27 août 2006
la soumission à l'autorité
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la soumission à l'autorité
Un Fantastique étude de
"en recherche d'un poste de psychologue clinicien
1. Définissons notre objet d'étude : "la soumission à l'autorité"
Selon la définition de Doron et Parot dans leur Dictionnaire de Psychologie, l'autorité est " l'influence potentielle sur un ou plusieurs autres. Cette influence s'exerce sur la cognition, les attitudes, le comportement, les émotions et leur expression ".
Elle peut se fonder sur la compétence, sur un système de récompenses et de sanctions ou encore sur la légitimité c'est à dire l'acceptation de traditions et de valeurs.
On distingue différentes approches :
- l'approche psychanalytique étudie les relations de pouvoir qui s'établissent sans que les acteurs en soient conscients
- les théoriciens du renforcement analysent les mécanismes d'apprentissage des relations d'autorité
- les théoriciens de l'échange social envisagent dans les relations duelles l'autorité et le pouvoir que chaque participant a sur l'autre et la manière dont se déroulent les échanges et la négociation
- à la suite de Kurt Lewin, la tradition des théories du champ définit l'autorité comme la relation d'influence telle qu'elle est perçue par les personnes concernées et comme un processus dynamique issu des tensions et des besoins, et des forces créées.
B.
Etymologie du mot autorité. En latin, "Auctoritas" est
de façon générale ce qui augmente la
confiance (en latin). "L'Auctor"
est celui qui oriente, qui soutient une chose et la
développe. C'est
celui qui donne un sens, une finalité à l'action
d'un groupe. C.
" Se soumettre à l'autorité ?" C'est se mettre dans un état
d'interdépendance
vis à vis d'autrui. (C'est par exemple établir un
lien de vassalité "Je
te sers, tu me protèges".) C'est se mettre sous influence.
C'est à
dire, se déconnecter de son contrôle interne et
déléguer l'orientation
de ses propres conduites (comportements, pensée, sentiments)
à un
contrôle et une finalité externe. Ainsi la
soumission n'est pas la
formation de norme par un groupe (normalisation). De plus la soumission
n'est pas l'adoption de normes d'un groupe par un individu
(conformisme). Enfin, la soumission est une attitude
ritualisée que
prend un individu subordonné en face de
l'autorité. 2. Notre objet d'étude
in-vivo : La complexité des rapports de soumission
à l'autorité. Elle vise à
établir une relation constructive.
En ce sens , c'est un rapport de domination impliquant un respect et
une reconnaissance de la dignité de l'enfant. Le rapport
d'autorité
vise à actualiser l'autonomie potentielle. Elle
découle d'une inégalité
naturelle et objective. Cette inégalité est de
deux types : Dans la
famille et dans le domaine du savoir. Par exemple, l'enfant se trouve
objectivement inférieur à ses parents par la
connaissance du monde et
l'expérience des hommes. Mais cette
infériorité demeure temporaire.
Pour autre exemple, l'élève se trouve
objectivement inférieur au maître
en ce qui concerne le savoir (le but étant d'amener l'enfant
au même
niveau voire au dépassement). En retour, l'enfant admire le
support
d'autorité et imite une image. Car il ne possède
pas encore de
références et de vision du monde. L'enfant
s'identifie à l'adulte
Autorité car il est à la fois protecteur,
modèle et vecteur d'autonomie. B.
L'autorité charismatique : La grandeur par procuration. Le charisme est un don, une
grâce. Par
définition, unique. Inné, non acquis. Il est
difficile d'en saisir les
aspects. L'homme charismatique possède quelque chose de
plus. Peut-être
"un charme" si l'on suit l'étymologie, en tout cas une
supériorité
indéfinissable. Un chef politique de cette
grandeur se fait obéir sans réclamer
l'obéissance. Le fondement de l'autorité ici est
irrationnel.
L'autorité n'a donc pas besoin de justification autre que la
spécificité du personnage. Ainsi, il
apparaît extraordinaire, voire
seulement non ordinaire. Et ceci par son caractère et ses
dons, ou par
une idée qui l'habite. Max Weber a rapproché dans
Economie et Société, les chefs
charismatiques modernes des anciens prophètes et des
sorciers : "Nous appellerons charisme la
qualité
extraordinaire (à l'origine déterminée
de façon magique tant chez les
prophètes et les sages, thérapeutes et juristes,
que chez les chefs des
peuples chasseurs et les héros guerriers) d'un personnage
qui est, pour
ainsi dire, doué de force ou de caractères
surnaturels ou surhumains ou
tout au moins en dehors de la vie quotidienne, inaccessible au commun
des mortels ; ou encore qui est considéré comme
envoyé par Dieu ou
comme un exemple, et en conséquence
considérée comme un "chef". Bien
entendu, conceptuellement, il est tout à fait
indifférent de savoir
comment la qualité en question devrait être
jugée correctement sur le
plan "objectif", d'un point de vue éthique,
esthétique ou autre ; ce
qui importe seulement, c'est de savoir comment la
considèrent
effectivement ceux qui sont dominés charismatiquement, les
adeptes."(Economie et Société,
Plon, 1971, p.219) C.
Le héros ; incarnation d'un idéal Le charismatique n'est pas
perçu par le soumis
comme un père ou un maître. Sa
supériorité n'est pas celle de l'adulte
face à des enfants ou d'un savant face à des
ignares mais repose sur son caractère
héroïque ou divin.
Cet homme à quelque chose du surhomme, du demi-dieu. De
plus, on repère
le charismatique davantage à la reconnaissance des autres
qu'à ses
qualités, difficile à cerner. Le peuple le suit
parce qu'il devine
qu'il pourra derrière lui avancer plus loin. Il y' a donc
ici l'idée de
vocation et par conséquent d'appel, issu de plus haut, d'une
divinité
ou d'une instance supérieure (Le sens de l'Histoire par
exemple). Le
charismatique devient alors un être d'exception qui
à la confiance des
dieux pour mener le peuple sur le chemin de la
Vérité. En quelques
sorte, il est désigné d'avance pour
être le berger du troupeau et
reconnu porteur de grande mission pour l'humanité. Le
charismatique est celui qui permet au commun des mortels
d'accéder à une œuvre sublime.
L'existence des Hommes ordinaires se transforme en
épopée, d'où
l'exaltation permanente, les mises en scène, la
primauté dans les
discours de la forme sur le fond. La vie réelle se
transforme alors en
scène de théâtre ou la raison n'a plus
de droits. Les individus se
soumettent aux rôles de figurants pour au moins une fois dans
leur vie
jouer sur la scène de l'Histoire. Citoyen ordinaire est
alors
transporté d'émotion. En dépit de la
monotonie des jours, il vit dans
la dimension idéale, par la participation à
l'œuvre collective. "Inévitablement, un
tel pouvoir se résume en un
feu d'artifice, lequel laisse derrière soi toujours de la
fumée,
parfois l'incendie, et des poèmes épiques et
lyriques" Chantal DELSOL Ainsi ce type de relation
d'autorité ne peut pas
être "long vivante" car on ne peut pas vivre longtemps hors
la vie, et
la réalité nous rattrape toujours au passage ;
Ensuite un charisme est
attaché à un homme en particulier et ne se
transmet pas. Ainsi si un
chef utilise sa capacité à fasciner pour retenir
son autorité absolue,
son autorité ne lui survivra pas. Les fins tragiques de
dictateur comme
Mussolini par exemple en sont l'illustration macabre. L'autorité finalement
devient une notion
politique dés lors qu'elle s'applique à une
communauté ou société
visant à un destin commun, et en
général lié à un
territoire. En
élargissant la définition
générale de l'autorité, on peut dire
que le
détenteur d'autorité politique est celui qui
réussi à obtenir
l'obéissance d'un peuple sans avoir pour cela besoin
d'employer la
force. L'autorité devient l'instance qui assurera que
l'intérêt général
de la communauté sera bien respecté. "Tout véritable
rapport de domination comporte un
minimum de volonté d'obéir, par
conséquent d'intérêt,
extérieur ou
intérieur à obéir" Max WEBER
Economie et Société, Plon,
1971, p.219 E.
