, sa parution lui
vaut plusieurs procès pour obscénité.
C’est sans nul doute l’opus
magnum
de Burroughs. Manifestement
influencé par La
Colonie pénitentiaire et
Le Procès
de Kafka, il se présente
comme une pérégrination picaresque, une fiction
«apatride» (Mary McCarthy)
défiant les lois de l’espace et du temps. William
Lee traverse des villes
angoissantes et ne cesse de changer d’identité. Il
tente de s’infiltrer dans le
système qui a déterminé sa
dépendance et sa chute afin de le démanteler. La
planète est soumise aux impératifs
délirants de l’«algèbre du
besoin». De New
York au Marché d’Interzone, en passant par Annexie
et la République de
Libertie, le monde est victime d’une fracture nette,
définitive, violente et de
caractère manichéen. Il comprend quatre
catégories d’individus au pouvoir: les
Factualistes, les Divionistes, les Émissionnistes et les
Liquéfactionistes. Tous,
à l’instar du Contrôleur, entendent
s’assurer la domination des masses par des
manipulations biologiques ou psychiques. Pour décrire cet
univers de cauchemar,
Burroughs invente un style d’écriture qui
procède par collages de phrases, de
situations, de personnages empruntés à des
auteurs anciens ou modernes, tous
les genres traditionnels ou populaires se confondant dans une
contamination
frénétique.
Une
écriture de l’âge électronique
Le
séjour parisien de Burroughs entre 1958 et 1960, au
célèbre Beat Hotel de la
rue Gît-le-Cœur, se traduit par une phase intense
d’expérimentations. Le
peintre et poète Brion Gysin met au point la technique du cut-up
(découpage). Burroughs se
passionne pour les résultats de cette pratique:
«Même taillé en pièces et
recomposé selon la fantaisie de Bill, le texte de Rimbaud
était toujours
compréhensible et [...] les mots prenaient des
significations nouvelles, plus
fortes, plus cinglantes» (B. Gysin).
Ces jeux littéraires donnent lieu à des
compositions collectives qui remplacent les cadavres exquis. Burroughs
emploie
d’autres techniques, comme le fold-in
(pliage) et les permutations.
Les expériences accomplies avec Gysin seront
réunies par la suite dans un
volume intitulé The
Third Mind (Œuvre
croisée ,
1976). Ce sont ces méthodes
radicales qu’il met à contribution pour construire
la grande trilogie élaborée
entre 1960 et 1964. La Machine
molle
(1966) en constitue le
premier volet. Il s’agit d’une
épopée qui se déroule dans un
labyrinthe en
mouvement ou, mieux, au sein d’un kaléidoscope:
des lieux réels se confondent
avec des lieux imaginaires, et des figures se travestissant
inlassablement sont
entraînées dans le passé, le
présent, l’avenir. Le
Ticket qui explosa
(1967) et Nova Express
(1969) développent cet
«univers des puissances belliqueuses». Avec le
héros-cosmonaute, nous pénétrons
dans le Jardin des Délices (Dieu) avec ses Fours Nova, le
foyer de tous les
dualismes et de toutes les guerres, de tous les paroxysmes et de tous
les
phantasmes interdits, nous découvrons la Cité de
Minraud, le repaire des
hommes-insectes. La trilogie s’achève par une
insurrection générale contre les
forces coercitives, la «police biologique» ou
«police Nova».
Avec
ces œuvres, Burroughs excède violemment
les frontières du romanesque. Marshall McLuhan note
à ce propos qu’il «tente de
reproduire en prose ce dont nous nous accommodons chaque jour comme un
aspect
banal de la vie à l’âge
électronique. Si l’existence collective doit
être
transcrite sur le papier, il faut employer la méthode de
“non-histoire
discontinue”». La révolte transgressive,
carnavalesque et millénariste animant
les damnés évoluant dans ces zones troubles
où dominent la terreur et
l’abjection est théorisée dans un
traité intitulé La
Révolution électronique
(1971) que Burroughs écrit
après son installation à Londres. Et elle
constitue le moteur d’une œuvre
séparée en deux volumes, Les
Garçons sauvages
(1970) et Havre des saints
(1973), auxquels il faut
rattacher Exterminateur!
