05 juin 2008
Démystifions les salauds totalitaires -Le Fascisme Italien
Le Fascisme Italien ou Benito le Benêt d'Hitler !
En 1919, Benito Mussolini, militant socialiste depuis le début du siècle, rompt avec son parti et crée les «Faisceaux de combat», futur noyau de son Parti national fasciste. A la tête de ses «squadre», des milices extrêmement violentes, il se fait l’auxiliaire de la répression menée par la bourgeoisie contre les mouvements ouvriers et paysans. Son influence grandit. En 1922, la «marche sur Rome» lui assure le pouvoir. Le fascisme s’installe. Il mènera l’Italie à l’impérialisme, à la guerre et à la catastrophe. Des images d’archives colorisées, des scènes de fiction et des paroles d’historiens rythment ce tableau chronologique d’une idéologie et d’un régime inscrits dans l’histoire des totalitarismes européens.
06 juin 2008
Démystifions les salauds totalitaires-A L’Ecole De Dieu
A L’Ecole De Dieu
Une découverte du fondamentalisme chrétien aux États-Unis et de ses réseaux de propagation. En quatre étapes - recrutement de la base, formation d’une nouvelle élite dirigeante, collaboration avec les autorités et mise en place d’un réseau de personnalités choisies -, le documentaire analyse comment les extrémistes chrétiens ont réussi à devenir l’une des composantes les plus influentes de la société américaine.
08 juin 2008
HITLER ETAIT IL GAY?
HITLER ETAIT IL GAY?
Sources
Et pourquoi pas zoophile ? La réponse est
négative. Toutefois, certains doutent et d'autres affirment
avec force leur conviction de l’homosexualité de
Hitler, livres et sites internet à l'appui. On ne
prête qu'aux riches et il faut bien admettre que la vie du
Fuehrer est tellement pleine de contradictions, de mensonges et de
zones de flou que la vérité historique n'a pas la
tâche facile d'autant plus qu'il est tentant de mettre tous
les crimes de Hitler sur le dos d'un "anormalité" sexuelle.
C'est aller un peu vite en besogne...
Une fois qu'il est rangé dans la catégorie "gay"
ou "mono-couillard"(ce qu'il était selon le rapport
d'autopsie des médecins soviétiques en 1945),
Hitler n'a plus de mystères pour les homophobes et pour les
machos. Tout s'explique. Voici en tout cas la chanson à la
mode en 1939 à Londres :
"Hitler, he only had one ball,
Goering, he had two but very small,
Himmler had something simmler,
But poor old Goebbels had no balls at all."
En réalité, la personnalité d'Hitler
fut extrêmement complexe, tiraillée entre le bien
et le mal au delà du commun, avec un penchant
très prononcé pour le mal après la
première guerre. Dans les tranchées et sous les
obus, une nouvelle morale hitlérienne va naître et
grandir et elle n'aura pas grand chose à voir avec la morale
bourgeoise ou chrétienne, ni avec la morale
hitlérienne des années de galère
à Vienne. Ce sont les obus qui ont accouché du
Fuehrer et non pas ses tiraillements sexuels.
Tout porte à croire en effet que Hitler
n’était pas très porté sur
la "Chose", comme on dit pudiquement, surtout si, selon les
médecins soviétiques qui ont fait son autopsie,
il était mono-couillard. Les membres de son entourage
immédiat, interrogés après la guerre
par les alliés, diront qu'ils n'ont aucune doute qu'Hitler
et Eva avaient une vie sexuelle normale, quoique sans doute
limitée et peut-être particulière, mais
personne n'a jamais eu les confidences de l'un ou l'autre.
Les seules belles érections dont Hitler semble avoir
été capable furent celles du bras. Elles
impressionnaient par leur durée l'ambassadeur anglais
à Berlin qui suspectait un truc. Il y en avait probablement
un.
Adolescent, il se montrait timide avec les femmes, peu enclin
à prendre l'initiative, effrayé à
l'idée de contracter des maladies
vénériennes, notamment la syphilis,
véritable fléau de l’époque.
Selon ses rares amis d'alors, il aurait eu des "vues
décentes" sur les femmes. Ce que ce terme signifie dans la
bouche de ses auteurs reste à préciser, mais on
peut estimer, dans le contexte des années 1900, qu'Adolf
Hitler nourrissait des vues traditionnelles, bourgeoises, catholiques
:"les femmes à la cuisine, à
l’église et accessoirement dans la chambre
à coucher pour la procréation." Bref les trois
"K" de la fameuse trilogie germanique, Kuchen, Kirche, Kindern. Du
coup, certains y voient une prédisposition à la
pédérastie qu'ils vont s'empresser de confirmer
par le fait que Hitler a vécu longtemps dans un asile de
nuit où les homosexuels étaient nombreux. La
Vienne d'avant-guerre était bourrée d'artistes
dans le besoin et d'homosexuels. Beaucoup, tel Hitler dans la
gêne, couchaient dans ces asiles. Les mêmes
fanatiques de l’homosexualité
hitlérienne diront qu'Adolf semblait plus à
l'aise en compagnie de gays que des femmes. Rien
d’étonnant de la part de quelqu'un qui a
manifestement un peu peur des femmes, qui manque de confiance en soi et
n'est pas doté des besoins d'un étalon. Les
homosexuels le rassuraient, ils n'étaient pas une menace
pour lui et le Hitler viennois -qui n'a rien à voir avec le
Hitler de 1919- s'est sans doute plu en la compagnie de ces
êtres, alors considérés comme part d'un
"quart-monde". Hitler lui même après la mort de sa
mère et avec les années de pauvreté
dans une Vienne, remplie d'aspirants artistes en compétition
les uns avec les autres, s'est souvent ressenti comme tel : "un chien,
un déclassé." (in Mein Kampf).
