29 avril 2006
Jean-Michel Basquiat
Jean-Michel Basquiat
Biographie extraite du Livre : Jean Michel Basquiat consacré à l'exposition de 1993 du musée d'art contemporain de la ville de Paris.
1960
Naissance de Jean-Michel Basquiat le 22 décembre au Brooklyn
Hospital à New York. Son père est d'origine
haïtienne et sa mère portoricaine. Il grandit dans
le milieu aisé de la petite bourgeoisie.
1964-1967
Déjà enfant, Basquiat manifeste un vif
intérêt pour le dessin. Son père,
comptable de profession, lui apporte souvent du papier de son
entreprise. On retrouvera de nombreux cahiers remplis de croquis
dessinés à partir de dictionnaires. Sa
mère, sensible à l'art, l'emmène
souvent visiter le Brooklyn Museum, le Museum of Modern Art, le
Metropolitan Museum of Art et l'encourage à
développer ses talents.
1967
Basquiat est envoyé dans une école
privée catholique. Avec un camarade de classe, ils
illustrent des livres pour enfants. Basquial se passionne pour la
lecture: il lit des textes en anglais, en espagnol et en
français.
1968
Jean-Michel continue à dessiner en s'inspirant de films
d'Alfred Hitchcock, d'automobiles et de bandes dessinées. En
mai, il est renversé par une voiture alors qu'il joue au
ballon. Il est hospitalisé pendant un mois, souffrant d'une
fracture du bras et de diverses lésions internes. Durant sa
convalescence, sa mère lui offre le
célèbre manuel d'anatomie de Gray. Cet ouvrage
aura une influence capitale sur son oeuvre. Ses parents se
séparent : le jeune garçon et ses deux
sœurs vivront dorénavant avec leur père.
1971
Basquiat quitte l'école privée et entre dans un
établissement scolaire public.
1974-1976
Une promotion professionnelle amène le père de
Basquiat à s'établir à Mira Mar,
à Porto Rico. Jean Michel fait sa première fugue.
1976
La famille revient à New York. Basquiat est
envoyé dans une école
spécialisée, City-as-School, qui propose un
programme adapté aux jeunes adolescents. doués.
La méthode d'enseignement s'appuie sur le
précepte de l'apprentissage pratique. Basquiat y rencontre
AI Diaz, un graffitiste avec qui il se liera d'une profonde
amitié. Ils commencent à peindre au spray dans la
partie basse de Manhattan. Leurs graffiti se caractérisent
par d'étranges symboles et des messages
poétiques. En décembre, il fuit à
nouveau le domicile familial et erre pendant 2 semaines à
Washington Square Park à Greenwich Village, se droguant
à l'acide.
1977
Basquiat s'engage dans une troupe de théâtre
appellée Family Life Theater. A cette époque il
signe ses graffiti sous le pseudonyme de SAMO (pour Same Old Shit). A
une année de l'obtention de son diplôme, Basquiat
renverse un sceau rempli de crème à raser sur la
tête de son professeur et se fait expulser de
l'école.
1978
Basquiat décide de vivre seul et quitte
définitivement sa famille. Lors de ses sorties nocturnes, il
rencontre des musiciens et artistes au Mudd Club dans le Downtown et
plus tard dans le Club 57. Il côtoie des
personnalités comrne David Byrne, Madonna et le groupe B-52.