Là, Burroughs renonce aux cut-up
et aux méthodes
révolutionnaires qu’il a
privilégiées. Il se sert de modèles
comme le peep
show
et l’écriture hiéroglyphique. Les
métamorphoses des garçons
sauvages prennent une tournure dionysiaque, évoquent une
danse au-dessus du
volcan de l’ère moderne. Quand il rentre
à New York en 1974, Burroughs
entreprend un nouveau et ambitieux cycle romanesque. Celui-ci commence
avec Les
Cités de la nuit écarlate
(1981). Trois récits distincts
s’enchevêtrent: celui
des pirates qui créent leur république
à Libertatia au XVIIIe siècle,
l’enquête de Clem
Williamson Snide et la traversée des six cités
mythiques du désert de Gobi il y
a cent mille ans. Le cycle romanesque se poursuit avec Parages
des voies
mortes
(1983). Son héros, Kim Carson, parcourt le temps, de Boulder
en
1899 aux grandes plaines de l’Ouest américain
jusqu’à 2001. Dans ce western
métaphysique, Kim Carson «songe paresseusement
à sa mission – localiser
le chaînon manquant
dans la chaîne de l’évolution, remonter
aux racines du langage». Il se conclut
avec Les Terres occidentales
(1987), qui est une version
moderne du Livre des morts
égyptien .
Dans ces trois fictions,
Burroughs accentue le métissage sémantique,
empruntant des scènes appartenant à
Joseph Conrad ou à Denton Welch, des décors
caractéristiques des tableaux
d’Édouard Manet et d’Edward Hopper.
Burroughs s’est souvent exprimé en public ou dans la presse à propos de sa vision de la littérature. Ses conférences et ses articles sont réunis dans deux volumes encore inédits aux États-Unis, les Essais (1981 et 1984). Sa réflexion excède largement le champ de l’écriture. Sa représentation du monde, corrosive et sarcastique, dénonce avec véhémence les préjugés et les injustices qui rendent les sociétés occidentales invivables et virtuellement dangereuses pour l’avenir de l’humanité. Longtemps regardé comme un auteur marginal et subversif, William S. Burroughs est aujourd’hui considéré comme l’un des grands écrivains de la seconde moitié de ce siècle. Norman Mailer n’a pas hésité à affirmer qu’il est «le seul narrateur américain vivant qui puisse raisonnablement être considéré comme un génie».
William S. Burroughs est mort le 3 août 1997 des suites d'une
attaque cardiaque, à l'âge de 83 ans. En 2001 sont
parues ses "Dernières Paroles" (éd. Christian
Bourgeois).
BIBLIOGRAPHIE
(Sélection de livres parus en français)
Junky. 1953, Olympia Press (livre de poche coll. 10/18)
Les Lettres du Yage. 1955, Mille et Une Nuits
Le Festin Nu. 1959, Gallimard (livre de poche coll. )
La Machine Molle. 1961 (livre de poche coll. 10/18)
Le Ticket qui Explosa. 1962
Nova Express. 1965
Les Garçons Sauvages. 1971, Christian Bourgeois (livre de
poche coll. 10/18)
Le Havre des Saints. 1977, Flammarion
Les Cités de la Nuit Ecarlate. 1981 (livre de poche coll.
10/18)
New-York. 1989, Editions du Rocher
Lettres de Tanger à Allen Ginsberg. 1990, Christian Bourgeois
Les Terres Occidentales. 1990, Christian Bourgeois
Interzone. 1991, Christian Bourgeois
Entre Chats. 1994, Christian Bourgeois
Queer. 1995, Christian Bourgeois
L'ombre d'une Chance. 1995, Christian Bourgeois
Mon Education : Un Livre des Rêves. 1996, Christian Bourgeois
(poche coll. 10/18)
Essais (2 volumes). 1996, Christian Bourgeois
Le Complot. 1996, Editions de l'Herne
Oeuvre croisée (avec Brion Gysin). 1998, Flammarion
Ultimes Paroles. 2001, Christian Bourgeois
12 mai 2005
Corso
Corso
Gregory
Nunzio Corso est né à New-York le 26 mars 1930.
