la soumission à l'autorité - Stanislas kazal underground blog

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27 août 2006

la soumission à l'autorité

   

Tout ce que vous avez toujours voulu  savoir sur la soumission à l'autorité                         

 

                        Un Fantastique étude de


Pierre-Henri Garnier

"en recherche d'un poste de psychologue clinicien

sur la région nantaise"

1. Définissons notre objet d'étude : "la soumission à l'autorité"

 

A. Qu'est-ce que l'Autorité ?

Selon la définition de Doron et Parot dans leur Dictionnaire de Psychologie, l'autorité est " l'influence potentielle sur un ou plusieurs autres. Cette influence s'exerce sur la cognition, les attitudes, le comportement, les émotions et leur expression ".

Elle peut se fonder sur la compétence, sur un système de récompenses et de sanctions ou encore sur la légitimité c'est à dire l'acceptation de traditions et de valeurs.

On distingue différentes approches :

       

  • l'approche psychanalytique étudie les relations de pouvoir qui s'établissent sans que les acteurs en soient conscients
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  • les théoriciens du renforcement analysent les mécanismes d'apprentissage des relations d'autorité
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  • les théoriciens de l'échange social envisagent dans les relations duelles l'autorité et le pouvoir que chaque participant a sur l'autre et la manière dont se déroulent les échanges et la négociation
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  • à la suite de Kurt Lewin, la tradition des théories du champ définit l'autorité comme la relation d'influence telle qu'elle est perçue par les personnes concernées et comme un processus dynamique issu des tensions et des besoins, et des forces créées.
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B. Etymologie du mot autorité.

En latin, "Auctoritas" est de façon générale ce qui augmente la confiance (en latin). "L'Auctor" est celui qui oriente, qui soutient une chose et la développe. C'est celui qui donne un sens, une finalité à l'action d'un groupe.

C. " Se soumettre à l'autorité ?"

C'est se mettre dans un état d'interdépendance vis à vis d'autrui. (C'est par exemple établir un lien de vassalité "Je te sers, tu me protèges".) C'est se mettre sous influence. C'est à dire, se déconnecter de son contrôle interne et déléguer l'orientation de ses propres conduites (comportements, pensée, sentiments) à un contrôle et une finalité externe. Ainsi la soumission n'est pas la formation de norme par un groupe (normalisation). De plus la soumission n'est pas l'adoption de normes d'un groupe par un individu (conformisme). Enfin, la soumission est une attitude ritualisée que prend un individu subordonné en face de l'autorité.

 

2. Notre objet d'étude in-vivo : La complexité des rapports de soumission à l'autorité.

 

A. L'autorité naturelle

Elle vise à établir une relation constructive. En ce sens , c'est un rapport de domination impliquant un respect et une reconnaissance de la dignité de l'enfant. Le rapport d'autorité vise à actualiser l'autonomie potentielle. Elle découle d'une inégalité naturelle et objective. Cette inégalité est de deux types : Dans la famille et dans le domaine du savoir. Par exemple, l'enfant se trouve objectivement inférieur à ses parents par la connaissance du monde et l'expérience des hommes. Mais cette infériorité demeure temporaire. Pour autre exemple, l'élève se trouve objectivement inférieur au maître en ce qui concerne le savoir (le but étant d'amener l'enfant au même niveau voire au dépassement). En retour, l'enfant admire le support d'autorité et imite une image. Car il ne possède pas encore de références et de vision du monde. L'enfant s'identifie à l'adulte Autorité car il est à la fois protecteur, modèle et vecteur d'autonomie.

 

B. L'autorité charismatique : La grandeur par procuration.

Le charisme est un don, une grâce. Par définition, unique. Inné, non acquis. Il est difficile d'en saisir les aspects. L'homme charismatique possède quelque chose de plus. Peut-être "un charme" si l'on suit l'étymologie, en tout cas une supériorité indéfinissable. Un chef politique de cette grandeur se fait obéir sans réclamer l'obéissance. Le fondement de l'autorité ici est irrationnel. L'autorité n'a donc pas besoin de justification autre que la spécificité du personnage. Ainsi, il apparaît extraordinaire, voire seulement non ordinaire. Et ceci par son caractère et ses dons, ou par une idée qui l'habite. Max Weber a rapproché dans Economie et Société, les chefs charismatiques modernes des anciens prophètes et des sorciers :

"Nous appellerons charisme la qualité extraordinaire (à l'origine déterminée de façon magique tant chez les prophètes et les sages, thérapeutes et juristes, que chez les chefs des peuples chasseurs et les héros guerriers) d'un personnage qui est, pour ainsi dire, doué de force ou de caractères surnaturels ou surhumains ou tout au moins en dehors de la vie quotidienne, inaccessible au commun des mortels ; ou encore qui est considéré comme envoyé par Dieu ou comme un exemple, et en conséquence considérée comme un "chef". Bien entendu, conceptuellement, il est tout à fait indifférent de savoir comment la qualité en question devrait être jugée correctement sur le plan "objectif", d'un point de vue éthique, esthétique ou autre ; ce qui importe seulement, c'est de savoir comment la considèrent effectivement ceux qui sont dominés charismatiquement, les adeptes."(Economie et Société, Plon, 1971, p.219)

 

C. Le héros ; incarnation d'un idéal

Le charismatique n'est pas perçu par le soumis comme un père ou un maître. Sa supériorité n'est pas celle de l'adulte face à des enfants ou d'un savant face à des ignares mais repose sur son caractère héroïque ou divin. Cet homme à quelque chose du surhomme, du demi-dieu. De plus, on repère le charismatique davantage à la reconnaissance des autres qu'à ses qualités, difficile à cerner. Le peuple le suit parce qu'il devine qu'il pourra derrière lui avancer plus loin. Il y' a donc ici l'idée de vocation et par conséquent d'appel, issu de plus haut, d'une divinité ou d'une instance supérieure (Le sens de l'Histoire par exemple). Le charismatique devient alors un être d'exception qui à la confiance des dieux pour mener le peuple sur le chemin de la Vérité. En quelques sorte, il est désigné d'avance pour être le berger du troupeau et reconnu porteur de grande mission pour l'humanité. Le charismatique est celui qui permet au commun des mortels d'accéder à une œuvre sublime. L'existence des Hommes ordinaires se transforme en épopée, d'où l'exaltation permanente, les mises en scène, la primauté dans les discours de la forme sur le fond. La vie réelle se transforme alors en scène de théâtre ou la raison n'a plus de droits. Les individus se soumettent aux rôles de figurants pour au moins une fois dans leur vie jouer sur la scène de l'Histoire. Citoyen ordinaire est alors transporté d'émotion. En dépit de la monotonie des jours, il vit dans la dimension idéale, par la participation à l'œuvre collective.

"Inévitablement, un tel pouvoir se résume en un feu d'artifice, lequel laisse derrière soi toujours de la fumée, parfois l'incendie, et des poèmes épiques et lyriques" Chantal DELSOL

Ainsi ce type de relation d'autorité ne peut pas être "long vivante" car on ne peut pas vivre longtemps hors la vie, et la réalité nous rattrape toujours au passage ; Ensuite un charisme est attaché à un homme en particulier et ne se transmet pas. Ainsi si un chef utilise sa capacité à fasciner pour retenir son autorité absolue, son autorité ne lui survivra pas. Les fins tragiques de dictateur comme Mussolini par exemple en sont l'illustration macabre.

 

D. L'autorité politique

L'autorité finalement devient une notion politique dés lors qu'elle s'applique à une communauté ou société visant à un destin commun, et en général lié à un territoire. En élargissant la définition générale de l'autorité, on peut dire que le détenteur d'autorité politique est celui qui réussi à obtenir l'obéissance d'un peuple sans avoir pour cela besoin d'employer la force. L'autorité devient l'instance qui assurera que l'intérêt général de la communauté sera bien respecté.

"Tout véritable rapport de domination comporte un minimum de volonté d'obéir, par conséquent d'intérêt, extérieur ou intérieur à obéir" Max WEBER Economie et Société, Plon, 1971, p.219

E. Quelle est l'utilité de l'autorité politique?

On se trouve devant trois possibilités différentes. Soit la société obéit à un pouvoir politique doté d'autorité. Soit elle succombe à l'anarchie. Soit la société se passe de pouvoir politique sans ignorer l'autorité politique. De tout façon, l'autorité reste indispensable à toute société ordonnée.

F. L'étude des "sociétés sans chef".

Elle montre l'existence historique de groupes d'hommes capables de maintenir leur ordre propre sans intervention gouvernementale, c'est à dire sans abandonner à personne un pouvoir de contraintes. On peut citer les anciennes sociétés esquimaux, celles des aborigènes d'Australie. Dans ces cas rares, on constate l'importance des individus qui savent s'imposer, ceux qui sont admirer pour leurs actions héroïques ou leur talent d'orateur. L'autorité représente donc la base essentielle sur laquelle repose toute politique. Le commandement dispose, par ses fonctions de moyens de contrainte. Mais ils ne peuvent être utilisés seuls. Le pouvoir politique ne devient vraiment efficace que par la reconnaissance. Le pouvoir politique repose sur la légalité tandis que l'autorité politique sur la légitimité, c'est à dire la reconnaissance de la supériorité. ( L'acclamation)

Par exemple la forme moderne de l'acclamation est le plébiscite, procédé largement utilisé par les dictateurs du XXe siècle. Il s'agit de chercher l'expression symbolique de la légitimité afin de la rendre visible. Une fois visible, l'autorité sera reconnue comme légitime. Une fois le "contrat tacite" passé avec la majorité, elle pourra agir de son pouvoir et contraindre l'individu qui ne respecte pas le "contrat".

Ainsi, si les gouvernés acceptent de se soumettre, c'est qu'ils perçoivent chez le gouvernant, une supériorité qui leur impose le respect. De quelle nature est cette supériorité ? Quelles sont les fondements de cette distinction ?

 

G. La légitimité comme fondement de la supériorité.

On reconnaît l'autorité politique quand elle est légitime, qu'elle vise à répondre à nos attentes, à nos convictions, nos croyances, nos projet pour la société Cela dépend de ce que l'on considère comme légitime, c'est à dire des représentations sociales que l'on a de l'idéal à atteindre, de la finalité du système d'autorité et par conséquent de la conception de la vie et du monde. Par exemple, soit on considère que l'autorité à pour finalité l'épanouissement de chacun des individus, de leur autonomie, de leur libre arbitre. Soit on met en premier plan un objectif idéologique (communisme)ou religieux. ( l'inquisition, Christophe COLOMB etc....) ou reposant sur la tradition dynastique. Soit on considère que l'autorité est légitime car elle vise à sauver le monde en exterminant les sous-hommes ou les barbares.

 

H. L'Autorité de la raison

Qu'arrive t- il cependant si le chef politique ne peut prétendre d'aucune supériorité reconnue ? Ni père de famille, ni charismatique, il prend la figure de l'homme ordinaire. A quel titre va-t-on lui obéir ? Et dans ce cas, à la limite, pourquoi vouloir un chef?

La culture politique européenne et plus loin occidentale entretient une vision ancienne qui n'aperçoit pas de différence de nature entre gouvernants et gouvernés. Il n'y a pas de supériorité intrinsèque, par où se justifierait sans discussion l'autorité. Cette égalité de nature trouve sa source dans l'idée chrétienne de dignité humaine, qui décrit les humains naturellement égaux dans leur destin de créature. On peut dire que depuis le début de notre histoire, nous sommes sensibles à cette contradiction : L'ordre social réclame une autorité, mais la société n'offre pas d'homme supérieur. Il faudra donc donner une tâche immense à un homme médiocre. Ou encore donner un statut inégal à un homme égal. Ici, la reconnaissance et l'obéissance des citoyens reposent plus sur l'autorité de la loi. Le gouvernant ne représente qu'un médiateur.

On reconnaît que l'autorité se fonde sur la raison quand aucune inégalité naturelle ne permet de la fonder autrement. Elle recherche une certaine égalité avec ceux qui obéissent.