Quelle est l'utilité de l'autorité politique? On se trouve devant trois
possibilités
différentes. Soit la société
obéit à un pouvoir politique doté
d'autorité. Soit elle succombe à l'anarchie. Soit
la société se passe
de pouvoir politique sans ignorer l'autorité politique. De
tout façon,
l'autorité reste indispensable à toute
société ordonnée. F.
L'étude des "sociétés sans chef".
Elle montre l'existence historique de
groupes
d'hommes capables de maintenir leur ordre propre sans intervention
gouvernementale, c'est à dire sans abandonner à
personne un pouvoir de
contraintes. On peut citer les anciennes sociétés
esquimaux, celles des
aborigènes d'Australie. Dans ces cas rares, on constate
l'importance
des individus qui savent s'imposer, ceux qui sont admirer pour leurs
actions héroïques ou leur talent d'orateur.
L'autorité représente donc
la base essentielle sur laquelle repose toute politique. Le
commandement dispose, par ses fonctions de moyens de contrainte. Mais
ils ne peuvent être utilisés seuls. Le pouvoir
politique ne devient
vraiment efficace que par la reconnaissance. Le pouvoir
politique repose sur la légalité tandis que
l'autorité politique sur la légitimité,
c'est à dire la reconnaissance de la
supériorité. ( L'acclamation) Par exemple la forme moderne de
l'acclamation est le
plébiscite, procédé largement
utilisé par les dictateurs du XXe siècle.
Il s'agit de chercher l'expression symbolique de la
légitimité afin de
la rendre visible. Une fois visible, l'autorité sera
reconnue comme
légitime. Une fois le "contrat tacite" passé avec
la majorité, elle
pourra agir de son pouvoir et contraindre l'individu qui ne respecte
pas le "contrat". Ainsi, si les gouvernés
acceptent de se soumettre,
c'est qu'ils perçoivent chez le gouvernant, une
supériorité qui leur
impose le respect. De quelle nature est cette
supériorité ? Quelles
sont les fondements de cette distinction ? G.
La légitimité comme fondement de la
supériorité. On reconnaît
l'autorité politique quand elle est
légitime, qu'elle vise à répondre
à nos attentes, à nos convictions,
nos croyances, nos projet pour la société Cela
dépend de ce que l'on
considère comme légitime, c'est à dire
des représentations sociales que
l'on a de l'idéal à atteindre, de la
finalité du système d'autorité et
par conséquent de la conception de la vie et du monde. Par
exemple,
soit on considère que l'autorité à
pour finalité l'épanouissement de
chacun des individus, de leur autonomie, de leur libre arbitre. Soit on
met en premier plan un objectif idéologique (communisme)ou
religieux. (
l'inquisition, Christophe COLOMB etc....) ou reposant sur la tradition
dynastique. Soit on considère que l'autorité est
légitime car elle vise
à sauver le monde en exterminant les sous-hommes ou les
barbares. Qu'arrive t- il cependant si le chef
politique
ne peut prétendre d'aucune supériorité
reconnue ? Ni père de famille,
ni charismatique, il prend la figure de l'homme ordinaire. A quel titre
va-t-on lui obéir ? Et dans ce cas, à la limite,
pourquoi vouloir un
chef? La culture politique
européenne et plus loin
occidentale entretient une vision ancienne qui n'aperçoit
pas de
différence de nature entre gouvernants et
gouvernés. Il n'y a pas de
supériorité intrinsèque, par
où se justifierait sans discussion
l'autorité. Cette égalité de nature
trouve sa source dans l'idée
chrétienne de dignité humaine, qui
décrit les humains naturellement
égaux dans leur destin de créature. On peut dire
que depuis le début de
notre histoire, nous sommes sensibles à cette contradiction
: L'ordre social réclame une autorité,
mais la société n'offre pas d'homme
supérieur. Il faudra donc donner une
tâche immense à un homme médiocre. Ou
encore donner un statut inégal à un homme
égal. Ici, la
reconnaissance et l'obéissance des citoyens reposent plus
sur
l'autorité de la loi. Le gouvernant ne représente
qu'un médiateur. On reconnaît que
l'autorité se fonde sur la raison quand aucune
inégalité naturelle ne permet de la fonder
autrement. Elle recherche une certaine
égalité avec ceux qui obéissent. I. L'autorité artificielle :
La propagande La propagande réussit
à imposer une autorité
artificielle, c'est à dire dénué de
ses caractères essentiels : La
supériorité du chef pour mener l'aventure commune
en vue d'un bien
repéré ensemble. Elle ne retient que la forme de
la relation d'autorité
et spécialement de l'autorité charismatique-la
fascination d'un côté et
le charisme de l'autre-, au détriment du contenu. Gustave Le Bon, théoricien
moderne de la propagande
politique (Psychologie des foules) a montré comment la
constitution
d'un peuple en foule permettait l'avènement d'une
autorité politique
artificielle, fondée sur la technique de la persuasion et
non sur la
vérité de la reconnaissance. Lorsqu'il se trouve dans une foule en
action,
l'individu se dénature et perd ses momentanément
ses caractéristiques
habituelles pour en exprimer d'autres. Pour le Bon, ici la vie
consciente s'efface pour laisser place à la vie inconsciente. Le but de la propagande
étant de propager l'idée
chez un plus grand nombre d'homme. La condition nécessaire
est
d'affaiblir le libre arbitre de l'homme afin d'aveugler la conscience
par la voie de l'inconscient. (Cf Hypnose et
suggestibilité) J. La personnalité
autoritaire Cette notion a
été
développée dans les années 50 par
Adorno qui se penche sur les facteurs
à l'origine de la formation d'une personnalité
autoritaire. Selon cette
théorie, les fondements de la personnalité
autoritaire se retrouvent
dans l'éducation parentale. Les individus autoritaires ont
connu une
éducation rigide, une discipline de fer. Les
échanges affectifs sont
limités, les parents mettant davantage l'accent sur des
questions de
devoirs et d'obligations. Les manifestations d'amour de la part de ces
parents n'apparaissent qu'en contrepartie d'une obéissance
inconditionnelle de l'enfant. Ces mêmes parents sont
excessivement
soucieux dans leurs relations, des distinctions de statut, et
n'hésitent pas à adopter une attitude
méprisante vis à vis des gens
qu'ils jugent inférieurs. Face à ses parents, l'enfant
va nourrir une
hostilité grandissante mais impossible à exprimer
en raison du danger
qu'ils représentent. Cette répression de
l'agressivité fait naître une
identification à l'autorité ainsi qu'un
déplacement de l'hostilité sur
des groupes externes, généralement de statut
inférieur. Ce déplacement s'accompagne
d'une projection des impulsions autoritaires qui furent
refoulées au sein de la famille. La personnalité s'organise
de façon rigide,
l'individu adopte un mode de pensée
stéréotypé, il évite
l'introspection, et adopte une attitude réprobatrice et
moralisatrice à
l'égard de toute valeur et toute conduite non
conventionnelles. Les
relations sont perçues en termes de pouvoir et de statut. 3. Comment appréhender notre
objet d'étude? Quels modèles choisir pour se le
représenter? Maintenant que nous
avons repéré et isolé notre objet
d'étude dans la réalité. Il va
falloir choisir un angle d'attaque. Ainsi, au-delà de
l'étude des
rapports d'autorité, de leurs causes, leurs conditions
d'apparition,
leurs processus et leurs conséquences sur l'individu, nous
chercherons
à éclairer en filigrane une question
fondamentale. Par l'exposé du cas
Eichmann, des travaux de
Milgram, d'hypothèses et de nos réflexions, nous
aurons pour souci
d'apporter des éléments de réponse
à cette question fondamentale et
pragmatique : Comment concilier les impératifs de
l'Autorité avec la
voix de sa conscience ? Pour cela nous
privilégierons l'approche
psychosociologique. Plus précisément, l'approche
systémique (le système
d'autorité) permet de mieux comprendre au delà
des caractéristiques de
chaque élément (le sujet soumis et le sujet ayant
autorité), les
interactions entre eux et également les interactions entre
le système
d'autorité et le supra-système
"société". Dés lors, nous pouvons plus
facilement modéliser notre réalité. Par l'exposé des travaux de
Milgram, nous
appréhenderons en grande partie notre objet
d'étude sous l'angle
empirique et systémique (synchronique). Ceci, en terme de
totalité,
d'interdépendance entre le soumis et l'autorité,
de finalité du
système, de frontières (membrane,
homéostasie ), la perméabilité
entraînant la tension, le maintient de
l'homéostasie étant garantis par
les facteurs de maintenance ou par les mécanismes de
résolution de
tension. Le cas Eichmann sera
présenté sous un angle
historique (diachronique) et psychanalytique. Enfin, nous tenterons au
cours de cette exposé de croiser ces approches avec d'autres
(approche
philosophique, éthologique, évolutionniste et
cybernétique). En conclusion, nous tenterons
d'élargir notre
réflexion sur les particularités du rapport de
soumission à l'autorité
dans la société contemporaine dite
égalitaire.