Ses réactions l’incitèrent
vraisemblablement alors à trouver une sorte de
communauté intellectuelle et affective dans des
êtres facilement mis au ban de la nation et à ne
pas les rejeter. Des rapports de police de
l’époque le classent d'ailleurs comme
"déviant sexuel" . Sur la base de quelles informations ? On
l'ignore. Il est probable lorsqu'on sait comment travaillent les
Renseignements Généraux que de tels rapports ont
été établis sur la base de
dénonciations, de suppositions, de racontars et autres
préjugés qui avaient besoin
d’être confirmés par une
authentification policière.
En tout cas, il soutiendra toujours a son ami Kubizek, avec qui il
vivra dans une chambre pendant plus d'un an avant de devoir dormir dans
un asile de nuit, que "l’homosexualité est
contre-nature." On ne saurait entretenir des vues plus orthodoxes,
bourgeoises et conventionnelles sur le sujet, surtout si l'on admet que
la sodomie est loin d’être l'apanage exclusif des
homosexuels, idée qui apparemment n'effleurait pas le
cerveau du grand homme.
A vrai dire, sous ses penchants d'artiste et en dépit de ses
grandes ambitions architecturales, le jeune Adolf fait preuve- dans ses
années de bohème- d'un conformisme affligeant.
Certains auteurs diront que c'est précisément
parcequ’il avait peur de ses tendances homosexuelles
profondes qu'il était amené à rejeter
l’homosexualité comme contre-nature. Il y a
toujours des gens pour vouloir faire de vous un membre de la
confrérie comme il y en a qui veulent faire de nous tous des
Juifs... A l'adolescence, lors de la découverte de la
sexualité, beaucoup d'individus ne savent pas trop de quel
côté pencher : ce n'est pas parcequ'on refoule une
homosexualité bien plus naturelle qu'on veut le croire qu'on
va se mettre à hair les homosexuels et
décrêter que l'homosexualité est
contre-nature.
Personnellement, je vois dans ce conformisme profond la raison de ses
échecs artistiques et l'origine des volte-face
stupéfiantes qu'il accomplira au cours de son
séjour a Vienne et après la guerre pour devenir
un petit dur, un héraut de la force brute et violente,
l'apologiste de la non-compassion et le pourfendeur fanatique des
faibles, des malades, des incurables, y compris des Juifs en qui il
verra une vermine sur le corps social.
Hitler était en réalité un bon
petit-bourgeois gâté par sa Maman, doté
de vues hyper-traditionnelles, incapable de dépasser le
cadre d'une approche orthodoxe : il verra toute innovation
intellectuelle, artistique et conceptuelle comme une menace
à son intelligence et ses facultés d'imagination
qui sont minces. La haine qu'il vouera a l'Art Nouveau et à
Kandinski, ce réfugié juif russe, qui vit
à Munich en même temps que lui, qui se permet de
lancer un mouvement artistique nouveau et révolutionnaire et
- comble de l'ironie et de l’injure- se permet de
réussir, prouve plus que nécessaire que Hitler
était un être médiocre.
Médiocre, envieux et jaloux. Il écrira un jour a
Kubizek qu'il a du mal à supporter de le voir
"prêter attention a tous ces gens qui l'entourent." Etudiant
au Conservatoire de Musique, Kubizek en effet réussira fort
bien dans ses études alors que Hitler est rejeté
des Beaux Arts. D'aucuns prétendront que, dans les
tranchées de 1914-1918, il se serait livre à des
pratiques pédérastiques et que c'est pour cette
raison que le caporal n'aurait jamais été promu
au rang de Sous-of. Il faut être sérieux. La vraie
raison de la non-promotion de Hitler a été
donné par un de ses officiers supérieurs :"Je ne
vois pas pourquoi je donnerai du galon à ce
névrosé', dira-t-il un jour.
En outre, pendant le conflit, les soldats -surtout ceux du front- se
livrèrent à des pratiques sexuelles telles que la
pédérastie pouvait faire figure de
péché véniel.
Dès 1933, l'institut de sexologie de Hirschfeld sera
attaqué par les SA, des milliers de livres et photographies
brûlés en autodafé et Hirschfeld, alors
en France, choisira prudemment de ne pas retourner en Allemagne.
Selon le sexologue allemand Magnus Hirschfeld, les soldats des
tranchées pratiquèrent la masturbation sur une
telle échelle que certains finirent par
considérer "leur main droite comme leur femme". Un docteur
australien sur le front italien estima que 10% des hommes de son
régiment se livraient à la zoophilie, notamment
les hussards hongrois avec leurs juments. Réduits
à l’état de bêtes, les hommes
n'avaient pas grand mal à considérer leurs
propres chevaux comme d'admissibles partenaires sexuels.
Dans l'Allemagne du
Kaiser, la continence propre à la vie des
tranchées était considérée
au début du conflit comme "une occasion de sublimation et de
produire le meilleur de l'homme." Freud et surtout les
réalités de la guerre remettront les propagateurs
de telles idées a leur place.
Magnus Hirschfeld dut un jour, pendant la guerre, donner son avis de
sexologue sur le cas d'un caporal bavarois qui avait eu un rapport
sexuel avec une truie. L'homme fut arrêté et assez
sévèrement puni mais sans que l'incident provoque
l'indignation de ses camarades qui en rirent.