I. L'autorité artificielle : La propagande

La propagande réussit à imposer une autorité artificielle, c'est à dire dénué de ses caractères essentiels : La supériorité du chef pour mener l'aventure commune en vue d'un bien repéré ensemble. Elle ne retient que la forme de la relation d'autorité et spécialement de l'autorité charismatique-la fascination d'un côté et le charisme de l'autre-, au détriment du contenu.

Gustave Le Bon, théoricien moderne de la propagande politique (Psychologie des foules) a montré comment la constitution d'un peuple en foule permettait l'avènement d'une autorité politique artificielle, fondée sur la technique de la persuasion et non sur la vérité de la reconnaissance.

Lorsqu'il se trouve dans une foule en action, l'individu se dénature et perd ses momentanément ses caractéristiques habituelles pour en exprimer d'autres. Pour le Bon, ici la vie consciente s'efface pour laisser place à la vie inconsciente.

Le but de la propagande étant de propager l'idée chez un plus grand nombre d'homme. La condition nécessaire est d'affaiblir le libre arbitre de l'homme afin d'aveugler la conscience par la voie de l'inconscient. (Cf Hypnose et suggestibilité)

 

J. La personnalité autoritaire

Cette notion a été développée dans les années 50 par Adorno qui se penche sur les facteurs à l'origine de la formation d'une personnalité autoritaire. Selon cette théorie, les fondements de la personnalité autoritaire se retrouvent dans l'éducation parentale. Les individus autoritaires ont connu une éducation rigide, une discipline de fer. Les échanges affectifs sont limités, les parents mettant davantage l'accent sur des questions de devoirs et d'obligations. Les manifestations d'amour de la part de ces parents n'apparaissent qu'en contrepartie d'une obéissance inconditionnelle de l'enfant. Ces mêmes parents sont excessivement soucieux dans leurs relations, des distinctions de statut, et n'hésitent pas à adopter une attitude méprisante vis à vis des gens qu'ils jugent inférieurs.

Face à ses parents, l'enfant va nourrir une hostilité grandissante mais impossible à exprimer en raison du danger qu'ils représentent.

Cette répression de l'agressivité fait naître une identification à l'autorité ainsi qu'un déplacement de l'hostilité sur des groupes externes, généralement de statut inférieur.

Ce déplacement s'accompagne d'une projection des impulsions autoritaires qui furent refoulées au sein de la famille.

La personnalité s'organise de façon rigide, l'individu adopte un mode de pensée stéréotypé, il évite l'introspection, et adopte une attitude réprobatrice et moralisatrice à l'égard de toute valeur et toute conduite non conventionnelles. Les relations sont perçues en termes de pouvoir et de statut.

 

 

3. Comment appréhender notre objet d'étude? Quels modèles choisir pour se le représenter?

Maintenant que nous avons repéré et isolé notre objet d'étude dans la réalité. Il va falloir choisir un angle d'attaque. Ainsi, au-delà de l'étude des rapports d'autorité, de leurs causes, leurs conditions d'apparition, leurs processus et leurs conséquences sur l'individu, nous chercherons à éclairer en filigrane une question fondamentale.

Par l'exposé du cas Eichmann, des travaux de Milgram, d'hypothèses et de nos réflexions, nous aurons pour souci d'apporter des éléments de réponse à cette question fondamentale et pragmatique : Comment concilier les impératifs de l'Autorité avec la voix de sa conscience ?

Pour cela nous privilégierons l'approche psychosociologique. Plus précisément, l'approche systémique (le système d'autorité) permet de mieux comprendre au delà des caractéristiques de chaque élément (le sujet soumis et le sujet ayant autorité), les interactions entre eux et également les interactions entre le système d'autorité et le supra-système "société". Dés lors, nous pouvons plus facilement modéliser notre réalité.

Par l'exposé des travaux de Milgram, nous appréhenderons en grande partie notre objet d'étude sous l'angle empirique et systémique (synchronique). Ceci, en terme de totalité, d'interdépendance entre le soumis et l'autorité, de finalité du système, de frontières (membrane, homéostasie ), la perméabilité entraînant la tension, le maintient de l'homéostasie étant garantis par les facteurs de maintenance ou par les mécanismes de résolution de tension.

Le cas Eichmann sera présenté sous un angle historique (diachronique) et psychanalytique. Enfin, nous tenterons au cours de cette exposé de croiser ces approches avec d'autres (approche philosophique, éthologique, évolutionniste et cybernétique).

En conclusion, nous tenterons d'élargir notre réflexion sur les particularités du rapport de soumission à l'autorité dans la société contemporaine dite égalitaire.

 

A. Problématique : Le dilemme de l'obéissance.

Comment concilier les impératifs de l'Autorité avec la voix de sa conscience ? L'obéissance est un élément fondamental de l'édifice social. Toute communauté humaine nécessite un système d'autorité quelconque. Mais face au massacre dans les camps d'extermination de millions d'innocents entre 1933 et 1945, et face au décalage entre l'acte inhumain et l'attitude d'un homme "politiquement correct" comme Eichmann; comment ne pas rejeter d'un bloc l'autorité?

"Bien que cette politique d'extermination est pu être le fruit d'un cerveau unique, mais jamais elle n'aurait été appliquée sur une telle échelle s'il ne s'était trouvé autant de gens pour les exécuter sans discuter" Milgram.

Ainsi, l'obéissance est le mécanisme psychologique qui intègre l'action individuelle au dessein politique, le "ciment" qui lie les hommes au système d'autorité.

"L'obéissance peut-être une tendance de comportement profondément enracinée, voire une impulsion prédominante qui l'emporte sur la formation en matière d'éthique, d'affectivité et de règles personnelles de conduite." Milgram

B. Les questions relatives à la problématique

1) Pourquoi la soumission à l'autorité est-elle un trait constant et prédominant de la condition humaine ? Quelles sont les caractéristiques, causes, conditions et processus de l'obéissance?

2) Pour quelles raisons, les peuples se trouvent si souvent victimes d'un aveuglement qui les pousse à obéir à une autorité destructrice. Par quels mécanismes un individu soumis à une autorité est amener à commettre des actes qu'il réprouve ordinairement ?

3) Qu'est-ce qui contraint le sujet à demeurer dan son état de soumission? Quels sont les facteurs de maintenance?

4) Comment l'individu en situation de conflit entre l'autorité et sa conscience gère-t-il cette tension ?

5) Quelles sont les mécanismes de la désobéissance ?

 

4. La question de la servitude volontaire : évolution des représentations et des réponses.

A. La réponse ethnique

C'est tout d'abord, un phénomène qui n'a cessé d'interroger l'humanité. Intéressons nous plus particulièrement à l'évolution des réponses apportées à la question de la servitude volontaire au cours du développement de la pensée occidentale.

Cette question se pose depuis l'origine de la pensée politique européenne. Elle reçoit les réponses les plus diverses.

Dans l'Antiquité, cette question reçoit une réponse ethnique. Les Grecs repèrent l'asservissement politique chez les peuples asiatiques, leurs voisins. Pour les grecs, il faut évincer l'autorité absolue par l'établissement de la démocratie. On ne peut accepter uniquement d'obéir qu'en vue de notre bien, de notre autonomie. Ainsi, les Grecs sont les premiers à dégager les critères de la bonne autorité, de l'autorité politique acceptable. Alors, ils s'interrogent : Pourquoi les peuples "barbares" n'en font-ils pas autant ?

L'explication d'Aristote est restée célèbre :

"Du fait que les barbares sont par le caractère naturellement plus portés à la servitude que les Hellènes, et les Asiatiques que les Européens, ils supportent le pouvoir despotique sans élever aucune plainte"(Politique, III, 14,1285 a 19-22), et : "Les nations européennes, sont pleines de courage, mais manquent plutôt d'intelligence et d'habileté technique ; c'est pourquoi, tout en vivant en nations relativement libres, elles sont incapables d'organisation politique et impuissantes à exercer la suprématie sur leurs voisins. Au contraire, les nations asiatiques sont intelligentes et d'esprit inventif, mais elles n'ont aucun courage, et c'est pourquoi elles vivent dans une sujétion et un esclavage continuel. Mais la race des Hellènes, occupant une position géographique intermédiaire, participe de manière semblable aux qualités des deux groupes de nations précédentes, car elle est et courageuse et intelligente, et c'est la raison pour laquelle elle mène une existence libre sous d'excellentes institutions politiques" (Politique, VII, 7, 1327 b 22-35)

Ainsi le phénomène de servitude volontaire observé chez les autres (les Barbares), apparaît à Aristote comme un phénomène étrange. Etrange, car n'existant pas dans la société grecque. Ceci permet de projeter sur l'autre et du même coup de repousser l'explication, de la rendre inutile en fondant ce phénomène dans une situation de nature, donc dans le domaine de ce qui n'a besoin d'être expliqué. Le phénomène est donc présenté comme expression directe de la nature "barbare". Et comme la nature des peuples est différente, le phénomène est expliqué comme caractéristique inhérente aux peuples "barbares" et inexistante chez les peuples civilisés. Il y aurait donc concernant le rapport d'autorité deux genres d'Hommes.

Cette hypothèse peu acceptable pour un esprit rationnel fit pourtant long feu. L'idée d'Aristote traversa les siècles. Nous en retrouvons un développement bien connu chez Montesquieu :

 

B. La théorie des climats (Montesquieu)

La température, avec toutes les conséquences qu'elle a sur la vie quotidienne, incite les peuples au courage ou à la lâcheté :

"Nous avons déjà dit que la grande chaleur énervait la force et le courage des hommes ; et qu'il y avait dans les climats froids une certaine force de corps et d'esprit qui rendait les hommes capables des actions longues, pénibles, grandes et hardies. Cela se remarque non seulement de nation à nation, mais encore dans le même pays, d'une partie à l'autre. Les peuples du nord de la Chine sont plus courageux que ceux du midi ; les peuples du midi de la Corée ne le sont pas tant que ceux du Nord. Il ne faut donc pas être étonné que la lâcheté des peuples des climats chauds les ait presque toujours rendus esclaves, et que le courage des peuples des climats froids les ait maintenus libres. C'est un effet qui dérive de sa cause naturelle (Esprit des Lois ; XVII, II)

On remarquera encore le caractère de fatalité qui s'attache, en toute logique, à ce type d'explication. Même si Montesquieu (dans le livre XIV), fait observer que le bon législateur peut et doit lutter contre les inégalités dues au climat, il n'en reste pas moins que la thèse ethnique ou climatique inclut la détermination certaine. On ne lutte pas contre la nature.

 

C. La servilité naturelle des sujets (Custine)

Bien que le XIXème siècle ait remplacé la nature par l'histoire, laissant ainsi aux peuples asservis une chance de sortir un jour de leur état, nous n'avons pas pour autant abandonné la certitude intime de la détermination ethnique. Un exemple frappant se trouve dans l'opinion que les Occidentaux se font du peuple russe. Le marquis de Custine, qui à l'époque du voyage de Tocqueville en Amérique, se rend en Russie pour "y chercher des arguments contre le gouvernement représentatif", écrit un ouvrage, la Russie en 1839. Il s'interroge sur la raison de l'ampleur de l'autocratie tsariste, en conclut à la servilité naturelle des sujets :

" je me demande encore si c'est le caractère de la nation qui fait l'autocratie, ou l'autocratie qui fait le caractère russe (...). Il me semble cependant que l'influence est réciproque : ni le gouvernement russe ne se serait établi ailleurs qu'en Russie, ni les Russes ne seraient devenus ce qu'ils sont, sous un gouvernement différent de celui qu'ils ont " (Sollin, 1990, I, p.157).

On peut évidemment s'interroger sur l'opinion de Custine, qui demeure tout à fait discutable. Il n'en reste pas moins que cette opinion conserve droit de cité, un siècle et demi après. Une constatation s'impose : lorsque les événements mondiaux laissent apparaître une chance de liberté pour les peuples orientaux, par exemple en Russie aujourd'hui ou en chine au moment de Tien-An-Men, les occidentaux expliquent l'asservissement par la folie des politiques. Mais dés qu'il y a retour de l'oppression, régression de la liberté, nous retournons à nos anciennes opinions en argumentant que ces peuples expriment sans doute un besoin naturel "masochiste".