A. Problématique : Le dilemme de l'obéissance.
Comment concilier les
impératifs de
l'Autorité avec la voix de sa conscience ?
L'obéissance est un élément
fondamental de l'édifice social. Toute communauté
humaine nécessite un
système d'autorité quelconque. Mais face au
massacre dans les camps
d'extermination de millions d'innocents entre 1933 et 1945, et face au
décalage entre l'acte inhumain et l'attitude d'un homme
"politiquement
correct" comme Eichmann; comment ne pas rejeter d'un bloc
l'autorité? "Bien que cette politique
d'extermination est pu
être le fruit d'un cerveau unique, mais jamais elle n'aurait
été
appliquée sur une telle échelle s'il ne
s'était trouvé autant de gens
pour les exécuter sans discuter" Milgram. Ainsi, l'obéissance est le
mécanisme psychologique
qui intègre l'action individuelle au dessein politique, le
"ciment" qui
lie les hommes au système d'autorité. "L'obéissance
peut-être une tendance de
comportement profondément enracinée, voire une
impulsion prédominante
qui l'emporte sur la formation en matière
d'éthique, d'affectivité et
de règles personnelles de conduite." Milgram B. Les questions relatives à
la problématique 1) Pourquoi la soumission à
l'autorité est-elle
un trait constant et prédominant de la condition humaine ?
Quelles sont
les caractéristiques, causes, conditions et processus de
l'obéissance? 2) Pour quelles raisons, les peuples se
trouvent si
souvent victimes d'un aveuglement qui les pousse à
obéir à une autorité
destructrice. Par quels mécanismes un individu soumis
à une autorité
est amener à commettre des actes qu'il réprouve
ordinairement ? 3) Qu'est-ce qui contraint le sujet
à demeurer dan son état de soumission? Quels sont
les facteurs de maintenance? 4) Comment l'individu en situation de
conflit entre l'autorité et sa conscience
gère-t-il cette tension ? 5) Quelles sont les
mécanismes de la désobéissance ? 4. La question de la servitude
volontaire : évolution des représentations et des
réponses.
C'est tout d'abord, un phénomène qui n'a cessé d'interroger l'humanité. Intéressons nous plus particulièrement à l'évolution des réponses apportées à la question de la servitude volontaire au cours du développement de la pensée occidentale.
Cette question se pose depuis l'origine de la pensée politique européenne. Elle reçoit les réponses les plus diverses.
Dans l'Antiquité, cette question reçoit une réponse ethnique. Les Grecs repèrent l'asservissement politique chez les peuples asiatiques, leurs voisins. Pour les grecs, il faut évincer l'autorité absolue par l'établissement de la démocratie. On ne peut accepter uniquement d'obéir qu'en vue de notre bien, de notre autonomie. Ainsi, les Grecs sont les premiers à dégager les critères de la bonne autorité, de l'autorité politique acceptable. Alors, ils s'interrogent : Pourquoi les peuples "barbares" n'en font-ils pas autant ?
L'explication d'Aristote est restée célèbre :
"Du fait que les barbares sont par le caractère naturellement plus portés à la servitude que les Hellènes, et les Asiatiques que les Européens, ils supportent le pouvoir despotique sans élever aucune plainte"(Politique, III, 14,1285 a 19-22), et : "Les nations européennes, sont pleines de courage, mais manquent plutôt d'intelligence et d'habileté technique ; c'est pourquoi, tout en vivant en nations relativement libres, elles sont incapables d'organisation politique et impuissantes à exercer la suprématie sur leurs voisins. Au contraire, les nations asiatiques sont intelligentes et d'esprit inventif, mais elles n'ont aucun courage, et c'est pourquoi elles vivent dans une sujétion et un esclavage continuel. Mais la race des Hellènes, occupant une position géographique intermédiaire, participe de manière semblable aux qualités des deux groupes de nations précédentes, car elle est et courageuse et intelligente, et c'est la raison pour laquelle elle mène une existence libre sous d'excellentes institutions politiques" (Politique, VII, 7, 1327 b 22-35)
Ainsi le phénomène de servitude volontaire observé chez les autres (les Barbares), apparaît à Aristote comme un phénomène étrange. Etrange, car n'existant pas dans la société grecque. Ceci permet de projeter sur l'autre et du même coup de repousser l'explication, de la rendre inutile en fondant ce phénomène dans une situation de nature, donc dans le domaine de ce qui n'a besoin d'être expliqué. Le phénomène est donc présenté comme expression directe de la nature "barbare". Et comme la nature des peuples est différente, le phénomène est expliqué comme caractéristique inhérente aux peuples "barbares" et inexistante chez les peuples civilisés. Il y aurait donc concernant le rapport d'autorité deux genres d'Hommes.
Cette hypothèse peu acceptable pour un esprit rationnel fit pourtant long feu. L'idée d'Aristote traversa les siècles. Nous en retrouvons un développement bien connu chez Montesquieu :
La température, avec toutes les conséquences qu'elle a sur la vie quotidienne, incite les peuples au courage ou à la lâcheté :
"Nous avons déjà
dit que la grande
chaleur énervait la force et le courage des hommes ; et
qu'il y avait
dans les climats froids une certaine force de corps et d'esprit qui
rendait les hommes capables des actions longues, pénibles,
grandes et
hardies. Cela se remarque non seulement de nation à nation,
mais encore
dans le même pays, d'une partie à l'autre. Les
peuples du nord de la
Chine sont plus courageux que ceux du midi ; les peuples du midi de la
Corée ne le sont pas tant que ceux du Nord. Il ne faut donc
pas être
étonné que la lâcheté des
peuples des climats chauds les ait presque
toujours rendus esclaves, et que le courage des peuples des climats
froids les ait maintenus libres. C'est un effet qui dérive
de sa cause
naturelle (Esprit des Lois ; XVII, II)
On remarquera encore le caractère de fatalité qui s'attache, en toute logique, à ce type d'explication. Même si Montesquieu (dans le livre XIV), fait observer que le bon législateur peut et doit lutter contre les inégalités dues au climat, il n'en reste pas moins que la thèse ethnique ou climatique inclut la détermination certaine. On ne lutte pas contre la nature.
Bien que le XIXème siècle ait remplacé la nature par l'histoire, laissant ainsi aux peuples asservis une chance de sortir un jour de leur état, nous n'avons pas pour autant abandonné la certitude intime de la détermination ethnique. Un exemple frappant se trouve dans l'opinion que les Occidentaux se font du peuple russe. Le marquis de Custine, qui à l'époque du voyage de Tocqueville en Amérique, se rend en Russie pour "y chercher des arguments contre le gouvernement représentatif", écrit un ouvrage, la Russie en 1839. Il s'interroge sur la raison de l'ampleur de l'autocratie tsariste, en conclut à la servilité naturelle des sujets :
" je me demande encore si c'est le caractère de la nation qui fait l'autocratie, ou l'autocratie qui fait le caractère russe (...). Il me semble cependant que l'influence est réciproque : ni le gouvernement russe ne se serait établi ailleurs qu'en Russie, ni les Russes ne seraient devenus ce qu'ils sont, sous un gouvernement différent de celui qu'ils ont " (Sollin, 1990, I, p.157).
