Cyberpunk et Hacking - Stanislas kazal underground blog

Stanislas kazal underground blog

contre-culture,réflexions, poésie,cinéma de genres et d'auteurs, musiques, société,critiques,littérature, arts, révoltes, mousse au chocolat et couscous.....

03 avril 2005

le manifeste Hacker

 

Le manifeste hacker PAR The Mentor    

Ce qui suit a été écrit peu après mon arrestation...    

La conscience d’un hacker

Un autre a été pris aujourd’hui, c’est dans tous les journaux. « Un adolescent arrêté dans un scandale de crime informatique. » « Arrestation d’un Hacker après des tripatouillages bancaires. »     Saleté de gosses. Tous pareils.     Mais vous, dans votre psychologie trois-pièces et dans votre technocervelle des années 50, avez-vous jamais regardé derrière les yeux du hacker ? Est-ce que vous vous êtes jamais demandé ce qui le déclenche, quelles forces lui ont donné forme, qu’est-ce qui a bien pu le modeler ?     Je suis un hacker, entrez dans mon monde...     Mon monde est un monde qui commence avec l’école... Je suis plus intelligent que la plupart des autres gosses, ces conneries qu’ils nous apprennent m’ennuient...     Ces fichus élèves en situation d’échec. Ils sont tous pareils.     Je suis dans un collège ou un lycée. J’ai écouté les profs expliquer pour la quinzième fois comment réduire une fraction. Je le comprends. " Non, Mme Smith, je n’ai pas montré mont ravail. Je l’ai fait dans ma tête... "     Fichu gosse. Il l’a probablement copié. Tous pareils.     J’ai fait une découverte aujourd’hui. J’ai découvert un ordinateur. Eh attendez, c’est cool. Il fait ce que je veux qu’il fasse. S’il fait une erreur, c’est parce que j’ai merdé. Pas parce qu’il ne m’aime pas...     Ou qu’il se sent menacé par moi...     Ou qu’il pense que je suis un petit malin...     Ou qu’il n’aime pas enseigner et ne devrait pas être là...     Fichu gosse. Tout ce qu’il fait, c’est jouer à des jeux. Tous pareils.     Et ensuite, c’est arrivé... une porte s’est ouverte sur un monde... on envoie une pulsation électronique, qui fonce le long des lignes téléphoniques comme l’héroïne dans les veines d’un drogué, on recherche un refuge contre les incompétences quotidiennes... on trouve une planche de salut...     « C’est ça... c’est là qu’est mon appartenance... »     Je connais tout le monde ici... même si je ne les ai jamais rencontrés, je ne leur ai jamais parlé, n’entendrai peut-être jamais plus parler d’eux... je vous connais tous...     Tu peux parier, y’a pas à tortiller, qu’on est tous pareils... à l’école, on nous nourrissait à la petite cuillière de blédine pour bébé alors que nous avions faim de steack... les bouts de viande que vous nous refiliez étaient prémâchés et sans goût. Nous avons été dominés pas des sadiques, ou ignorés par des apathiques. Les quelques-uns qui avaient quelque chose à nous apprendre trouvaient en nous des élèves pleins de bonne volonté, mais ce petit-nombre là, c’était comme des gouttes d’eau dans le désert.     Voici notre monde maintenant... le monde de l’électron et de l’interrupteur, la beauté du bit. Nous utilisons un service déjà existant sans payer pour ce qui pourrait valoir des clopinettes si ce n’était pas administré par des gloutons profiteurs, et vous nous traitez de criminels. Nous explorons... et vous nous traitez de criminels. Nous cherchons le savoir... et vous nous traitez de criminels. Nous existons sans couleur de la peau, sans nationalité, sans parti pris religieux... et vous nous traitez de criminels. Vous construisez des bombes atomiques, vous faites la guerre, vous tuez, vous trompez et vous nous mentez et vous tentez de nous faire croire que c’est pour notre bien, mais c’est nous les criminels.     Oui, je suis un criminel. Mon crime est celui de la curiosité. Mon crime est de juger les gens pour ce qu’ils disent et pensent, pas pour ce qu’ils ont l’air. Mon crime est d’être plus fort que vous, ce que vous ne me pardonnerez jamais.     Je suis un hacker, et ceci est mon manifeste. Vous arrêterez peut-être cet individu-ci, mais vous ne pouvez nous arrêtez tous... après tous, nous sommes tous pareils.    

Ecrit le 8 janvier 1986

Posté par kazal à 18:38 - Cyberpunk et Hacking - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

l'ethique du hack moderne

L’éthique du hack moderne    

Les hackers sont une espéce d’humains (ou d’aliens) qui utilisent la technologie de maniére créative pour continuer à « apprendre en faisant » dans le domaine de la technologie. Le hack est bien plus que le simple plaisir de prendre le contrôle d’un ordinateur tenu par des gens qui ont dépensé beaucoup d’argent et d’années d’étude pour être capables de diriger ces machines.     Il faut voir le « plaisir de déconner avec les ordinateurs de l’armée américaine » éprouvé par des 14-17 ans dans le contexte de la situation sociale de teenagers que le football ou la discothéque n’amusent pas, mais qui se sentent réussir quelque chose en explorant des systémes informatiques. Les ordinateurs leur semblent simplement plus sexy que les filles maquillées qui regardent de haut leur insécurité - et plus faciles, en tout cas, à maîtriser. Mais le hacking a aussi un côté sérieux - qui n’a pas grand-chose à voir avec la fascination de la technologie. Il croit en la liberté de l’information.     Entre ces deux faces du hacking, se tient la compréhension de la technologie - celle du systéme téléphonique ou des ordinateurs en réseau. Une compréhension qui inclut évidemment la compréhension des objectifs de la technologie. Les ordinateurs n’ont jamais été faits pour garder l’information secréte. Ils ont été conçus pour traiter, distribuer et organiser l’information - pas pour la cacher à quelqu’un. Il s’est passé la même chose avec le téléphone ; on l’a inventé pour que les gens se parlent. Ensuite est venu le compteur d’unités - une technologie « ajoutée ». Comme on a ajouté des logiciels aux ordinateurs pour éviter que tout le monde puisse accéder à une information.     Le « hacking » devient plus sérieux quand il se base sur ce bon côté de la technologie pour en tirer un programme politique - nous entendons par là l’organisation active de la vie, et non la merde qu’on nous fourgue aujourd’hui sous le nom de politique. L’éthique du hacker a été créée au MIT, et comprend six régles :        

1 L’accés aux ordinateurs - et à tout ce qui peut nous apprendre comment le monde marche vraiment - devrait être illimité et total.

2 L’information devrait être libre et gratuite.

3 Méfiez-vous de l’autorité. Encouragez la décentralisation.

4 Les hackers devraient être jugés selon leurs oeuvres, et non selon selon des critéres factices comme la position, l’âge, la race ou les diplômes.

5 On peut créer l’art et la beauté sur un ordinateur.

6 Les ordinateurs sont faits pour changer la vie.     Il n’est pas nécessaire de lire Hackers, le livre de Steven Levy, pour réaliser que c’est l’esprit des années 70 qui souffle dans ces principes. Au MIT, le besoin de libérer l’information répondait à un besoin pratique de partager le savoir pour améliorer les capacités de l’ordinateur.

Aujourd’hui, dans un monde où la plupart des informations sont traitées par ordinateur, ce besoin est resté le même - mais il s’étend à tous ceux qui vievent sur cette planéte et ont l’intention d’y faire quelque chose, plus seulement aux fondus de l’ordinateur !     Le hack était (et est encore) la meilleure solution à un probléme - exprimé dans un trés court code de software (« software » contenu dans le cerveau humain inclus). « L’information est le pouvoir » est une réponse un peu trop facile pour expliquer le désir de rendre toute l’information libre. Mais la pensée anarchiste (au sens où les choses pourraient trouver leur ordre sans recours à des structures d’autorité) qui vise à agrandir la capacité d’action en donnant l’information au peuple joue un grand rôle dans le jeu du hack. Les services secrets sont les ennemis naturels du hacker - parce qu’ils institutionnalisent le secret d’état. D’un autre côté, il existe aussi un besoin de protéger la vie privée dans une société d’information - en utilisant la cryptographie. La version actuelle des principes du hack a donc deux régles de plus, qui prennent en compte le nouveau rôle des ordinateurs dans la société : 

1 Ne jouez pas avec les données des autres.

2 Favorisez l’accés à l’information publique, protégez le droit à l’information privée.    


Le hacking est bien plus qu’une simple connaissance de la technologie. Parvenir à se procurer une information qu’on ne veut pas donner au public, et la diffuser largement, c’est aussi cela, être un hacker.
 

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04 avril 2005

cyber punk

 

Le cyberpunk, contre-culture des années 90 ?