Au cours de ces soirées dans l'underground new yorkais, il
fait la connaissance des futurs membres de son groupe de musique Gray
(allusion au livre d'anatomie): Michael Holman, Danny Rosen et Vincent
Gallo. Basquiat est fasciné par la musique de Jimi Hendrix
et Janis Joplin, tous deux morts d'une overdose à
l'âge de 27 ans. Pour subvenir à ses besoins,
Basquiat commence à vendre des cartes postales
réalisées à partir de collages de
coupures de magazines photocopiés, ainsi que des T-shirts
qu'il peint et au dos desquels il inscrit la légende MAN
MADE (fait par l'homme). Dans un hôtel de Soho, il vend une
carte postale à Andy Warhol. Basquiat rencontre Rammellzee,
un DJ graffitiste. Tous deux évoluent dans le monde de la
culture hiphop, du rap, du graffiti et de la drogue. En
décembre le journaliste Philip Faflick du The Village Voice
écrit un article sur SAMO. En fait, Basquiat et AI Diaz sont
payés par l'hebdomadaire $100 pour expliquer comment leurs
graffiti ont évolué vers une forme d'expression
plus complexe.
1979
Très peu de temps après la parution de cet
article, la collaboration entre Basquiat et AI Diaz cesse et l'on peut
lire un peu partout dans Soho "SAMO is Dead" (SAMO est mort). Basquiat
continue à vendre ses cartes postales et ses T-shirts,
essentiellement à Soho, à Washington Square et en
face du Museum of Modern Art. Formation du groupe de musique Channel 9,
rebaptisé Test Pattern, puis Gray. Basquiat y joue de la
clarinette et du synthétiseur. A cette époque
Basquiat rencontre les artistes Kenny Scharf et Keith Haring. Ce
dernier avait déjà remarqué et
admiré les graffiti signés SAMO. Au Mudd Club, il
fait la connaissance de Diego Cortez, conservateur, artiste et
réalisateur qui l'introduit dans la scène du East
Village, encourage sa production, devient son premier marchand et le
présente au très influent critique Henry
Geldzahler.
1980
En juin, il participe à sa première exposition de
groupe intitulée Times Square Show dans une galerie
alternative qui se trouve dans le sud du Bronx et qui regroupe des
artistes dont David Hammons, Jenny Holzer, Kiki Smith et Kenny Scharf.
Le magazine Art in America fait en particulier l'éloge de
l'installation de Basquiat constituée d'une série
d'oeuvres à partir du répertoire SAMO.
Encouragé par ce succès, il quitte le groupe Gray.
1981
Basquiat vit avec son amie Suzanne Mallouk. En février
Basquiat participe à l'exposition New York/New Wave
organisée par Diego Cortez où il
présente une vingtaine de peintures et dessins. Environ
vingt artistes sont invités dont Keith Haring, Andy Warhol
et Robert Mapplethorpe. Lors de cette exposition son travail attire
l'attention des galeristes Emilio Mazzoli, Bruno Bischofberger et
Annina Nosei. Au mois de mai, la Galerie Emilio Mazzoli à
Modène lui consacre une exposition personnelle pour la
première fois en Europe. Basquiat est invité
à prendre part à l'exposition de groupe Public
Address à la Galerie Annina Nosei qui présente
des oeuvres au contenu socio-politique chargé. Suivant les
conseils de l'artiste Sandro Chia, Annina Nosei propose à
Basquiat de devenir son premier marchand officiel et met à
sa disposition un atelier dans le sous-sol de sa galerie. Joseph
LaPlaca, ancien collaborateur de Julian Schnabel, lui apprend comment
travailler simultanément sur plusieurs toiles et comment
traiter différents matériaux.