 

D. L'autorité politique n'est pas naturelle (La Boétie)

Nul n'a si bien que La Boétie exprimé cette question, demeurée entière depuis 20 siècles. Dans le discours, De la servitude volontaire, ou contr'Un, écrit au milieu du XVe siècle, le jeune humaniste définit ainsi la servitude volontaire :

"Il ne s'agit ni de soumission à une contrainte violente, ni d'obéissance à une autorité légitimée, mais d'un entre deux tragique : L'acceptation sans murmures d'une autorité absolue qui opprime sans rencontrer ni reconnaissance, ni résistance".

La Boétie défend la thèse selon laquelle l'autorité politique n'est pas naturelle comme l'autorité domestique, et par ailleurs, c'est la liberté qui est naturelle, non la soumission. La Boétie tient l'homme pour autonome et responsable, doté de raison et ce quelle que soit sa condition. La soumission est donc contre nature, dans la mesure où la vision humaniste exalte la grandeur de l'homme universel, sans distinction d'ethnie ou de classe. La Boétie tente d'expliquer l'absurdité en question par les habitudes prises : un peuple comme un individu peut s'endormir dans l'oppression, y trouver une place confortable.

Mais cette hypothèse ne suffit pas : comment l'homme saurait-il prendre une habitude contraire à la nature ?

 

 

 

E. Absurde, dégénérescence de notre culture et affaiblissement de l'esprit autonome (Thomas Mann et Ionesco).

Le XXe siècle ramène cette question au grand jour, parce qu'on y trouve sans doute le plus grave phénomène d'obéissance passive à des autorités monstrueuses. Il ne s'agit plus ici de se demander pourquoi d'autres peuples acceptent la servitude : nous sommes nous-mêmes victimes de la fascination, en dépit de notre culture humaniste, pétrie par la liberté. On pensera donc à une dégénérescence de notre culture, à un affaiblissement de l'esprit autonome qui avait appris à reconnaître l'autorité avant de s'y soumettre. (Cf. Rhinocéros de Eugène Ionesco).

Ainsi Thomas Mann décrit-il dans la jeunesse fasciste des personnalités anémiées :

" Les jeunes ignorent la culture dans son sens le plus élevé, le plus profond. Ils ignorent ce qu'est travailler à soi-même. Ils ne savent plus rien de la responsabilité individuelle, et trouvent toutes leurs commodités, dans la vie collective. La vie collective comparée à la vie individuelle, est la sphère de la facilité, facilité qui va jusqu'aux pires abandons. Cette génération ne désire que prendre congé à jamais de son propre moi. Ce qu'elle veut, ce qu'elle aime, c'est l'ivresse : il faut se débarrasser de son propre moi, de sa propre pensée ou plus précisément de la morale et de la raison en général. Il est vrai qu'il s'agit également de se délivrer de l'angoisse" (Avertissement à l'Europe, Gallimard, sans date, p.30).

Certes on comprend que la servitude est à la fois dénaturation de l'individu et conséquence d'une dénaturation de l'autorité. Mais on ne comprend toujours pas le pourquoi de cette rupture qui engendre des esclaves. Comment se fait-il que l'individu pris dans un système d'autorité se débarrasse de son propre moi ? Comment se fait-il que l'individu ne perçoive pas quand le système est perverti, qu'il est esclave et endormi ?

Pour conclure, on peut résumer les différentes évolutions des représentations par rapport aux différents types de société au cours de l'histoire (point de vue diachronique)

       

  1. Tout d'abord, les sociétés antiques affirment l'inégalité de nature entre deux catégories d'hommes (ce qui justifie l'esclavage par exemple).
  2.        
  3. Ensuite, les sociétés occidentales d'Ancien Régime, marquées par le christianisme refusent l'inégalité de nature mais légitiment les inégalités héréditaires. (Tradition dynastique reposant sur le droit divin).
  4.  
         
  5. Enfin, la société moderne repose sur la conviction que l'obéissance est une honte si elle ne passe pas par la raison. (Lois, instances anonymes, bureaucratie). Tout le monde s'y soumet pour sauvegarder l'ordre social.
  6.  
     

 

F. Réflexions à mi-parcours

Si l'individu est endormi et se laisse pervertir cela veut dire qu'il se déconnecte de sa propre conscience. Qui le déconnecte ? Qui est le coupable, l'individu ou la société ? Pourquoi cette mise en veille ? Comment se fait-elle ? Sous quelles conditions se fait-elle ? Existe t-il une nature humaine ? Si l'homme est bon par nature, c'est que la société dénature l'individu (Rousseau). Le système d'autorité est coupable car il pervertit l'individu. Ou bien... L'Homme finalement est peut-être naturellement sadique. "L'Homme est un loup pour l'Homme" (Hobbes). Sa pente naturelle est inclinée vers le sadisme. Thanatos profite de l'engourdissement de la conscience pour se réveiller ? (Freud). L'Homme est donc une bête avant tout. Peut être qu'il est tout simplement angoissé devant sa propre vie, devant la condition humaine (Sartre). Il est donc inadapté à gérer seul sa propre vie. Le système d'autorité donne du sens et assouvit sa quête existentielle.

G. Principales positions philosophiques

         

  1. On peut considérer que toute rébellion met en péril l'édifice social. Ainsi, même si la finalité est mauvaise, mieux vaut s'y soumettre qu'ébranler la structure de l'autorité (Philosophes conservateurs ).
  2.        
  3. " L'Homme est un loup pour l'Homme". Mais pour lui la responsabilité d'un acte n'incombe pas à l'exécutant mais à l'instigateur (Hobbes).
  4.  
         
  5. Les humanistes mettent l'accent sur la suprématie de la conscience individuelle. Ils soutiennent que l'éthique personnelle doit passer avant l'autorité.
  6.  
     

 

 

 

 

 

 

 

 

5. L'approche empirique (Milgram)

Comment un individu se comporte quand une autorité légitime (c'est à dire sans moyens de coercition) lui demande d'agir contre un tiers ?

A. Description de l'expérience de Milgram

L'expérience de Milgram s'est déroulée à l'Université de Yale entre 1960 et 1963. Milgram l'a décrite en ces termes "une personne vient dans un laboratoire de psychologie où on le prie d'exécuter une série d'actions qui vont entrer progressivement en conflit avec sa conscience. La question est de savoir jusqu'à quel point précis elle suivra les instructions de l'expérimentateur avant de refuser à exécuter les actions prescrites ".

Le recrutement des sujets participant à l'expérience s'est fait grâce à la parution d'une annonce dans le journal local, sollicitant une collaboration moyennant finance. Officiellement, il s'agissait d'une étude sur la mémoire et l'apprentissage ; les sujets n'ont appris le véritable objet de l'expérience qu'à l'issue de leur participation.

Les volontaires provenaient de classes socio-économiques et de niveaux d'instruction très différents, différences que Milgram a prises en compte dans l'analyse de ses résultats.

L'expérience comprenait trois protagonistes : le sujet volontaire, un expérimentateur, et un "faux " sujet.

L'expérimentateur recevait les deux sujets comme s'ils avaient tous deux répondu à l'annonce parue dans le journal et organisait un faux tirage au sort afin de savoir lequel serait dans le rôle de l'élève et lequel aurait à envoyer les chocs.

Ce tirage truqué désignait toujours le sujet de mèche comme l'élève.

L'élève (l'acteur) devait "apprendre " des couples de mots puis les restituer. L'expérience consistait pour le sujet à envoyer des décharges électriques d'intensité progressive (de 15 à 450 volts) à cet élève dès qu'il "se trompait ".

Certains boutons indiquant le niveau de voltage étaient assortis d'un commentaire tels que "choc léger ", "choc modéré ", "choc fort ", jusqu'à "attention : choc dangereux " et "xxx ".

A partir d'un certain voltage, l'acteur se mettait à se plaindre, puis à crier. L'acteur n'a jamais reçu une seule décharge, le sujet était persuadé du contraire puisqu'il subissait un choc témoin avant le début de l'expérience.

A partir de cette situation standard, Milgram a fait varier un certain nombre de facteurs susceptibles de modifier le degré d'obéissance.

Il est important d'évoquer l'attitude très directive de l'expérimentateur qui, dans chaque cas, incitait très fortement voire même obligeait le sujet à continuer l'expérience.

Les relances de l'expérimentateur ainsi que les protestations de l'élève étaient toujours les mêmes, et apparaissaient au même moment au cours de chaque expérience.

A l'issue des expériences, chaque sujet était averti du véritable objet de l'étude et exprimait son ressenti, ses émotions au cours d'un entretien approfondi.

La première série d'expériences (au nombre de quatre) porte sur la proximité entre le sujet et la victime. Lorsque celle-ci est à peine audible, plus de la moitié des sujets abaisse les manettes jusqu'à la dernière. Lorsqu'il s'agit de poser soi-même la main de la victime sur une plaque pour envoyer la décharge ils ne sont plus que 12 sur 40.

Le degré d'obéissance diminue avec le rapprochement.

Dans un second temps, Milgram a demandé à l'acteur d'évoquer une maladie de cœur au cours de l'expérience. Les résultats n'ont pas été modifiés.

Puis il a opéré un changement de personnel, en présentant d'abord un expérimentateur à la personnalité douce et un élève sec et désagréable, puis un expérimentateur sec et un élève doux. Ces changements de caractère n'ont pas influé sur l'attitude du sujet.

Ensuite, il s'est penché sur la question de la proximité de l'autorité. Nous avons vu que la proximité de la victime jouait un rôle non négligeable sur le sujet. Il en est de même pour l'expérimentateur. Situé à 10 centimètres des sujets, 26 sur 40 activent les manettes jusqu'à la dernière. S'il donne ses ordres par téléphone, seuls 9 sujets envoient les 450 volts maximums. De plus, ils font preuve de tricherie dans ce cas en n'augmentant pas l'intensité des chocs.

Milgram s'est intéressé aux sujets féminins. On sait que les sont plus malléables, mais qu'elles font également preuve de plus d'empathie. Cette opposition provoque un conflit d'intensité supérieure. Au final, elles montent moins haut dans les voltages.

L'auteur note qu'il aurait été intéressant de mettre également des femmes dans les rôles de victimes et d'autorité, et d'analyser les résultats.

L'expérience suivante autorise un engagement limité de la victime c'est à dire que celle-ci signe une décharge lui permettant de partir si elle le demande, en raison de ses problèmes cardiaques. L'effet du contrat est négligeable.

Quel rôle joue le contexte institutionnel ? Pour juger de l'obéissance d'un individu, il faut se demander quelle importance il attache au milieu dans lequel il agit. " Sur une simple demande, nous présentons notre gorge à la lame d'un rasoir dans un salon de coiffure alors qu'il ne nous viendrait pas à l'idée d'en faire autant dans un magasin de chaussures ".

Pour évaluer ce paramètre, l'expérience déménage dans une autre ville, dans des locaux plus modestes et aucun lien avec la faculté n'est évoqué. On observe un léger fléchissement, mais les résultats restent globalement analogues.

L'expérience suivante est d'une importance capitale puisque le sujet choisit lui-même le niveau du choc à administrer. De façon générale, il administre des chocs très faibles à la victime.

Dans le cas suivant, l'élève demande à recevoir les chocs. Il souhaite soi-disant faire mieux qu'un de ses amis déjà venu au laboratoire.

L'expérimentateur s'y oppose et 20 sujets sur 20 s'arrêtent. Ce résultat est intéressant puisqu'il montre que le sujet estime que la victime a moins de droits sur elle-même que n'en a l'autorité.