LE QUARTIER CHAUD DE LA COMMUNAUTÉ VIRTUELLE    

Alors que la zone amorphe appelée cyberspace est en train de devenir une réalité, il est clair que son territoire n’est pas ce que nombre de ses défenseurs voudraient bien qu’il soit. Le cyberspace aurait dû être un milieu aseptisé, hiérarchisé, propre et homogène, comme une salle des commandes du Pentagone, puisque, après tout, l’ARPAnet (devenu aujourd’hui l’lnternet), avait été conçu à l’origine pour rendre plus efficace l’automation du warfare... Et lorsque les cerveaux du NSFNet [1] ont commencé à l’utiliser, ils lui imprimèrent leur propre marque de propriété - selon leur modèle de prédilection qui est celui du laboratoire scientifique hermétiquement clos, de la tour d’ivoire de la recherche pure, sans limites, et du discours ininterrompu. Ces deux modèles, la salle de commandes militaire et le laboratoire scientifique, ont été les premières bases pour les réseaux d’ordinateurs. Mais arrivèrent bientôt les trouble-fêtes. Leur modèle était différent - la Chiba City du Neuromancien de William Gibson [2]. Une cité-taverne réputée speedée, dangereuse, exotique et sauvage. Les partisans enthousiastes de la « communauté virtuelle » virent de nombreuses possibilités pour les nouvelles technologies télématiques. Les gens pouvaient ainsi se retrouver autour d’intérêts et de projets communs, y compris lorsque la séparation géographique aurait normalement dû rendre cela impossible. Le réseau pouvait réunir des techniciens, des artistes, des poètes, des philosophes et des activistes autour de nouveaux projets pour transformer la société. Mais leur vision restait encore plutôt ascétique. Elle ne laissait aucune place à la plaisanterie, aux échanges, aux conflits, aux vantardises, à la propagande ou aux aventures. Leurs communautés, si elles avaient vu le jour, auraient bien trop ressemblé à ces projets banlieusards de vie communautaire - vous savez, ces espaces cloîtrés à l’écart du reste du monde, avec des perspectives parfaitement ordinaires et des halls d’entrée prétentieux. Mais les nouveaux invités indésirables étaient des enfants des faubourgs (inner city). Les faubourgs de l’imagination au moins, si ce n’est ceux du « monde réel. » Dès la moitié des années 80, il était évident que le cyberspace avait de nombreuses zones-frontières où tout type de bandits et d’artistes de l’arnaque pouvaient exercer leurs talents. Ces gens n’étaient pas tous de joyeux et heureux voyageurs des Super Autoroutes de l’information. Certains d’entre eux ne s’en cachait pas. Ils voulaient mettre la pression sur le système, jeter un grain de sable dans le bouillonnant mécanisme de connexion des compagnies de télécom. Il y avait déjà eu des prédécesseurs : les hackers du MIT, convaincus qu’il n’existait pas de porte verrouillée, ou de mot de passe, qui constitue un obstacle, les « phreaks » des années 70 qui pratiquaient les téléconférences à vingt grâce au blueboxing [3], et les « pirates » qui pensaient qu’aucune protection de logiciel ne devait échapper au crackage. C’était les enfants à problèmes de l’« Opération Sundevil » [4]. Ils lisaient un genre particulier de S-F qui proposait un futur dystopien et techno-entropique. Le nom de ce genre littéraire était le cyberpunk. Hacker la vieille contre-culture Pendant longtemps, une des certitudes de la pensée politique américaine fut l’existence d’un cycle de trente ans qui verrait s’alterner conservatisme et expérimentation dans la politique de l’Union. Dans les années 80, l’Amérique sort juste alors d’une décade de conservatisme, et tout le monde s’attendait ce que quelque chose dans le genre des années 60 ait de nouveau lieu au cours des années 90. Pour aller à la rencontre de cette rétro-expectative, les concepteurs de mode s’exécutèrent vivement, recyclant tout un tas de choses : des sandales hippies aux vestes Nehru. Personne ne pouvait imaginer ce que les années 90 apporteraient - on parlait de nouvelle sensibilité fiscale, de nouveau comportement de repli sur le privé (cocooning), et peut-être même d’une nouvelle simplicité. Rien qui ne ressemble véritablement à une contre-culture ; juste un retranchement culturel. C’est alors que le Time magazine, ce grand baromètre de la vie américaine, nous a indiqué ce que serait la contre-culture : le cyberpunk. Une nouvelle explosion juvénile était sur le point d’advenir - mais c’était une Xplosion de génération, qui entendait rester dans les airs plutôt que dans les rues. On s’est vite rendu compte que cette nouvelle contre-culture n’était pas exactement comme l’ancienne. Ils préféraient les raves, avec leur musique digitale hyper-accélérée et remixée, aux simples mélodies acoustiques du folk ; leur drogue de prédilection était l’Ecstasy et non l’herbe. Ceux-ci n’étaient pas les enfants-fleurs New Age en attente du « peace and love » ; au contraire c’était les hip-hoppers New Edge la recherche du « tech and cred » [5]. Plutôt que d’êtres porteurs d’une sorte de romantisme du « retour à la nature », ces gens préféraient e désordre urbain de la ville, voyant la technologie non comme l’ennemi, mais comme une arme choix pour eux. Leurs héros n’étaient pas les hippies de People’s Park -- au contraire, ils ont choisi comme saints les pionniers de la radio pirate. Il n’y a rien de surprenant à ce que de vieilles personnalités de la contre-culture comme Timothy Leary, John Perry Barlow et Robert Anton Wilson aient rapidement rejoint leurs rangs, proclamant que le cyberpunk serait la prochaine vague de lutte contre le système et tout ce qu’il représente. Il y avait des similitudes superficielles bien sûr. Les cyberpunks ont un curieux enthousiasme pour les produits neurochimiques, en particulier pour ceux dont ils disent qu’ils accroissent l’énergie, l’intelligence ou la mémoire, mais ils refusent l’idée que les drogues puissent conduire à une quelconque paix et harmonie mystique. Ils se tiennent à l’écart de l’activisme politique, de la désobéissance civile et des marches de protestation. Ils préfèrent plutôt une forme plus essentielle de guérilla - qui utilise les lignes téléphoniques en lieu et place des piquets de grève. Il ne sert à rien de demander à L’Homme quoi que ce soit. Il suffit de saisir ton clavier et de prendre ce que tu veux de lui, parce qu’il ne te le donnerai pas. Défier les normes de l’ordre émergeant de l’information Pour que le cyberpunk soit une contre-culture, il lui fallait une culture contre laquelle se rebeller. Et ce n’est certainement pas ce qui manquait. Il y avait la culture des entreprises multinationales, qui voyaient l’information comme une chasse gardée ; la culture de la nouvelle économie de l’information et des services, qui ne proposait à nos rebelles sans grands moyens que des places de programmeurs chez McJobs ou McData ; et la culture de l’establishment informatique qui posait tout un tas de règles stupides sur où l’on pouvait aller et où l’on ne pouvait pas aller dans le cyberspace. Le slogan de la vieille contre-culture était « Faites l’amour, pas la guerre. » C’est mignon. Mais le slogan de la nouvelle contre-culture était bien moins romantique, et plus concret. « L’information veut être libre. » Le caractère rebelle de ce slogan n’est pas évident au premier abord. Mais lorsque vous y pensez, il est aussi dangereux que tout autre manifeste. Il fait référence à tout type d’information. Comment écouter aux portes de tout un chacun. Comment trafiquer des distributeurs ou des téléphones publics. Comment produire des K7 pirates de concerts. Comment accéder à des informations gouvernementales confidentielles. Comment écrire des virus. Comment écrire des bombes logiques qui paralysent des systèmes informatiques. Comment s’introduire sur les messageries vocales des grandes entreprises. Comment utiliser des satellites ou le câble sans payer. Comment fabriquer une bombe artisanale ou produire son propre LSD. Comment saboter son poste de travail. Comment pénétrer dans les banques de données. Jusqu’à comment obtenir des informations sur autrui - des choses que l’on peut considérer comme relevant de l’intimité - et comment les utiliser contre eux. Dans un ordre multinational de l’information, où les éditeurs de films, de logiciels, de livres et d’autres formes d’information cherchent en permanence à établir un standard monopolistique de propriété intellectuelle (avec des traités comme le GATT), de façon à ce que personne d’autre ne puisse leur soustraire les paquets de dollars (surtout pas quelqu’un du tiers-monde) ; où les autres corporate cherchent avec zèle à protéger leurs « secrets professionnels » de tout espionnage industriel, le slogan « L’information veut être libre » sonne comme le tic-tac d’une bombe à retardement. Les entreprises multinationales veulent un contrôle total sur l’information pour s’accaparer les données qui mettent en évidence leur pénétration du marché et les opportunités d’investissement. L’information est le nerf vital des multinationales, parce qu’elles doivent en permanence avoir l’œil sur les marchés financiers un peu partout dans le monde. Si quelqu’un reste là à semer la pagaille dans la tuyauterie, les CEO [6] deviennent de façon compréhensible un peu nerveux. Détenir le pouvoir à l’ère cybernétique A mesure que les ordinateurs contrôlent toujours plus d’aspects de la société, ceux qui peuvent contrôler ces ordinateurs détiennent plus de pouvoir, c’est là quelque chose de l’ordre de l’évidence. Les ordinateurs guident notre système de transport, administrent nos affaires, se permettent de communiquer l’un avec l’autre, automatisent de nombreux aspects de notre vie et conservent une grande quantité d’informations sur toutes ces choses et sur nous tous. Ils font l’affaire de l’État et des entreprises. Ils sont, donc, la cible évidente de la rage des mécontents. Tu n’aimes pas ton chef ? Redirige tous ses appels téléphoniques extérieurs vers une ligne érotique. Tu n’aimes pas ton professeur ? Fait irruption sur l’ordinateur de l’école et « fixe » toi-même ta note. Tu n’aimes pas tes fréquentations ? « Corrige » juste le taux d’intérêt de leur compte bancaire. La société t’irrite ? Désynchronise les feux tricolores du centre ville. Le gouvernement te rend fou ? Bombarde chaque numéro de fax de la présidence de la République avec des dessins de Zippy the Pinhend. Il y a tant de gens qui sont dépendants des ordinateurs dans leur vie que tout groupe qui réussi à en prendre le contrôle acquiert un grand pouvoir. Les cyberpunks savent cela. Souvent ils proclament qu’il y a une mission sociale élevée dans leurs méfaits. En s’introduisant dans le système téléphonique, ils veulent prouver que celui-ci n’est pas fiable. En pénétrant les systèmes de sécurité, ils proclament qu’ils veulent montrer combien est ridicule la confiance que la société place dans la technologie pour sa propre sécurité. En lisant votre courrier électronique, ils veulent que vous preniez conscience que le gouvernement aussi est probablement en train de le faire, et que vous devez vous protéger par le cryptage. Les auteurs de virus/bombes logiques/chevaux de Troie se considèrent comme l’avant-garde du mouvement - ils sont le Wether Underground [7]du cyberpunk. Les ordinateurs contrôlent trop d’aspects de nos vies - il est inutile de hacker ici ou là dans le système. Il faudrait les éteindre tous. Infecter un ordinateur gouvernemental avec un virus n’est pas juste un divertissement. C’est du terrorisme politique. Imaginez ce qui se serait passé si, pendant la guerre du Golfe, quelqu’un avait été capable d’infecter avec un virus le système militaire C3I et de paralyser ainsi la capacité de coordination des forces armées US. Une chose pareille aurait arrêté la guerre bien plus rapidement que n’importe quel sit-in pacifiste. À l’ère cybernétique, l’action directe assume une signification nouvelle. L’« organisation sociale » de l’underground informatique Il y a quelques années Gordon Meyer a écrit un article ainsi intitulé. En substance, il avait choisi de voir l’underground informatique comme une confédération libre d’organisations criminelles. C’est ainsi aussi qu’en général les services secrets voient les choses, bien que les partisans du cyberpunk objectent que leurs actions ont une grande importance sociale et politique ; c’est du moins ce qu’affirment leurs manifestes. En tout état de cause, si le cyberpunk avait réellement été une sorte de mouvement contre-culturel, on pourrait s’attendre à y trouver une quelconque forme de solidarité ou de coopération. Le cyberpunk a visiblement échoué de ce point de vue, parce qu’il semble bien qu’il n’y ait aucune « finalité » commune pour le mouvement. Il y a des gens qui pratiquent le hacking ici ou là, mais sans aucune coordination, ni objectifs ou structures communs. Les cyberpunks sont connus pour s’espionner les uns et les autres et pour s’opposer les uns aux autres. Et pour se poignarder dans le dos par n’importe quel moyen. La paranoïa des hackers est légendaire - ils ne croient personne, et dans la mesure où beaucoup d’entre eux ont recours au « social engineering » [8] pour rouler les gens, ils s’attendent à ce que les autres fassent de même avec eux. Il n’y a pas de colère qui égale celle du cyberpunk humilié. Ils inventent des stratagèmes incroyables pour se venger de celui qui prétend être bien meilleur