1982
Annina Nosei met à sa disposition un appartement qu'il
partage avec Suzanne Mallouk et organise sa première
exposition personnelle à New York. Les ceuvres valent
à cette époque entre $2.000 et $10.000. Son
galeriste lui offre un salaire de $4.000 par semaine pour sa production
artistique. Il dilapide cet argent pour sa consommation de drogue,
l'achat de vêtements de marque et de nombreux voyages. Il
rencontre un artiste des Bermudes: Serge Kapharoah qui lui fait
partager son intérêt pour les
idéologies et la diaspora africaines. Il collabore
à l'exposition de groupe Transavanguardia ItalialAmerica
organisée par Achille Bonito Oliva, où il
côtoie des artistes néo-expressionnistes comme
Sandro Chia, Francesco Clemente, Enzo Cucchi, David Salle et Julian
Schnabel. En juin, il est invité à participer
à la Documenta 7 de Kassel. A l'âge de 21 ans, il
est le plus jeune artiste jamais exposé dans cette
manifestation internationale. En septembre, il expose pour la
première fois à la Galerie Bruno Bischofberger
à Zurich. Celui-ci deviendra son marchand exclusif en
Europe. A la fin de l'année, il quitte la Galerie Annina
Nosei avec fracas. Il lacère 15 peintures à cette
occasion. Basquiat continue à mener un grand train de vie,
passe l'hiver dans un luxueux hôtel de Los Angeles et
dépense des sommes importantes pour sa toxicomanie. Les
titres de ses toiles évoquent sa passion pour les musiciens
de Jazz: Miles Davis, Dizzy Gillespie, Billie Holiday, Charlie Parker
et Max Roach. Les marchands du monde entier commencent à
s'intéresser au "phénomène Basquiat"
et le prix de ses oeuvers ne cesse de croître.
1983
En mars, il participe à la Biennale du Whitney Museum of
American Art. A 23 ans, il est à nouveau le plus jeune
artiste jamais exposé à cette importante
manifestation américaine. Au mois d'août, il loue
$4.000 par mois un atelier appartenant à Andy Warhol. A
cette époque les deux artistes commencent à se
voir régulièrement. Ils travaillent, discutent et
sortent beaucoup ensemble. Warhol lui suggère de suivre des
cours de dessin anatomique à la New York Academy of Art et
lui recommande de placer son argent plutôt que le
dépenser pour la drogue et les habits de luxe. Il va
même tenter de le dissuader, en vain, de s'adonner
à l'héroïne. En novembre, sous la
direction de Bruno Bischofberger, débutent "'les
collaborations" qui réunissent Jean-Michel Basquiat, Andy
Warhol et Francesco Clemente. Basquiat passe une semaine en
Jamaïque avec des amis. Il en profite pour peindre et
écrire dans ses carnets de notes. A la fin de
l'année, Bruno Bischofberger devient son marchand exclusif,
car Basquiat s'est à nouveau brouillé avec ses
galeristes. Les œuvres de Basquiat remportent un grand
succès. La toile Flesh and Spirit est achetée
pour la somme record de $12.000.
1984
Basquiat passe les trois premiers mois de l'année
à Maui, à Hawai, où il lit et peint. A
son retour, il entre à la Galerie Mary Boone à
New York qui représente des artistes comme Eric Fischl,
David Salle et Julian Schnabel. La galeriste organise, en collaboration
avec Bruno Bischofberger, des expositions personnelles de Basquiat. Au
mois de mai, il expose au Museum of Modern Art dans le cadre de An
International Survey of Recent Painting and Sculpture. Basquiat est
considéré dans le monde de l'art comme un artiste
incroyablement prometteur. Lors d'une vente aux enchères,
son oeuvre Sans titre (Skull) se vend à $19.000. La peinture
avait été achetée l'année
précédente pour la somme de $4.000. A la fin de
l'année, il rencontre Jennifer Goode qui devient son amie.
Elle finit par le suivre sur la voie de l'héroïne
et de la cocaïne. Les amis de Basquiat se
préoccupent beaucoup de son état de
santé: ils constatent qu'il est de plus en plus souvent
atteint de crises paranoïaques. Il interrompt un programme de
désintoxication après trois semaines.
1985
En février il apparaît en couverture du journal
The New York Times Magazine illustrant l'article de Cathleen McGuigan
intitulé: New Art, New Money: The Marketing of an American
Artist (le nouvel art, le nouvel argent: la commercialisation d'un
artiste américain). Au mois de mai, il participe au projet
de réarnénagement d'un nouveau club, le Palladium
sur la recommandation de Henry Geldzahler. Ce travail réunit
Jean-Michel Basquiat, Francesco Clemente, Keith Haring et Kenny Scharf.