Au cours de cette 13ème expérience, l'expérimentateur reçoit un appel qui l'oblige à partir immédiatement. Le sujet qui devait chronométrer l'expérience (un nouveau personnage, également acteur), décide de prendre les choses en main et de déterminer les niveaux de chocs à administrer. C'est donc un individu ordinaire qui donne les ordres. Seuls 4 sujets sur 20 lui ont obéi.

Ce cas de figure a fait l'objet d'une variante à savoir que l'individu ordinaire, agacé de ne pas voir ses ordres exécutés, prend l'initiative de donner lui-même les chocs. Une grande partie de nos sujets tente alors de freiner les ardeurs de cet individu en se jetant sur lui, en débranchant l'appareil etc....

La victime fait semblant d'avoir peur et demande à l'expérimentateur de prendre sa place quelques instants de façon à lui prouver qu'il n'y a aucun risque. L'autorité se retrouve dans le rôle de victime. A 150 volts, le moniteur demande l'arrêt des chocs. La victime s'y oppose et justifie sa demande en affirmant qu'il aura à subir des chocs bien plus élevés. A la première protestation de l'expérimentateur, tous les sujets se sont arrêtés.

La situation suivante met en scène deux expérimentateurs donnant des ordres contradictoires : à 150 volts, l'un demande au sujet de continuer, l'autre le somme d'arrêter. Les ordres contradictoires émanant de deux sources d'autorité aussi puissantes l'une que l'autre ont pour effet de paralyser l'action.

Dans la mise en scène suivante, le participant devant jouer le rôle de l'élève " décommande " le rendez-vous. Un des deux expérimentateurs prend sa place et se retrouve donc victime. Le pauvre homme n'est pas mieux traité qu'un individu ordinaire, il a perdu toute autorité.

Plus tard, Milgram s'interroge sur l'influence du groupe face à un individu qui n'agit pas en accord avec ses valeurs profondes. Le sujet naïf est installé devant le simulateur avec deux autres sujets prétendus naïfs. L'un (à 50 volts) puis l'autre (à 210 volts) se rebellent, se lèvent et vont s'asseoir dans un coin de la pièce. La majorité des sujets arrête après le départ du second.

Dans la dernière expérience, le sujet n'administre pas les chocs et accomplit des actions secondaires mais indispensables. Il ne se rebelle pas.

 

B. Analyse de ces résultats

Milgram établit une distinction entre conformisme et obéissance selon les points suivants :

       

  • Sur le plan du comportement : le conformisme est l'attitude du sujet qui agit à l'instar de ses pairs, des gens de son statut. L'obéissance est le comportement du sujet qui se soumet à l'autorité.
  •        
  • Sur le plan de la hiérarchie : le conformisme est une conduite parmi des gens de statut égal. L'obéissance survient à l'intérieur d'une structure hiérarchique dans laquelle l'auteur de l'action estime que la personne placée au -dessus de lui a le droit de la lui prescrire.
  •  
         
  • Sur le plan de l'imitation : le conformisme est une imitation pure et simple. L'obéissance n'implique pas l'imitation de la source d'influence.
  •  
         
  • Sur le plan de l'explicitation : dans le conformisme, la pression collective est implicite, le sujet agit spontanément. L'obéissance nécessite un ordre, un commandement.
  •  
         
  • Sur le plan de la volonté : tous nient le conformisme comme mobile de leur conduite alors que tous invoquent l'obéissance pour les mêmes raisons.
  •  
     

Certaines situations semblent limiter ou au contraire favoriser cette obéissance du sujet à l'expérimentateur.

 

 

 

 

 

1) On a vu que le rapprochement de la victime favorisait la désobéissance.

Milgram propose diverses interprétations :

- Le rapprochement de la victime semble faire naître une réaction d'empathie chez le sujet. Tant que la souffrance paraît lointaine (les cris sont à peine perceptibles), il lui est plus facile d'administrer les décharges.

Mais le rapprochement progressif de la victime (les plaintes plus audibles, puis sujet dans la pièce et enfin contact physique) rendent les protestations difficiles à supporter.

- Le mécanisme de refus et le rétrécissement du champ cognitif à l'œuvre lorsque le sujet est éloigné, ne sont plus possibles lorsque celui-ci est à proximité du sujet. La victime proche s'impose à sa conscience et ne peut plus s'exclure de sa pensée.

- Un phénomène de champs réciproques apparaît dans la relation de proximité : le comportement du sujet est observé par la victime à l'origine d'un possible sentiment de culpabilité ou de honte.

- Le rapprochement induit une conscience de l'unité de l'action. Dans la variable contact, la relation entre conduite et conséquences de cette conduite est claire pour le sujet. Tant que la victime est dans une autre pièce, le sujet voit la corrélation entre les deux événements mais il y a séparation physique entre l'acte et l'affect.

- Lorsque le sujet est seul avec l'expérimentateur (la victime étant dans une autre pièce), on assiste au début de formation d'un groupe consécutive à un rapprochement des deux individus. Si les trois personnes se retrouvent dans la même pièce, naît la possibilité d'un renversement d'alliances.

2) L'importance accordée au statut de celui qui donne les ordres est primordiale et va déterminer l'engagement du sujet. Pour obéir, il faut (condition nécessaire mais pas suffisante), reconnaître l'autorité comme porteuse de sens, ici la Science incarnée par l'expérimentateur.

Diverses variantes ont contribué à montrer ce phénomène : les sujets obéissent nettement moins lorsque les ordres sont donnés par un individu ordinaire que lorsque ces mêmes ordres sont donnés par le scientifique, lorsque le scientifique est dans la position de victime et qu'il exige l'arrêt du test pas un sujet ne continue, et si la victime demande les chocs et que le scientifique s'y oppose c'est ce dernier qui obtient gain de cause.

Dans tous les cas de figure, le scientifique est suivi, écouté et ce n'est que grâce à l'influence d'un groupe que le sujet parvient à se rebeller plus facilement.

3) L'influence du groupe sur le sujet est de taille (cf la variable " deux pairs se rebellent "). Milgram a tenté d'y trouver une explication :

       

  • Les pairs inoculent au sujet l'idée de se rebeller
  •        
  • Ils lui montrent que la rébellion est une réaction naturelle dans cette situation
  •  
         
  • La réaction des complices rebelles apporte une confirmation sociale au soupçon que pouvait nourrir le sujet sur la légitimité d'un tel traitement
  •  
         
  • Comme les complices rebelles restent dans la pièce après leur refus de continuer, le sujet sent qu'il entraîne une désapprobation de leur part et devient le seul responsable. La responsabilité n'est plus partagée
  •  
         
  • Le sujet naïf se rend compte que la rébellion n'entraîne pas de conséquence fâcheuse
  •  
     

L'expérimentateur n'ayant pas réussi à convaincre les deux autres, la perception de son pouvoir est affaiblie

4) Une étude plus qualitative de Milgram aboutit aux résultats suivants :

       

  • les catholiques avaient plus tendance à se soumettre que les juifs ou les protestants
  •        
  • plus les sujets étaient instruits, plus ils étaient enclins à se rebeller
  •  
         
  • les personnes exerçant des professions touchant à l'humain (justice, médecine, enseignement) se révélaient plus contestataires que ceux qui exerçaient des professions plus techniques
  •  
         
  • plus le service militaire avait été long, plus les sujets étaient disposés à obéir.
  •  
     

 

6. Les conditions préalables de l'obéissance

Quelles sont les conditions requises pour qu'un individu passe de l'état autonome à l'état agentique? Quelles sont les forces qui ont modelé l'orientation fondamentale vis-à-vis de la société et préparé le terrain de l'obéissance?

A. La famille

Les injonctions et prescriptions familiales sont à la source des impératifs éthiques. A travers les concepts développés par l'analyse transactionnelle (Cf "la matrice de scénario" de STEINER, "les injonctions" de GOULDING), on comprend que ces injonctions et prescriptions parentales constituent la matrice d'un scénario de vie. Ce sont des tuteurs de développement d'une "position de vie", d'une orientation fondamentale vis-à-vis de la société et d'une définition de soi par rapport aux autres.

Cependant Milgram nous démontre que lorsqu'un un père donne à son enfant une prescription morale (Ne frappe pas des plus petit que toi), il expose simultanément le contenu explicite de l'ordre (façon dont il doit traiter les plus petits que soi) et la forme implicite, la structure signifiante (Obéis-moi à chaque fois que je te donne un ordre !). Ainsi le contenu signifié d'un ordre varie tandis que la structure signifiante reste constante. Du même coup, l'exigence de la soumission tend à acquérir une force prédominante qui l'emporte sur le contenu de l'ordre moral.

 

B. Le cadre institutionnel

Les vingt premières années de la vie d'un individu se passent à fonctionner en tant qu'élément subordonné dans un système d'autorité. On apprend que l'expression discrète d'une opinion divergente est tolérée mais qu'une attitude de soumission est indispensable à l'harmonie des rapports avec les représentants de l'autorité. Si toutes les sociétés, dites primitives ou évoluées, présentent des structures d'autorité, la nôtre montre la caractéristique d'inculquer à ses membres de se soumettre à des autorités impersonnelles, des autorités abstraites symbolisées par des insignes, un uniforme ou un titre.

C. Structure de récompenses

La docilité vaut généralement une faveur alors que la rébellion entraîne souvent un châtiment. Les travaux de PAVLOV (conditionnement classique) et SKINNER (conditionnement opérant) ont démontré comment une structure de récompense associée à un stimulus neutre pouvait conditionner les comportements. Par déplacement, le stimulus neutre devient à lui seul le stimulus conditionnel.

Mais parmi les nombreuses formes de récompense, MILGRAM nous montre que la plus ingénieuse reste celle qui consiste à placer l'individu dans une niche de la structure dont il fait partie. Par exemple dans une entreprise, la "promotion", est ressentie avec une profonde satisfaction par le bénéficiaire. De plus, elle assure la continuité de la hiérarchie de l'entreprise (la récompense motive l'individu et perpétue l'organisation).

D. Conditions préalables immédiates (MILGRAM)

* "L'autorité d'un pilote sur ses passagers ne s'étend pas au-delà de son appareil".

La première condition nécessaire à la conversion à l'état agentique est la perception d'une autorité légitime. On lui reconnaît le droit de commander dans une situation donnée. Pour cela, il faut des facteurs auxiliaires : l'assurance de l'homme d'autorité, des signes extérieurs d'autorité ( uniforme, blouse etc...), l'absence d'une autorité rivale afin d'éviter les interférences d'autorité. Ainsi, l'autorité s'appuie sur des normes. Elle n'est pas obligatoirement associée à la notion de prestige. "La puissance ne vient pas des caractéristiques personnelles de celui en qui elle s'incarne, mais de la clarté de sa perception dans une structure sociale(...) c'est aussi à l'apparence de l'autorité et non à sa qualité intrinsèque que le sujet répond." (Milgram)

* "Devant un défilé militaire, lorsque nous entendons un officier crier : "Demi tour à gauche!", nous ne bougeons pas parce que nous ne nous définissons pas comme ces subordonnés."

La seconde condition qui déclenche la conversion à l'état agentique est que l'individu reconnaisse sa propre appartenance au système d'autorité que l'homme d'autorité prétend représenter. Les systèmes d'autorité sont fréquemment limités par un contexte physique (Ainsi, nous ne nous comportons jamais réellement comme chez soi chez un hôte même si elle nous invite à faire comme chez nous). Il faut noter également que lorsque le sujet entre de plein gré dans un système d'autorité, on observe un double sentiment intense d'engagement et d'obligation morale qui joue un rôle important comme facteur de maintenance de l'obéissance. En ce sens, "l'obéissance répond à une motivation intériorisée et non à une simple cause externe" (Milgram)

* "Un officier est en droit d'assigner à son subalterne une mission extrêmement dangereuse. Par contre il ne peut le contraindre à embrasser sa petite amie."

