12 juillet 2005
Henry Miller
Henry Miller
Ecrivain américain dont l'œuvre combat
le puritanisme anglosaxon, l'hypocrisie bourgeoise et, plus
généralement, la civilisation occidentale (et par
là même sa culture, ses traditions et ses
coutumes, son histoire, ses arts, sa science, ses méthodes
d'enseignement et d'éducation; il ne voit partout que la
dégradation de l'homme). Il fait l'éloge d'une
existence et d'une sexualité libérée
Henry Miller nait à NewYork
le 26 décembre 1891, de parents d'origine allemande (fils
d'un modeste tailleur), Miller est un enfant de Brooklyn, et plus
particulièrement de la rue dont il fait son domaine: "!Ce
qui ne se passe pas en pleine rue est faux, c'est-à-dire
littérature.!" (préface de Black Spring
écrit en 1936) Après de brèves
études au City College de NewYork, il exerce divers petits
métiers (notamment chef des coursiers à la
Western Union Telegraph Company, métiers qu'il raconte dans
Sexus et qui le met en contact avec les types d'humanité les
plus variés). Il se marie en 1917, mais quitte
bientôt sa femme (Maude dans Sexus). Il fait, à
l'occasion d'un voyage dans l'Ouest, la connaissance d'Emma Goldman
(1869/1940, révolutionnaire et anarchiste russe d'origine
américaine qui publia de 1906 à 1917 Mother
Earth, un mensuel anarchiste) qui lui fait connaître
Nietzsche, Bakounine, Strindberg, Ibsen. En 1922, il écrit
son premier livre, Clipped wings, resté inédit.
En 1923, il épouse June Edith Smith (rencontrée
dans un dance palace de Broadway), la seule femme qui compta dans sa
vie (bien qu'il se fût marié cinq fois), et celle
qui hante la plupart de son œuvre, la Mona-Mara des Tropiques
et de la Crucifixion en rose (1949). Au cours de cette union qui dura
sept ans, Miller, incapable de supporter la moindre contrainte
extérieure, autodidacte absolu, fait le serment de ne se
consacrer qu'exclusivement à la littérature et
s'établit, dès 1930, à Paris,
où, pendant dix années, il mène la vie
de bohême évoquée dans trois romans
autobiographiques, Tropique du Cancer (1934), publié
grâce à la contribution d'Anaïs Nin,
Printemps noir (1936) et Tropique du Capricorne, (1939).
Jugés pornographiques, ces ouvrages furent interdits de
publication aux États-Unis mais circulèrent
clandestinement et contribuèrent à donner
à leur auteur une réputation d'avant-gardiste.
Fuyant la guerre, Miller se rend en Grèce à
Corfou, où l'a invité son ami Lawrence Durrel
(romancier et poète britannique amoureux de la
complexité et de la beauté des paysages
méditerranéens; lire Correspondance
Privée qui reconstitue son amitié avec H. Miller)
et en rapporte le Colosse de Maroussi (1941), consacré
à la Grèce de simples paysans vivant en communion
avec l'âme du passé et de l'univers. À
son retour en 1940, un voyage à travers les
États-Unis en compagie du peintre Abe Rattner lui inspire le
Cauchemar climatisé (1945), suivi de Souvenirs, souvenirs
(1947), féroce diatribe contre "!la civilisation
américaine qui n'a abouti qu'à créer
un désert spirituel et culturel!". Seuls sont
épargnés les anticonformistes, ceux qui ont su
préserver leur innocence primitive et résister
à l'aliénation de la civilisation industrielle.
Retiré à BigSur (son "Jardin des
Délices"), en Californie, où il mène
une vie de reclus, Miller évoque NewYork (Dimanche
après guerre, 1945), la nature paradisiaque de BigSur, qui
incite au retour à la sagesse, à la
dignité et à l'harmonie dans l'univers (BigSur et
les oranges de Jérôme Bosch, 1957). Des essais (le
Monde du sexe, 1940!; les Livres de ma vie, 1952!; The Time of the
Assassins: A Study of Rimbaud, 1956) révèlent le
souci de bâtir une légende personnelle mais aussi
le gauchissement de l'écriture, devenue
"!littéraire!", au sens péjoratif où
l'entendait Miller. La seconde trilogie, la Crucifixion en rose (Sexus,
1949!; Plexus, 1953!; Nexus, 1960) participe de la même
mythologie de l'écriture ainsi que d'une volonté
anthropocentrique: revenant sur les années 1923-1928, Miller
dit, à travers un enchevêtrement de portraits, de
dialogues et de confidences, tout ce qui a marqué sa
sensibilité ou son esprit. Manifestant un vif
intérêt pour la peinture, seule apte à
appréhender le réel (Peindre, c'est aimer
à nouveau, 1960!; Virage à 80, 1973), Miller est
également l'auteur de Jours tranquilles à Clichy
(1966) et d'une correspondance avec Lawrence Durrell
(publiée en 1963) et Wallace Fowlie (publiée en
1975).