On peut évidemment s'interroger sur l'opinion de Custine, qui demeure tout à fait discutable. Il n'en reste pas moins que cette opinion conserve droit de cité, un siècle et demi après. Une constatation s'impose : lorsque les événements mondiaux laissent apparaître une chance de liberté pour les peuples orientaux, par exemple en Russie aujourd'hui ou en chine au moment de Tien-An-Men, les occidentaux expliquent l'asservissement par la folie des politiques. Mais dés qu'il y a retour de l'oppression, régression de la liberté, nous retournons à nos anciennes opinions en argumentant que ces peuples expriment sans doute un besoin naturel "masochiste".
Nul n'a si bien que La Boétie exprimé cette question, demeurée entière depuis 20 siècles. Dans le discours, De la servitude volontaire, ou contr'Un, écrit au milieu du XVe siècle, le jeune humaniste définit ainsi la servitude volontaire :
"Il ne s'agit ni de soumission
à
une contrainte violente, ni d'obéissance à une
autorité légitimée, mais
d'un entre deux tragique : L'acceptation sans murmures d'une
autorité
absolue qui opprime sans rencontrer ni reconnaissance, ni
résistance".
La Boétie défend la thèse selon laquelle l'autorité politique n'est pas naturelle comme l'autorité domestique, et par ailleurs, c'est la liberté qui est naturelle, non la soumission. La Boétie tient l'homme pour autonome et responsable, doté de raison et ce quelle que soit sa condition. La soumission est donc contre nature, dans la mesure où la vision humaniste exalte la grandeur de l'homme universel, sans distinction d'ethnie ou de classe. La Boétie tente d'expliquer l'absurdité en question par les habitudes prises : un peuple comme un individu peut s'endormir dans l'oppression, y trouver une place confortable.
Mais cette hypothèse ne suffit pas : comment l'homme saurait-il prendre une habitude contraire à la nature ?
Le XXe siècle ramène cette question au grand jour, parce qu'on y trouve sans doute le plus grave phénomène d'obéissance passive à des autorités monstrueuses. Il ne s'agit plus ici de se demander pourquoi d'autres peuples acceptent la servitude : nous sommes nous-mêmes victimes de la fascination, en dépit de notre culture humaniste, pétrie par la liberté. On pensera donc à une dégénérescence de notre culture, à un affaiblissement de l'esprit autonome qui avait appris à reconnaître l'autorité avant de s'y soumettre. (Cf. Rhinocéros de Eugène Ionesco).
Ainsi Thomas Mann décrit-il dans la jeunesse fasciste des personnalités anémiées :
" Les jeunes ignorent la culture dans son sens le plus élevé, le plus profond. Ils ignorent ce qu'est travailler à soi-même. Ils ne savent plus rien de la responsabilité individuelle, et trouvent toutes leurs commodités, dans la vie collective. La vie collective comparée à la vie individuelle, est la sphère de la facilité, facilité qui va jusqu'aux pires abandons. Cette génération ne désire que prendre congé à jamais de son propre moi. Ce qu'elle veut, ce qu'elle aime, c'est l'ivresse : il faut se débarrasser de son propre moi, de sa propre pensée ou plus précisément de la morale et de la raison en général. Il est vrai qu'il s'agit également de se délivrer de l'angoisse" (Avertissement à l'Europe, Gallimard, sans date, p.30).
Certes on comprend que la servitude est à la fois dénaturation de l'individu et conséquence d'une dénaturation de l'autorité. Mais on ne comprend toujours pas le pourquoi de cette rupture qui engendre des esclaves. Comment se fait-il que l'individu pris dans un système d'autorité se débarrasse de son propre moi ? Comment se fait-il que l'individu ne perçoive pas quand le système est perverti, qu'il est esclave et endormi ?
Pour conclure, on peut résumer les différentes évolutions des représentations par rapport aux différents types de société au cours de l'histoire (point de vue diachronique)
- Tout d'abord, les sociétés antiques affirment l'inégalité de nature entre deux catégories d'hommes (ce qui justifie l'esclavage par exemple).
- Ensuite, les sociétés occidentales d'Ancien Régime, marquées par le christianisme refusent l'inégalité de nature mais légitiment les inégalités héréditaires. (Tradition dynastique reposant sur le droit divin).
- Enfin, la société moderne repose sur la conviction que l'obéissance est une honte si elle ne passe pas par la raison. (Lois, instances anonymes, bureaucratie). Tout le monde s'y soumet pour sauvegarder l'ordre social.
Si l'individu est endormi et se laisse pervertir cela veut dire qu'il se déconnecte de sa propre conscience. Qui le déconnecte ? Qui est le coupable, l'individu ou la société ? Pourquoi cette mise en veille ? Comment se fait-elle ? Sous quelles conditions se fait-elle ? Existe t-il une nature humaine ? Si l'homme est bon par nature, c'est que la société dénature l'individu (Rousseau). Le système d'autorité est coupable car il pervertit l'individu. Ou bien... L'Homme finalement est peut-être naturellement sadique. "L'Homme est un loup pour l'Homme" (Hobbes). Sa pente naturelle est inclinée vers le sadisme. Thanatos profite de l'engourdissement de la conscience pour se réveiller ? (Freud). L'Homme est donc une bête avant tout. Peut être qu'il est tout simplement angoissé devant sa propre vie, devant la condition humaine (Sartre). Il est donc inadapté à gérer seul sa propre vie. Le système d'autorité donne du sens et assouvit sa quête existentielle.
- On peut considérer que toute rébellion met en péril l'édifice social. Ainsi, même si la finalité est mauvaise, mieux vaut s'y soumettre qu'ébranler la structure de l'autorité (Philosophes conservateurs ).
- " L'Homme est un loup pour l'Homme". Mais pour lui la responsabilité d'un acte n'incombe pas à l'exécutant mais à l'instigateur (Hobbes).
- Les humanistes mettent l'accent sur la suprématie de la conscience individuelle. Ils soutiennent que l'éthique personnelle doit passer avant l'autorité.
Comment un individu se comporte quand une autorité légitime (c'est à dire sans moyens de coercition) lui demande d'agir contre un tiers ?
L'expérience de Milgram s'est déroulée à l'Université de Yale entre 1960 et 1963. Milgram l'a décrite en ces termes "une personne vient dans un laboratoire de psychologie où on le prie d'exécuter une série d'actions qui vont entrer progressivement en conflit avec sa conscience. La question est de savoir jusqu'à quel point précis elle suivra les instructions de l'expérimentateur avant de refuser à exécuter les actions prescrites ".
Le recrutement des sujets participant à l'expérience s'est fait grâce à la parution d'une annonce dans le journal local, sollicitant une collaboration moyennant finance. Officiellement, il s'agissait d'une étude sur la mémoire et l'apprentissage ; les sujets n'ont appris le véritable objet de l'expérience qu'à l'issue de leur participation.
Les volontaires provenaient de classes socio-économiques et de niveaux d'instruction très différents, différences que Milgram a prises en compte dans l'analyse de ses résultats.
L'expérience comprenait trois protagonistes : le sujet volontaire, un expérimentateur, et un "faux " sujet.
L'expérimentateur recevait les deux sujets comme s'ils avaient tous deux répondu à l'annonce parue dans le journal et organisait un faux tirage au sort afin de savoir lequel serait dans le rôle de l'élève et lequel aurait à envoyer les chocs.
Ce tirage truqué désignait toujours le sujet de mèche comme l'élève.
L'élève (l'acteur) devait "apprendre " des couples de mots puis les restituer. L'expérience consistait pour le sujet à envoyer des décharges électriques d'intensité progressive (de 15 à 450 volts) à cet élève dès qu'il "se trompait ".
Certains boutons indiquant le niveau de voltage étaient assortis d'un commentaire tels que "choc léger ", "choc modéré ", "choc fort ", jusqu'à "attention : choc dangereux " et "xxx ".
A partir d'un certain voltage, l'acteur se mettait à se plaindre, puis à crier. L'acteur n'a jamais reçu une seule décharge, le sujet était persuadé du contraire puisqu'il subissait un choc témoin avant le début de l'expérience.
A partir de cette situation standard, Milgram a fait varier un certain nombre de facteurs susceptibles de modifier le degré d'obéissance.