Après la guerre, rapportera Magnus Hirschfeld, des milliers
de soldats devinrent impuissants ou ne purent jouir d'une
érection durable, sans parler des troubles du comportement.
Dès 1916, le sexologue allemand H. Fehlinger
écrira que "la sexualité des hommes du front est
totalement annihilée". Dans ces conditions, il parait
vraiment mesquin -pour dire le moins- d'imaginer que Hitler ait
échappé a la règle.
En outre, il est peu probable que, pris en train de se masturber ou de
masturber un camarade-soldat, Hitler ait pu être la victime
de l'ire pudibonde d'officiers supérieurs furieux de
constater que l'homme de troupe était pas sublimé
par la continence et la dévotion à la
mère-patrie. En effet, un officier austro-hongrois a
rapporté à la fin de la guerre
qu'après s'être masturbé en public, un
soldat bosniaque avait été envoyé en
permission pendant 15 jours auprès de sa femme et qu'il en
était revenu tout joyeux et plus que jamais prêt
au combat. Même dans l'Europe puritaine de 1914, les
officiers supérieurs pouvaient admettre et comprendre
certaines pratiques, surtout dans le contexte effroyable de la guerre.
Et cela d'autant plus qu'à côté de la
masturbation et de la zoophilie, plus graves pour la psychologie des
soldats, trônaient les plaisirs de la "culture anale" et la
régression infantile. Ce furent des pratiques compensatoires
très souvent mises en oeuvre par les soldats. Erich M.
Remarque, dans "A l'Ouest, rien de nouveau (1929), fera savoir au monde
à quel point les sujets annaux vont cesser d'être
tabous au front et combien les hommes éprouveront de plaisir
à parler de "cul" au premier sens du terme. Ce n'est pas une
surprise si Goebbels et Himmler ordonneront la destruction du livre.
En 1936, Heinrich Himmler, chef des SS, créa un "Bureau
Central du Reich pour combattre l'homosexualité et
l'avortement" qui dépendait directement de la Gestapo.
L’avocat-poète Martin Beradt (1881-1949), dans
"Schipper au front", décrira des dîners entre
officiers ou les plaisanteries et les blagues scatologiques devenaient
si chargées d’excréments qu'il lui
devenait impossible de continuer à manger. Il semble,
d'après les réactions de ses camarades, que
Beradt fut une "âme délicate".
Au front, déféquer deviendra un sujet courant de
conversation entre les soldats, s'accroupir en public dans des latrines
ouvertes a la vue de tous un acte normal et jouissif : beaucoup d'entre
eux construiront même leur petite boite
défécatoire sur laquelle ils resteront accroupis
pendant de longues minutes, loin des horreurs de la guerre. Au front,
déféquer va devenir un plaisir subtil et non pas
une fonction biologique sale dont on s'acquitte rapidement et presque
avec honte.
Quant à l'infantilisme, il sera encore plus
fréquent et sera une source échecs conjugaux
massifs après la guerre : le retour a l'enfance par des
rêves constants, le refus du présent et la fuite
éperdue vers le passé, notamment celui ou la
mère était présente et
réconfortante vont ruiner l’équilibre
psychologique de centaines de milliers de jeunes gens fragiles, peu
éduqués et rustres. Faudra-t-il
s’étonner que les mêmes deviennent, dix
ans plus tard, la proie des vociférations
chargées de sexualité d'Adolf Hitler ?
En tout cas, cette régression infantile s'accompagnera du
refus du travail, d'une incapacité à se
réajuster au monde du boulot et de ses conflits, voire
à la vie conjugale normale qui a ses exigences et ses
conflits. Apres la guerre, des milliers de femmes se plaindront d'avoir
récupéré non pas un mari mais un
adolescent soufrant d’éjaculations
précoces.
Or Hitler, notamment après la prise du pouvoir, s'est
totalement désintéressé, au grand dam
de son entourage et de ses généraux, de tout
travail soutenu et ne manifesta plus de
l’intérêt que pour l'architecture et les
discours, dont on sait trop quelles proportions monstrueuses ces deux
disciplines prendront sous son emprise. Raushning dira que -loin
d’évoquer une diarrhée verbale- les
discours enflammes de Hitler le faisaient songer à un
"lavement oratoire." Une très bonne image. Hitler, le
tribun, se purgeait de tous ses excréments
intérieurs, réels ou supposés, en
s'administrant des discours qui portaient les foules au paroxysme et
à l'orgasme.
Enfin, après la Nuit des Longs Couteaux en 1934, le parti
commencera le fichage systématique des homosexuels connus.
Le 11 Novembre 1936, en référence à la
même Nuit, Hitler affirma dans une allocution sur les dangers
racio-biologiques de l'homosexualité que, lorsqu'ils se sont
présentés, "nous n'avons pas
hésité à abattre cette peste par la
mort, même entre nous," faisant ainsi allusion à
l'assassinat de Ernst Roehm. En 1938, Goebbels attaquant
l'immoralité de l’église catholique
déclara qu' "en 1934, des personnes qui voulaient faire dans
le parti ce qui se fait dans les couvents ou entre prêtres,
c'est à dire répandre cette immoralité
à l'intérieur, furent tuées... Comme
nous devrions être reconnaissants au Führer d'avoir
extirpé cette peste !"
En septembre 1935, un an après l'assassinat de
Röehm, les lois de Nuremberg vont "protéger la
nation allemande jusqu'à la fin des temps" en
préservant le sang allemand de toute contamination. La "loi
de protection du sang et de l'honneur allemands" punit même
l'intention homosexuelle.
Ernst Roehm, chef des SA, fut liquidé par les SS sur ordre
de Hitler. Qui peut croire que ce type fut l'amant de Hitler ?