hacker qu’eux. C’est là que le cyberpunk ne réussit pas à être une véritable contre-culture. Malgré les slogans et les manifestes, il ne semble pas y avoir de valeurs communes. Il y a des tentatives pour faire émerger une éthique du hacker - vous pouvez distribuer les logiciels piratés au lieu de les vendre pour votre seul profit, etc. - mais sans effort pour la renforcer et en faire un véritable standard. Beaucoup de membres de l’underground informatique n’ont réellement pas le moindre sens d’une grande mission sociale dont seraient porteuses leurs activités. C’est juste une façon pour eux d’obtenir gratuitement des choses dont ils ont envie et d’aller dans des lieux où ces sales grandes personnes les contraignent à payer des droits d’entrée exorbitants. Ils peuvent voler le code confidentiel de carte téléphonique d’une petite vieille avec la même prestance qu’ils voleraient le service WATTS d’une grande entreprise. Il ne semble pas réellement y avoir d’organisation sociale de l’underground digital, parce que la plupart des cyberpunks sont des solitaires, travaillant pour leur propre compte. Certains se rassemblent en groupes comme TAP ou 2600, mais ils le font uniquement pour s’échanger des codes, des hacks ou d’autres informations - il n’y a pas de réels efforts pour collaborer sur des projets. Les sociologues ne savent vraiment pas ce qu’est réellement la population de l’underground informatique. La plupart pensent que le cyberpunk moyen est un mâle américain, blanc, des classes moyennes ; un adolescent socialement inepte à l’hygiène douteuse. C’est peut-être cela la moyenne démographique, mais personne n’a jamais fait d’étude pour le comprendre. Ce portrait masque l’internationalisation croissante des échanges entre hackers, alors que le Tiers-monde commence à se lasser du monopole de l’information du « Premier monde. » En fait, en dehors des USA, la dimension politique du cyberpunk retient plus l’attention, parce que les motivations du vol informatique correspondent à un réel besoin, et non au fruit d’un ennui banlieusard et d’une rebellion adolescente. Cyberpolitique : existe-t-elle vraiment ? Alors que peu de cyberpunks sont clairement politiquement actifs, au sens classique du terme (beaucoup ne votent pas), dans leurs discussions entre eux un sens politique implicite se fait jour. Le système de valeurs de base de la plupart des cyberpunks est le libertarisme [9]. Le gouvernement n’a absolument aucun droit de vous dire ce que vous pouvez faire ou ne pas faire avec votre modem, ou quelles informations vous pouvez acquérir ou envoyer, ou ce que vous mettez dans votre corps, ou ce que vous pouvez faire avec votre argent Pour la plupart l’intimité (privacy) est une question importante -ils sont fatigués que le gouvernement lise leur courrier ou conserve des données les concernant (qui surveille le surveillant après tout ?), ils utilisent donc des méthodes de cryptographie pour protéger leurs communications et leurs échanges. Depuis que théorie et technologie du cryptage de données sont supposées être (en théorie) sous le seul contrôle de la National Security Agency (le code/chiffre est classé comme « munitions » au regard de l’exportation), fournir aux gens des clefs d’accès publiques est aussi un acte de rébellion. Les membres de l’underground informatique (CUers) qui pratiquent cela sont nommés les « cypherpunks « , et ils pensent que les gens doivent utiliser le cryptage pour se protéger de l’État, et le cassage de code pour accéder aux informations réservées et jalousement gardées. Certains « cypherpunks » pensent que le cryptage pourrait finalement détruire l’État - si quelqu’un crypte ses transactions financières, l’imposition deviendrait impossible. Ce n’est pas sans raison que beaucoup d’entre eux sont appelés « cryptoanarchistes. » La cyberpolitique est à la base substantiellement influencée par ce qui se passe dans la culture en général. Théorie du chaos, postmodernisme, dadaïsme et situationnisme (en particulier chez ce dernier l’utilisation du canular élaboré et du détournement culturel pour éreinter le « spectacle ») influencent le pessimisme des politiques du cyberpunk. Le cyberpunk prend appui sur les détritus que rejette la société - lambeaux de manuels de systèmes téléphoniques, équipements électroniques mis au rencard et sorties imprimante de mots de passe périmés - pour une bonne part de de leurs activités. Dans une large mesure, sa politique est juste une forme de parasitisme. La société n’est pas en voie d’amélioration, mais les plus intelligents des « cow-boys des consoles » seront les mieux préparés pour exploiter la situation et la tourner à leur avantage. Poudre aux yeux et mystification : réflexions sur l’« info-crime » Si vous rentrez chez quelqu’un, sans rien y prendre de valeur et fermez la porte en repartant, aurez-vous commis un délit ? Qu’en est-il si vous changez la disposition des posters sur le mur, ouvrez et fermez tous les tiroirs, et recopiez tout ce qu’il y a de noté dans le carnet personnel, mais toujours sans rien prendre de valeur ? Avez-vous commis un délit ? Qu’en est-il si vous recopiez ce qu’il y a dans le journal intime du propriétaire des lieux, ou encore si vous utilisez la chaîne hi-fi ou si vous cassez les verres ? Là les choses deviennent un peu plus délicates. C’est ce qui se passe avec le fait de hacker un ordinateur. Beaucoup de ces « intrus » commettent des actes malveillants - effacer des données, déposer un cheval de Troie, des bombes logiques ou des virus, lire le courrier personnel, ou harceler d’autres usagers. Et puis il y a ceux qui pénètrent les systèmes informatiques avec les mêmes motivations que pour l’ascension du Mont Everest. Parce qu’il est là. Si quelqu’un pénètre dans un ordinateur, copie des informations par ailleurs disponibles publiquement, sans rien effacer ni changer, il ne laisse pratiquement pas de traces de son passage. Cependant, de nombreux administrateurs de réseaux informatiques sont justement formés pour relever les éventuels signes de telles « intrusions. » Pénétrer dans un ordinateur, tout comme pénétrer dans une maison, est défini comme un délit. Mais il me semble que la véritable activité criminelle concerne ce que vous faîtes une fois que vous êtes à l’intérieur. Et si vous laissez quelque chose de mignon (peut-être des fleurs) pour celui qui habite là ? Ou alors un petit mot pour dire quelque chose du genre « vous avez besoin d’une meilleure serrure » ? C’est ce qui semble le plus « embarrassant » par rapport aux lois en vigueur sur le crime informatique. Outre le fait qu’elles sont pratiquement inapplicables. Presque tout le monde conviendra probablement qu’il n’est pas correct de voler des codes de cartes téléphoniques ou de cartes de crédit à des personnes confiantes et innocentes, ou de piocher dans leur compte en banque. Mais qu’en est-il pour le blueboxing et le fait d’ « emprunter » un peu de service téléphonique à AT&T ? C’est-à-dire que vous passez un coup de fil d’une valeur de 15 $ gratuitement. Rien de comparable avec le fait que les entreprises de télécommunication et de services câblés pressent le client comme des citrons. Et, alors que la copie « pirate » de logiciels est un délit, ce type de vol est apparemment un des plus répandus dans le monde, dans la mesure où très peu de gens respectent les instructions précises et explicites des licences d’utilisation qui interdisent la copie - licences qui vous donnent accès à l’utilisation du programme (lisez la notice) et non au code du programme lui-même ! Si les émeutes de Los Angeles ont été une « rébellion », certains de ces « crimes » informatiques peuvent-ils aussi alors être définis comme une insurrection ? Et qu’en est-il des vieux « hackers » et des vieux « punks » ? Steven Levy et d’autres, qui connaissaient les premiers hackers du MIT, deviennent fous. Ce qui les rend furieux c’est que ces « hooligans » des années 90 aient usurpé le nom de « hackers. » Ils préféreraient que ces gens soient appelés des « crackers », parce qu’ils ne respectent pas la « noble éthique hackers » des hackers du MIT - rendre la technologie accessible à tous ; décentraliser l’information ; créer des codes sources compréhensibles plutôt qu’élégants. Tout objet qui comportait un minimum de composants technologiques et était employée à un usage autre que celui prévu à l’origine (probablement parce que mal conçue) était un « hack. » Ce que Levy objecte c’est que les hackers originaux tentait de diffuser de l’information aux masses et non de l’accumuler à leur seul profit ou pour potentialiser leur agenda électronique. Des gens qui préféraient « programmer plutôt que dormir », et qui ont fait la révolution de l’ordinateur personnel (personnal computer) qui a libéré l’Amérique. Bon, d’accord. Mais certaines personnes ont fait remarquer à Levy que les premiers hackers n’étaient pas si différents après tout. Beaucoup d’entre eux s’en sont sortis avec des manœuvres tout aussi élaborées pour voler du temps d’utilisation sur l’ordinateur central de l’Université - c’était, eux aussi, des « envahisseurs d’ordinateurs « qui trouvaient aussi des moyens de soutirer quelque chose au distributeur de Coca-Cola et au téléphone public. De nombreux cyberpunks soutiennent que cette dichotomie (cracker = fourbe, méchant, dangereux, destructeur, etc. et hackers = ouvert, conscient, honnête, constructif, etc.) est totalement fausse, et que Levy pêche par une bonne dose de romantisme. près tout, n’est-ce pas Wozniak et Jobs [10] qui ont trahi lorsque Apple a breveté l’architecture e son système, la transformant en monopole effectif ? Les hackers dépassaient les limites ; les crackers se limitent à utiliser ce qui existe. Ou, du moins, c’est ce qui se dit. Les punks originaux ont, eux, émis des protestations contre l’étiquette cyberpunk. Qu’est-ce donc que cette histoire de technique et de compétences techniques ? Pour la musique punk tout tenait là - quelle importance cela -t-il que tu ne saches pas réellement jouer ? Monte sur scène et fait donc un peu de bruit : quand même ! Les punks des années 70 regardent avec une certaine ironie ces « computer nerds « [11] qui utilisent l’appellation punk, comme i porter ces tranquilles vêtements « ordinaires », achetés au mall ( [12] donnait une quelconque sorte d’avantage. Pour beaucoup de ces punks originels, le cyberpunk c’est beaucoup trop e pose, et trop peu de substance. Dans tous les cas, il est évident que les termes « cyberpunk » et « hacker » sont des domaines contestés ; et, sous certains aspects, celui de l’« underground informatique » aussi. Cyberpunk : nouveaux sous-prolétaires de l’ère de l’information, ou bien alors quelque chose de bien plus sérieux ? N ous avons donc vu que sous certains aspects e cyberpunk est une nouvelle contre-culture, et sous d’autre non. Comme pour n’importe quel mouvement, la question reste toujours la même : se vendront-ils ? Seront-ils récupérés ? Le capitalisme a, comme toujours, trouvé divers moyens pour profiter de la tendance, avec des romans cyberpunks, des vêtements, des jeux vidéo, des gadgets et ainsi de suite, réalisant ce processus qu’Herbert Marcuse décrit si bien. Le fait que beaucoup d’ex-hackers vont maintenant travailler pour des entreprises de sécurité informatique suggère (non sans surprise) que, comme les hippies des années 60, ces personnes sont prêtes à tout brader pour un travail peinard et un jet de fonction. Les cyberpunks constituent-ils un défi plus sérieux pour le système que leurs prédécesseurs ? Comme suggéré plus haut, ils en ont indéniablement le potentiel. Essayez d’imaginer la consternation de l’exécutif de la Hagen Daz lorsqu’il découvre que 20 000 caisses ont accidentellement été dirigées vers le Pôle Nord. Ou la frustration du bureaucrate gouvernemental qui s’aperçoit que tous ses fichiers sur les « fauteurs de troubles » ont été cryptés. Ou la colère du général de Pentagone qui découvre que ses avions télécommandés bombardent l’Océan plutôt que Saddam Hussein. Ou encore le patron d’un monopole médiatique qui trouve que son réseau de satellites ne semble plus capable que de diffuser « Ren N Stimpy. » Mais pour ces mêmes raisons les cyberpunk peuvent aussi représenter un danger encore plus grand pour la société dans sa globalité, et pas seulement pour les « pouvoirs constitués. » Plutôt que de simplement se mettre « en dehors » de la société, ou de juste se nourrir de façon parasitaire de ses monopoles d’informations, les cyberpunks ont le potentiel pour la changer. Mais pour le faire, ils devront apprendre ces ennuyeuses leçons de l’histoire du Mouvement. Vous savez ce qu’elles sont. Les étudier. Penser globalement, agir localement. Et le plus important, ne pas se lamenter, s’organiser. Il suffit de penser à ce que les cyberpunks pourraient faire s’ils apprenaient maintenant à coopérer, parler et avoir confiance entre eux. Si, au lieu de faire des farces sur l’Homme, ils commençaient maintenant à essayer et à lui enlever un peu de son pouvoir. Si, au lieu de saboter des BBS de base, ils perturbaient les transmissions de machines de propagande comme Voice of America [13]. Alors nous pourrions dire que peut-être, finalement, la nouvelle contre-culture est arrivée à maturité... PS : No-copyright © Seeker1. Traduction de l’américain et notes par Aris Papathéodorou.