La troisième condition est la coordination entre l'ordre et la fonction d'autorité. L'ordre doit être logiquement lié à la fonction générale du système d'autorité perçu et reconnu. La cohérence d'un ordre sera donc tributaire du contexte (lieu, expérience scientifique etc....). De plus on remarque aussi que dans une entreprise par exemple, l'autorité d'un patron incompétent n'est pas crédible car incohérente et source d'insécurité. "La relation peut-être plus ou moins claire, mais il faut que dans l'ensemble, elle apparaisse cohérente" (Milgram)

* "Le Trobriandais n'a aucune raison de faire confiance à nos savants mais il considère ses sorciers avec respect."

La dernière condition préalable immédiate est l'idéologie dominante. La légitimité de la situation d'autorité dépend de sa relation avec une idéologie justificatrice. L'idée de la science et la reconnaissance de son utilité en tant qu'entreprise sociale légitime fournissent à l'expérience de Milgram la justification de l'idéologie dominante par exemple. "La justification idéologique se révèle essentielle quand on veut obtenir l'obéissance spontanée. Elle permet au sujet docile de voir son comportement en relation avec un objectif souhaitable. C'est uniquement dans cette optique que la soumission est librement consentie" (Milgram)

7. Autres approches

A. Approche évolutionniste (Darwin)

Comment expliquer que la soumission à l'autorité est un trait constant et prédominant de la condition humaine?

La hiérarchie est avant tout un facteur de survie et de développement. Se soumettre; c'est à la fois au niveau individuel et au niveau social assurer la cohérence interne du système, sa cohérence et son adaptation aux exigences de l'environnement. Il faut avant tout distinguer que l'on parle de structure de domination chez l'animal et de structure hiérarchique chez l'Homme. La dernière se manifestant par l'intermédiaire de symbole plus que par des affrontements physiques.

Ainsi, quand je me soumets, j'évite que le dominant me détruise et je peux même par ce biais avoir une récompense, un privilège. Je me sens également protégé par le groupe. De plus, la structure hiérarchique peut m'aider à supporter mes tensions internes, mes angoisses existentielles. Je ne suis plus confronté à la responsabilité de ma vie, de mes choix. La structure donne un sens à mon existence et me sort de l'anomie en m'accordant un rôle. La structure hiérarchique assure la solidarité. Elle permet de structurer la famille et la société. Elle permet de mettre en place un système de promotion sociale. Comme l'expose Enriquez, la structure d'autorité nous fait passer de la horde primitive à l'état. Les "frères" luttant jalousement pour la place du père disparu sont voués (s'ils ne veulent pas courir à leur propre perte) à organiser et à définir une structure hiérarchique. Elle leur permettra de dégager un projet commun, d'orienter leurs actions afin d'optimiser leurs capacités d'adaptation. Les forces, une fois canalisées permettent de faire grandir ceux qui sont commandés, de les faire se dépasser au travers de l'action commune. En cas de danger inattendu, on n'a pas le temps de réfléchir et de discuter. Dés lors l'autorité s'impose comme le système de défense le plus rapide puisque organisé à l'avance. Elle permet donc de prévoir et d'anticiper au mieux l'action. Cependant, la membrane du système d'autorité pour optimiser les capacités d'adaptation doit garder une certaine souplesse et perméabilité. Le système doit être en équilibre dynamique et non statique. (Cf. homéostasie)

 

 

 

B. Approche cybernétique

1) L'objet d'étude : Comment ce modifie un organisme quand il passe d'un fonctionnement autonome à un fonctionnement systémique (en hiérarchie) ?

La formation en structure hiérarchique permet donc une meilleure adaptation du système d'autorité face aux exigences externes (relation ou défense contre l'environnement) et aux exigences internes (régulation interne pour éviter le risque d'éclatement et d'incohérence)

2) Modèle de l'automate (état autonome)

L'automate se présente comme un omnivore indépendant. Il se développe en réduisant ses tensions internes. Pour ce faire, il puise l'énergie nécessaire dans l'environnement. Le modèle homéostatique de Cannon (1932) montre l'universalité de tels systèmes de rééquilibrage dans les organismes vivants.

3) L'inhibition locale ou comment faire cohabiter plusieurs automates sur un même territoire

Lorsque l'on veut faire cohabiter plusieurs automates sur un même territoire, il faut nécessairement équiper l'automate d'un frein afin de contrôler les appétits individuels et éviter qu'ils ne se détruisent mutuellement. On ajoutera à son schéma initial un nouvel élément d'une importance capitale : un inhibiteur local (Surmoi) afin d'assurer la conservation de l'espèce. Ici, nous sommes donc dans une approche évolutionniste où l'automate doit modifier sa structure pour optimiser ses chances de survie et celles de son espèce.

4) L'agent coordonnateur ou comment coordonner l'action de plusieurs automates.

Désormais, l'ensemble des automates constitue un supra-système, une société. Ainsi, pour optimiser l'efficacité adaptative de ce supra-système, il faut donner un sens à tout cela. Il faut rendre cohérent en transformant l'action individuelle en action globale. Il faut donc dégager du supra-système un système extérieur pouvant coordonner les différentes actions individuelles.

5) Nécessité de supprimer l'inhibition locale et variabilité des inhibitions locales.

Lorsque la directive donnée par l'agent coordonateur (contrôle systémique) rentre en désaccord avec l'inhibiteur local d'un automate, le conflit bloque l'action globale. En effet, chaque automate a un inhibiteur local. Les inhibiteurs ont des degrés d'inhibitions différents. Une fois reliés entre eux, l'ensemble n'aura pas le degré moyen mais le degré minimal. Ainsi, le système complexe a moins d'efficacité que l'unité individuelle moyenne. Pour optimiser l'efficacité du supra-système, il faudra donc "troquer" les inhibiteurs locaux contre un agent coordonnateur. Il faudra donc que l'individu arrive à basculer d'un état de fonctionnement autonome (Surmoi) à un état de fonctionnement en hiérarchie (état agentique). Pour ce faire, il devra mettre en veille son contrôle local afin que l'agent coordonnateur soit efficace. Ce changement d'état (le levier de commande) se fait sous des impératifs adaptatifs (maintenir la cohérence du système - interne et externe-)

8. Etat agentique : Quelle conséquence pour le sujet ? (Milgram)

A. Le phénomène de syntonisation différentielle

On accueille avec un maximum de réceptivité en focalisant son attention sur ce qui vient de l'autorité, alors que les manifestations des autres subordonnés sont à peine perceptibles et demeurent psychologiquement lointaines. Ainsi dans l'expérience de Milgram, pour nombre de sujets, l'élève devient simplement un obstacle gênant qui les empêche d'établir une relation satisfaisante avec l'expérimentateur.

B. Phénomène de redéfinition de la finalité ; légitimité et conformité.

Il ne faut pas voir dans le tandem autorité/sujet, une relation dans laquelle un supérieur impose de force une conduite à un inférieur réfractaire. Bien que le sujet accomplisse l'action, il permet à l'autorité de prendre sa signification. C'est cette abdication idéologique qui constitue le fondement cognitif essentiel de l'obéissance. Si le monde ou la situation sont tels que l'autorité les définit, il s'ensuit que certains types d'action sont légitimes.

C. Perte du sens de la responsabilité au profit de la loyauté, du devoir et de la discipline.

La conséquence la plus grave est que l'individu estime être engagé vis-à-vis de l'autorité dirigeante, mais ne se sent pas responsable du contenu des actes. Le sens moral ne disparaît pas, c'est son point de mire qui est différent : le subordonné éprouve fierté ou humiliation selon qu'il a accompli la tâche exigée. Le Surmoi n'a plus pour rôle d'apprécier la notion du bien ou du mal inhérente à l'acte en soi, mais celui de contrôler la qualité du fonctionnement en référence à la finalité du système d'autorité. Les forces inhibitrices empêchant normalement l'homme de nuire à autrui se trouvent court-circuitées, ses actions ne sont plus contrôlées par sa conscience. Ces actes n'ayant pas pour origine son propre système de motivation, ils ne sont pas réfrénés par l'inhibiteur local (Surmoi).

D. Le court-circuit de l'image de soi.

La projection idéale de son moi est une source considérable d'inhibition interne. Une fois converti à l'état agentique, ce mécanisme d'appréciation de la finalité de ses propres actions n'est plus opérant. N'étant pas issue de ses propres motivations, l'action ne se réfléchit plus sur son image idéale. Du même coup le sujet ne se tient pas responsable et ne culpabilise pas de ses actions.

E. Les ordres et l'état agentique.

L'état agentique est une condition nécessaire mais pas suffisante. C'est un terrain favorable, prêt à accueillir L'ORDRE (le stimulus) : Ordres + Disposition à obéir (état agentique) = Obéissance

 

9. La tension (Milgram)

A. Dilemme entre conscience morale (état autonome) et l'Autorité (état agentique)

"L'homme a la double capacité d'agir suivant sa propre initiative et de s'intégrer dans des systèmes complexes en assumant certains rôles. Mais l'existence même de cette dualité suppose un compromis dans sa structure. Nous ne sommes parfaitement taillés ni pour l'autonomie complète ni pour la soumission totale." (Milgram)

De façon instinctive, nous attribuons à ceux qui se rebellent des considérations d'ordre moral. Or l'expérience de Milgram nous démontre qu'une explication purement éthique ne convient pas puisque des facteurs d'éloignement de la victime par exemple suffisent pour que le taux de désobéissance augmente. C'est davantage une forme de tension entre la conscience morale et l'autorité qui pousse le sujet à se rebeller.

B. Les sources de tensions : de la répugnance à faire souffrir au calcul complexe des répercussions sur le plan légal

         

  • La tension provoquée par la sensibilité au cri de douleur de la victime peut révéler l'existence de mécanismes innés enclenchés par ce stimulus particulier.
  •        
  • Les croyances profondément enracinées allant à l'encontre de la tâche à exécuter. Ici, il y a conflit entre deux systèmes d'autorité.
  •  
         
  • La peur de représailles par la victime après coup.
  •  
         
  • Il y a également tension quand la victime envoie des directives. Il y a interférence, conflit et déstabilisation voire prise de conscience.
  •  
         
  • Il y a conflit entre l'image que l'on a de soi et l'image que l'on donne à voir dans cette situation.
  •  
     

 

 

C. Le taux net de tension et l'obéissance en équation

Soit t la tension.

Soient r les mécanismes de résolution de cette tension.

Alors (t-r) sera le taux net de tension.

Soit O, l'obéissance et D, la désobéissance

Soient M, les facteurs de maintenance

On aura O = M>(t-r) et D = M<(t-r)

D. Les amortisseurs de tension

C'est ce qui permet de réduire le rapport psychologique entre l'action du sujet et sa conséquence. C'est à dire ce qui permet d'atténuer la signification atroce de l'action de faire souffrir un innocent par exemple. On notera principalement l'éloignement physique de la victime. Mais aussi, l'amortisseur technologique. ( Appuyer sur un bouton pour lâcher une bombe atomique sur Hiroshima est moins coûteux psychologiquement que d'abattre un homme à bout portant).

"Alors que la technologie a augmenté la volonté de puissance de l'homme en lui fournissant les moyens de provoquer à distance la destruction de ses semblables, l'évolution n'a pas encore eu la possibilité de créer contre ses formes lointaines d'agression des mécanismes inhibiteurs comparables à ceux qui agissent en si grand nombre et avec tant d'efficacité lorsque les individus se trouvent face à face" (Milgram)

E. Mécanismes permettant la résolution de la tension.

         

  • La dérobade : le sujet tente de dissimuler les conséquences perceptibles de ses actes (tourner la tête, parler fort pour couvrir les cris de la victime). Ici, il s'agit d'éliminer de son champ de conscience la victime en tant que source de malaise.
  •        
  • Le refus de l'évidence en éliminant la question fondamentale (Est-ce que je risque de le tuer ?)
  •  
         
  • Enfin, le refus de sa propre responsabilité en utilisant des subterfuges. L'individu cherche à saper l'expérience sans défier l'autorité (il souffle les mots, il réduit la durée des chocs). C'est la soumission minimale. Elle ne brave pas l'autorité. Loin de rejeter ses ordres, tout au plus peut-elle en diminuer la portée ; son principal avantage est d'agir à la façon d'un "baume sur la conscience du sujet" (Milgram).
  •  
     

 

F. Manifestations psychosomatiques

Transpiration, tremblements et accès de rire nerveux ne se bornent pas à indiquer la présence de la tension; ils contribuent également à la réduire. Au lieu d'aboutir à un refus d'obéissance, la tension, canalisée par les manifestations physiques, va graduellement disparaître.