Et Hitler d'ajouter, le 30 janvier 1939 : "il y a cinq ans, quelques
membres du parti se souillèrent de fautes infamantes et pour
leurs crimes ils furent fusillés."
En 1939, 24
450 homosexuels allèrent en camp de concentration. R. Diels,
fondateur de la Gestapo, rapporte dans ses mémoires
qu'Hitler voyait la vraie cause de la décadence de la
Grèce antique dans la pédérastie et
estimait en réalité que que "les
dégénérés doivent
être éliminés pour la pureté
de la race".
Tout cela fait de Hitler
un terrain favorable pour l'impotence, les érections
difficiles, les séances de défécation
avec Geli Raubal et les éjaculations verbales interminables,
pour compenser peut-être la précocité
d'autres éjaculations et fertiliser son
antisémitisme, ce poison qui raisonnait dans ses veines.
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Les huit critères du "totalitarisme idéologique" ...
Les huit critères du "totalitarisme
idéologique" ...
Dans le chapitre 22 de son ouvrage, le Dr Lifton a
dégagé huit thèmes ou
critères principaux permettant de déceler,
d'évaluer le "totalitarisme idéologique" et sa
mise en oeuvre dans des groupes, des institutions, et autres. Il ne
s'agit pas de recettes de manipulation mais de symptômes
permettant de juger de son existence. Bien entendu, les choses ne sont
jamais aussi nettes dans la réalité. Il faut
aussi garder présent à l'esprit le fait qu'il ne
s'agit pas d'une théorie mais d'une tentative de classement
opérée sur la base de dizaines d'heures
d'entretien avec des personnes tout juste
libérées de l'environnement totalitaire
où elles avaient été
"réformées".
1.
Le contrôle du milieu
C'est une évidence, mais ce contrôle est plus ou
moins visible : depuis l'enfermement physique - la prison - en passant
par "l'Université révolutionnaire"
jusqu'à, parfois, un pays entier. Ce contrôle est
essentiellement celui de la communication, non seulement de chaque
individu avec l'extérieur, mais aussi avec
lui-même. George Orwell (1), en bon Occidental, imaginait le
contrôle au moyen d'un appareil - un
téléviseur permanent, à double sens,
chacun étant enregistré en même temps
qu'il recevait les émissions. Les Chinois, eux, se sont
servis d'instruments humains.
Si parfait que puisse être ce contrôle -
matériel ou psychologique, ou les deux - il n'est jamais
absolu. il peut toujours y avoir - provenant du monde
extérieur ou du sujet lui-même - des informations
"parasites" interférant avec les messages des manipulateurs.
Pour ceux qui appliquent le système, s'il n'arrivent pas
à créer un environnement contenant uniquement
leur vérité, ils attribuent ces insuffisances
à une application imparfaite des
procédés - et aussi à la
perversité totale du récalcitrant. Pour ce
dernier, la conséquence ultime est son
élimination physique ; mais cela même constitue
pour les manipulateurs un échec personnel. Ceux-ci ont
eux-mêmes été soumis à
l'impact de la "vérité dernière" :
appliquer aux autres le même traitement, et avec
succès, est aussi le moyen de dissiper leurs propres doutes,
s'il leur en reste.
Pour l'individu, la principale conséquence est la
rupture de l'équilibre entre le moi et le monde
extérieur. Nous opérons normalement un
va-et-vient constant entre l'expérience (ce qui nous vient
du monde extérieur et des autres) et notre propre
réflexion : c'est ainsi que nous testons la
réalité de l'environnement et maintenons le sens
de notre propre identité.
Or, la pression du milieu totalitaire tend à
détruire cette polarité, pour la remplacer par
une autre : entre le "réel" (l'idéologie et le
comportement du groupe auxquels chacun doit s'identifier) et le
"non-réel" (tout le reste). Ceux qui parviennent
à réaliser cette identification
éprouvent un sentiment exaltant d'omniscience,
partagée avec le groupe (le Parti, le Peuple, le Chef...),
ils "voient le monde avec les yeux de Dieu". D'autres se sentent
étouffés par ceux qui les contrôlent et
tenteront de leur échapper dès que le
contrôle se relâchera (non sans garder des
séquelles).
2.
La "manipulation mystique"
Une fois réalisé le contrôle du milieu,
l'étape suivante, inévitable, est la manipulation
personnelle. Dirigée "d'en haut", elle a pour but de
provoquer un ensemble de comportements et d'émotions
déterminés, mais de façon qu'ils
soient ressentis comme spontanés. Pour le
manipulé, cette spontanéité
dirigée par un groupe omniscient revêt une
qualité quasi-mystique. Les manipulateurs ne recherchent pas
uniquement un pouvoir sur d'autres : eux aussi sont poussés
par une mystique qui non seulement justifie, mais exige ces
manipulations. Devenus l'instrument de leur propre mystique, ils
confèrent une "aura" divine aux institutions manipulatrices
- Parti, Gouvernement, Organisation, Eglise -. Ils sont les agents
choisis par cette force supérieure (l'Histoire, la Science,
Dieu, etc.). La réalisation de "l'impératif
mystique" a le pas sur toute autre considération (y compris
le bien-être humain immédiat). Toute
pensée ou action mettant en question le but
supérieur est considérée comme
rétrograde, égoïste, mesquine. C'est cet
impératif mystique qui produit les extrêmes
apparemment opposés d'idéalisme et de cynisme,
les actes les plus cyniques pouvant être commis pour servir
le "but suprême" ("la fin sanctifie tous les moyens").