[1] Réseau électronique de la National Science Fundation (NSF) qui, en se combinant avec le réseau militaire ARPAnet, et d’autres réseaux, sera une des contributions majeures à la naissance de l’lnternet.

[2] William Gibson, Le neuromancien, J’ai lu, 1984, Paris. Traduit dans de nombreuses langues, ce premier roman de Gibson est considéré comme l’acte de naissance de la science-fiction cyberpunk, devenant du même coup une référence culturelle majeure pour toute une génération.

[3] Le fait d’utiliser la petite boîte bleu (bluebox) magique... qui permet de téléphoner gratuitement.    

[4] Opération de la police fédérale d’envergure contre les « hackers. » Voir Nicolas Auray, « Le prophétisme hacker et son contenu politique », alice, automne 1998, numéro 1. [5] « Technologie et argent. »

[6] Le titre de Chief Executive Officer, fort en vogue ces dernières années, désigne une sorte de super-patron, au dessus du PD-G. C’est, à titre d’exemple, c’est ce que Bill Gates est à Microsoft ou Steve Jobs à Apple.

[7] Mouvement clandestin d’extrême gauche des années 70 pratiquant la lutte armée. Les « météorologistes », qui tiraient leur nom de la célèbre chanson de Bob Dylan Times are changing, furent une sorte de « bras armée « de la fraction radicalisée des hyppies.

[8] Procédé qui consiste à se faire passer pour ce qu’on n’est pas, en général au téléphone, pour soutirer une information capitale : par exemple un code d’accès.

[9] Notion qui fait référence au courant des libertarians, plus libéral libertaire, voir « anarco-capitaliste », que véritablement anarchiste. Il s’agit plutôt d’une éthique de l’opposition à l’État et de la liberté individuelle que d’une référence politique à un projet social précis.

[10] Anciens hackers et pionniers de la micro-informatique, fondateurs d’Apple et inventeurs du Macintosh.    

[11] Les nerds sont les accros de l’informatique et du Net.    

[12] Le supermarché électronique où l’on peut tout acheter on line. Tire son nom d’une avenue de Londres où, au XlXe siècle, il était de bon ton de se promener.

[13] Station radio de propagande, mise en place par le gouvernement à destination des pays étranger, et émettant dans de multiples langues. Elle était, avant la « chute du mur », en particulier destinée aux pays socialistes.

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07 avril 2005

cyberpunk2

   

Pourquoi le cyberpunk ?

PAR Phantom Writer

    Si vous n’êtes pas familier avec le mouvement cyberpunk ou ce qu’est le cyberpunk, voici une explication. Même si vous êtes punk, ou pensez l’être, ceci peut changer votre manière de concevoir ce que signifie « être punk » .

    Beaucoup de gens, et même quelques punks, vous diront que les cyberpunks forment un mouvement souterrain de pirates informatiques. La vérité est que les cyberpunks sont plus que des hackers. Les cyberpunks sont des écrivains, tels Gibson ou Sterling. Les cyberpunks sont artistes, ou penseurs. La vraie nature du cyberpunk n’est pas d’ordre technique, cette nature est connaissance. Les cyberpunks sont de libres penseurs, ils sont ceux qui savent que quelque chose ne va pas, et que quelque chose doit être fait à ce propos.

    Tous les cyberpunks accordent que le pouvoir est connaissance. Ceux qui la possèdent peuvent la cacher ou la répartir mais détiennent le pouvoir. Les cyberpunks croient que la connaissance devrait être libre. Libre pour ceux qui veulent l’entendre. Les cyberpunks ne sont pas là pour le confort de ceux qui veulent rester ignorants ou autosatisfaits. Les cyberpunks sont là pour éclairer et éduquer ceux qui veulent être libres. Les cyberpunks sont vifs et bien informés. Ils n’ont rien à faire avec les minables qui ne sont là que pour le frisson de l’aventure. Les cyberpunks sont très renfermés, ils ne font pas étalage de leurs talents au public, ils préfèrent rester dans l’ombre, leurs messages gribouillés sur les murs, piratés dans l’atmosphère, ou postés sur un BBS.

    Les cyberpunks ne sont pas là juste pour les émotions fortes. Il y a assez d’endroits où aller juste pour le frisson. Les vrais cyberpunks ont tous un message à propager. Nous sommes les poètes des rues, les philosophes électroniques. Je ne dis pas que les cyberpunks n’aiment pas les frissons. Beaucoup d’entre nous trouvent amusant de s’introduire dans les systèmes sécurisés, ou excitant de pirater nos messages. Nous ne sommes pas des gosses en train de tout casser autour de nous, nous avons quelque chose à dire, et les moyens de le dire. S’il est une chose qui relie tous les cyberpunks, c’est la technologie. Qu’il s’agisse d’une nouvelle interface Midi [2], d’un nouveau processeur, ou d’un disque dur de cent megaoctets de plus que celui du gars d’à coté, nous partageons une pulsion obscure pour les objets de haute technologie. Les cyberpunks ont un besoin visceral des nouvelles techs. C’est le pain quotidien. Qu’est-ce qu’un cyberpunk sans ses outils, sans son « cyber « , ce n’est qu’un punk. Ce sont les années 90, nous sommes dans la technique. Elle est le véhicule qui apporte la vérité aux oreilles de ceux qui veulent l’entendre.

    Beaucoup de gens disent que nous sommes des criminels. Ils disent que nous sommes criminels pour bricoler la sécurité des réseaux privés, pirater la radio et la télé, altérer les lignes téléphoniques. Nous faisons ce que nous sentons juste en notre for intérieur, et non parce que la loi dit qu’il est juste de le faire. Le monde se transforme en enfer, rapidement. Nous nous préparons pour le désastre à venir. Nous ne sommes pas des fanatiques attendant la fin du monde. Regardez autour de vous, l’économie s’effondre, nos ecosystèmes sont en train de mourir, la civilisation s’écroule. Nous pouvons le voir, et nous nous y préparons.

    Nous ne forçons personne à vivre d’une quelconque manière. Nous ne vous demandons pas un lavage de cerveau. Nous ne vous demandons pas de cesser de manger de la viande. Nous ne vous demandons pas d’adorer un chef. Nous nous moquons du genre de musique que vous pouvez bien écouter. Nous vous demandons de bien vouloir entendre, apprendre et voir ce qui se passe autour de vous. Nous voulons que vous parliez de votre propre voix et que vous soyez assez braves pour agir quand il sera temps de ficher le camp. Nous ne sommes pas violents par nature, nous croyons que les gens ont le droit de savoir ce qui se passe. Lorsque vous nous privez de ce droit, nous nous réfugions sous terre. Un endroit où nous sommes cachés, capables de surgir pour dire ce que nous avons à dire. Nous ne sommes pas des extrémistes, des punks ou des criminels. Nous sommes la Voix. Ne nous faites pas taire.

 

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09 avril 2005

piraterie

 

  Piraterie

 


Profiter d'un territoire vierge pour y vivre hors des lois de son époque; écumer les mers pour dévaliser les navires de commerce... La piraterie serait-elle une utopie pour aujourd'hui? L'exemple de la république pirate de Salé au XVIIe siècle et des «Zones autonomes temporaires» actuelles.

Sabre au clair, chapeau à plume, perroquet sur l'épaule, un crochet pour main gauche, le pirate est un personnage central de l'imaginaire utopique. L'utopie pirate, véritable genre littéraire dès le XVIIe siècle, présente une image inversée des monarchies absolues qui se construisent en Europe à la même époque. Réelle ou fantasmée, la communauté pirate est égalitaire et démocratique, tandis que les monarchies sont des sociétés d'ordre fondées sur le droit divin et l'hérédité. Les pirates occupent des espaces hors de l'autorité d'un souverain et vivent sous leurs propres lois. Alors qu'en Europe, bourgeois et marchands font peu à peu du travail une vertu cardinale, les pirates jouissent des butins accumulés. Ils livrent également une guerre navale aux puissances maritimes, puisque chaque navire pillé représente en mer l'autorité des souverains. Amener le pavillon britannique et hisser le pavillon noir, c'est conquérir un peu du royaume. De Daniel Defoe à R. L. Stevenson en passant par Marivaux, les îles désertes et les naufrages sont une invitation à faire table rase d'une société aux règles oppressantes pour construire une vie parfaite, en harmonie avec l'ordre naturel. Qu'en était-il en réalité? Premier constat, on sait bien peu de choses des sociétés pirates. A l'exception des mémoires d'Alexandre Oexmelin, un médecin hollandais qui fit plusieurs séjours sur l'Ile de la Tortue, on ne dispose pas d'autobiographie de pirate. Sources judiciaires et chroniqueurs contemporains s'accordent quant à eux sur un point: les pirates finissent toujours sur la potence. Nombre de récits sonnent alors comme d'effrayants avertissements à ceux qui seraient tentés de rejoindre la flibuste.


RÉPUBLIQUE PIRATE À SALÉ

L'essayiste Peter Lamborn Wilson, également connu sous le pseudonyme d'Hakim Bey, a consacré un ouvrage, intitulé Utopies pirates, à la «république pirate de Salé». Il y met en évidence quelques traits distinctifs de cette ville située à l'emplacement actuel de Rabbat, sur la côte atlantique du Maroc. La cité connaît son apogée entre 1614 et 1640 environ. A lire Wilson, il semble que les pirates de Salé se recrutaient principalement parmi les musulmans andalous qui fuyaient les persécutions religieuses espagnoles, ou parmi les marins des navires arraisonnés, qui acceptaient d'abjurer la foi chrétienne et d'embrasser l'islam pour s'engager dans la flibuste. Il était de coutume en effet que les pirates laissent le choix aux équipages vaincus d'être débarqués sur la terre la plus proche, d'être passés par le fil de l'épée ou de s'engager avec eux dans la course. Nul doute qu'on n'hésitait pas longtemps entre les conditions de vie déplorables de la marine marchande du XVIIe et la grande aventure pirate...
L'exemple du hollandais Jan Jansz, dont Wilson détaille la biographie, est emblématique. Capturé en 1618 par des pirates, il est converti à Alger et s'installe l'année suivante à Salé. Il devient même gouverneur de la ville en 1624, sous le nom de Mourad Raïs. Lors d'une escale en Hollande, sa femme, ses enfants et des parents des membres de l'équipage montent sur le bateau pour les convaincre d'abandonner la piraterie, tentative qui se solde par un échec, puisque Jansz reprend la mer avec plus d'hommes.
Au contraire d'autres cités corsaires du Magreb (Tunis, Alger), Salé était complètement indépendante de l'empire ottoman. Elle disposait d'une organisation politique autonome. Un gouverneur élu pour un an était secondé par un conseil de quatorze capitaines (Divan). Dix pour cent des butins rapportés par les pirates revenaient à cette autorité locale: l'armateur et l'équipage se partageaient le reste.
L'existence d'un impôt et d'institutions politiques tranche avec la vision utopique de sociétés pirates anarchiques. Wilson l'explique ainsi: «Les pirates de Salé acceptaient à l'évidence une forme de gouvernement républicain (et la taxe de 10%) dans le but de sauvegarder leurs libertés sur des bases permanentes.» Ici encore, les pirates prennent à contre-pied l'Europe absolutiste: alors qu'en France, en Espagne ou en Angleterre se développent des Etats modernes aux territoires vastes et de plus en plus centralisés, les pirates de Salé ressuscitent un modèle républicain proche de celui des villes italiennes du Moyen Age.