Sa mère, âgée de seulement 16 ans
lorsqu'elle donne naissance à Gregory, abandonne sa famille
et son fils un an après sa naissance pour retourner vivre en
Italie. Corso va donc passer la majeure partie de son enfance entre
orphelinats et maisons d'accueil. Son père se remarie alors
que Gregory est âgé de 11 ans, et il obtient la
garde de son fils, mais le jeune garçon fugue à
plusieurs reprises. Il est alors placé en pension, mais il
s'en échappe aussi. Durant son adolescence
agitée, il passe quelques mois dans une prison NYorkaise
(The Tombs) à cause d'une affaire de vol de radio.
Après avoir purgé cette peine il est
placé en observation à l'hôpital
Bellevue pendant trois mois. A l'âge de 17 ans, il est
reconnu coupable de vol et condamné à une peine
de trois ans de prison. Pendant son incarcération
à la "Clinton State Prison", il lit
énormément et commence à
écrire de la poésie. Après sa sortie
en 1950, il rencontre Allen Ginsberg, grace à qui il fera la
connaissance de Jack Kerouac et William Burroughs, ainsi que d'autres
artistes et écrivains NYorkais : la future Beat
Generation... En 1952 il travaille pour le "Los Angeles Examiner", puis
sert dans la marine marchande. En 1954 il travaille à
l'Université d'Harvard, où les
étudiants contribuent à la publication de son
premier recueil de poèmes "The Vestal Lady on Brattle and
other poems". Deux ans plus tard, il se rend à San Francisco
où Lawrence Ferlinghetti (City Lights Books) vient de
publier son recueil de poèmes "Gasoline". Il devient
célèbre et en 1957 il rejoint Kerouac et Ginsberg
pour une série de lectures et d'interviews. En 1958
paraît son poème le plus
célèbre, "Bomb", texte en forme de champignon
nucléaire. A partir de cette époque, il va
beaucoup voyager, notamment au Mexique et en Europe de l'Est. Ses
principales publications après "Gasoline" sont "The Happy
Birthday of Death" (1960), "The American Express" (1961), "Long Live
Man" (1962), "Elegiac Feelings American" (1970), "Herald of The
Autochthonic Spirit" (1981), "Mindfield" (1989). Il
décède des suites d'un cancer de la prostate,
chez sa fille Sheri Langerman à Minneapolis, le 17 janvier
2001, à l'âge de 70 ans.
BIBLIOGRAPHIE
The Vestal Lady on Brattle and other poems. Richard Brukenfeld, 1955
Gasoline. City Lights Books, 1958
A Pulp Magazine for the Dead Generation : poems with Henk Marsman. Dead
Language, 1959
The Happy Birthday of Death. New Directions, 1960
Minutes to Go (with Sinclair Beiles, William Burroughs and Brion
Gysin). Two Cities, 1960
The American Express. Olympia, 1961
The Minicab War : The Gotla War-Interview with Minicab Driver and
Cabbie. Matrix Press, 1961
Long Live Man. New Directions, 1962
Selected poems. Eyre & Spottiswoode, 1962
The Mutation of The Spirit. Death Press, 1964
The Geometric Poem. Cosmopresse, 1966
10 Times a Poem. Poets Press, 1967
Elegiac Feelings American. New Directions, 1970
Ankh. Phoenix Book Shop, 1971
The Night Last Night Was at Its Lightest. Phoenix Book Shop, 1972
Earth Egg. Unmuzzled Ox, 1974
Way Out : A Poem in Discord. Bardo Matrix, 1974
Herald of The Autochthonic Spirit. New Directions, 1981
Mindfield. Thunder's Mouth Press, 1989
Sentiments Elegiaques Américains. Christian
DEUX POEMES
MER EN VRILLE
Se noyer être cheveux lents
Être poisson-ménestrel
Un œil écarquillé qui effleure
L'épave sondée pour voir —
Pour descendre toujours se noyer
Descendre dans le conclave du calmar
Toit noir le ventre de la baleine
Sol d'huîtres le tombeau —
Mon fantôme marin remonte
Et des cheveux plus lents
d'argent strient mes yeux
Plus haut plus haut je tourbillonne
Et me demande où —
Respirer dans la coupe de Neptune
Pousser du coude brise et tempête
Palper la sirène
Rester pour attacher mes cheveux
À l'étrier de l'hippocampe —
Diane Di Prima
Diane
Di Prima
Diane Di Prima est née le 6 août 1934 à
Brooklyn, New York. Elle commence à écrire
dès l'âge de sept ans, et prend la
décision de faire de la poésie sa vie
à l'âge de quatorze. Son premier livre, "This Kind
of Bird Flies Backward", paraît en 1957.