Il est important d'évoquer l'attitude très directive de l'expérimentateur qui, dans chaque cas, incitait très fortement voire même obligeait le sujet à continuer l'expérience.
Les relances de l'expérimentateur ainsi que les protestations de l'élève étaient toujours les mêmes, et apparaissaient au même moment au cours de chaque expérience.
A l'issue des expériences, chaque sujet était averti du véritable objet de l'étude et exprimait son ressenti, ses émotions au cours d'un entretien approfondi.
La première série d'expériences (au nombre de quatre) porte sur la proximité entre le sujet et la victime. Lorsque celle-ci est à peine audible, plus de la moitié des sujets abaisse les manettes jusqu'à la dernière. Lorsqu'il s'agit de poser soi-même la main de la victime sur une plaque pour envoyer la décharge ils ne sont plus que 12 sur 40.
Le degré
d'obéissance diminue avec le rapprochement.
Dans un second temps, Milgram a demandé à l'acteur d'évoquer une maladie de cœur au cours de l'expérience. Les résultats n'ont pas été modifiés.
Puis il a opéré un changement de personnel, en présentant d'abord un expérimentateur à la personnalité douce et un élève sec et désagréable, puis un expérimentateur sec et un élève doux. Ces changements de caractère n'ont pas influé sur l'attitude du sujet.
Ensuite, il s'est penché sur la question de la proximité de l'autorité. Nous avons vu que la proximité de la victime jouait un rôle non négligeable sur le sujet. Il en est de même pour l'expérimentateur. Situé à 10 centimètres des sujets, 26 sur 40 activent les manettes jusqu'à la dernière. S'il donne ses ordres par téléphone, seuls 9 sujets envoient les 450 volts maximums. De plus, ils font preuve de tricherie dans ce cas en n'augmentant pas l'intensité des chocs.
Milgram s'est intéressé aux sujets féminins. On sait que les sont plus malléables, mais qu'elles font également preuve de plus d'empathie. Cette opposition provoque un conflit d'intensité supérieure. Au final, elles montent moins haut dans les voltages.
L'auteur note qu'il aurait été intéressant de mettre également des femmes dans les rôles de victimes et d'autorité, et d'analyser les résultats.
L'expérience suivante autorise un engagement limité de la victime c'est à dire que celle-ci signe une décharge lui permettant de partir si elle le demande, en raison de ses problèmes cardiaques. L'effet du contrat est négligeable.
Quel rôle joue le contexte institutionnel ? Pour juger de l'obéissance d'un individu, il faut se demander quelle importance il attache au milieu dans lequel il agit. " Sur une simple demande, nous présentons notre gorge à la lame d'un rasoir dans un salon de coiffure alors qu'il ne nous viendrait pas à l'idée d'en faire autant dans un magasin de chaussures ".
Pour évaluer ce paramètre, l'expérience déménage dans une autre ville, dans des locaux plus modestes et aucun lien avec la faculté n'est évoqué. On observe un léger fléchissement, mais les résultats restent globalement analogues.
L'expérience suivante est d'une importance capitale puisque le sujet choisit lui-même le niveau du choc à administrer. De façon générale, il administre des chocs très faibles à la victime.
Dans le cas suivant, l'élève demande à recevoir les chocs. Il souhaite soi-disant faire mieux qu'un de ses amis déjà venu au laboratoire.
L'expérimentateur s'y oppose et 20 sujets sur 20 s'arrêtent. Ce résultat est intéressant puisqu'il montre que le sujet estime que la victime a moins de droits sur elle-même que n'en a l'autorité.
Au cours de cette 13ème expérience, l'expérimentateur reçoit un appel qui l'oblige à partir immédiatement. Le sujet qui devait chronométrer l'expérience (un nouveau personnage, également acteur), décide de prendre les choses en main et de déterminer les niveaux de chocs à administrer. C'est donc un individu ordinaire qui donne les ordres. Seuls 4 sujets sur 20 lui ont obéi.
Ce cas de figure a fait l'objet d'une variante à savoir que l'individu ordinaire, agacé de ne pas voir ses ordres exécutés, prend l'initiative de donner lui-même les chocs. Une grande partie de nos sujets tente alors de freiner les ardeurs de cet individu en se jetant sur lui, en débranchant l'appareil etc....
La victime fait semblant d'avoir peur et demande à l'expérimentateur de prendre sa place quelques instants de façon à lui prouver qu'il n'y a aucun risque. L'autorité se retrouve dans le rôle de victime. A 150 volts, le moniteur demande l'arrêt des chocs. La victime s'y oppose et justifie sa demande en affirmant qu'il aura à subir des chocs bien plus élevés. A la première protestation de l'expérimentateur, tous les sujets se sont arrêtés.
La situation suivante met en scène deux expérimentateurs donnant des ordres contradictoires : à 150 volts, l'un demande au sujet de continuer, l'autre le somme d'arrêter. Les ordres contradictoires émanant de deux sources d'autorité aussi puissantes l'une que l'autre ont pour effet de paralyser l'action.
Dans la mise en scène suivante, le participant devant jouer le rôle de l'élève " décommande " le rendez-vous. Un des deux expérimentateurs prend sa place et se retrouve donc victime. Le pauvre homme n'est pas mieux traité qu'un individu ordinaire, il a perdu toute autorité.
Plus tard, Milgram s'interroge sur l'influence du groupe face à un individu qui n'agit pas en accord avec ses valeurs profondes. Le sujet naïf est installé devant le simulateur avec deux autres sujets prétendus naïfs. L'un (à 50 volts) puis l'autre (à 210 volts) se rebellent, se lèvent et vont s'asseoir dans un coin de la pièce. La majorité des sujets arrête après le départ du second.
Dans la dernière expérience, le sujet n'administre pas les chocs et accomplit des actions secondaires mais indispensables. Il ne se rebelle pas.
Milgram établit une distinction entre conformisme et obéissance selon les points suivants :
- Sur le plan du comportement : le conformisme est l'attitude du sujet qui agit à l'instar de ses pairs, des gens de son statut. L'obéissance est le comportement du sujet qui se soumet à l'autorité.
- Sur le plan de la hiérarchie : le conformisme est une conduite parmi des gens de statut égal. L'obéissance survient à l'intérieur d'une structure hiérarchique dans laquelle l'auteur de l'action estime que la personne placée au -dessus de lui a le droit de la lui prescrire.
- Sur le plan de l'imitation : le conformisme est une imitation pure et simple. L'obéissance n'implique pas l'imitation de la source d'influence.
- Sur le plan de l'explicitation : dans le conformisme, la pression collective est implicite, le sujet agit spontanément. L'obéissance nécessite un ordre, un commandement.
- Sur le plan de la volonté : tous nient le conformisme comme mobile de leur conduite alors que tous invoquent l'obéissance pour les mêmes raisons.
Certaines situations semblent limiter ou au contraire favoriser cette obéissance du sujet à l'expérimentateur.
1) On a vu que le rapprochement de la victime favorisait la désobéissance.
Milgram propose diverses interprétations :
- Le rapprochement de la victime semble faire naître une réaction d'empathie chez le sujet. Tant que la souffrance paraît lointaine (les cris sont à peine perceptibles), il lui est plus facile d'administrer les décharges.
Mais le rapprochement progressif de la victime (les plaintes plus audibles, puis sujet dans la pièce et enfin contact physique) rendent les protestations difficiles à supporter.
- Le mécanisme de refus et le rétrécissement du champ cognitif à l'œuvre lorsque le sujet est éloigné, ne sont plus possibles lorsque celui-ci est à proximité du sujet. La victime proche s'impose à sa conscience et ne peut plus s'exclure de sa pensée.
- Un phénomène de champs réciproques apparaît dans la relation de proximité : le comportement du sujet est observé par la victime à l'origine d'un possible sentiment de culpabilité ou de honte.
- Le rapprochement induit une conscience de l'unité de l'action. Dans la variable contact, la relation entre conduite et conséquences de cette conduite est claire pour le sujet. Tant que la victime est dans une autre pièce, le sujet voit la corrélation entre les deux événements mais il y a séparation physique entre l'acte et l'affect.