UNE HISTOIRE PIRATÉE

L'historiographie marxiste voit chez les pirates – comme chez les brigands – les prémisses d'un esprit révolutionnaire dépourvu de conscience de classe, des révolutionnaires individualistes en quelque sorte. D'autres historiens insistent sur le fait que les pirates vivent en parasites de l'économie capitaliste qui se développerait en premier lieu sur les mers.
Les sources sont si pauvres ou si biaisées que l'histoire des pirates fait la part belle à l'interprétation, à l'idéologie, voire au fantasme. Pour Peter Lamborn Wilson, le travail historique autour de la république pirate de Salé est lié à des réflexions plus brûlantes sur l'autonomie dans la société marchande actuelle (lire ci-dessous). L'écriture de l'histoire devient alors un moyen de fonder, dans le passé, des utopies contemporaines.


POUR VIVRE LIBRES, VIVONS CACHÉS!

Historien de la république pirate de Salé, Hakim Bey, alias Peter Lamborn Wilson, est également l'inventeur de l'insaisissable concept de Zone autonome temporaire (TAZ, en anglais Temporary autonomous zone). Dans TAZ, publié à New York en 1991, l'essayiste tente de décrire le phénomène de la TAZ. Il s'agit d'un espace que s'approprie un groupe de manière autonome, hors de toute contrainte sociale. La Zone autonome temporaire est éphémère et ne peut donner lieu à une répression puisqu'elle disparaît aussitôt découverte. L'objectif des autonomistes temporaires n'est pas la révolution, que Hakim Bey décrit comme un début de totalitarisme, mais plutôt la jouissance d'un espace donné pour un temps donné.


«PARTIS POUR CROATAN»

L'essai n'est pas un manuel du petit autonomiste: Bey envisage son texte comme un repérage de moments ou d'espaces passés ou présents qu'il qualifie de zones autonomes temporaires. Ainsi, Hakim Bey rappelle l'existence d'une expérience alternative de la colonisation britannique du Nouveau Monde. Pour certains occultistes anglais du XVIe siècle en effet, le départ vers le Nouveau Monde représentait un moyen de revenir à un état de nature envisagé comme un retour à l'Eden. Là où leurs contemporains virent une disparition pure et simple en un lieu mythique ou un massacre par les autochtones, Hakim Bey repère l'absorption des premiers colons par «une tribu voisine d'indiens amicaux» nommée Croatan. Devant l'opportunité d'abandonner les contraintes de la société occidentale, l'homme blanc aurait choisi d'épouser un état que ses contemporains assimileraient au chaos. Voilà pour la première Zone autonome temporaire de l'histoire. Les utopies pirates sont également lues par Bey comme des TAZ: «Certaines de ces îles abritaient des «communautés intentionnelles», des micros-sociétés vivant délibérément hors la loi et bien déterminées à le rester ne fusse que pour une vie brève, mais joyeuse.»


WEB ET NET

Plus proche de nous, Hakim Bey envisage Internet comme un espace propre au développement de Zones autonomes temporaires. Bey développe une distinction entre Web et Net, dans laquelle le Net est la partie officielle et hiérarchisée du réseau et le Web une sorte de «contre-Net», champ libre pour le développement de Zones autonomes temporaires. Le Web apparaît alors comme une nouvelle forme de territoire à conquérir dont les dimensions, contrairement à la géographie terrestre, sont infinies. Parallèlement au concept de TAZ, Bey définit une théorie du refus qu'il ne veut pas nihiliste. Il expose à cet effet des exemple de «refus de...» qui ne sont pas des abandons, des défaites. Ainsi, refuser l'école n'est pas renoncer à apprendre, mais choisir d'apprendre de façon autonome. La TAZ n'est pas un acte de refus spectaculaire, mais une disparition des réseaux en vue, officiels, à la recherche de plus de liberté. La Zone autonome temporaire semble être une utopie à la portée de chacun, pour autant qu'on accepte d'y renoncer dès lors qu'elle est connue.


«FRELUQUET SERVILE»

Le capitaine Bellamy s'adresse à un capitaine de navire marchand qui vient de décliner l'offre de se joindre aux pirates (d'après «L'Histoire générale des plus fameux pirates» de Daniel Defoe):
«Palsambleu! Vous n'êtes qu'un freluquet servile, comme sont tous ceux qui consentent à se laisser gouverner par des lois que les riches ont faites pour leur propre sûreté; car sinon ces poltrons n'ont pas le courage de défendre ce qu'ils acquièrent par la fourberie. Mais soyez tous damnés: eux-mêmes, cette bande de brigands rusés, et vous qui les servez et n'êtes qu'un lot de poules mouillées au crâne mou. Ils nous traînent dans la fange, les canailles, alors qu'en vérité ils ne diffèrent de nous que parce qu'ils volent les pauvres sous le couvert de la loi alors que nous pillons les riches sous la protection de notre seul courage. Ne feriez-vous donc pas mieux de devenir l'un des nôtres que de ramper aux ordres de ces ordures pour trouver de l'emploi?»

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30 avril 2005

CYBERPUNK!

 

  CYBERPUNK!


Le présent article fut publié dans le magazine TIME. On y trace
le portrait précis des cyberpunks de la commmunauté informatique
underground.

Les Beatniks des années 50 sont les vrais initiateurs de l'opposition
au conformisme de l'Amérique, à l'époque d'Eisenhower. Dans les
années 60, les Hippies s'opposent publiquement à la guerre, prêchent
la liberté sexuelle, l'usage des drogues et le Rock'N'Roll.
A l'heure actuelle, une nouvelle culture surgit de l'underground,
envahit les écrans informatiques partout dans le monde:
c'est le CYBERPUNK, un terme né au seuil du 21ème siècle, formé
de CYBERNETIQUE, science de la communication et de la régulation
des machines, et PUNK, groupe antisocial prônant la révolte.

L'essence de la culture internationale Cyberpunk nait de cette
union bizarre: une façon de voir le monde qui réunit la folie
de la haute technologie et le mépris envers son utilisation
conventionnelle.

Les premiers Cyberpunks font partie d'un groupe radical d'écrivains
de science-fiction, puis, les premiers pirates vraiment tenaces
leur succèdent. Le mot Cyberpunk recouvre maintenant un large
éventail: musique, art, psychédélisme, drogues fortes,
technologies nouvelles, sans oublier les hackers qui
travaillent laborieusement à répandre cette culture. Il y a
plusieurs tentatives de définition: Technologie avec une Attitude
(Stewart Brand, Whole Earth Catalog), Une alliance impie du monde
technologique, de la culture Pop underground et de l'anarchie
de la rue. (Bruce Sterling, Science-Fiction writer).
Comme dans tout mouvement de contre-culture, certains nient appartenir
à un mouvement quelconque. Quoique le journal Cyberpunk le plus connu,
(Punk! Magazine) déclare avoir 70 000 lecteurs, il n'y a guère
que quelques milliers de hackers informatiques qui pourraient
vraiment se réclamer de ce groupe: pirates, futuristes,
phreakers, artistes, musiciens et créateurs de science-fiction.
Néanmoins, ce groupe peut définir la contre-culture de l'époque
informatique. Il embrasse, en esprit du moins, le hacker dans la
trentaine, voûté, devant un terminal, mais aussi des jeunes dans la
vingtaine, à la narine percée, réunis pour des RAVES clandestins,
des adolescents que leur Amiga fait triper, comme leurs parents,
autrefois, les disques, et même des préadolescents qui s'activent
devant leur Nintendo ou leur Sega, les futurs Cyberpunks.

Obsédés par la technologie, les Cyberpunks sont tournés vers une
philosophie futuriste qui n'existe pas encore. Ils ont déjà un
pied dans le 21ème siècle, convaincus que dans un avenir lointain
tous les terriens seront des Cyberpunks.
Le look Cyberpunk, une espèce d'art science-fiction surréaliste
sur ordinateur, apparaît dans les galeries, les vidéos et les
films hollywoodiens. Les magazines Cyberpunk, plusieurs publiés
à bon marché ou distribués par medium électronique, se
multiplient comme les canaux télé. La musique Cyberpunk fait vivre
plusieurs compagnies de disques. Les livres Cyberpunk disparaissent
vite des tablettes. Et les films Cyberpunk comme Bladerunner,
Robocop, Videodrome, Total recall, Terminator 2 et The lawnmower
man, basculent dans cette culture.
Aux E.-U. (et par conséquent au Canada), la culture Cyberpunk
s'empare de tout, même de l'administration Clinton, à cause
de l'intérêt porté à 'l'autoroute des réseaux' et ce que les
Cyberpunks nomment Cyberspace. Les deux termes réfèrent au réseau
téléphonique interconnecté entourant la planète, véhiculant des
billions de voix, de fax et de données. Ce Cyberspace gigantesque,
l'Internet, se déploie sur l'Atlantique, atteint l'Irlande, l'ouest
de l'Europe, le Japon, la Corée du Sud, l'Indonésie, l'Australie et
la Nouvelle-Zélande. Les Cyberpunks voient les cables de
l'intérieur et parlent d'un réseau comme si c'était une place
pour s'installer, une réalité virtuelle dans laquelle on peut
pénétrer, qu'on peut explorer et manipuler.
Le cyberspace joue un rôle majeur dans la vision mondiale Cyberpunk.
La littérature est remplie de 'Console Cowboys' qui alimentent
leur imaginaire de faits héroïqyes. "Cyberpunk", un livre paru en
1991, met en vedette trois hackers Cyberpunk qui font autorité,
incluant Robert Morris, l'étudiant de l'université Cornell: un
virus de son ordinateur se répandit dans l'Internet et
paralysa tout le réseau en 1988.
Cependant, le Cyberspace est plus qu'un terrain de jeu. C'est un
medium. Chaque nuit sur GEnie, sur Compuserve ou sur des milliers
de babillards électroniques, des centaines de milliers d'usagers
se connectent et participent à la fête médiatique, un débat interactif
qui leur permet de faire sauter les barrières du temps, des pays,
du sexe et du statut social.
La plupart des usagers se contentent de visiter le cyberspace de
temps en temps, mais le Cyberpunk s'y installe pour vivre, jouer
et même pour mourir. Le WELL (Whole Earth Electronic Link), un site
Internet, fut ébranlé quand l'un de ses membres les plus actifs
lança un programme qui effaça tous ses messages dans des milliers de
postes. Quelques semaines plus tard, il se suicida pour de vrai.
Cet événement attira les penseurs Cyberpunk sur le site Well. Ils
s'interrogèrent: Est-ce là un fait significatif du mouvement
Cyberpunk? Les réponses affluèrent et remplirent plus de 300 pages
de textes. A partir de toutes ces réflexions, on dressa une liste
des tendances principales du mouvement Cyberpunk:


LES INFORMATIONS DOIVENT CIRCULER LIBREMENT.