En septembre, Tony Shafrazi/Bruno Bischofberger présentent
16 collaborations Basquiat/Warhol. L'affiche annonçant
l'événement montre les deux artistes en tenue de
boxe. La mauvaise réception de la presse artistique
refroidira considérablement l'amitié qui unit les
deux artistes et mettra fin à leur travail en commun. La
détérioration physique de Jean-Michel Basquiat
est de plus en plus visible: des taches foncées apparaissent
sur son visage qu'il tente en vain de faire disparaître par
divers traitements.
1986
En août, il se rend avec Jennifer Goode pour la
première fois en Afrique. Il expose à Abidjan en
Côte d'Ivoire. Ses relations avec la galeriste Mary Boone se
détériorent et il se retrouve à
nouveau sans marchand aux Etats-Unis. A 25 ans, il expose pour la
seconde fois en Europe: la Kestner-Gesellschaft à Hannovre
accueille plus de 60 peintures et dessins. A la fin de
l'année, Jennifer Goode et Basquiat rompent. La jeune femme,
depuis longtemps, se plaint des abus d'héroïne de
son ami et décide de le quitter. Le monde de l'art se fait
de plus en plus critique à l'égard de la
production artistique de Basquiat.
1987
Basquiat est profondément affecté par le
décès de Andy Warhol le 22 février. La
mort de son ami le perturbe énormément, il
mène dorénavant une existence recluse et produit
moins. Grâce à Tony Shafrazi, Basquiat fait la
connaissance de Vrej Baghoomian qui lui achète des toiles et
exposera ses œuvres. Baghoornian lui propose de prendre un
assistant: Rick Prol, un ancien ami de Basquiat. Jean-Michel commence
à travailler pour des expositions à New York,
Paris et Düsseldorf.
1988
Basquiat expose à nouveau, après une
année et demie d'absence, à la galerie Baghoomian
à New York. Cette nouvelle exposition connaît un
réel succès. Afin de quitter le milieu de la
drogue, Basquiat se rend à nouveau à
Hawaï au mois de juillet. Le 2 août il rentre
à New York où il déclare avoir
arrêté de se droguer. Le 12 août,
Basquiat est retrouvé mort dans son appartement de la Great
Jones Street. On constate un décès dû
à une overdose d'héroïne, il avait 27
ans.
Œuvre
Son œuvre reste empreinte des graphitis de ses débuts, ou il mélange couleurs vives et textes à thèmes. Lors d'une convalescence pendant son enfance, sa mère lui offre un livre d'anatomie, qui influera une grande partie de son œuvre, ou les corps sont peints en « transparence ». On sent également des accents primitifs ou Basquiat est fier de ses origines lointaines d'Afrique.
La carrière de Basquiat se divise en trois grandes périodes, qui se chevauchent dans ce qu'on a appellé la figuration libre :
- Pendant la première, de 1980 à fin 1982, Basquiat faisait de la peinture sur toile, représentant le plus souvent des personnages squelettiques et des visages ressemblant à des masques. Ceci montrant son obsession de la mortalité de l'Homme. Il peignait aussi des éléments tirés de sa vie dans la rue : des voitures, batiments, policiers, des jeux d'enfants, des graffitis...
- Une période intermédiaire de fin 1982 à 1985 présente des peintures sur panneaux multiples, et des tableaux individuels avec traverses intermédiaires visibles, une surface dense avec des écritures, des collages, et des représentations sans relation apparente. Ces travaux révèlent un fort intérêt pour l'identité noire et hispanique de Basquiat, et son identification avec les personnages noirs historiques ou contemporains, et les événements qui leurs sont liés.
- La dernière période, qui débute vers 1986 et s'étend jusqu'à sa mort en 1988, montre un nouveau genre de peinture figurative, dans un style différent avec des sources, des symboles et un contenu contrastant de ses autres peintures.
