Elle vit à Manhattan pendant plusieurs années, et
est considérée comme la femme écrivain
la plus importante du mouvement Beat. Entre autres
activités, elle participe à la fondation du "New
York Poets Theatre", et crée avec son mari Alan Marlowe une
maison d'édition, "The Poets Press", qui publiera 29 livres
de prose et poésie d'auteurs tels que Gregory Corso, Herbert
Huncke, et bien d'autres. Puis, avec Amiri Baraka (LeRoi Jones), elle
fonde une revue littéraire mensuelle, "The Floating Bear",
une des revues beat les plus importantes de l'époque, et qui
existera durant 10 ans.
À la fin des années soixante, elle passe beaucoup
de temps sur la route. Elle vit d'abord à New-York, puis
rejoint la communauté psychédélique de
Timothy Leary à Milbrook, avant de traverser le pays dans un
fourgon VW jusqu'à San Francisco. Là-bas, elle
étudie le Bouddhisme Zen, le Sanskrit et l'Alchimie,
écrit l'un de ses poèmes les plus
célèbres, "Loba", et élève
ses cinq enfants. De 1980 à 1986, elle enseigne les
traditions ésotériques en poésie, au
"New College of California". Son travail a été
depuis traduit en une douzaine de langues. En 1983, elle veut
appronfondir son étude du Bouddhisme et devient
l'élève de Chogyan Trunga Rinpoche.
Aujourd'hui, elle vit et travaille à San Francisco,
où elle est l'un des fondateurs et professeur du "San
Francisco Institute of Magical and Healing Arts". Ses derniers travaux
sont "Not Quite Buffalo Stew", un roman satirique sur la vie
californienne, une autobiographie parue sous le titre "Recollections of
My Life as a Woman", et un livre sur Shelley en tant que
poète-magicien.
Diane Di Prima a publié 31 livres, collaboré
à plus de 300 revues et magazines littéraires,
est apparue dans 70 anthologies. Ses poèmes ont
été traduits en une trentaine de langues.
BIBLIOGRAPHIE
This Kind of Bird Flies Backward. Totem Press, 1957
Various Fables from Various Places. G.P. Putman, 1960
Dinners and Nightmares. Corinth Press, 1961
The New Handbook of Heaven. Auerhan Press, 1962
The Man Condemned To Death. 1963
Poets Vaudeville. Feed Folly Press, 1964
Seven Love Poems for The Middle Latin. Poets Press, 1965
Haiku. Love Press, 1966
New Mexico Poem. Poets Press, 1967
Earthsong. Poets Press, 1967
Hotel Albert. Poets Press, 1968
War Poems. Poets Press, 1968
L.A. Odyssey. Poets Press, 1969
Memoirs of a Beatnik. Olympia Press, 1969
The Book of Hours. Brownstone Press, 1970
Kerhonkson Journal. Oyez Press, 1971
Revolutionary Letters. City Lights Books, 1971
The Calculus of Variation. Eidolon Editions, 1972
The Floating Bear. Laurence McGilvery, 1973
Loba (Part I). Capra Press, 1973
Freddie Poems. Eidolon Editions, 1974
Selected Poems : 1956-1975. North Atlantic Books, 1975
Loba (Part II). Eidolon Editions, 1976
The Loba as Eve. The Phoenix Book Shop, 1977
Loba (Parts I-VIII). Wingbow Press, 1978
Memoirs of a Beatnik (réedition). Last Gasp Press, 1988
The Mysteries of Vision. Am Here Books, 1988
Wyoming Series. Eidolon Editions, 1988
Pieces of a Song : Selected Poems. City Lights Books, 1990
Seminary Poems. Floating Island, 1991
The Mask Is the Path of the Star. Thinker Review International, 1993
Zip Code. Coffeehouse Press, 1994
Recollections of My Life as a Woman. Viking Press, 2001
John Clellon Holmes
John
Clellon Holmes
John Clellon Holmes est né le 12 mars 1926 à
Holyoke, Massachussets. Il fréquente très
tôt les milieux littéraires de New-York et
rencontre Jack Kerouac, alors encore inconnu. Une solide
amitié, basée sur leurs aspirations
d'écrivains, se noue entre les deux jeunes hommes. En 1948,
Holmes demande à Kerouac quel terme pourrait
décrire les caractéristiques de sa
génération, et celui-ci répond avec le
terme "Beat Generation". En 1952 est publié le roman de
Holmes, "Go", où il décrit, cinq ans avant "Sur
la Route", les tribulations de Kerouac, Ginsberg et Cassady. Go attire
l'attention des médias et The New-York Times Magazine
demande à Holmes d'écrire un article sur
l'univers dont il est question dans son roman. Se souvenant de la
phrase de Kerouac pour qualifier cette
génération, il titre l'article "This is the Beat
Generation". Le terme est désormais connu du grand public.