Toute information valable peut éventuellement tomber entre les mains
de gens qui en feront un meilleur usage, malgré les efforts de la
censure, des copyright légaux et du service secret.

TOUJOURS CEDER A L'IMPERATIF DE S'INFILTRER.

Les Cyberpunks maintiennent qu'ils peuvent mener la planète pour le mieux
si seulement ils peuvent mettre la main sur la boîte de contrôle.

PROMOUVOIR LA CENTRALISATION.

La société se disperse en centaines
de sous-cultures et de sectes, ce qui est stupide.
(Ces dernières lignes diffèrent du texte original.
Il y aurait eu des changements apportés dans le texte anglais
que j'ai fidèlement traduit ici."Promouvoir la décentralisation"
est ce qui apparaissait dans l'article du Time, et "stupide"
a été ajouté. Le texte original est passé entre
plusieurs mains avant de nous arriver...) NDT

'SURF THE EDGES'.

Lorsque le monde change à chaque nanoseconde,
la meilleure façon de vous tenir la tête hors de l'eau c'est de
rester au-dessus de la vague.

Pour les Cyberpunks, réfléchir sur l'histoire est moins important
que de rencontrer le futur. A travers bien des vicissitudes,
ils trouvent le moyen de vivre avec la technologie, de se
l'approprier: ce que les Hippies n'ont jamais fait. Les Cyberpunks
utilisent la technologie pour réunir l'art et la science, la
littérature et l'industrie. Par-dessus tout, les Cyberpunks se
rendent compte que si vous ne contrôlez pas la technologie, c'est
elle qui va vous contrôler. Cette leçon servira bien les Cyberpunks
- et le reste de l'univers - pour ce  siècle.



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LE MOUVEMENT CYBERPUNK

   


LE MOUVEMENT CYBERPUNK
Pas de passé ?

L'origine de ce terme est littéraire. Sa date de création exacte reste incertaine, certains en ont attribué la paternité à Gardner Dozois, mais ce dernier a déclaré que le terme existait déjà depuis plusieurs années. Un autre auteur, Bruce Bethke a donné le titre "Cyberpunk" a une nouvelle parue en 1983. Plus généralement, ce terme désigne un mouvement littéraire apparu dans les années 80 dont les fondateurs sont : Bruce Sterling, William Gibson et à une moindre mesure Lewis Shiner, John Shirley et Rudy Rucker, Pat Cadigan, Walter Jon Williams, Gwyneth Jones, Michael Swanwick, Greg Bear, Richard Kadrey, George Alec Effinger.

Le texte fondateur du mouvement cyberpunk semble être "Johnny Mnémonic", nouvelle paru en 1982 dans la revue SF Omni, et signé par un auteur quasiment inconnu : William Gibson. Deux ans plus tard, ce même auteur forgea un peu plus le thème dans "le Neuromancien".

En 1986, Bruce Sterling lui donne une structure dans "Mozart en verres miroirs", une anthologie de nouvelles à tendance cyberpunk. Il écrira : "Le mouvement cyberpunk provient d'un univers où le dingue d'informatique et le rocker se rejoignent, d'un bouillon de culture où le tortillement des chaînes génétiques s'imbriquent. D'aucuns jugent le résultat curieux, voire monstrueux; pour d'autres, cette intégration est une puissante source d'espoir."
Association contre-nature?

Le mixage entre le mouvement punk, initié dans l'Angleterre de la fin des 70's par des groupes de rock tels que les Sex Pistols, et le terme cyber, dérivé du grec et signifiant diriger, est assez surprenant. Rappelons d'abord que le mouvement musical punk véhicule une idéologie pessimiste sur notre société, il a été créé à un moment de grand désarroi, dans des communautés anglaises frappées de plein fouet par le chômage, le leitmotiv en était le célèbre "No Future". Quant au préfixe "Cyber", il provient de cybernétique, science qui étudie les mécanismes de communication et de contrôle dans les machines et… chez les êtres vivants, . L'osmose des deux termes pourrait donc être défini comme un avenir pessimiste où toute vie serait dirigée par les machines à l'aide de moyens de communications sophistiqués, tels que les réseaux informatiques…
L'homme-ordinateur

Il n'est pas étonnant que ce mouvement soit lié à l'implantation et l'implication de plus en plus grande de l'ordinateur dans notre vie quotidienne. La création du réseau Internet facilitant l'échange de données dans le monde entier, l'interconnexion des réseaux internes d'entreprise, l'échange de ces données en vue de constituer des fichiers de clients, de personnes, sont le "terroir" (ou plutôt la carte-mère) du cyberpunk. Les progrès technologiques récents comme la possibilité de créer un environnement virtuel sont essentiels dans l'œuvre de William Gibson. Dans son roman "Le neuromancien", son héros Case a le cerveau branché sur les banques de données.

Norman Spinrad écrira à propos de ce roman : "Le Neuromancien est un magicien d'aujourd'hui (ou plutôt ici, de demain), dont la sorcellerie consiste à effectuer directement l'interface entre son système nerveux protoplasmique et le système nerveux électronique de l'infosphère, en se servant d'images pour la manipuler (et être manipulé par elle), de la même façon que les chamans traditionnels se servent d'images pour agir, par la drogue ou la transe, dans les espaces mythiques traditionnels".

L'écriture du roman cyberpunk se veut avant tout directe, sans explication superflues, comme si on considérait le terme DVD ou CD-ROM passé dans le langage courant depuis des centaines d'années. Le ton général est noir, violent et pessimiste : l'idée de ce climat oppressant est très bien rendu dans le chef d'œuvre cinématographique de Ridley Scott : "Blade Runner" (1982), décrivant Los Angeles perpétuellement nocturne, glauque, pollué, grouillant de monde et de slogans publicitaires…

Œuvre phare des années 80, Blade Runner a depuis fait de nombreux émules, et le cinéma a pris le mouvement en marche : "Vidéodrome" de David Cronenberg en 1982, puis plus récemment dans le médiocre "Le cobaye" de Brett Leonard en 1992 ou "Johnny Mnémonic" de Longo en 1997. En 1999, le genre connaît à nouveau une apogée dans le magnifique "Matrix" avec Keanu Reeves.







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Etre cyberpunk dans les années 90

  Etre  cyberpunk dans les années 90

par Bruce Sterling
             
    
                   
    



Il y a des années, au cours du frileux hiver 1985 (nous avions encore des hivers frileux à l'époque, avant que la couche d'ozone ne déclare forfait), un article intitulé "La Nouvelle Science Fiction" parut dans le numéro 14 de Interzone. "La Nouvelle Science Fiction" fût le premier manifeste du "mouvement cyberpunk". L'article tenait en une analyse de la SF en tant que genre, de son histoire et de ses principes, et pas une seule fois le mot "cyberpunk" n'y apparaissait. "La Nouvelle Science Fiction" naquît ainsi sous pseudonyme, dans un trimestriel anglais dont la diffusion confidentielle ne tempérait en rien les ambitions fondatrices. A la grande joie du plus petit nombre, il a récemment hérité d'une brillante couverture en quadrichromie. Un bon point pour un manifeste.

Comparons maintenant ce modeste avènement avec un récent article de mon ami et confrère Lewis Shiner, intitulé "Confessions d'un ex-cyberpunk". L'ultime et sincère tentative d'oraison funèbre du cyberpunk par un des coupables. Cet article de Shiner est paru dans les pages "Littérature" du New York Times du 7 janvier 1991.

Voilà qui était inévitable, j'imagine, mais qui illustre parfaitement les errements paradoxaux de tout "mouvements". Il est vrai qu'on ne peut pas arrêter une avalanche avec les mains, même avec l'aide de millions de personnes.

Le "Cyberpunk", avant qu'on ne lui colle cette étiquette bien commode, et qu'il n'acquière sa sinistre réputation, était généreux, désintéressé, il venait de la rue et se caractérisait par un esprit anar et bricolo. Une éthique qu'il partageait avec la mouvance des groupes punks et garages de la fin des années 70. Cheap Truth, l'organe officiel du cyberpunk, qui tenait en une page, était donné gratuitement à quiconque nous le demandait. Il ne fût jamais légalement protégé, sa photocopie "pirate" étant même vivement encouragée.

C'était animé d'aspirations authentiquement égalitaire si toutes les personnes écrivant pour Cheap Truth le faisait sous le couvert de pseudonymes, afin d'éviter le vedettariat, ou l'effet de bande. Cheap Truth brocardait consciencieusement tous les "gourous littéraires", et appelait toute ceux qui croisaient notre route à s'atteler à leur traitement de texte et à se joindre à la cause. Les standards de qualité édictés par C.T étaient simples : toute SF devait être "bonne", "vivante" et "lisible". Evidemment, la mise en pratique de ces hypothétiques principes se révéla plus ardue qu'il n'y paraissait, et les fumées de la bataille qui faisait rage à l'époque obscurcissaient bien des choses.

Cheap Truth eût un succès mitigé. Nous avions une compréhension méritoire de l'essentiel: par exemple que les auteurs de SF se devaient maintenant de travailler plus dur et de laisser tomber toutes leurs foutaises usées jusqu'à la corde, s'ils aspiraient à un certain respect. Tout le monde s'accordait d'ailleurs à dire que c'était là une sage recommandation… du moment qu'elle ne s'appliquait qu'aux autres. En matière de SF il a toujours été tellement facile de se complaire dans la facilité. L'emprise alimentaire de cette bonne Grosse Machine Editoriale. En revanche les credo clinquant du cyberpunk, tel que "l'acuité imaginative" ou "la clairvoyance technologique" se heurtèrent à l'indifférence générale. Bien-sûr, si prêcher le gospel suffisait à transformer le monde, la terre aurait certainement tremblé quand (Brian) Aldiss et (Damon) Knight épousèrent peu ou prou les mêmes idéaux en 1956.

En fait la lutte pour une SF de qualité était déjà une vieille histoire, sauf à Cheap Truth, dont les contributeurs était tout simplement trop jeunes ou trop provinciaux pour être au courant. Seulement le paysage culturel avait changé, et ça faisait toute la différence. Dans les années 50 "la clairvoyance technologique" était aussi jubilatoire qu'inquiétante. Dans les années 80, celles justement du déferlement technologique, cette clairvoyance s'était teintée d'extase et d'épouvante. Le cyberpunk était donc un genre bâtard, ce qui ne risquait pas de plus évident ni ses credo, ni la mise en application de ses axiomes.

Dès lors que les "auteurs cyberpunks" ont acquis une certaine notoriété, les principes fondateurs du genre, ouverture et accessibilité, se perdirent dans la nature. Le Cyberpunk devint l'objet d'un culte instantané, l'archétype même du phénomène dans la SF d'aujourd'hui. Au final, même ceux de nos contemporains qui s'étaient retrouvés dans la rhétorique de Cheap Truth, en vinrent à abjurer leur foi, pour la simple raison que les Cyberpunks étaient eux aussi devenus des "gourous littéraires".

Et il faut ridiculement peu de choses pour devenir un "gourou littéraire". C'est à peu près aussi simple que de se retourner dans son lit. Ce qu'il convient de se demander c'est ce qu'on a gagné dans l'opération. On peut bien prêcher tant qu'on veut, peu de gens font confiance aux gourous. En tout cas à Cheap Truth on s'en méfiait ! Il ne fallut finalement que trois ans au journal pour arriver à son zénith, sur sa lancée initiale. Le "Mouvement" se saborda en 1986.