- Lorsque le sujet est seul avec l'expérimentateur (la victime étant dans une autre pièce), on assiste au début de formation d'un groupe consécutive à un rapprochement des deux individus. Si les trois personnes se retrouvent dans la même pièce, naît la possibilité d'un renversement d'alliances.
2) L'importance accordée au statut de celui qui donne les ordres est primordiale et va déterminer l'engagement du sujet. Pour obéir, il faut (condition nécessaire mais pas suffisante), reconnaître l'autorité comme porteuse de sens, ici la Science incarnée par l'expérimentateur.
Diverses variantes ont contribué à montrer ce phénomène : les sujets obéissent nettement moins lorsque les ordres sont donnés par un individu ordinaire que lorsque ces mêmes ordres sont donnés par le scientifique, lorsque le scientifique est dans la position de victime et qu'il exige l'arrêt du test pas un sujet ne continue, et si la victime demande les chocs et que le scientifique s'y oppose c'est ce dernier qui obtient gain de cause.
Dans tous les cas de figure, le scientifique est suivi, écouté et ce n'est que grâce à l'influence d'un groupe que le sujet parvient à se rebeller plus facilement.
3) L'influence du groupe sur le sujet est de taille (cf la variable " deux pairs se rebellent "). Milgram a tenté d'y trouver une explication :
- Les pairs inoculent au sujet l'idée de se rebeller
- Ils lui montrent que la rébellion est une réaction naturelle dans cette situation
- La réaction des complices rebelles apporte une confirmation sociale au soupçon que pouvait nourrir le sujet sur la légitimité d'un tel traitement
- Comme les complices rebelles restent dans la pièce après leur refus de continuer, le sujet sent qu'il entraîne une désapprobation de leur part et devient le seul responsable. La responsabilité n'est plus partagée
- Le sujet naïf se rend compte que la rébellion n'entraîne pas de conséquence fâcheuse
L'expérimentateur n'ayant pas réussi à convaincre les deux autres, la perception de son pouvoir est affaiblie
4) Une étude plus qualitative de Milgram aboutit aux résultats suivants :
- les catholiques avaient plus tendance à se soumettre que les juifs ou les protestants
- plus les sujets étaient instruits, plus ils étaient enclins à se rebeller
- les personnes exerçant des professions touchant à l'humain (justice, médecine, enseignement) se révélaient plus contestataires que ceux qui exerçaient des professions plus techniques
- plus le service militaire avait été long, plus les sujets étaient disposés à obéir.
6. Les conditions préalables
de l'obéissance Quelles sont les
conditions requises pour qu'un individu passe de l'état
autonome à
l'état agentique? Quelles sont les forces qui ont
modelé l'orientation
fondamentale vis-à-vis de la société
et préparé le terrain de
l'obéissance? Les injonctions et prescriptions
familiales sont
à la source des impératifs éthiques. A
travers les concepts développés
par l'analyse transactionnelle (Cf "la matrice de scénario"
de STEINER,
"les injonctions" de GOULDING), on comprend que ces injonctions et
prescriptions parentales constituent la matrice d'un
scénario de vie.
Ce sont des tuteurs de développement d'une "position de
vie", d'une
orientation fondamentale vis-à-vis de la
société et d'une définition de
soi par rapport aux autres. Cependant Milgram nous
démontre que lorsqu'un un
père donne à son enfant une prescription morale
(Ne frappe pas des plus
petit que toi), il expose simultanément le contenu explicite
de l'ordre
(façon dont il doit traiter les plus petits que soi) et la
forme
implicite, la structure signifiante (Obéis-moi à
chaque fois que je te
donne un ordre !). Ainsi le contenu signifié d'un ordre
varie tandis
que la structure signifiante reste constante. Du même coup,
l'exigence
de la soumission tend à acquérir une force
prédominante qui l'emporte
sur le contenu de l'ordre moral. Les vingt premières
années de la vie d'un
individu se passent à fonctionner en tant
qu'élément subordonné dans un
système d'autorité. On apprend que l'expression
discrète d'une opinion
divergente est tolérée mais qu'une attitude de
soumission est
indispensable à l'harmonie des rapports avec les
représentants de
l'autorité. Si toutes les sociétés,
dites primitives ou évoluées,
présentent des structures d'autorité, la
nôtre montre la
caractéristique d'inculquer à ses membres de se
soumettre à des
autorités impersonnelles, des autorités
abstraites symbolisées par des
insignes, un uniforme ou un titre. La docilité vaut
généralement une faveur alors
que la rébellion entraîne souvent un
châtiment. Les travaux de PAVLOV
(conditionnement classique) et SKINNER (conditionnement
opérant) ont
démontré comment une structure de
récompense associée à un stimulus
neutre pouvait conditionner les comportements. Par
déplacement, le
stimulus neutre devient à lui seul le stimulus conditionnel. Mais parmi les nombreuses formes de
récompense,
MILGRAM nous montre que la plus ingénieuse reste celle qui
consiste à
placer l'individu dans une niche de la structure dont il fait partie.
Par exemple dans une entreprise, la "promotion", est ressentie avec une
profonde satisfaction par le bénéficiaire. De
plus, elle assure la
continuité de la hiérarchie de l'entreprise (la
récompense motive
l'individu et perpétue l'organisation). D.
Conditions préalables immédiates (MILGRAM) * "L'autorité d'un pilote
sur ses passagers ne s'étend pas au-delà de son
appareil". La première condition
nécessaire à la conversion à
l'état agentique est la perception d'une
autorité légitime.
On lui reconnaît le droit de commander dans une situation
donnée. Pour
cela, il faut des facteurs auxiliaires : l'assurance de l'homme
d'autorité, des signes extérieurs
d'autorité ( uniforme, blouse
etc...), l'absence d'une autorité rivale afin
d'éviter les
interférences d'autorité. Ainsi,
l'autorité s'appuie sur des normes.
Elle n'est pas obligatoirement associée à la
notion de prestige. "La
puissance ne vient pas des caractéristiques personnelles de
celui en
qui elle s'incarne, mais de la clarté de sa perception dans
une
structure sociale(...) c'est aussi à l'apparence de
l'autorité et non à
sa qualité intrinsèque que le sujet
répond." (Milgram) * "Devant un
défilé militaire, lorsque nous
entendons un officier crier : "Demi tour à gauche!", nous ne
bougeons
pas parce que nous ne nous définissons pas comme ces
subordonnés." La seconde condition qui
déclenche la conversion à l'état
agentique est que l'individu reconnaisse sa propre
appartenance au
système d'autorité que l'homme
d'autorité prétend représenter. Les
systèmes d'autorité sont fréquemment
limités par un contexte physique
(Ainsi, nous ne nous comportons jamais réellement comme chez
soi chez
un hôte même si elle nous invite à faire
comme chez nous). Il faut
noter également que lorsque le sujet entre de plein
gré dans un système
d'autorité, on observe un double sentiment intense
d'engagement et
d'obligation morale qui joue un rôle important comme facteur
de
maintenance de l'obéissance. En ce sens, "l'obéissance
répond à une motivation
intériorisée et non à une simple cause
externe" (Milgram) * "Un officier est en droit d'assigner
à son
subalterne une mission extrêmement dangereuse. Par contre il
ne peut le
contraindre à embrasser sa petite amie." La troisième condition est
la coordination entre l'ordre et la fonction
d'autorité.
L'ordre doit être logiquement lié à la
fonction générale du système
d'autorité perçu et reconnu. La
cohérence d'un ordre sera donc
tributaire du contexte (lieu, expérience scientifique
etc....). De plus
on remarque aussi que dans une entreprise par exemple,
l'autorité d'un
patron incompétent n'est pas crédible car
incohérente et source
d'insécurité. "La relation
peut-être plus ou moins claire, mais il faut que dans
l'ensemble, elle apparaisse cohérente" (Milgram) * "Le Trobriandais n'a aucune raison de
faire confiance à nos savants mais il considère
ses sorciers avec respect." La dernière condition
préalable immédiate est l'idéologie
dominante.
