Qu'est-ce que le fascisme et ses succédanés... - Stanislas kazal underground blog

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29 décembre 2010

Qu'est ce que le fascisme et ses succédanés...

Qu'est ce que le fascisme et ses succédanés...


Présentation



Rien ne pose un défi plus grand à la culture que le fascisme. Le fascisme est l’expression la plus ultime de la barbarie moderne,mais il ne se présente jamais comme destructeur: il se veut enthousiaste, rebelle, anti-conformiste, il se met en avant comme une « révolte contre le monde moderne ». Mussolini lui-même disait que « Le fascisme c’est l’horreur de la vie commode ».

Pour avoir un œil réaliste sur le monde, il faut donc comprendre le fascisme, ce qu’il représente comme tendance. Et cet oeil réaliste est difficile à avoir, comme le montre cette première série de présentations de thèses sur le fascisme. A chaque fois, on aura donc une présentation de l’auteur et une synthèse de ses analyses de ce qu’est le fascisme. Les auteurs ont été classé de telle manière à ce que l’on comprenne au mieux les positions des uns et des autres.
Naturellement, il est plus aisé de comprendre ce qu’ont été les fascismes italien et allemands plus de cinquante ans après leurs défaites. Néanmoins, la bataille pour la compréhension du fascisme
n’a en fait jamais cessé: rien n’est plus éloigné que la vision du fascisme de Dimitrov que celle de quelqu’un comme Nolte, tout comme sont fondamentalement différentes les thèses de Gossweiler et de
Guérin.
Le fascisme d’hier ne se comprend pas sans une compréhension correcte du monde d’aujourd’hui: tel est le problème central, et de fait, également la solution.



« völkisch » et culture de masse Selon George Mosse

« völkisch » et culture de masse Selon George Mosse


GL Mosse (1918-1999) est un historien américain d’origine allemande. Universitaire, il a mené ses travaux sur les origines idéologiques du national-socialisme et sur l’antisémitisme.

La nature de la culture « völkisch »

La culture a joué un énorme rôle dans le triomphe du fascisme, cela se voit particulièrement sil’on compare les pays où il a triomphé avec les pays où il a, à l’opposé, été écrasé. Mosse a particulièrement étudié la culture « völkisch», le terme « volk » signifiant « peuple » en langue allemande et le suffixe «isch» marquantl’adjectif.

« Völkisch » ne signifie donc pas populaire,mais en quelque sorte relevant du peuple, issu du peuple; en pratique il s’agit d’un mélange de folklore, de mysticisme et d’idéologie. Le folklore a su garder une place majeure dansles sociétés germanophones et l’idéologie «völkisch » tente d’intégrer celle-ci dans une véritable vision du monde mêlant le corps et« l’esprit. »
Selon les théoriciens volkisch la nature de l’âme d’un peuple est déterminé par son paysage d’origine, qui a façonné son ethnie.
Les Juifs sont ainsi vus comme venant du désert et par conséquent superficiel, « secs », sans «profondeur» ni « créativité », alors que les Allemands seraient naturellement liés aux forêts sombres et brumeuses, donnant un esprit profond, « mystérieux. » Pour certains théoriciens nazis, on retrouve l’image du jour sacré et dusoleil chez tous les « Aryens » car ils viennent du grand Nord où le jour se fait attendre quasiment toute l’année en raison de la nuit polaire. Pareillement, selon le philosophe Heidegger, les Allemands ont pris le relais des Grecs et sont le peuple « métaphysique » par excellence: il faut (soit disant) être et penser en allemand pour « être » vraiment.

Mosse a bien vu que cette culture « völkisch »,en Allemagne et en Autriche (et ce par ailleurs jusqu’à aujourd’hui) a un caractère de masse; elle forme un courant idéologique clairement présent parallèlement à la culture folklorique.
On retrouve par ailleurs le même genre de conceptions chez Rudolf Steiner, un des grands « penseurs » mystique de cette période et créateur de l’antroposophie, ou encore chez les "théosophes".

En Allemagne, le mouvement autonome (antifasciste) a longtemps travaillé cette problématique du « milieu (ou centre) de la société », ces valeurs diffuses « socialement acceptables » et contrôlées par les fascistes.
Dans cette perspective similaire de travail sur la culture, Mosse repère toute la littérature
allemande du 19ème siècle particulièrement marquée par un antisémitisme forcené. L’évolution de ce sentiment, ainsi que le changement dans la façon de percevoir lanature du Juif, apparaissaient avec éclat dansla littérature populaire. L’expression la plus célèbre de ce stéréotype apparaît dans Débit et Crédit de Freytag (1855). Veitel Itzig incarnait toutes les qualités associées au Juif par lapensée völkisch. Celui-ci était laid, avare et dépourvu de toute humanité. Être déraciné,il gravissait impitoyablement les échelons de la réussite par des procédés déloyaux. Face à Itzig se trouvait l’apprenti allemand qui conservait sa droiture en se frayant son chemin dans le monde et dont l’enracinement était démontré par son honnêteté et son sens des responsabilités.  ( cf Les racines intellectuelles du Troisième Reich).