Au niveau de la personne individuelle, les
réponses tournent autour de la polarité de base
entre confiance et défiance. On lui demande d'accepter ces
manipulations sur la base de la confiance - ou de la foi - ultime :
"comme un enfant dans les bras de sa mère", disait un
prêtre qui avait subi la réforme en prison. Celui
qui éprouve ce degré de confiance en arrive
à prendre plaisir aux souffrances causées par les
manipulations ; il les croit nécessaires pour
l'accomplissement du "but supérieur" qu'il a fait sien.
Mais une telle confiance est difficile à maintenir
en permanence, et le but supérieur ne fournit pas toujours
le support émotionnel suffisant, l'individu
répond alors par la "psychologie du pion" : incapable
d'échapper à des forces plus puissantes que lui,
il cherche avant tout à s'adapter à elles. Il
développe le sens de la bonne réponse, est
sensible à toute sorte de signaux, apprend à
anticiper les pressions de l'environnement, à se laisser
porter par la vague ; ses énergies psychiques se fondent
dans le courant, au lieu de se tourner contre lui-même, ce
qui serait douloureux. Il lui faut pour cela participer à la
manipulation des autres, se plier aux trahisons (envers les autres et
envers lui-même) exigées. Sa réaction
peut aussi être un mélange des deux attitudes.
Mais de toute façon, il s'est
dépouillé de la capacité de s'exprimer
et d'agir de façon indépendante.
3.
L'exigence de pureté
Dans toutes les situations de totalitarisme idéologique, le
monde de l'expérience est divisé rigoureusement
entre le pur et l'impur, le bien absolu et le mal absolu. Le pur et le
bien : ce sont les idées, les sentiments, les actions en
accord avec l'idéologie et la ligne totalitaires ; tout le
reste est relégué dans le domaine de l'impur et
du mal. Rien d'humain n'est à l'abri du îlot de
jugements moraux ; tous les "poisons", toutes les souillures doivent
être recherchés et éliminés.
Le postulat sous-jacent est que cette pureté
absolue (le "bon communiste" pour les Chinois...) est possible. On peut
faire n'importe quoi au nom de cette pureté ; ce sera moral.
En fait, cette perfection est inaccessible, la "Réforme de
la pensée" fournit elle-même la preuve de ses
conséquences les plus malignes : elle crée un
monde étroit de culpabilité et de honte. La
réforme permanente exige de chacun qu'il s'efforce d'arriver
à quelque chose qui non seulement n'existe pas, mais est
étranger à la condition humaine.
Dans ce monde-là, chacun doit s'attendre
à être puni. Comme on n'arrive jamais à
la pureté totale, on doit s'attendre à
l'humiliation et à l'exclusion. La relation avec le milieu,
c'est la honte. Pis encore : la culpabilité et la honte
deviennent des valeurs en soi, les formes
privilégiées de la communication, l'objet de
compétitions publiques. Ceux qui n'y arrivent pas
entièrement peuvent feindre un certain temps ces sentiments
; mais il est beaucoup plus sûr de les ressentir vraiment.
Les individus sont plus ou moins enclins à ces
sentiments de culpabilité et de honte, selon leur
caractère et leur éducation ; mais ce sont des
tendances humaines universelles, et tout le monde est
vulnérable. C'est une affaire de degré. Les
totalitaristes idéologiques, s'érigeant en juges
ultimes du bien et du mal en ce monde, utilisent ces tendances comme
leviers émotionnels pour influencer et manipuler, l'individu
intériorise des critères absolus et devient son
propre juge ; mais il les projette aussi à
l'extérieur : les "impuretés" proviennent
d'influences extérieures. Le meilleur moyen de se
débarrasser du fardeau de la culpabilité est de
dénoncer continuellement ces influences. Plus on se sent
coupable, plus la haine est grande. Cela conduit aux haines de masse,
aux purges d'hérétiques, à des guerres
saintes (politiques ou religieuses). Quand on a vécu une
telle polarisation bien-mal, il est très difficile de
retrouver un sens plus équilibré des
complexités de la moralité humaine.
4.
Le culte de la confession
Cette obsession est étroitement liée à
l'exigence de pureté absolue. On en arrive à
confesser des crimes imaginaires - cela, dans l'espoir d'être
guéri de ses péchés. Entre les mains
de totalitaristes, la confession devient un moyen d'exploiter des
vulnérabilités (sentiment de
culpabilité, honte) au lieu de les soulager.
La confession est d'abord un moyen de purification
personnelle. C'est aussi une sorte de reddition symbolique - et enfin
le moyen de maintenir une transparence totale vis-à-vis des
autres, ou au moins de l'Organisation, qui doit connaître
tout le passé, les pensées, les passions de
chaque individu, et spécialement ce qui est
considéré comme négatif. Ce culte de
la confession peut produire un sens orgiastique de l'unité
entre les co-confessants, une sorte d'extase où le moi se
fond dans le grand flux du "Mouvement". Pour certains, cela peut aussi
satisfaire une tendance à l'auto-punition, un
désir de se libérer de sentiments
refoulés de culpabilité (catharsis). Chacun
devient un juge pénitent. Comme dit un personnage de Camus :
"Plus je m'accuse, plus j'ai le droit de vous juger" (2).