La légitimité de la situation
d'autorité dépend de sa relation avec une
idéologie justificatrice. L'idée de la science et
la reconnaissance de
son utilité en tant qu'entreprise sociale
légitime fournissent à
l'expérience de Milgram la justification de
l'idéologie dominante par
exemple. "La justification idéologique se
révèle essentielle quand
on veut obtenir l'obéissance spontanée. Elle
permet au sujet docile de
voir son comportement en relation avec un objectif souhaitable. C'est
uniquement dans cette optique que la soumission est librement consentie"
(Milgram) A.
Approche évolutionniste (Darwin) Comment expliquer que la soumission
à l'autorité est un trait constant et
prédominant de la condition humaine? La hiérarchie est avant tout
un facteur de survie et
de développement. Se soumettre; c'est à la fois
au niveau individuel et
au niveau social assurer la cohérence interne du
système, sa cohérence
et son adaptation aux exigences de l'environnement. Il faut avant tout
distinguer que l'on parle de structure de domination chez l'animal et
de structure hiérarchique chez l'Homme. La
dernière se manifestant par
l'intermédiaire de symbole plus que par des affrontements
physiques. Ainsi, quand je me soumets,
j'évite que le dominant
me détruise et je peux même par ce biais avoir une
récompense, un
privilège. Je me sens également
protégé par le groupe. De plus, la
structure hiérarchique peut m'aider à supporter
mes tensions internes,
mes angoisses existentielles. Je ne suis plus confronté
à la
responsabilité de ma vie, de mes choix. La structure donne
un sens à
mon existence et me sort de l'anomie en m'accordant un rôle.
La
structure hiérarchique assure la solidarité. Elle
permet de structurer
la famille et la société. Elle permet de mettre
en place un système de
promotion sociale. Comme l'expose Enriquez, la structure
d'autorité
nous fait passer de la horde primitive à l'état.
Les "frères" luttant
jalousement pour la place du père disparu sont
voués (s'ils ne veulent
pas courir à leur propre perte) à organiser et
à définir une structure
hiérarchique. Elle leur permettra de dégager un
projet commun,
d'orienter leurs actions afin d'optimiser leurs capacités
d'adaptation.
Les forces, une fois canalisées permettent de faire grandir
ceux qui
sont commandés, de les faire se dépasser au
travers de l'action
commune. En cas de danger inattendu, on n'a pas le temps de
réfléchir
et de discuter. Dés lors l'autorité s'impose
comme le système de
défense le plus rapide puisque organisé
à l'avance. Elle permet donc de
prévoir et d'anticiper au mieux l'action. Cependant, la
membrane du
système d'autorité pour optimiser les
capacités d'adaptation doit
garder une certaine souplesse et perméabilité. Le
système doit être en
équilibre dynamique et non statique. (Cf.
homéostasie) 1) L'objet d'étude :
Comment ce modifie un organisme quand il passe d'un fonctionnement
autonome à un fonctionnement systémique (en
hiérarchie) ? La formation en structure
hiérarchique permet donc
une meilleure adaptation du système d'autorité
face aux exigences
externes (relation ou défense contre l'environnement) et aux
exigences
internes (régulation interne pour éviter le
risque d'éclatement et
d'incohérence) 2) Modèle de l'automate
(état autonome) L'automate se présente comme
un omnivore
indépendant. Il se développe en
réduisant ses tensions internes. Pour
ce faire, il puise l'énergie nécessaire dans
l'environnement. Le modèle
homéostatique de Cannon (1932) montre
l'universalité de tels systèmes
de rééquilibrage dans les organismes vivants. 3) L'inhibition locale ou comment faire
cohabiter plusieurs automates sur un même territoire Lorsque l'on veut faire cohabiter
plusieurs
automates sur un même territoire, il faut
nécessairement équiper
l'automate d'un frein afin de contrôler les
appétits individuels et
éviter qu'ils ne se détruisent mutuellement. On
ajoutera à son schéma
initial un nouvel élément d'une importance
capitale : un inhibiteur
local (Surmoi) afin d'assurer la conservation de l'espèce.
Ici, nous
sommes donc dans une approche évolutionniste où
l'automate doit
modifier sa structure pour optimiser ses chances de survie et celles de
son espèce. 4) L'agent coordonnateur ou comment
coordonner l'action de plusieurs automates. Désormais, l'ensemble des
automates constitue un
supra-système, une société. Ainsi,
pour optimiser l'efficacité
adaptative de ce supra-système, il faut donner un sens
à tout cela. Il
faut rendre cohérent en transformant l'action individuelle
en action
globale. Il faut donc dégager du supra-système un
système extérieur
pouvant coordonner les différentes actions individuelles. 5) Nécessité de
supprimer l'inhibition locale et variabilité des inhibitions
locales. Lorsque la directive donnée
par l'agent
coordonateur (contrôle systémique) rentre en
désaccord avec
l'inhibiteur local d'un automate, le conflit bloque l'action globale.
En effet, chaque automate a un inhibiteur local. Les inhibiteurs ont
des degrés d'inhibitions différents. Une fois
reliés entre eux,
l'ensemble n'aura pas le degré moyen mais le
degré minimal. Ainsi, le
système complexe a moins d'efficacité que
l'unité individuelle moyenne.
Pour optimiser l'efficacité du supra-système, il
faudra donc "troquer"
les inhibiteurs locaux contre un agent coordonnateur. Il faudra donc
que l'individu arrive à basculer d'un état de
fonctionnement autonome
(Surmoi) à un état de fonctionnement en
hiérarchie (état agentique).
Pour ce faire, il devra mettre en veille son contrôle local
afin que
l'agent coordonnateur soit efficace. Ce changement d'état
(le levier de
commande) se fait sous des impératifs adaptatifs (maintenir
la
cohérence du système - interne et externe-) 8. Etat agentique : Quelle
conséquence pour le sujet ? (Milgram) A.
Le phénomène de syntonisation
différentielle On accueille avec un
maximum de réceptivité en focalisant son
attention sur ce qui vient de
l'autorité, alors que les manifestations des autres
subordonnés sont à
peine perceptibles et demeurent psychologiquement lointaines. Ainsi
dans l'expérience de Milgram, pour nombre de sujets,
l'élève devient
simplement un obstacle gênant qui les empêche
d'établir une relation
satisfaisante avec l'expérimentateur. B.
Phénomène de redéfinition de la
finalité ; légitimité et
conformité. Il ne faut pas voir dans le tandem
autorité/sujet, une relation dans laquelle un
supérieur impose de force
une conduite à un inférieur
réfractaire. Bien que le sujet accomplisse
l'action, il permet à l'autorité de prendre sa
signification. C'est
cette abdication idéologique qui constitue le fondement
cognitif
essentiel de l'obéissance. Si le monde ou la situation sont
tels que
l'autorité les définit, il s'ensuit que certains
types d'action sont
légitimes. C.
Perte du sens de la responsabilité au profit de la
loyauté, du devoir et de la discipline. La conséquence la plus grave
est que l'individu
estime être engagé vis-à-vis de
l'autorité dirigeante, mais ne se sent
pas responsable du contenu des actes. Le sens moral ne
disparaît pas,
c'est son point de mire qui est différent : le
subordonné éprouve
fierté ou humiliation selon qu'il a accompli la
tâche exigée. Le Surmoi
n'a plus pour rôle d'apprécier la notion du bien
ou du mal inhérente à
l'acte en soi, mais celui de contrôler la qualité
du fonctionnement en
référence à la finalité du
système d'autorité. Les forces inhibitrices
empêchant normalement l'homme de nuire à autrui se
trouvent
court-circuitées, ses actions ne sont plus
contrôlées par sa
conscience. Ces actes n'ayant pas pour origine son propre
système de
motivation, ils ne sont pas réfrénés
par l'inhibiteur local (Surmoi). D.
Le court-circuit de l'image de soi. La projection idéale de son
moi est une source
considérable d'inhibition interne. Une fois converti
à l'état
agentique, ce mécanisme d'appréciation de la
finalité de ses propres
actions n'est plus opérant. N'étant pas issue de
ses propres
motivations, l'action ne se réfléchit plus sur
son image idéale. Du
même coup le sujet ne se tient pas responsable et ne
culpabilise pas de
ses actions. E.
Les ordres et l'état agentique. L'état agentique est une
condition nécessaire
mais pas suffisante. C'est un terrain favorable, prêt
à accueillir
L'ORDRE (le stimulus) : Ordres + Disposition à
obéir (état agentique) =
Obéissance A.