J'aimerai pouvoir me dire que ce sera une bonne leçon pour ceux qui nous succèderont. Mais j'en doute vraiment.

Rucker, Shiner, Sterling, Shirley et Gibson – les plus craints des "gourous" du Mouvement, et encore désignés comme tels dans l'excellent article de Shiner aux millions de lecteurs un peu largués du New York Times – resteront à tout jamais des "cyberpunks". D'autres cyberpunks, comme les six autres figurant au sommaire de l'anthologie Mozart en verre miroirs, peuvent également se targuer d'avoir donné au genre ses lettres de noblesse. Reste que c'est certainement sur nos cinq pierres tombales qu'on gravera le si redouté mot en C. Tout reniement de notre part serait inutile, au contraire. Les plus radicaux changements dans notre philosophie de l'écriture, les plus improbables des manifestions de la crise de la quarantaine, comme se convertir à l'Islam ou à la Santeria, ne suffirait pas à effacer cette indélébile marque.

Sous cet angle, "cyberpunk" signifie alors "tout ce qu'écrivent les cyberpunks". Ce qui recoupe beaucoup de choses. Pour ma part, j'ai toujours eu un penchant pour les romans historiques, Shiner lui donne dans la littérature générale, et le polar. Shirley écrit des histoires d'horreur. La dernière fois que Rucker a été aperçu, il jouait avec l'espace et le temps. Et William Gibson aime assez pour sa part, écrire – sacrilège – des nouvelles comiques. Tout ça ne rime donc à rien. Conséquemment le "Cyberpunk", ne pourra être déclaré officiellement mort que lorsque le dernier d'entre nous sera enterré. Et d'après les statistiques démographiques, il semblerait qu'il doivent s'écouler encore un peu de temps avant que ne sonne cette heure fatidique.

Les principes libertaires prônés par Cheap Truth semblait difficiles en mettre en œuvre, même soutenu par la puissance d'Interzone. Peut-être que ces "principes" étaient tout simplement bien trop brumeux et abstraits, confidentiels et inabordables en regard du cortège de clichés que traînait à sa suite le fameux mot en C, comme les prises corticales, les jeans de cuirs noirs et l'addiction aux amphètes. Mais même maintenant il n'est peut-être pas trop tard pour vous proposer un exemple concret de la vision cyberpunk du monde en action.

Prenons le Frankenstein de Mary Shelley, inépuisable source d'inspiration pour la science fiction. D'un point de vue cyberpunk, Frankenstein est de la SF "humaniste". Frankenstein, illustre ce postulat romantique selon lequel l'homme n'est pas fait pour accéder à la connaissance de certaines choses. Il n'y a pas d'autre mécanique physique ordonnant cette loi morale suprême. Lorsque nos découvertes transcendent notre simple compréhension, nous arrivons à quelque chose qui confine à la volonté divine. Notre arrogance nous pousse vers notre anéantissement, c'est l'ordre naturel des choses. Le docteur Frankenstein s'abandonne à une transgression qui fait froid dans le dos, un camouflet à la nature humaine, et dans un mémorable exemple de justice poétique, il est horriblement puni par sa propre création : le Monstre.

Maintenant imaginons une version cyberpunk de Frankenstein. Ici le Monstre pourrait bien être le coûteux produit des cogitations du service Recherche et Développement d'une quelconque multinationale. Le Monstre pourrait ensuite se livrer à un putain de massacre, de préférence sur d'innocents quidams. Mais bien-sûr, après, jamais il ne serait autorisé à errer sur les glaces du Pôle Nord en s'abandonnant à de byronesques méditations. Les monstres dans l'univers cyberpunk ne disparaissent pas si opportunément. Parce qu'ils sont déjà lâchés dans les rues. Nous les côtoyons. En fait, NOUS pourrions être ces monstres. Le Monstre aurait été copyrighté – grâce aux nouvelles lois sur la génétique – et fabriqué à grande échelle dans le monde entier. Très vite, les Monstres auraient tous des jobs de nuit pourris, et se retrouveraient en bande dans des fast-foods.

Dans la vision cyberpunk du monde, nous savons déjà ces choses que nous n'étions pas supposés savoir. Nos grands-parents les connaissaient déjà, et Robert Oppenheimer à Los Alamos était déjà devenu le Destructeur de Mondes, bien avant que nous n'entrions dans la danse. Pour les cyberpunks, l'idée même qu'il y ait des limites inviolables à nos actions est tout simplement illusoire. Il n'y a aucun garde-fou pour nous protéger de nous-mêmes.

Notre présence dans l'univers est purement accidentelle. Nous sommes faibles et mortels non pas parce que Dieu l'a voulu ainsi, mais seulement parce que c'est comme ça. Et si c'est profondément insatisfaisant, ce n'est pas parce que nous avons perdu la protection divine, mais parce que, à bien y regarder, la vallée de souffrance de l'humanité n'est rien d'autre qu'une benne à ordure. La condition humaine peut évoluer, et elle évoluera, et évolue d'ailleurs. Les seules vraies questions sont comment, et à quelle fin.

Cette tendance "anti-humaniste" du cyberpunk n'est pas simplement une posture littéraire pour choquer le bourgeois, c'est un trait indéniable de la culture de la fin du XXème siècle. Les Cyberpunks ne l'ont pas inventé ; ils s'en sont juste fait l'écho.

Il n'est plus rare aujourd'hui d'entendre certains scientifiques sous contrat prendre fait et cause pour des théories parfaitement radicales : les nanotechnologies, l'intelligence artificielle, la cryogénisation ante-mortem, le transfert du contenu de cerveaux humains. L'arrogance la plus ultime investit les couloirs des universités ou le moindre péquin semble avoir un plan pour mettre l'univers en bouteille. La plus ferme des résolutions n'est qu'un roseau en regard des enjeux, et si demain on découvrait une drogue diabolique permettant d'allonger notre petite espérance de vie de plusieurs siècles, vous pouvez être sûr que le pape lui-même serait le premier dans la file d'attente.

Tous les jours, nous vivons déjà grâce à ces transgressions de l'ordre divin dont nous n'avons aucun moyen de mesurer les conséquences à long terme. La population mondiale a doublé depuis 1970, et les étendues vierges qui nous entouraient jadis, résonnant d'un profond silence gothique, se comptent désormais sur les doigts des deux mains, et doivent être préservées.

Nous ne sommes tout simplement plus en mesure de refuser même ce qui nous semble inapproprié. Notre société n'est déjà pas capable de se débarrasser de fléaux navrants comme l'héroïne ou la bombe à hydrogène. Notre culture se plait à jouer avec le feu simplement parce qu'elle aime ça, et si d'aventure l'argent s'en mêle, rien ne nous retient plus. Les redémarrages de macchabées de Mary Shelley ne nous impressionnent plus, il s'en passe de plus extraordinaires tous les jours dans une unité de soins intensifs.

Pour la première fois, l'être humain se conçoit comme un programme, et devient quelque chose que l'on peut figer dans le temps, répliquer et utiliser quand on en a besoin. Même l'intérieur de notre cerveau n'est plus sacré. Au contraire, il est l'objet de nombreuses recherches couronnées de succès, dont tout questionnement ontologique et spirituel est banni. Dans ces conditions, la seule idée que la Nature Humaine serait appelée à l'emporter sur la Grande Machine, est simplement ridicule. Elle tape singulièrement à côté. C'est un peu comme si un rongeur philosophe, attendant dans sa cage de laboratoire de voir son cerveau mis à nu et raccordé à tout un appareillage pour le plus grand bénéfice de la Science, déclarait pieusement que le Nature Rongeuse triompherait à la fin.

Tout ce que l'on peut faire à un rat, peut être fait à un homme. Et nous faisons a peu prêt n'importe quoi aux rats. C'est la dure vérité, mais c'est ainsi. Elle ne disparaîtra parce qu'on décide de ne pas la voir.

C'est ça le cyberpunk.

Voilà qui explique, j'espère, pourquoi de simples histoires de SF rhabillées de cuir noir sont hors propos. Lewis Shiner a juste perdu patience devant les écrivaillons qui ne proposent que des hordes putassières de crétins agités de la gâchette en défroque de punk Hi-Tech. "Certains écrivains ont abandonné la fin pour les moyens" se plaint Shiner dans le New York Times, "toujours les mêmes grands frissons usés que nous retrouvons dans tous les jeux vidéos et tous les films à gros budget". Les convictions que Shiner nourrissaient à ses débuts ont à peine bougées d'un micron, c'est ce que la plupart des gens appelle maintenant cyberpunk qui ne reflète plus ses idéaux.

A mon avis, cette insignifiante dérive est un faux problème. Prenez le mot "cyberpunk". Je constate avec plaisir qu'il est de plus en plus difficile d'écrire un navet, d'y coller l'étiquette "cyberpunk", et ce faisant d'espérer le vendre. Avec ce mot en C, galvaudé comme il l'est par tous ses petits malins, quiconque se revendiquerait du "cyberpunk" aurait un fameux boulet à traîner. Mais pour tout ceux que l'excédent de bagages ne gêne pas, ce n'est pas la mer à boire. Les étiquettes ne peuvent défendre leur intégrité, les écrivains oui, et les bons le font.

Il y a un autre point que je crois indispensable à une bonne compréhension du Mouvement. Le Cyberpunk, tout comme la New Wave avant lui, était l’émanation de la Bohème. Il venait de l'underground, de l'extérieur, des jeunes, des excités, des déclassés. Il venait de personnes qui ne connaissaient pas leurs propres limites, et refusaient celles que leur imposaient les us et coutumes.

La SF n'est plus vraiment bohème, et plus généralement la Bohème ne se préoccupe guère de la SF, mais il y eût, et il y a encore beaucoup à gagner à la rencontre des deux. La SF en tant que genre, même dans ce qu'elle produit de plus "conventionnel", reste essentiellement un phénomène underground. Son influence sur le reste de la société, comme celle discutable qu'elle peut avoir sur les beatniks, hippies et autres punks, reste soigneusement circonscrite. La science fiction, tout comme la Bohème, est un fourre-tout bien utile où mettre une incroyable variété de personnes, et où leurs idées et leurs actes peuvent être disséqués sans risque de contaminer le vaste monde. Ce fût le rôle qui échût à la Bohème dès ses premiers vagissements, au tout début de l'ère industrielle, et force est de constater que c'était une bonne chose. Bien des idées loufoques ne sont finalement que des idées loufoques, et une fois au pouvoir, la Bohème a rarement fait preuve de discernement. Jules Verne, Général Verne ou Sa Sainteté Verne, voilà une alternative bien risquée.

Le Cyberpunk a été l'émanation de la Bohème – la Bohème des années 80. Les bouleversements technologiques qui envahirent la société étaient voués à avoir un impact sur sa contre-culture. Le Cyberpunk était l'incarnation littéraire de ce phénomène. Et le phénomène continue de s'amplifier aujourd'hui encore. Les technologies de la communication en particulier tendent à devenir de moins en moins respectable, de plus en plus volatile, pour, de plus en plus, se retrouver entre les mains de personnes que vous n'oseriez jamais présenter à votre grand-mère.