G. De la désapprobation à la désobéissance

La désapprobation désigne l'expression verbale du désaccord du participant sur le type d'action imposé. La désapprobation n'entraîne pas obligatoirement la rupture des liens hiérarchiques. La désobéissance représente le moyen ultime de mettre un terme à la tension. Elle implique non seulement le refus d'exécuter un ordre particulier de l'expérimentateur, mais aussi une formulation nouvelle de la relation d'autorité. L'individu sort du rôle qui lui a été assigné et du même coup plonge dans l'inconnu voire l'anomie. Ce parcours psychologique commence par le doute intérieur, puis graduellement il s'extériorise pour s'exprimer sous forme de désapprobation. Le sujet s'efforce de convaincre l'expérimentateur de modifier ses ordres. Faute de parvenir à ses fins, le sujet transforme sa désapprobation en menace de refus d'obéissance. Finalement à bout d'argument, il se rend compte qu'il ne pourra réduire la tension que par la rupture.

H. Le coût de la désobéissance

C'est l'impression de s'être rendu coupable de déloyauté. Même s'il a choisi d'agir selon les normes de la morale, il n'en demeure pas moins troublé par l'idée d'avoir délibérément bouleversé une situation sociale définie, il ne peut chasser le sentiment d'avoir trahi une cause qu'il s'était engagé à servir. "Ce n'est pas le sujet obéissant, mais bien lui, le rebelle, qui ressent douloureusement les conséquences de son action." (Milgram)

10. Les facteurs de maintenance

Dés lors qu'un individu est entré dans l'état agentique, qu'est-ce qui le contraint à y demeurer ?

A. La fonction adaptative des facteurs de maintenance

"Toutes les fois que des éléments sont liés entre eux pour former une hiérarchie, il faut nécessairement que des forces les maintiennent dans cette relation. En leur absence, la plus légère perturbation provoquerait la désintégration de la structure. C'est pourquoi, dés que les individus sont insérés dans une hiérarchie sociale, il doit y avoir un mécanisme de liaison pour donner à la structure un minimum de stabilité." (Milgram)

B. La continuité de l'action

Chaque action exerce une influence sur la suivante. Le fait de répéter toujours la même action renforce notre adhésion à l'action. Continuer une action rassure sur le bien fondé de ses conduites antérieures. Car en refusant d'obéir plus longtemps, je juge du même coup que ce que j'ai fait précédemment (pendant 20 ans par exemple) était inutile ou mauvais. Dans l'expérience de Milgram, la première décharge envoyée crée un malaise que les suivantes neutralisent.

C. Les obligations inhérentes à la situation : Un accord difficile à rompre.

Pour sortir du système d'autorité le sujet doit délibérément rompre les accords tacitement convenus. Il doit donc revenir sur sa promesse, sur son engagement et du même coup s'attendre à l'exclusion, à la stigmatisation et à l'angoisse de la solitude. La perspective de cette rébellion et du bouleversement d'une situation sociale bien définie qui s'ensuivra automatiquement constitue une épreuve que beaucoup d'individus sont incapables d'affronter. L'obéissance sera une solution moins coûteuse.

D. L'anxiété ou le barrage affectif

Le système d'autorité englobe l'individu et lui donne un système de représentations, de valeurs. Ces repères sécurisent l'individu. A travers le filtre de l'autorité, le monde a un sens. Il est connu. C'est principalement cette inquiétude vague provenant de la crainte de l'inconnu qui contribue à maintenir l'individu dans le système d'autorité. Cet état d'anxiété est perceptible dans le film de Milgram. Les ricanements nerveux, le tremblement etc.... sont les preuves que le sujet envisage d'enfreindre les règles. Il en résulte un état d'anxiété qui l'incite à reculer. Il se crée ainsi un barrage affectif qu'il devra forcer pour défier l'autorité.

"Le fait le plus remarquable est que, une fois "le pas franchi" par le refus d'obéissance, la tension, l'anxiété et la peur disparaissent presque totalement" (Milgram)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

11. Le cas Eichmann

A. Description de la situation

Se pencher sur un sujet aussi polémique que la responsabilité de certains nazis pendant la guerre, n'est pas sans difficultés. Nous nous efforcerons de nous en tenir aux faits, et de nous appuyer sur des analyses de professionnels de la question développées dans certains ouvrages, en tenant à l'écart tout jugement moral et personnel.

Notre livre de référence sera l'ouvrage d'Hannah Arendt publié en 1963. Cet ouvrage, développant principalement des questions juridiques et historiques, il nous a fallu dégager dans cette masse d'informations les aspects psychologiques les plus probants à notre vue.

Puis, nous tenterons de comprendre ce phénomène à la lumière des observations issues de l'expérience de Milgram.

Hannah Arendt a assisté au procès d'Eichmann à Jérusalem en 1961 en tant que correspondante du New-Yorker.

Eichmann a été capturé en Argentine en mai 1960, sous les ordres du premier ministre israëlien David Ben Gourion afin d'être traduit devant le tribunal de Jérusalem pour y faire juger sa contribution à la " solution définitive du problème juif ". Eichmann était responsable du transport des Juifs pendant la guerre.

La justice exige que l'accusé soit poursuivi, défendu et jugé, et prend le parti de laisser en suspens toutes les questions telles que " Comment cela a-t-il pu arriver ? ", " Pourquoi ?", " Comment les juifs ont-ils pu contribuer, par l'intermédiaire de leurs propres chefs, à leur propre anéantissement ? ".

Quinze chefs d'accusation sont dressés contre Eichmann, dont " crime contre le peuple juif ", " crime contre l'humanité " et " crimes de guerre ".

Dès le début du procès, Eichmann plaide non coupable dans le sens entendu par l'accusation qui affirme qu'il a agit en toute connaissance de cause, animé par des mobiles ignobles, et parfaitement conscient de la nature criminelle de ses actes.

" Je n'ai jamais été mêlé à l'assassinat des Juifs. Je n'ai jamais tué un Juif, ni d'ailleurs un non-Juif. Je n'ai jamais ordonné qu'on tue un Juif ou un non-juif. " déclarera-t-il.

Et toute la question est là. " Ce qu'a fait Eichmann n'est un crime que retrospectivement. Il a toujours été un citoyen respectueux de la loi car les ordres de Hitler, qu'il exécuta certainement de son mieux avaient force de loi dans le IIIème Reich " nous dit H. Arendt.

Eichmann a été examiné par de nombreux psychiatres qui l'on déclaré " normal ". Mais que signifie " normal " dans un tel cas ? La normalité est-elle de prendre conscience de la nature de ces actes criminels et de s'y opposer, ou la normalité est-elle d'obéir aux lois en vigueur ? Selon H. Arendt, seules des exceptions se seraient révoltées contre cette autorité.

L'auteur ne cherche pas à mettre en relation l'histoire personnelle, l'enfance d'Eichmann avec sa vie ultérieure, ce qui explique peut-être la biographie succinte du personnage.

Eichmann est né en Allemagne le 19 mars 1906 dans une famille chrétienne. Les enfants sont au nombre de 5 (3 frères et 1 sœur).

Il perd sa mère à l'âge de 10 ans et son père se remarie.

Ce dernier est comptable puis cadre moyen dans la Compagnie des Tramways et de l'Eléctricité.

En raison de problèmes financiers, il ne peut achever ses études.

Il exerce un métier de commercial pendant cinq années dont il finit par se lasser.

Il rentre dans les S.S en 1932, sans vraiment savoir dans quoi il s'engage, sur les conseils d'un ami de la famille il ne connaît pas le programme du parti et n'a jamais lu Mein Kampf.

Selon H. Arendt, son engagement dans le parti est une possibilité pour lui de tirer un trait sur une activité professionnelle peu satisfaisante, de " repartir à zéro et faire enfin carrière ".

Eichmann rentre au S.D, le service d'espionnage du parti, fondé par Himmler.

Affecté au département de l'information, il doit dans un premier temps étudier la franc-maçonnerie. Au bout de 5 mois, il est transféré au département pour les questions juives. Il est désigné espion officiel des milieux et des réunions sionistes. (Le sionisme est un mouvement politique est religieux visant à l'établissement puis à la consolidation d'un Etat juif en Palestine, avant la création de l'Etat d'Israël ).

En mars 1938, à Vienne, il a pour tâche de promouvoir " l'émigration forcée ". Il devient directeur du centre d'émigration des Juifs autrichiens.

En 8 mois, 45 000 Juifs quittent l'Autriche, ce qui est spectaculaire.

Eichmann découvre alors certaines de ses capacités. " Il savait bien, sinon mieux que les autres, organiser et négocier ", ce qui lui valu d'être à l'origine du travail à la chaîne pour accelérer et faciliter l'émigration.

Lorsque Eichmann parlait de cette période, il pensait rendre justice aux deux partis : aider les Juifs qui souhaitaient émigrer, tout en obéissant aux ordres de sa hiérarchie.

L'attitude d'Eichmann envers les Juifs est très confuse.

Rappelons que bien qu'issu de parents chrétiens, sa famille comprenait de nombreux Juifs, et il affirme " Ayant des Juifs dans sa famille, ma mère affichait des opinions différentes de celles qui avaient cours dans les milieux S.S ".

Il souhaite les aider, leur donner une terre, il les traite en égaux, tient ses promesses, écoute leur plaintes, leurs requêtes.

Au cours de l'interrogatoire contradictoire, il déclare au président du tribunal qu'il pensait " trouver une solution acceptable, équitable pour les deux parties... C'était mettre un peu de terre ferme sous les pieds des Juifs, pour qu'ils aient un endroit où vivre, un sol qui leur appartînt. C'est à cette fin que je travaillais joyeusement. J'ai contribué avec joie et avec plaisir, à la découverte de cette solution que les Juifs eux-mêmes, par l'intermédiaire de leurs organisations approuvaient. Cette solution était à mon avis la plus appropriée ".

" Les émissaires Juifs qui négocièrent avec Eichmann à Vienne le déclarèrent poli et pas le genre à crier " précise H. Arendt. Et elle ajoute " il leur donna même des fermes dont ils firent des centres de formation professionnelle. Une fois, il expulsa des nonnes d'un couvent pour donner une ferme pilote à de jeunes Juifs. "

Certains historiens juifs écrivirent " Ainsi commença l'épisode le plus paradoxal de l'ère nazie : celui que l'Histoire devait reconnaître comme un des assassins par excellence du peuple juif, participa activement au sauvetage des Juifs d'Europe. "

Grâce à son zèle, il a sauvé des centaines de milliers de Juifs, même s'il ne savait pas à l'époque ce qu'allait être la Solution Définitive.

Entre 1937 et 1941, Eichmann obtient quatre promotions et monte bien plus vite et bien plus haut dans l'échelle qu'il ne pouvait l'imaginer.

Ce pouvoir provoque chez lui une métamorphose : " J'ai tout de suite dit à mes amis que je n'étais pas sûr d'avoir affaire à Eichmann tant cette métamorphose était terrible...C'était comme s'il avait droit de vie ou de mort sur nous. Il nous reçut avec insolence. Il fut impoli ; il ne nous laissa pas approcher de son bureau et nous restâmes debout " témoigne l'un de ses interlocuteurs.

La personnalité d'Eichmann subit une métamorphose réelle et durable dès qu'il fut promu à un poste de commandement déclarèrent le procureur et les juges.

A l'annonce de l'ordre d'extermination des Juifs, Eichmann dit ne pas avoir compris car il n'avait jamais envisagé une chose pareille, une solution aussi violente.