Souvent jugée scandaleuse
parce que incomprise, parfois qualifiée
d'antiféministe, son œuvre a exercé une
profonde influence sur les écrivains de la Beat Generation.
L'œuvre de Miller est presque totalement autobiographique.
Comme les grands écrivains américains de sa
génération, Miller est un prodigieux conteur.
Mais, par ses élans prophétiques,
l'omniprésence dans ses textes du rêve et du
fantasme, il s'en démarque profondément, tandis
que le sens même de sa démarche artistique
reflète une exigence vitale qui l'apparente à
Rimbaud : "Je cherche tous les moyens d'expression possibles et
imaginables et c'est comme un bégaiement divin." Miller est
en outre un contempteur impitoyable de l'Amérique, de son
matérialisme, de la perversité de ses
mœurs, de son "cauchemar climatisé". À
cela, il faut opposer la jeunesse de ses quatre-vingts ans (Virage
à 80, 1973). L'obscénité, qu'il manie
avec une violence incomparable, est d'abord une arme dirigée
contre l'hypocrisie de la morale puritaine. Mais elle
apparaît aussi, dans une perspective érotique
propre à l'auteur, comme un instrument de
libération du moi qui dépasse largement
l'émancipation sociale. Mystique et sensualiste tout
à la fois, Henry Miller aspire à une
transformation totale de l'homme, une accession à un plan
supérieur où, ayant touché au
paroxysme de la joie et de la douleur, l'individu pleinement
réalisé puisse, avec Miller, déclarer
: "Ma vie n'a été qu'une longue crucifixion en
rose" (Nexus). La recherche d'une telle intensité, dans
l'existence comme dans la création, lui confère
une place unique dans la littérature moderne.
Il meurt à Pacific Palisades,
Californie en 1980
Miller est-il vraiment l'un des
responsables de cette libération des mœurs que
l'on a observée dans les années 1960-1970 non
seulement en Amérique mais aussi dans le monde occidental
tout entier, ou ne l'a-t-il que prévu avec beaucoup
d'acuité ? Toute la question de l'importance et de
l'influence de l'écrivain est ainsi formulée.
Après que les hippies , ainsi que la plus grande partie de
la jeunesse américaine en révolte, eurent
été sous les feux de la rampe, on a perdu de vue
le rôle capital qu'a eu Miller dans l'ébranlement,
non seulement du puritanisme, mais de toute cette
société étriquée du XIXe
siècle qui se perpétue dans le XXe. On dit que
les jeunes ne lisent plus Miller ou presque pas. Mais ils ont lu les
Kerouac, les Ginsberg, Mailer, Corso, Ferlinghetti, qui tous sont issus
presque directement de Miller. Bien sûr, avant Miller, il y
avait eu D. H. Lawrence. Mais il faut savoir mesurer la distance entre
les deux, qui n'est rien de moins qu'énorme. Une Kate
Millett (Sexual Politics ), qui ne peut certainement pas être
accusée de préjugés favorables,
puisqu'elle condamne Miller au nom de la femme, dit que Lawrence aurait
probablement été scandalisé par lui.
On oublie peut-être que, en s'attaquant avec une telle
férocité aux mœurs sexuelles, Miller
s'en prenait en toute connaissance de cause au fondement même
de l'édifice social, qui pour lui emprisonne l'homme. Il le
dit clairement dans Tropique du Cancer . Si les jeunes ne le lisent
plus, en cela même ne sont-il pas fidèles
à cet aspect tellement antilittéraire de Miller,
" où l'art, dit-il, doit être le fait de chacun "
? Cet autre aspect typiquement millérien, les jeunes le
mettent de plus en plus en pratique. Henry Miller semble être
de la taille de ces géants authentiques qui
dépassent leur époque, pour aider à la
création de celles à venir, et qui ne peuvent
être jugés à leur vraie mesure qu'avec
beaucoup de recul.

Bibliographie :
Clipped Wings (1922) / inédit
Tropique du Cancer (1934) Gallimard Folio (Tropic of Cancer)
Aller-Retour New York (1935) Buchet Chastel
Printemps Noir (1936) (Black Spring)
Max et les Phagocytes (1938) Livre de Poche (Max and the
Phagocytes)
L'Argent, son Evolution (1938) (The Money and how it get's that Way)
Tropique du Capricorne (1939) Livre de Poche 44 Frs (Tropic of
Capricorn)
L'oeil du Cosmos (1939) (The Cosmological Eye)
Colosse de Maroussi (1941) Livre de Poche (The Colosse of
Maroussi)
La Sagesse du Coeur (1941) (The Wisdom of the Heart)
Dimanche Après Guerre (1944) Stock - Litt.