Holmes est mort le 2 mars 1988 à Middleton, Connecticut, en
laissant derrière lui trois romans, des poésies,
des essais.
BIBLIOGRAPHIE
Go. 1952 (roman)
The Horn. (roman)
Get Home Free. (roman)
Night Music : Selected Poems. (poésie)
Passionate Opinions. (essai)
Displaced Person : The Travel Essays. (essai)
Representative Men : The Biographical Essays. (essai)
13 mai 2005
Philip Lamantia
Philip Lamantia
Philip Lamantia est né le 23 octobre 1927 à San
Francisco. Il commence à écrire de la
poésie très tôt, alors qu'il est
à l'école primaire. Plus tard, il lit les
œuvres d'Edgar Allan Poe et H.P. Lovecraft et se fait
renvoyer quelques jours de son collège pour
"délinquance intellectuelle". À l'âge
de seize ans, il découvre le surréalisme
à travers Miro et Dali, et commence à
écrire de la poésie surréaliste. Peu
après il déménage à
New-York pour y rencontrer les surréalistes
français exilés pendant la guerre, et parmi eux
André Breton, qui reconnaît
immédiatement son talent. En 1943, des poèmes de
Lamantia sont publiés par André Breton dans VVV,
revue surréaliste américaine. Son premier livre,
Erotic Poems, est publié en 1946, Philip Lamantia a 19 ans.
En 1950, il se rend à New-York où il se lie
d'amitié avec Carl Solomon, Allen Ginsberg et Jack Kerouac,
ainsi que d'autres membres de ce qui deviendra quelques
années plus tard la Beat Generation. Lamantia est l'un des
six poètes de la lecture d'octobre 1955 à la 6
Gallery. Il est le premier à monter sur scène et
lit ses poèmes ainsi que ceux d'un de ses amis, John
Hoofman, qui vient de mourir d'une overdose de peyotl à
Mexico. Son second livre, Ekstasis, est publié
après cette soirée. En 1959, il se rend
à Mexico puis en Europe où il vivra durant les
années 60 avant de revenir à San Francisco.
Considéré plus ou moins correctement comme un
poète beat, il est en tout cas celui qui a le plus
puisé dans les découvertes du
Surréalisme et apparaît comme le lien entre la
révolution surréaliste des années 20
en France et la Beat Generation. Son travail et sa
personnalité ont influencé beaucoup d'auteurs,
bien au-delà du cercle beat. Lamantia vit aujourd'hui
à San Francisco où il écrit toujours
de la poésie et fréquente les milieux de
l'avant-garde.
BIBLIOGRAPHIE
Erotic Poems. Bern Porter Books, 1946.
Ekstasis. Auerhahn Press, 1959.
Destroyed Works. Auerhahn Press, 1962.
Touch of the Marvelous. Oyez, 1966.
Selected Poems 1943-1966. City Lights Books, 1967.
The Blood of the Air. Four Seasons Foundation, 1970.
Becoming Visible. City Lights Books, 1981.
Meadowlark West. City Lights Books, 1986.
Bed of Sphinxes: New and Selected Poems 1943-1993. City Lights Books,
1997.


