5. La "Science
sacrée"
Le milieu totalitaire maintient une aura sacrée autour de
son dogme de base, présenté comme la vision
morale ultime pour ordonner l'existence humaine. Il est interdit (ou
impossible) de le mettre en question et il implique de
révérer les auteurs de cette Parole et ses
détenteurs actuels. Bien que cette "Science
sacrée" soit du domaine de la
révélation, transcendant les règles
ordinaires de la logique, le milieu totalitaire met une insistance
exagérée à affirmer sa logique sans
faille, sa précision "scientifique" absolue. Oser la
critiquer, ou, pire, avoir des idées différentes,
même non-dites, devient non seulement immoral et
irrespectueux, mais "antiscientifique". On exploite ici la
révérence qui entoure tout ce qui est
"scientifique".
Le postulat, ici, n'est pas tellement que l'homme puisse
être Dieu, mais que les idées de l'homme puissent
être Dieu - qu'il y a une science absolue des
idées (et donc de l'homme) - qu'elle peut être
combinée avec un corps également absolu de
principes moraux - la doctrine qui en résulte devant
être vraie pour tous les hommes en tous les temps.
Au niveau de l'individu, cette science sacrée peut
offrir réconfort et sécurité,
grâce à l'unification apparente entre les modes
d'expérience mystique et logique (3). Elle fait coexister
des raisonnements à forme de syllogisme (à grand
renfort de "par conséquent") et des intuitions fulgurantes.
L'emprise de cette "science sacrée" est si forte que
l'individu qui se sent attiré par des idées qui
l'ignorent ou la contredisent se sentira coupable et aura peur.
Dans un environnement totalitaire, il n'y a pas de
distinction entre le sacré et le profane. Une
contrefaçon de science se mélange à
une religion de pacotille. La pression pour obtenir la fermeture
personnelle est telle qu'on préfère
éviter toute connaissance, toute expérience qui
pourrait mener à une expression de soi authentique et
à une évolution créatrice.
6.
Le langage codé
Dans le langage de l'environnement totalitaire, le cliché
est roi. Les problèmes humains les plus complexes sont
réduits à quelques phrases courtes,
péremptoires, faciles à se rappeler et
à répéter. Elles sont le commencement
et la conclusion de toute "analyse idéologique". Le
cliché a l'avantage de dispenser de toute discussion
réelle, de l'exploration d'interprétations
diverses, de toute réflexion et expression personnelles.
Les clichés ne sont pas seulement des raccourcis,
mais ils sont polarisés, avec des charges
émotionnelles positives ou négatives : il y a les
termes qui représentent le bien, et ceux qui
représentent le mal, le diable. Le vocabulaire
maoïste, par exemple, répétait les
termes positifs : progrès, progressiste,
libération, point de vue prolétarien, dialectique
de l'histoire, etc. Les termes négatifs : capitaliste,
impérialiste, bourgeois, exploitation... Ce "langage de la
non-pensée", très caractéristique, est
affreusement ennuyeux pour tous ceux qui ne le partagent pas. Il rend
aussi très reconnaissable un membre de groupe totalitaire.
Bien sûr, tout groupe possède, dans une
certaine mesure, son jargon propre : famille, école,
profession, etc. Certaines expressions sont des signes de
reconnaissance ; mais cela n'empêche pas les membres de ces
groupes (un individu peut d'ailleurs appartenir à plusieurs)
d'être également à l'aise dans le
langage général. Dans le groupe totalitaire, le
jargon devient exclusif, il exprime les certitudes de la "science
sacrée", les renforce ; les expressions-clefs
déclenchent les émotions, positives ou
négatives, voulues par les manipulateurs.
Pour l'individu, ce langage a pour effet un
rétrécissement ("constriction"), un
appauvrissement, une amputation linguistique. Or, le langage et sa
richesse sont la base même de l'expérience
humaine, et amputer le langage, c'est supprimer des pans entiers de la
capacité de penser et de sentir, même si
l'individu ne s'en rend pas compte, et même s'il y prend du
plaisir, car il ressent ainsi son appartenance au groupe, en dehors
duquel il ne veut plus exister. C'est aussi un lien très
fort avec le groupe, car le monde extérieur lui devient
étranger. Il devient même étranger
à lui-même, à son propre
passé, à tout ce qui a fait qu'il est devenu ce
qu'il est : il n'arrive même plus à se
représenter son "ancienne vie" - et d'ailleurs il n'en a pas
envie : il sent bien que cela pourrait constituer pour lui un danger.
Cette manipulation du langage pourrait faire l'objet d'une
étude spéciale, car elle est fondamentale : c'est
le mur le plus apparent entre les adhérents d'une
idéologie totalitaire et le reste de l'humanité.
C'est d'ailleurs souvent ce qui est ressenti d'abord par "les autres"
(ceux qui sont à l'extérieur du
système totalitaire). Pour les Occidentaux sortant des
prisons chinoises, c'était d'autant plus évident
que leur "réforme" s'était faite en chinois ;
mais ce l'était tout autant pour les Chinois
eux-mêmes. L'un d'eux disait : "Quand on a utilisé
si longtemps les mêmes modèles d'expressions... on
se sent enchaîné".
7.
La doctrine au-dessus de la personne
Ce langage stérile reflète aussi la subordination
de l'expérience humaine aux exigences de la doctrine :
l'expérience personnelle, les sentiments sont
continuellement canalisés, mis dans un moule abstrait
d'interprétation, les sentiments devant correspondre au
catalogue officiel.
Cela saute aux yeux dans la
réinterprétation de l'histoire,
réécrite en forme de mélodrame noir et
blanc. Là aussi, il y avait les méchants :
impérialistes, capitalistes, étrangers,
réactionnaires féodaux à
l'intérieur - et les bons -, la résistance et la
libération du Peuple, le salut par la victoire du
communisme. Ces réinterprétations
intègrent aussi des morceaux de
réalité, sans quoi elles ne seraient pas
acceptées et resteraient pure mythologie. les mythes
eux-mêmes utilisent et renforcent des sentiments existants,
parfois sous-jacents, et qui peuvent être
justifiés. Toutes les révolutions de masse refont
l'histoire, en éliminant ce qui ne cadre pas avec la
doctrine, ou en le réinterprétant. L'histoire des
"historiens" n'est jamais entièrement objective ni innocente.