" Je perdis tout alors, tout goût au travail, toute initiative, tout intérêt. J'étais pour ainsi dire balayé ".

Et H. Arendt pose alors la question suivante " Puisqu'il s'était occupé de transporter les Juifs et non de les tuer, restait à savoir, du point de vue de la loi, s'il s'était rendu compte de ce qu'il faisait ".

Durant le procès, deux questions se posaient " Le meurtre des Juifs allait-il à l'encontre de ses principes ? ", et " A-t-il agi pour parer au danger de sa propre mort immédiate ? "

Les réponses à ces questions apparurent négatives. Eichmann déclara fièrement qu'il avait toujours fait son devoir, et obéi à tous les ordres ainsi que l'exigeait son serment.

Par ailleurs, il était possible pour un SS de refuser une mission, de rendre son tablier sans représailles.

Ainsi, Eichmann ne s'est jamais révolté et a exercé ses fonctions jusqu'à la fin de la guerre. C'est lorsque son nom commence à être cité à Nuremberg qu'Eichmann fuit en Argentine sous une fausse identité. Sa famille l'y rejoindra.

B. Tentative d'analyse

Il est apparu difficile de ne s'en tenir qu'à l'ouvrage de H. Arendt dans cette perspective de comprendre le cas Eichmann et il semble difficile d'occulter le contexte que fut celui de cette période. Nous aborderons donc succintement la situation politique et sociale de l'époque (cette question n'étant pas l'objet de notre étude à proprement parler).

1) Contexte historique et social

Nous faisons référence au livre d'Enriquez, De la Horde à l'Etat.

Selon Minder repris par Enriquez, " l'Allemagne, par sa situation, pays de milieu et pays de plaine, largement ouvert, mal défendu, se serait conçue comme un pays menacé, encerclé, périodiquement piétiné. N'ayant pas dominé les difficulté naturelles de sa situation géographique, le peuple allemand aurait développé une sorte de complexe de victime qui justifie à ses yeux revendication et agression. Pour se libérer du complexe, il aurait eu recours au mythe compensateur de l'Aryen noble, source de beauté et de tout progrès dans le monde ".

L'Allemagne rêve d'une même race, attachée aux mêmes mythes, à la même religion, sur le même territoire. Mais apparaît un adversaire : le Juif allemand dont la présence va se heurter au rêve allemand.

D'autre part, le Juif est depuis la plus haute Antiquité le prototype de l'Autre. C'est un peuple qui a signé une alliance privilégiée avec Dieu, qui n'a pas accepté la venue du Rédempteur et qui par conséquent, se veut différent des autres, évite le mélange, et revendique son appartenance à une communauté.

Une altérité aussi évidente alliée au désir de non-mélange terrorise l'Etat qui n'a en conséquence aucune prise sur la communauté. Un Etat qui se veut le seul objet investi libidinalement ne peut accepter à l'intérieur de ses frontières un peuple qui ne croit pas à ses lois, à sa toute-puissance, qui se revendique comme un autre, comme relié à Dieu par un lien personnel.

Hitler souhaitait reconstituer, réinstituer l'Etat Allemand, mais " pour se purifier, il faut avoir été souillé ". Un groupe social a besoin d'un ennemi pour assurer sa cohésion, et cet ennemi est le Juif, celui qui occupe une place de plus en plus grande dans les secteurs de la banque, du commerce, des professions libérales, des arts, celui qui éveille l'envie, la jalousie.

" Re-fondation de l'Allemagne et antisémitisme vont donc de pair ".

Enfin, le contexte de l'époque est également celui de crises économiques, de chômage, de perte de repères individuels et collectifs. " Lorsque des populations sont secouées par les événements, ne se sentent plus maîtresses de leur destin, elles sont prêtes d'une part à tout croire, d'autre part à accepter le message de celui qui se fait le porte-parole du retour à l'ordre et d'un avenir rénové et purifié ".

Ce contexte de tensions a certes favorisé la montée du nazisme, mais nous pensons qu'il nous permet de comprendre en partie les fondements de la soumission à l'autorité dont certains, comme Eichmann, ont fait preuve durant la guerre ; soumission peut être exacerbée par un ressentiment vis à vis du peuple Juif.

2) Image de l'autorité : la personnalité d'Hitler

Milgram nous a sensibilisés au lien entre obéissance et reconnaissance de l'idéologie dominante. Selon cet auteur, le gouvernement fait partie de ces institutions qui favorisent l'obéissance. Mais à cela il faut ajouter ce que représente celui qui dirige. L'expérimentateur de Milgram était bien plus qu'un simple expérimentateur. Il représentait la Science, le savoir, il s'appuyait sur un cadre, le nom prestigieux de Yale, une impressionnante installation dans le laboratoire.

De la même façon, Hitler n'est pas un simple dirigeant politique. C'est ce qui explique peut-être que des millions d'hommes ont adhéré à son idéologie.

       

  • Ce qu'il incarne, c'est à dire comme nous l'avons vu, l'unificateur de l'Etat allemand, lui redonnant sens, puissance, pureté. " La dictature a pour visée de garantir un ordre social, ressenti comme totalement compromis par le régime politique précédent ".
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Hitler inspire la confiance de son peuple.

" Ces hommes devenus des assassins, retenaient seulement l'idée qu'ils étaient engagés dans un processus historique, grandiose, unique " nous dit H.Arendt.

       

  • Ce qu'il dit.  
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Hitler fait renaître un sentiment de fierté au sein du peuple allemand, de confiance en l'avenir. Il induit volontairement la confusion entre le divin et la construction de son parti. Il se pose en Messie, et par là même, son peuple devient le peuple élu.

H.Arendt parle de " phrases chocs " prononcées par les dirigeants du parti telles que " mon honneur, c'est ma loyauté ". Eichmann qualifiait ces phrases de " mots ailés ".

       

  • La façon dont il le dit.
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La tonalité incantatoire du discours a des effets d'envoûtement sur la foule. Ce discours rentre directement " en résonance avec l'inconscient des auditeurs ".

Cette emprise de la parole du Fürher sous la forme d'atemporalité transparaît dans le texte d'H. Arendt lorsqu'elle affirme " La différence entre un ordre et la parole du Fürher, c'est que la validité d'un ordre est limitée dans le temps, dans l'espace, alors que la parole du Fürher ne l'est pas. C'est pourquoi l'ordre du Fürher ne l'est pas ".

         

  • Son ascension.
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Eichmann déclare " Hitler a peut-être eu tort du début jusqu'à la fin, mais il y a un fait indiscutable : cet homme là a été capable de se hisser du soldat de première classe dans l'armée allemande à celui de Fürher de 80 millions d'âmes. Le seul succès de cet homme était preuve que je devais m'incliner devant lui ".

Le charisme d'Hitler entraînait chez certains une soumission totale, une admiration sans limite comme pour le général Jodl. A Nuremberg, on lui posa la question suivante " Comment est-il possible que vous tous, généraux honorables, vous ayez continué à servir un assassin aussi loyalement, sans poser la moindre question ? ". Il répondit ceci " Ce n'est pas à un soldat de juger son chef suprême. C'est à l'Histoire de le faire, ou à Dieu ".

Si Dieu seul peut juger Hitler, c'est bien que le général Jodl ne le met pas au niveau des hommes, mais le transporte bien au-delà, dans un monde irrationnel et divin. Cet argument nous permet de comprendre en partie l'obéissance de la population allemande.

3) L'organisation

Nous avons vu avec Milgram l'importance de la hiérarchie, de la structuration et de la cohérence de l'organisation.

Malgré certaines frictions entre les organes de fonctionnement, l'Etat nazi est organisé de façon relativement efficace. Il s'élabore autour d'une personne centrale (le Fürher) possédant ses représentants, investis d'un pouvoir délégué à tous les niveaux de la hiérarchie. On observe ainsi un emboîtement des responsabilités. A tous les niveaux est demandée une obéissance aussi complète qu'admirative.

Sont mis en place un Front du travail, un armée solide (les SS), une police secrète d'Etat (Gestapo), différents mouvements de jeunesse visant à l' " édification d'une machine perfectionnée permettant de faire passer le discours dans la réalité quotidienne et de la graver au plus secret des consciences ".

Dans le cas d'Eichmann, la question de la hiérarchie est plus compliquée que dans l'expérience de Milgram. Au cours de cette dernière, le sujet n'est confronté qu'à une seule autorité, le scientifique. Dans l'organisation nazie, l'autorité vient de son supérieur direct qui obéit lui-même à son supérieur, et ainsi de suite jusqu'à Hitler, au sommet de la pyramide. La particularité du régime réside dans la grande cohésion de ces différents niveaux.

Eichmann, bien que n'ayant pas une position hiérarchique très élevée, est pris dans cette structure qu'il reconnaît comme porteuse de sens.

Les juges, et plus tard certains auteurs ont tenté de prêter à Eichmann plus de responsabilités qu'il n'en a réellement eues, ce contre quoi s'élève H.Arendt.

Par exemple, Alain Decaux, dans son livre De Staline à Kennedy, consacre un chapitre au cas Eichmann, et le décrit comme " l'homme qui a mis au point la plus prodigieuse machine à anéantir les Juifs qu'ait enregistrée toute l'histoire ".

Selon lui, Eichmann n'était " pas fondamentalement un homme de terrain, mais sa conscience professionnelle l'a conduit à vérifier, sur les lieux mêmes, les résultats tangibles de son activité ". Or divers auteurs, dont H.Arendt, s'accordent à dire qu'il ne supportait pas les scènes de violence, et qu'il fuyait tout massacre, toute scène d'atrocité. Ce qui a perdu Eichmann, selon elle, c'est sa vantardise, sa manie de mettre en avant son incroyable zèle, non sans lien avec son désir de réussite professionnelle.

Cette remarque nous permet au passage de constater à quel point l'histoire d'Eichmann est soumise à de versions différentes. C'est à se demander parfois si l'on parle bien de la même personne !

On lit parfois même qu'il est celui qui a proposé la Solution Définitve.

4) La question de la distance à la victime

L'expérience de Milgram nous a permis de découvrir que la désobéissance croît à mesure que la victime se rapproche de l'expérimentateur. La question se pose également pour Eichmann dont les activités se tenaient dans des bureaux, loin des camps.

" D'un point de vue purement quantitatif, il est plus odieux de massacrer dix mille hommes en envoyant un obus au milieu d'une ville que d'en tuer un seul en le frappant avec un pierre. Cependant, sur le plan psychologique, ce dernier est de très loin le plus difficile à accomplir. La distance, la durée, et les obstacles physiques neutralisent le sens moral " (Milgram).

Selon les juges, " si de nombreux criminels n'ont pas de rapport immédiat avec le véritable assassin, ils n'en sont pas moins responsables. L'on peut même penser que le degré de responsabilité augmente à mesure que l'on s'éloigne de l'homme qui manie l'instrument fatal de ses propres mains ". Peut-être entendent-ils par cette phrase que la responsabilité la plus importante incombe à ceux qui, dans l'ombre, veillent au bon fonctionnement du système.

" La responsabilité morale et légale de celui qui livre la victime aux bourreaux n'est, selon nous, pas moins grande, elle est peut-être même plus grande que celle des bourreaux eux-mêmes " ajoutent-ils.

5) Les crises de conscience

Il s'agit de la question de la tension évoquée par Milgram, à l'origine d'une potentielle désobéissance.

Les nazis ne semblent pas épargnés par cette tension. Pour H.Arendt, dans les pays civilisés, la loi suppose que la conscience de chacun lui dise " tu ne tueras point ". La loi du pays de Hitler exigeait que la conscience lui dise " tu tueras ".

Himmler lui-même était en proie à des doutes, des crises de conscience contre lesquelles il luttait en se disant " Que de choses horribles j'ai faire dans l'accomplissement de mon devoir, combien cette tâche m'a pesé " et non pas " Que de choses horribles j'ai faites ". Dans cette formulation, se profile le rejet de la responsabilité que nous étudierons dans la partie suivante.