Etrangère 100 (Sunday after the War)
Varda, le Constructeur (1944) (Varda, the Master Builder)
La Grande Misère de l'Artiste aux USA (1944) (The Plight of
the Creative Artist in USA)
Qu'allez-vous faire pour Alf (1944) (What are you going to do about Alf
?)
Reflets d'un Passé Fervent (1944) (Semblance of a Devoted
Past)
Le Cauchemard Climatisé (1945) Gallimard Folio
(Air Conditionned Nightmare)
L'Obscénité et la Loi de la Réflexion
(1945) (Obscenity and the Law of Reflection)
Maurizius pour Toujours (1946) (Maurizius for Ever)
Souvenirs, Souvenirs (1947) (Remember, Remember)
Le Sourire au pied de l'Echelle (1948) (The Smile at the Foot of the
Ladder)
Sexus (1949) (1er volet de la Crucifixion en Rose / The Rosy
Crucifixion I)
Blaise Cendrars (1951)
Plexus (1952) (2nd volet de la Crucifixion en Rose / The Rosy
Crucifixion II)
Amours sans Importance (1955) (Night of Love and Laughter)
Un Diable au Paradis (1956) (A Devil in Paradise, the Story of Conrad
Moricand)
Hamlet (1956) (Hamlet, a philosophical Correspondence with Michael
Fraenkel)
Big Sur et les Oranges de Jérôme Bosch (1957)
Buchet Chastel
Le Carnet Rouge (1959) (The Red Notebook)
Nexus (1960) (3ème volet de la Crucifixion en Rose / The
Rosy Crucifixion III)
Peindre c'est Aimer à Nouveau (1960) (To Paint is to Love
Again)
Water Color, Drawings and his Essay, the Angel is my Watermark ! (1962)
Reste Immobile comme un Colibri (1962) (Stand still like the Humming
Bird)
Jours Tranquilles à Clichy (1966) Bourgois Christian 75 Frs
/ Pochet - Best 26
Virage à 80 (1973)
J'suis pas plus con qu'un autre (1977) Buchet Chastel
Au Fil du Temps Livre de Poche
Crazy Cock 10/18 Domaine Etranger
J'suis pas plus con qu'un autre Buchet Chastel
Essais :
Le Monde du Sexe (1940) 10/18 Domaine Etranger
Le Monde du Sexe (1940) Livre de Poche
Les Livres de ma Vie (1952) Gallimard Monde Entier 110 (Books
in my Life)
Les Livres de ma Vie (1952) Gallimard L'Etrangère
84 (Books in my Life)
The Time of the Assassins : A Study of Rimbaud (1956) Albin Michel /
Indisponible
Art et Outrage Essais T1 Bourgois Christian
L'Oiseau Mouche Essais T2 Bourgois Christian
Entretiens de Paris Stock Bibliothèque Cosmopolite
Correspondance privée avec Lawrence Durrell (1963) : Le
Monde de D.H. Lawrence : Une Appréciation
Passionnée par Henry Miller et A. Catineau Buchet Chastel
Correspondance privée avec Wallace Fowlie (1975) Buchet
Chastel
Correspondance avec Blaise Cendrars Denoel Litterature
Française
Réunion à Barcelone (1959) (Reunion in Barcelona,
a Letter to ALlfred Perles)
A Lire :
Henry Miller ou le diable en liberté par Jong Erica Grasset
et Fasquelle
Henry Miller ou le diable en liberté par Jong Erica Livre de
Poche
Henry Miller, rocher heureux par Brassai Gallimard Blanche
16 juillet 2008
Howard Phillips Lovecraft, Le Cas Lovecraft
Howard Phillips Lovecraft, Le Cas Lovecraft
Le Cas Lovecraft est un film d’une originalité assez sidérante: une sorte de monstre merveilleux surgi par surprise dans la calme bibliothèque d’Un Siècle d’écrivains. Il faut dire que ce sujet n’est pas n’importe qui : inventeur de mondes et de mythes qui ont fait, depuis les années 30, le bonheur horrifié de lecteurs toujours plus nombreux, H. P. Lovecraft est lui-même devenu un être de légende. Les contingences terrestres n’intéressaient pas ce pur wasp de Providence et la vie le dégoûtait : son oeuvre s’est construite contre la réalité, dans l’espace informe qu’ouvre la peur, derrière la porte de cauchemars clos. Comment alors montrer cette mythologie de l’innommable et donner à voir Dagon, le mystérieux Cthulhu ou l’improbable Necronomicon ? Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic se sont posé la question et ont imaginé pour y répondre un formidable dispositif visuel, qui réinvente l’inquiétude à la télévision.






