Dilemme entre conscience morale (état autonome) et
l'Autorité (état agentique)
"L'homme a la double capacité d'agir suivant sa propre initiative et de s'intégrer dans des systèmes complexes en assumant certains rôles. Mais l'existence même de cette dualité suppose un compromis dans sa structure. Nous ne sommes parfaitement taillés ni pour l'autonomie complète ni pour la soumission totale." (Milgram)
De façon instinctive, nous attribuons à ceux qui se rebellent des considérations d'ordre moral. Or l'expérience de Milgram nous démontre qu'une explication purement éthique ne convient pas puisque des facteurs d'éloignement de la victime par exemple suffisent pour que le taux de désobéissance augmente. C'est davantage une forme de tension entre la conscience morale et l'autorité qui pousse le sujet à se rebeller.
- La tension provoquée par la sensibilité au cri de douleur de la victime peut révéler l'existence de mécanismes innés enclenchés par ce stimulus particulier.
- Les croyances profondément enracinées allant à l'encontre de la tâche à exécuter. Ici, il y a conflit entre deux systèmes d'autorité.
- La peur de représailles par la victime après coup.
- Il y a également tension quand la victime envoie des directives. Il y a interférence, conflit et déstabilisation voire prise de conscience.
- Il y a conflit entre l'image que l'on a de soi et l'image que l'on donne à voir dans cette situation.
Soit t la tension.
Soient r les mécanismes de résolution de cette tension.
Alors (t-r) sera le taux net de tension.
Soit O, l'obéissance et D, la désobéissance
Soient M, les facteurs de maintenance
On aura O = M>(t-r) et D = M<(t-r)
C'est ce qui permet de réduire le rapport psychologique entre l'action du sujet et sa conséquence. C'est à dire ce qui permet d'atténuer la signification atroce de l'action de faire souffrir un innocent par exemple. On notera principalement l'éloignement physique de la victime. Mais aussi, l'amortisseur technologique. ( Appuyer sur un bouton pour lâcher une bombe atomique sur Hiroshima est moins coûteux psychologiquement que d'abattre un homme à bout portant).
"Alors que la technologie a augmenté la volonté de puissance de l'homme en lui fournissant les moyens de provoquer à distance la destruction de ses semblables, l'évolution n'a pas encore eu la possibilité de créer contre ses formes lointaines d'agression des mécanismes inhibiteurs comparables à ceux qui agissent en si grand nombre et avec tant d'efficacité lorsque les individus se trouvent face à face" (Milgram)
- La dérobade : le sujet tente de dissimuler les conséquences perceptibles de ses actes (tourner la tête, parler fort pour couvrir les cris de la victime). Ici, il s'agit d'éliminer de son champ de conscience la victime en tant que source de malaise.
- Le refus de l'évidence en éliminant la question fondamentale (Est-ce que je risque de le tuer ?)
- Enfin, le refus de sa propre responsabilité en utilisant des subterfuges. L'individu cherche à saper l'expérience sans défier l'autorité (il souffle les mots, il réduit la durée des chocs). C'est la soumission minimale. Elle ne brave pas l'autorité. Loin de rejeter ses ordres, tout au plus peut-elle en diminuer la portée ; son principal avantage est d'agir à la façon d'un "baume sur la conscience du sujet" (Milgram).
Transpiration, tremblements et accès de rire nerveux ne se bornent pas à indiquer la présence de la tension; ils contribuent également à la réduire. Au lieu d'aboutir à un refus d'obéissance, la tension, canalisée par les manifestations physiques, va graduellement disparaître.
La désapprobation désigne l'expression verbale du désaccord du participant sur le type d'action imposé. La désapprobation n'entraîne pas obligatoirement la rupture des liens hiérarchiques. La désobéissance représente le moyen ultime de mettre un terme à la tension. Elle implique non seulement le refus d'exécuter un ordre particulier de l'expérimentateur, mais aussi une formulation nouvelle de la relation d'autorité. L'individu sort du rôle qui lui a été assigné et du même coup plonge dans l'inconnu voire l'anomie. Ce parcours psychologique commence par le doute intérieur, puis graduellement il s'extériorise pour s'exprimer sous forme de désapprobation. Le sujet s'efforce de convaincre l'expérimentateur de modifier ses ordres. Faute de parvenir à ses fins, le sujet transforme sa désapprobation en menace de refus d'obéissance. Finalement à bout d'argument, il se rend compte qu'il ne pourra réduire la tension que par la rupture.
C'est l'impression de s'être rendu coupable de déloyauté. Même s'il a choisi d'agir selon les normes de la morale, il n'en demeure pas moins troublé par l'idée d'avoir délibérément bouleversé une situation sociale définie, il ne peut chasser le sentiment d'avoir trahi une cause qu'il s'était engagé à servir. "Ce n'est pas le sujet obéissant, mais bien lui, le rebelle, qui ressent douloureusement les conséquences de son action." (Milgram)
10.
Les facteurs de maintenance Dés lors qu'un individu est
entré dans l'état agentique, qu'est-ce qui le
contraint à y demeurer ? A.
La fonction adaptative des facteurs de maintenance "Toutes les fois que des
éléments sont liés
entre eux pour former une hiérarchie, il faut
nécessairement que des
forces les maintiennent dans cette relation. En leur absence, la plus
légère perturbation provoquerait la
désintégration de la structure.
C'est pourquoi, dés que les individus sont
insérés dans une hiérarchie
sociale, il doit y avoir un mécanisme de liaison pour donner
à la
structure un minimum de stabilité." (Milgram) Chaque action exerce une influence sur
la
suivante. Le fait de répéter toujours la
même action renforce notre
adhésion à l'action. Continuer une action rassure
sur le bien fondé de
ses conduites antérieures. Car en refusant
d'obéir plus longtemps, je
juge du même coup que ce que j'ai fait
précédemment (pendant 20 ans par
exemple) était inutile ou mauvais. Dans
l'expérience de Milgram, la
première décharge envoyée
crée un malaise que les suivantes
neutralisent. C.
Les obligations inhérentes à la situation : Un
accord difficile à rompre. Pour sortir du système
d'autorité le sujet doit
délibérément rompre les accords
tacitement convenus. Il doit donc
revenir sur sa promesse, sur son engagement et du même coup
s'attendre
à l'exclusion, à la stigmatisation et
à l'angoisse de la solitude. La
perspective de cette rébellion et du bouleversement d'une
situation
sociale bien définie qui s'ensuivra automatiquement
constitue une
épreuve que beaucoup d'individus sont incapables
d'affronter.
L'obéissance sera une solution moins coûteuse. D.
L'anxiété ou le barrage affectif Le système
d'autorité englobe l'individu et lui
donne un système de représentations, de valeurs.
Ces repères sécurisent
l'individu. A travers le filtre de l'autorité, le monde a un
sens. Il
est connu. C'est principalement cette inquiétude vague
provenant de la
crainte de l'inconnu qui contribue à maintenir l'individu
dans le
système d'autorité. Cet état
d'anxiété est perceptible dans le film de
Milgram. Les ricanements nerveux, le tremblement etc.... sont les
preuves que le sujet envisage d'enfreindre les règles. Il en
résulte un
état d'anxiété qui l'incite
à reculer. Il se crée ainsi un barrage
affectif qu'il devra forcer pour défier
l'autorité. "Le fait le plus remarquable
est que, une fois
"le pas franchi" par le refus d'obéissance, la tension,
l'anxiété et la
peur disparaissent presque totalement" (Milgram)
Se pencher sur un sujet aussi polémique que la responsabilité de certains nazis pendant la guerre, n'est pas sans difficultés. Nous nous efforcerons de nous en tenir aux faits, et de nous appuyer sur des analyses de professionnels de la question développées dans certains ouvrages, en tenant à l'écart tout jugement moral et personnel.
Notre livre de référence sera l'ouvrage d'Hannah Arendt publié en 1963. Cet ouvrage, développant principalement des questions juridiques et historiques, il nous a fallu dégager dans cette masse d'informations les aspects psychologiques les plus probants à notre vue




