Mais aujourd'hui il est communément admis que les cyberpunks – des vétérans de la SF qui frisent ou dépassent la quarantaine, et travaillent patiemment à leurs écrits en encaissant leurs droits d'auteurs – n'ont plus rien à voir avec la Bohème. Et là encore, il n'y a rien de très neuf là-dedans, c'est la rançon du succès. L'underground qui rencontre les feux de la rampe est en soi contradictoire. La respectabilité n'est pas seulement séduisante, elle est carrément envoûtante. Et dans ce sens, le "cyberpunk" est encore plus mort que Shiner ne le suppose.

Le temps et les dieux furent cléments avec les cyberpunks, mais eux-mêmes changèrent avec les années. L'un des axiomes du Mouvement était "l'intensité visionnaire". Mais il y a un bout de temps maintenant qu'aucun cyberpunk n'a écrit une histoire qui vous chamboule la tête, qui vous retourne, vous soulève, vous hurle à l'oreille, vous hallucine et casse la tôle. Dans les dernières œuvres de ces vétérans ce que vous voyez, ce sont des intrigues plus serrées, des personnage mieux campés, une prose plus travaillée et une "vision bien plus sérieuse et pénétrante du futur". Mais ce que vous n'y trouvez plus se sont d'improbables retournements de situations et une volonté perturbatrice. Le fantasme de notre futur se rapproche de jour en jour de la réalité quotidienne, perdant tout son décorum baroque. Les œuvres en question finissent par refléter horriblement les tracas ordinaires d'hommes d'âge mûr. Cela peut aussi être splendide, mais ce n'est plus la guerre. Cet aspect absolument vital de la science fiction a été abandonné, laissé pour compte. Les Cyberpunks, tout simplement, ne sont plus là, hélas.

Toutefois la science fiction bouge encore, toujours ouverte et en développement. Et la Bohème aussi est toujours là. Comme la SF, elle n'est pas passée de mode, même si elle fait naître son content de tocades. Comme la SF, la Bohème est vieille. Aussi vieille que la société industrielle, dont tous deux, Bohème et SF, font partie intégrante. La Bohème cybernétique n'est pas l'avènement d'un culte bizarre, mais si ces bohémiens cybernétiques qui proclament que ce qu'ils font est complètement neuf se mystifient eux-mêmes, c'est uniquement parce qu'ils sont jeunes.

Le Cyberpunk chantaient l'extase et les infortunes de navigateurs du réseau, et Verne celles des aérostiers qui passent Cinq semaines en ballon, mais si vous vous donnez la peine de prendre ne serait-ce qu'un peu de distance avec les perspectives historiques, vous verrez que tout deux remplissaient la même fonction sociale.

Bien entendu, Verne, ce grand maître, est toujours réédité, alors que verdict est encore en suspend pour le cyberpunk. D'accord, Verne a eu tout faux sur sa vision du futur, exception faite de quelques coups de chances, mais il en ira de même pour le cyberpunk. Jules Verne finit ses jours comme une riche célébrité excentrique dans la Cité Royale d'Amiens. Et bien j'imagine qu'il y a pire, non ?

Alors que les adeptes du cyberpunk se prélassent dans cette légitimité qui leur est tombée dessus, il devient de plus en plus dur de prétendre qu'il y a dans le genre quelque chose de marginal et aberrant. Il est bien plus facile aujourd'hui de voir d'où il est venu, et où il en est. Evidemment, l'allégeance à Jules Verne pourrait sembler bizarre venant d'un cyberpunk. Verne était un brave homme, qui aimait sa maman, alors que les cyberpunks étaient des brutes anti-humaines, prônant l'usage des drogues, l'anarchie, l'interface homme/machine et la destruction de tout ce qui est sacré.

Objection rejetée. La capitaine Némo était un techno-terroriste anarchiste. Jules Verne diffusa dans pamphlets radicaux lorsqu'en 1848 les rues de Paris étaient jonchées decadavres. Jules Verne était vu comme un victorien enthousiaste (il est permit d'en douter à ceux qui l'ont lu) alors que les cyberpunks était étiquetés nihilistes (par ceux qui définissent les canons du bon-goût). Pourquoi ? C'était dans l'air du temps j'imagine.

Il y a plus de tristesse dans l'œuvre des cyberpunk, mais c'est une tristesse non feinte. On y trouve de l'extase, mais aussi de l'angoisse. Alors que j'écris ces lignes, d'une oreille j'écoute les infos, et j'entends les sénateurs débattre de la guerre. Et derrière ces mots, il y a la réalité de cités en flammes, de foules lacérées par les shrapnels de bombes larguées du ciel, il y a des soldats convulsant sous les effets du gaz moutarde et du sarin.

Cette génération sera le témoin d'un gâchis incroyable et d'une totale indifférence de son prochain. C'est une certitude. Nous aurons beaucoup de chance de ne pas payer les pots cassés pour les énormes bourdes écologiques que nous avons faites. Nous aurons beaucoup de chance si nous ne sommes pas condamnés à regarder mourir de la plus atroce manière des millions de nos semblables sur notre écran de télévision, pendant que nous, Occidentaux, avalons notre cheeseburger devant notre télé. Et ce n'est pas là une nouvelle version des jérémiades de l'écrivain bohème ; c'est une affirmation objective à propos de l'état du monde, aisément confirmée par n'importe qui ayant le courage de regarder la vérité en face.

Ces perspectives peuvent, et doivent, affecter nos pensées, nos paroles et, oui, nos actes. Et si certains écrivains ferment leurs yeux à cette réalité, peut-être sont ils des amuseurs, mais en aucun cas ils ne peuvent s'honorer du titre d'auteurs de science fiction. Et les Cyberpunks sont des auteurs de science fiction, pas les rejetons d'un "sous-genre" ou d'un "culte", mais des auteurs à part entière. Nous méritons ce titre, et ça, rien ne nous l'enlèvera.

Toutefois les années 90 n'appartiennent pas au Cyberpunks. Nous serons là, au travail, mais nous ne sommes plus le Mouvement. Nous ne sommes même plus un "nous". Les années 90 appartiendront à la nouvelle génération, ceux qui ont grandi dans les années 80. Vive l'underground des 90's et bonne chance à vous. Je ne vous connais pas, mais je sais que vous êtes là, dehors. Alors debout et saisissez votre chance. Secouez le cocotier. Faites bouger tout ça. Je sais que c'est possible. Je l'ai fait.
Cyberpunk in the Nineties
By Bruce Sterling Sixth Column for Interzone – 1991

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23 mai 2006

les Hackers , un problème ou une solution?

   

Un article à moi  sur article press .com

les Hackers , un problème ou une solution?


Bien souvent les média présentent les hackers comme des jeunes désaxés n'ayant pour moteur que l'appât du gain et le désir inavouable de plonger une société qu'ils honnissent dans le chaos.
Sont-ils pourtant ces dangereux nihilistes, véritables épouvantails de l'ère informatique ?


    « De toutes parts nous parvient l’information à vitesse accélérée, à vitesse électronique. On dirait que nous faisons tous partie (...) d’un petit village mondial » (McLuhan).

Bien souvent les média présentent les hackers comme des jeunes désaxés n'ayant pour moteur que l'appât du gain et le désir inavouable de plonger une société qu'ils honnissent dans le chaos.
Sont-ils pourtant ces dangereux nihilistes, véritables épouvantails de l'ère informatique ?
Bien que sensationel cela ne résiste pas à l'analyse. le hacking en réalité tire son inspiration des courants d'émancipations universitaires des années 70 et pas des cloaques de la jungle global. Ainsi le hachking obéit à des lois et surtout à une véritable éthique qui n'a rien de comparable à un pseudo code de l'honneur pour société maffieuse.

L’éthique du hacker a été créée au MIT, et comprend six régles :
1 L’accés aux ordinateurs - et à tout ce qui peut nous apprendre comment le monde marche vraiment - devrait être illimité et total.

2 L’information devrait être libre et gratuite.

3 Méfiez-vous de l’autorité. Encouragez la décentralisation.

4 Les hackers devraient être jugés selon leurs oeuvres, et non selon selon des critéres factices comme la position, l’âge, la race ou les diplômes.

5 On peut créer l’art et la beauté sur un ordinateur.

6 Les ordinateurs sont faits pour changer la vie. Il n’est pas nécessaire de lire Hackers, le livre de Steven Levy, pour réaliser que c’est l’esprit des années 70 qui souffle dans ces principes. Au MIT, le besoin de libérer l’information répondait à un besoin pratique de partager le savoir pour améliorer les capacités de l’ordinateur.

le véritable hacker est un idéaliste qui ne joue pas avec les données des autres mais qui cherche à favoriser
l'accés à l'information publique et à protéger le droit à l'information privée.
en deçà des pouvoirs dépassés par le fantastique potentiel de l'informatique, le hacking s'emploie aussi a explorer les nouveaux possibles de l'univers incertain de la citoyeneté du monde de demain en cherchant à réstituer l'automnomie de l'individu suivant le cyber adage:
Si tu ne contrôles pas la technologie , c'est elle qui te contrôlera au profit de quelques privilégiés....
Sans doute sont-ils un rempart contre les tentations
d'une dérive Orwellienne de notre civilisation en pleine
crise de sens...
Nous sommes bien loin des despérados que l'on condamne
"place de la sécurité de l'état" ...et les hackers n'ont rien à voir avec ces nouvelles formes de criminalités qui font trembler et fantasmer le quidam...
Qu'est ce qui différencie le hacker de ces criminels, délinquants ou contrevenant?
C'est l'éthique qu'il possède car elle donne du sens à ses actions! voilà le plus difficile à concevoir pour l'autorité qui croit en avoir le monopole et qui se trouve de fait remise en question parce que malheureusement cette fameuse éthique lui fait trop fréquemment défaut!
Stanislas kazal

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16 octobre 2007

mEssAgE pOEME dE EndO pOur LE pEupLE du MOndE LiBrE

[center]O Grand Cyberpunk,

Toi qui t’es élevé au milieu de tous,
Tu as vue le monde de loin,
Tu sais que l’avenir est corrompu,
Tu entends encore leurs mensonges,
Un monde au innombrable étoile à été crée,
Et cela à l’image du notre,
Cyberspace est son nom,
Son symbole est le partage d’information,
Toi qui sais le pouvoir que tu as,
De ton savoir fais en bonne usage,
L’avenir dépend également de toi.
Soit proche de tes amis,
Mais reste encor plus proche de tes ennemis,
Affin d’être le premier à savoir se qu’ils complotent contre toi,
Nul ne peut te tromper car tu es bien avisé,
L’information t’est sacrée,
Ô Grand Cyberpunk,
Sans peur et sans gêne,
Outrepasse tes limites,
Courage ! Entre dans le monde métaphysique qui s’ouvre à tes yeux,
Et regarde de l’autre coté du miroir,
Pour admirer la profondeur du centre,
C’est le calme avant la tempête,
Oui, le vent de la rébellion se lève,
Les plaintes du monde agonisant,
Déchirent les cœurs meurtris,
Les enfants ont-ils encore un avenir ?
Que leurs avons-nous laissé ?
Rien ! Absolument rien !...
…ne pourra nous arrêté,
Nous, Cyberpunk…
Car nous sommes plusieurs…
Transmettez leurs…

mEssAgE pOEME dE EndO pOur LE pEupLE du MOndE LiBrE[/center]


--
Shakta Klay

Posté par kazal à 03:03 - Cyberpunk et Hacking - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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