Mosse a bien compris que le message antisémite des nazis avait eu un terreau fertile profitant de dizaines d’années de propagande,voire même des siècles avec l’antisémitisme religieux du christianisme. Le « meurtre rituel » est un thème revenant souvent dansla propagande antisémite en Allemagne et en Autriche; l’antisémitisme a de fait toujours été présent et la culture « völkisch » ne fait que généraliser culturellement un préjugé déjà là. « La déshumanisation du Juif est peut-être l’un des développements les plus importants dans l’évolution de l’idéologie völkisch (...). On se demandait si, le Juif étant dépourvu d’une âme véritable, il pouvait être considéré comme un être humain (...).C’est ainsi que, dans toute une série de romans populaires, les personnages juifs étaient dépourvus de toute qualité humaine et subissaient un sort misérable, victimes de leurs pulsions égocentriques pour le pouvoir. La personnification du mal dans le Juif à travers ses caractéristiques profondes fut renforcée par l’accent mis sur son apparence extérieure.La race, après tout, était un critère absolu.
Les propriétés physiques du Juif furent donc opposées à l’idéal de beauté germanique;une silhouette tordue, corpulente, avide et  sensuelle, reposant sur des jambes courtes, et,bien sûr, le « nez juif », étaient comparés à la silhouette esthétiquement proportionnée de l’homme nordique. Certes, de tels stéréotypes existaient depuis les XVI et XVIIème siècles, mais à l’époque ils n’étaient pas aussi déterminants.
Au cours des siècles précèdent, le Juif était encore représenté comme un personnage comique,quoique grotesque. Dans l’image que mettait en avant la pensée völkisch, il menaçait demaintenir les Allemands en servitude » (Les racines intellectuelles du Troisième Reich).


La bataille pour la culture de masse

Mosse considère que cette base« völkisch », issue du romantisme antirationnel du 19ème siècle, a été à la base du nazisme, qui consiste donc en une révolte contre la modernité. Il remarque en effet que l’Allemagne s’unie contre Napoléon, et donc d’une certaine manière contre le rationalisme, et que de nombreux auteurs célèbrent une liaison mystique avec la nature que posséderaient ceux qui sont rattachés à la terre « pure. » Le concept de nation, en Allemagne, est alors lié culturellement au sang, à l’ethnie, dont le sol est le territoire « naturel » et parfaitement « adapté », le tout formant une symbiose « cosmique. » Le christianisme est souvent réinterprété et assimilé à des vieux contes et légendes germaniques, voire réinterprété et prétexte à l’occultisme. Tout cela est prétexte à des mouvements culturels, qui influencent ou deviennent des mouvementsde masse. Généralisation des clubs de gymnastique (fondés par le « völkisch» Friedrich Ludwig Jahn), développement des jeunesses pratiquant la marche à pied dans les forêts (les Wandervögel), création de cercles occultistes, associations estudiantines pangermanistes (dont la statue « völkisch » est toujours à l’entrée de la faculté de Vienne):
toutes ces structures jouent un rôle essentiel dans la promotion de la culture fasciste en tant que culture de masse.Et cette culture de masse est systématique, elle est présente dans tous les domaines intellectuels sous la forme d’un néo-romantisme se fondant sur le « style » imposé par Nietzsche: « Ce qui semblait manquer, selon ces hommes adeptes de la pensée völkisch, néo-romantiques et admirateurs de Stefan George, c’était un mythos exprimant les aspirations du peuple allemand(...). Pour eux l’âme allemande semblait morte et incapable d’entrer en communication avec le cosmos; elle paraissait dépourvue d’un caractère spirituel reflétant ses valeurs, ses aspirations et ses capacités (...). » (Les racines
intellectuelles du Troisième Reich).