Mais un historien sérieux s'efforce de faire
abstraction de ses propres préférences et
préjugés ; à tout le moins
précisera-t-il son point de vue. Mais quand le mythe
fusionne avec la "science sacrée" totalitaire, la "logique"
qui en résulte peut purement et simplement
éliminer et remplacer la réalité :
celle de faits historiques, même récents, mais
aussi celle de l'expérience individuelle.
C'est ainsi que l'individu refait son passé pour
complaire à ses maîtres,
réinterprète toute sa vie, et celle de sa
famille. Il faut que le caractère et l'identité
soient remodelés, non pas en accord avec la nature et les
potentialités de chacun, mais pour les couler dans le moule
rigide de la doctrine. Camus dit que "les bourreaux philosophes et le
terrorisme d'État... mettent au-dessus de la vie humaine une
idée abstraite, même s'ils l'appellent histoire,
à laquelle, soumis d'avance, ils décideront, en
plein arbitraire, de soumettre aussi les autres..." (4).
Le postulat est que la doctrine - y compris ses
éléments mythiques - est plus valable, plus
vraie, plus réelle que tout aspect du caractère
humain réel, ou de l'expérience humaine. Et si la
doctrine est contredite par les événements, on
changera les événements plutôt que la
doctrine - ils seront minimisés, niés, ou
ignorés. De même pour des individus, qui iront
jusqu'à accepter de réinterpréter
leurs actes et leurs attitudes pour coïncider avec le
personnage qu'ils deviennent, si jamais ils tombent en
disgrâce (s'ils n'ont pas la possibilité, ou la
force, de sortir du système totalitaire).
8.
Le pouvoir absolu sur l'existence
l'environnement totalitaire établit une
séparation absolue entre ceux qui ont le droit d'exister et
ceux qui ne l'ont pas. ces derniers sont des "non-personnes", la
réforme de la pensée fournit à des
non-personnes le moyen d'accéder à l'existence.
Ce droit souverain d'accorder ou de refuser l'existence
revient à se faire Dieu : c'est ce que les Grecs appelaient
hubris. Mais sous cette hubris, il y a la conviction qu'il n'existe
qu'une seule voie menant à la véritable
existence, un seul mode valide d'exister, les totalitaristes se sentent
obligés de détruire toutes les
possibilités de "fausses" existences : c'est le moyen de
réaliser le grand projet de l'existence vraie, auquel ils se
sont consacrés. Et on peut considérer toute la
réforme de la pensée comme le moyen
d'éradiquer tous ces modes d'existence
réputés faux non seulement chez les
non-personnes, mais aussi chez les personnes légitimes, mais
qui pourraient être contaminées.
Pour l'individu, c'est le conflit ultime : "être ou
ne pas être", l'être ou le néant. c'est
aussi l'attrait d'une expérience de conversion qui offre le
seul chemin possible pour parvenir à l'existence,
l'environnement totalitaire - même en l'absence de violence
physique - stimule en chacun la peur de la destruction. La personne
peut surmonter cette peur et trouver confirmation de son existence dans
la source de toute existence qu'est l'Organisation totalitaire.
L'existence dépend alors de la foi ("je crois,
donc je suis"), de la soumission ("j'obéis, donc je suis")
et, finalement, du sentiment de fusion totale avec le mouvement
idéologique. Certes, chacun opère des compromis
et combine cette dépendance avec des
éléments de sa propre identité. Mais
chacun se voit rappeler en permanence que la marge de manoeuvre est
étroite et qu'on ne peut dévier beaucoup de
l'unique voie, sous peine de se voir retirer le droit à
l'existence.
Et les sectes ?
Lifton n'a pas déterminé ces thèmes a
priori. Il les a dégagés de ce qu'il avait appris
en écoutant les sujets ayant subi la "réforme de
la pensée". On pourra trouver que d'autres classements
seraient possibles, ou que certains thèmes se recouvrent, au
moins en partie. Le contrôle du milieu, celui du langage,
donc de la communication, sont intimement liés. Tout
classement est une tentative, jamais entièrement
réussie, pour comprendre autant que possible
l'expérience.
Lifton conclut en disant que plus un environnement
présente ces huit thèmes psychologiques, plus il
ressemble au totalitarisme idéologique. Mais il ajoute
qu'aucun milieu ne réalise parfaitement le totalitarisme.
Certains environnements, plutôt
modérés, peuvent en manifester certains. Et
même, tel environnement qui paraît se rapprocher
dangereusement du totalitarisme, si l'on se base sur ces
critères, peut cependant en différer
radicalement, dans la mesure où il laisse ouvertes des voies
différentes.
Le totalitarisme expérience paroxsystique
Le totalitarisme lui-même peut offrir une
expérience "paroxystique", qui permet de transcender tout ce
qui est ordinaire, banal, de se libérer des ambivalences
humaines, de pénétrer dans une sphère
de vérité, de réalité, de
confiance et de sincérité au-delà de
tout ce qu'on a jamais connu ou imaginé. cependant cette
expérience n'étant pas spontanée, mais
dirigée et manipulée, et contrairement
à ce qu'ont connu les grands mystiques, les grands
spirituels, elle a pour effet la fermeture de l'esprit et non une plus
grande réceptivité et ouverture.