Milgram nous dit qu'il est difficile pour le participant de " revenir sur la promesse qu'ils ont faite à l'expérimentateur de lui prêter son concours ". S'engager vis à vis de quelqu'un rend pénible l'idée de s'en dégager et fait émerger la question de la déloyauté, insoutenable pour bon nombre de participants. De la même façon, Eichmann s'est engagé dans un parti, et peut-être même davantage vis à vis d'un homme, Hitler. Ce lien est certainement renforcé pour Eichmann en raison de la reconnaissance qu'on lui accorde : après avoir été " spécialiste de la question juive ", les capacités d'organisation qu'il met en avant sont élevées au rang de modèle.

Il semblerait que certains nazis se soient toujours opposés au régime dans leur for intérieur, mais pour garder leur secret, ils devaient paraître plus nazis que les autres. Ils disent être restés pour modérer le zèle de leurs confrères et empêcher les " véritables nazis " de prendre leur place.

6) Le rejet de toute responsabilité

Il s'agit selon Milgram d'une caractéristique de l'obéissance. C'est ce que s'évertue à répéter Eichmann tout au long du procès.

" L'accusé n'a jamais nié les faits dont on l'accusait, il niait seulement ses responsabilités " écrit H.Arendt.

Affirmer que la responsabilité incombe à son supérieur permet de lutter contre les crises de conscience décrites plus haut. Ceci se voit bien dans la vidéo de Milgram où les sujets, en proie à des tensions intenses, demandent confirmation à maintes reprises de leur absence de responsabilité avant de continuer à administrer les chocs.

La responsabilité est souvent rejetée sur le chef, le supérieur, mais elle peut également être reportée sur la victime. Dans cette optique, " c'est l'élève qui s'est attiré la punition par sa faute " explique Milgram. " On le blâme de s'être volontairement prêté à cette expérience et plus perfidement, on lui reproche sa stupidité et son entêtement ". La victime est dénigrée, elle n'a que ce qu'elle mérite.

Le morcellement du travail, la division des tâches, fait disparaître la notion de responsabilité. Chaque individu, à un niveau différent de la chaîne, participe à la destruction du peuple juif, mais personne ne s'en rend vraiment compte et tous rejettent la faute.

" Le phénomène politique connu sous le nom de bureaucratie c'est le règne de Personne " selon H.Arendt.

Certes, Eichmann n'a jamais tué personne mais sans lui, un maillon de la chaîne aurait manqué et donc rendu impossible à cette ignoble entreprise de voir le jour.

Il s'en défend en disant que s'il ne l'avait pas fait, quelqu'un d'autre aurait pris sa place, et en déduit que tout le monde est coupable.

7) L'inconscience d'Eichmann

Eichmann a obéi à des ordres " légaux " à cette époque, à des ordres qui avaient force de loi. En conséquence, il n'avait pas besoin de se rabattre sur sa conscience.

Le tribunal a considéré les ordres supérieurs comme des circonstances atténuantes, comme si Eichmann avait au fond de lui, le désir de détruire d'autres hommes. Peut-être aurait-il fallu prendre le problème à l'envers et voir dans ces ordres l'origine de ses actes. Mais rappelons que dès l'ouverture du procès, il a été précisé que le " pourquoi " des choses ne serait pas la question du débat, bien au contraire.

" Eichmann n'était pas stupide, il était inconscient, et seule son inconscience lui a permis de devenir un des principaux criminels de son époque. (...) Avec la meilleure volonté du monde on ne parvient pas à découvrir en Eichmann la moindre intention profondément diabolique ou démoniaque. (...) Que l'on puisse être à ce point éloigné de la réalité, à ce point inconscient ; que l'inconscience puisse faire plus de mal que tous les instincts destructeurs réunis ; que cela puisse être le cas de tous les hommes, voilà une des leçons que l'on pouvait tirer du procès de Jérusalem ".

 

Conclusion sur le cas Eichmann

Pour certains auteurs, le fait même de se pencher sur le cas Eichmann, et de tenter de comprendre ses actes et déjà une façon de l'en excuser et c'est une critique qui a été faite à H.Arendt. Sous l'éclairage d'une discipline telle que la psychologie sociale, la question n'est pas là.

Nous avons tenté de montrer que la soumission à l'autorité relevait d'un processus complexe, alliant dans ce cas précis des considérations politiques, sociales, économiques, psychologiques et peut être aussi purement objectives (organisation, distance à la victime...).

La question de la responsabilité de cet homme est difficile à soustraire de cette étude. Concernant ce point, nous recommandons de lire le magnifique épilogue qu'écrit H. Arendt à la fin de son livre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Conclusion.

Ainsi la soumission à l'autorité à une fonction adaptative. Elle permet à chaque individu trouver sa place dans la société. C'est un compromis structurant pour l'individu et la société. Elle permet de les faire perdurer dans le temps. Mais comme le montre le cas Eichmann et l'expérience de Milgram, l'individu est contraint de mettre " en veille" sa capacité d'évaluation de son action afin de ne pas entraver l'action collective. Tout est parfait quand la finalité du système reste "positive" (c'est à dire quand elle vise à l'épanouissement de chacun des individus et de la société sur le long terme). Mais parfois la finalité vise à l'épanouissement d'un seul individu, d'un groupe restreint ou d'une idéologie de l'exclusion. Il y a donc glissement de finalité sans que l'exécutant ne soit capable de se remettre en cause. Le soumis étant soumis à "l'habitude" (La Boétie.), il devient inconscient et manipulable. L'impératif adaptatif veut que pour que l'individu soit efficace en état de fonctionnement agentique, il faut qu'il y ait des gardes fou, qu'il y ait une forme d'inertie, une tension, freinant le retour à l'état autonome et assurant le bon déroulement de l'entreprise collective.

"La bête qui ressort chez l'homme" : l'agressivité est-elle la cause ?

Selon la théorie freudienne, les forces destructrices sont présentent chez tous les individus, mais elles ne trouvent pas toujours l'occasion de se libérer, car leur expression est inhibée par le surmoi ou la conscience. Ainsi, au niveau de sa conscience, le sujet se voit en serviteur d'une noble cause, mais la force qui le pousse à se soumettre vient du fait que, en pénalisant l'élève, il satisfait instinctivement des tendances destructrices profondément enracinées.

Milgram va au delà de cette idée en plaçant le sujet comme instrument de l'agent coordonateur.

Les résultats inquiétants de cette expérience ne s'expliquent pas selon Milgram par une agressivité qui ne chercherait qu'à s'exprimer. " Bien que les tendances agressives fassent partie inhérente de la nature humaine, elles n'ont en réalité pratiquement aucun rapport avec le comportement des sujets dans l'expérience " affirme-t-il.

Pendant l'expérience, les sujets trouvent la situation extrêmement déplaisante, odieuse, mais leur intégration dans une structure sociale particulière les empêchait de se dégager. Il n'agit pas en référence à son système de motivation propre mais au service de la finalité du système d'autorité.

La preuve en est que lorsqu'ils choisissent eux-mêmes les niveaux de chocs, ceux-ci restent relativement faibles.

Le destin de l'autorité à l'époque contemporaine ?

Les sociétés construites autour de l'idéal d'égalité ne suppriment pas l'autorité. En effet, on peut observer un double mouvement à l'intérieure même des relations d'autorité. Les rapport d'autorité ont une tendance à se désincarner, à devenir abstraits et impersonnels (loi, bureaucratie...). Ils se réduisent au fonctionnel en se condensant dans des instances abstraites (instances juridiques et administratives). D'un autre côté, ils se déplacent et viennent se loger de façon implicite dans les plis de la relation sociale. Les média de masse par exemple impose de façon détournée un modèle prédéfinis.

Ainsi bien que sous les travers de l'individualisme, la société contemporaine prône l'idéal d'égalité et la liberté individuel, il est clair que "Nous sommes voués à accepter l'autorité tout en déployant des efforts incessants pour en maîtriser les éventuelles conséquences néfastes" Chantal DELSOL (Que sais-je ? : L'Autorité, PUF p.123).

Ainsi, le dilemme de l'obéissance est avant tout créatif et structurant pour l'individu et la société. Chacun d'entre nous ne peut recréer le monde. Nous ne saurions vivre sans référents ni sans modèle, et le fait que l'époque réprouve ces notions ne les empêche pas de demeurer essentielles. Nous avons à la fois besoin d'obéir, d'admirer et besoin de liberté, d'indépendance.

Avancer dans la complexité du monde sans boussole, sans représentation est impossible. On a besoin de s'inspirer de comportements, de croyance, de valeurs, d'opinion et de représentations sociales extérieures pour avancer. L'autorité est alors un point de structuration qui donne à voir des actions réussies socialement. C'est un modèle à admirer, à imiter car reconnu comme porteur de sens, de cohérence dans l'univers social. Dés lors se soumettre à cette autorité est la meilleure façon de trouver un modèle d'identification, de trouver sa place dans le système sociale de référence et de coordonner au mieux son action individuelle à la finalité du système.

Selon Chantal DELSOL, en voulant supprimer le rapport de soumission à l'autorité, pour donner à l'individu toute son indépendance, on ne fait que laisser s'instaurer " des modèles au marché noir".

Ils sont dangereux car ils ne sont pas "reconnus et repérables". Ceux ne sont pas des modèles suffisamment visibles. Par conséquent, ils ne subiront pas la critique et la remise en question.

"L'individu contemporain, qui se vante de n'imiter ni de n'admirer personne, en réalité subit à son insu l'influence d'une culture ou d'une anticulture dominante, contre laquelle il ne peut rien, car il ignore lui-même cette influence, alors que l'on peut aisément récuser un modèle reconnu. La suppression des modèles n'engendre pas l'indépendance des individus mais son asservissement : on n'est asservi que dans l'inconscience." Chantal DELSOL (Que sais-je ? : L'Autorité, PUF p.125)

Aussi bien, que pour la propre survie de l'individu que pour celle de la société, l'autorité naturelle doit permettre la mise en marche des structures d'obéissance nécessaire au bon développement du futur être social.

Mais pour être réellement structurante elle doit viser à l'accouchement d'un individu libre, autonome et juge. Elle doit permettre la création au sein de l'individu d'une instance de contrôle du fonctionnement agentique.

Ainsi face à une autorité sociale ou politique, l'individu à la capacité de peser, d'examiner la finalité de l'autorité.

C'est pour cela qu'au lieu de récuser l'autorité, il faut la démasquer, la repérer afin de mieux la contrôler.

Que l'Autorité soit officielle, (définie par un statut, justifiée par la science) ou qu'elle soit interpersonnelle, (indéfinie mais réelle sous les traits de l'admiration), requiert en face d'elle la vigilance, faute d'écraser celui qu'elle domine, de le ravaler. Cette vigilance, cette fonction de contrôle est la lucidité intellectuelle et morale. Elle réclame la nécessité de reconnaître des valeurs extérieures au système d'autorité, à la société ou se joue l'autorité. " Ce n'est pas en récusant l'autorité qu'on devient maître de soi, mais en la cantonnant sous des référents qui font Autorité face aux autorités. " Chantal DELSOL (Que sais-je ? : L'Autorité, PUF p.125)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie

 

BIBLIOGRAPHIE

 

Avertissement à l'Europe, Thomas Mann, sans date

De la Horde à l'Etat, E. Enriquez, 1983

De la servitude volontaire, ou contr'Un, La Boétie, XVe siècle

De Staline à Kennedy, Alain Decaux

Dictionnaire de Psychologie, R Doron, F Parot, 1991

Eichmann à Jérusalem, Hannah Arendt, 1963

Eloge de la désobéissance. A propos d' " un spécialiste ", Adolf Eichmann , R. Brauman, E. Sivan, 1999

L'Autorité, Que sais-je ?, Chantal Delsol, 1994

Psychologie des foules, Gustave Le Bon, 1991

Soumission à l'autorité, Stanley Milgram, 1974

Soumission à l'autorité, Stanley Milgram, 1974


Posté par kazal à 19:06 - la soumission à l'autorité - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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