En l'absence d'expérience paroxystique, le
totalitarisme idéologique a des conséquences
encore plus négatives pour le potentiel humain :
émotions destructrices, rétrécissement
intellectuel et psychologique ; il prive l'homme de tout ce qui est le
plus subtil, le plus imaginatif - par la fausse promesse
d'éliminer les imperfections, les incertitudes et
ambivalences qui aident à définir la condition
humaine. C'est ce qui provoque les excès collectifs si
caractéristiques du totalitarisme sous toutes ses formes.
Ces excès à leur tour mobilisent des tendances
extrémistes chez ceux de l'extérieur qui sont
attaqués, et on entre dans un cercle vicieux.
Selon Lifton, la source du totalitarisme
idéologique, l'origine de ces réactions
émotionnelles extrêmes ne se trouve pas dans
quelque puissance maléfique extérieure, mais dans
les profondeurs même de l'homme : la quête humaine
du guide tout-puissant, de la force surnaturelle (parti politique,
idées religieuses, grand chef, la Science...) capable
d'apporter à tous les hommes la solidarité
parfaite, éliminera l'angoisse de la mort et la terreur du
néant. Cette quête est au coeur de toutes les
mythologies, des religions, de l'histoire de toutes les nations, comme
dans la vie individuelle. Le potentiel de totalitarisme est
différent selon les sociétés, leur
histoire, leur structure, comme chez les individus, selon leur
caractère, leur devenir (famille, enfance, relations avec
les autres...). Il n'est jamais entièrement absent, et on ne
peut le prédire : deux personnes ne sont jamais identiques,
pas plus que deux sociétés à un moment
donné. Pour que le totalitarisme se produise, il faut que se
conjuguent un grand nombre de facteurs qui n'étaient pas
tous apparents, ni prévisibles.
La "Réforme de la Pensée" a
été publiée en 1961. Au cours des
années, et surtout à partir du milieu des
années 70, beaucoup de lecteurs y ont vu bien plus qu'une
étude des méthodes maoïstes de
"rééducation", et Lifton lui-même s'est
rendu compte que c'était aussi, et surtout, "une exploration
de ce qui est peut-être la tendance la plus dangereuse de la
mentalité du 20ème siècle : la
quête de systèmes de croyances absolues ou
'totalitaires'".
"En vérité, cette quête a
produit une véritable épidémie
mondiale de fondamentalisme politique et religieux, de mouvements
adhérant au pied de la lettre à des textes
sacrés supposés contenir la
vérité absolue pour tous les humains et se
croyant investis d'un mandat pour des mesures souvent violentes contre
les ennemis désignés de cette
vérité, ou simplement les non-croyants. Cette
épidémie inclut des versions
intégristes de religions et de mouvements politiques
existants, aussi bien que des formations nouvelles combinant des
éléments idéologiques disparates".
"Ces derniers groupes sont souvent
désignés par le mot "cultes"
(américain pour "sectes"), appellation qui est aujourd'hui
plutôt péjorative, certains observateurs
préférant les appeler "nouvelles religions". Mais
je pense que nous pouvons appeler "cultes" (sectes) des groupes ayant
certaines caractéristiques :
1. un chef charismatique qui tend de plus en plus
à devenir objet d'adoration à la place des
principes spirituels prônés ;
2. des éléments structurels
de "réforme de la pensée" apparentés
à ceux qui sont décrits dans ce volume,
spécialement au chapitre 22 ;
3. une tendance à la manipulation par
le sommet de la hiérarchie, avec une exploitation
considérable (économique, sexuelle ou autre) des
adeptes de base qui apportent leur idéalisme".
Aussi bien les critiques de ces "sectes" que les dirigeants de
celles-ci se sont mis à lire Lifton, les uns y
découvrant une parenté entre les
caractéristiques décrites et les pratiques des
"sectes" - les autres pour prouver qu'il n'y avait aucun rapport.
Nous laisserons à nos lecteurs le soin de
décider s'ils retrouvent dans les diverses organisations
"sectaires" ou "totalitaires", que leur façade soit
religieuse ou autre, des méthodes et pratiques comme celles
qui décrit le livre de Lifton.
Notes
1. 1984 (publié en 1949)
2. Albert Camus, la Chute.
Gallimard 1956. P, 162. C'est le thème du
"juge-pénitent", qui est au centre de ce récit.
3. En termes psychanalytiques
: entre le processus primaire et le processus secondaire de la
pensée.
4. Albert Camus, L'homme
révolté, Gallimard. (Folio, p. 218).
Camus ajoute : ...
"en face d'une future réalisation de l'idée, la
vie humaine peut être tout ou rien. Plus est grande la foi
que le calculateur met dans cette réalisation, moins vaut la
vie humaine. A la limite, elle ne vaut plus rien". Le sujet est
traité plus loin dans le chapitre "La totalité et
le procès", Camus remarque : "il faut être
toujours en alerte pour consentir à temps à ce
que les dogmes changent". (ibid. p. 305).
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En mai 1990, dans le cimetière juif de Carpentras, des tombes ont été profanées, un corps exhumé et son empalement simulé. Dès son annonce publique, le 10 mai, les médias français ont proposé une lecture politique de l’événement et l’ont investi d’une forte charge symbolique. L’acte antisémite était à la fois violation des principes républicains et mise en acte du discours frontiste. Dans un pays baigné par les ressacs de la mémoire de Vichy et de la Shoah, les médias et la classe politique ont livré cette interprétation ultime : la profanation comme perpétuation du génocide nazi.





