La culture « völkisch » apparaît donc capable de changer non seulement la vie quotidienne,mais d’expliquer l’ensemble du monde et l’ensemble des faits qui s’y déroule.
Mosse souligne d’ailleurs bien – et il est peut-être le seul historien universitaire à le faire -qu’à côté des nazis, le parti fasciste légaliste qu’a été le DNVP (Parti national populaire allemand) s’est également appuyé / fondé sur cette culture, et que son rôle a été énorme àcôté du parti nazi (le DVNP a été un parti de masse et l’équivalent légaliste du parti nazi,et issu des milieux initialement conservateur- putschiste il a compris l’utilité de la culture « völkisch » pour avoir un impact populaire)
Il est également le seul à parler de manière approfondie des thèses racistes et antisémites des frères Strasser, représentant l’aile pseudoanticapitaliste du parti nazi et le « front noir», qui eux aussi diffusaient et s’appuyaient sur le délire « völkisch » et la culture allant avec.
Pour le DVNP, pour les nazis, pour les frères Strasser, la révolution avait le même fond: elle était une révolution « antijuive »; «c’est ainsi que s’explique le succès remporté par Hitler: sa capacité à transformer les aspirations et revendications révolutionnaires d’une grande partie de la population en une révolution antijuive. Ce ne fut pas le gros capitaliste ou le commissionnaire, mais le Juif qui devint l’incarnation de l’ennemi. Dans l’astucieuse distinction qu’il établit entre capitalisme juif et capitalisme allemand, Hitler épargnait à la structure capitaliste de l’Allemagne une ruine assurée et, en fait, la préservait. » (Les racines intellectuelles du Troisième Reich).

04 janvier 2011

Un éternel Treblinka d'après Charles Patterson

Un éternel Treblinka d'après Charles Patterson

Charles Patterson est un universitaire américain, qui a travaillé sur les droits civiques aux USA ainsi que sur la destruction de la population juive d’Europe par les nazis..



L’organisation du travail et le nazisme

Patterson n’est pas un spécialiste du fascisme, et tout comme Mosse il ne s’intéresse qu’à un aspect précis du fascisme allemand: le nazisme et le génocide. C’est à cette occasion qu’il a entrevu ce qui est selon lui un lien essentiel entre le meurtre de masse des êtres humains et le meurtre de masse des animaux.

Le nazisme n’aurait pas pu exister sous cette forme destructrice si les abattoirs n’avaient pas eux-mêmes généralisé le meurtre de masse «anonyme » avec les abattoirs industriels. Et ces abattoirs eux-mêmes sont le fruit de la colonisation de l’Amérique, de la gestion des animaux pour les colons arrivant toujours plus massivement. Dans son étude, Patterson explique ainsi que c’est l’organisation du travail dans les abattoirs qui a inspiré Henry Ford, et que ce n’est pas un hasard si Henry Ford était un antisémite forcené, qui plus est
en lien avec l’Allemagne nazie.
Hitler avait un portrait de Ford dans son bureau et le considérait comme un grand chef; Ford lui même
publiait des pamphlets antisémites à grande échelle et avait aidé à financer les nazis en Allemagne.
Il eut pour toutes ces raisons le « privilège » de recevoir en 1938 la grande croix de l’Ordre suprême de l’Aigle allemand, soit la plus grande décoration nazie pour un étranger.

Patterson ne voit aucun hasard et accorde une grande importance à l’influence des USA sur l’Allemagne (Patterson n’en parle d’ailleurs pas mais il est à noter qu’une partie importante du mouvement nazi était pro-américaine et a dominé dans le mouvement nazi de 1933
jusqu’en 1935-1936). Patterson affirme ainsi qu’« Au cours du vingtième siècle, deux des nations industrialisées du monde, les États-Unis et l’Allemagne, ont tué des millions d’êtres humains et des milliards d’autres êtres.
Chacune a donné sa propre contribution au carnage du siècle : l’Amérique à donné les abattoirs au monde moderne ; l’Allemagne nazie lui a donné les chambres à gaz. Bien que ces deux opérations fatales aient des victimes et des buts différents, elles ont plusieurs traits en commun. »

Patterson généralise alors son propos: à partir du moment où l’eugénisme et la sélection naturelle est généralisée au niveau industriel pour les animaux, à partir du moment où les animaux sont considérés comme des objets pour l’espèce humaine, alors il était inévitable que certains groupements d’êtres humains
déshumaniseraient certains autres groupes et les mettrait sur le même plan que les animaux.

Il rappelle que Georges Cuvier (1769-1832) décrivait les Africains comme « la race humaine la plus dégradée qui soit et dont les formes se rapprochent de celles des bêtes », des multiples insultes dégradantes et racistes qui visent à «rabaisser» la personne insultée jusqu’à nier son statut d’être humain. Les nazis
pratiquaient ainsi une hiérarchie « raciale » en considérant que les races non
« aryennes »
étaient proches des animaux.


Un éternel Treblinka

La thèse de Patterson se fonde en fait sur deux piliers. Le premier est ouvertement revendiqué par lui: Patterson se revendique de tout le courant philosophique ayant traversé une partie de la communauté juive et en appelant à la compassion. Le titre de son œuvre principale, Un éternel Treblinka, est extrait d’une citation de principal écrivain yiddish de l’après guerre, Isaac Bashevis Singer:
« En pensée, Herman prononça l’oraison funèbre de la souris qui avait partagé une partie de sa vie avec lui et qui, à cause de lui, avait quitté ce monde. Que savent-ils, tous ces érudits, tous ces philosophes, tous les dirigeants de la planète, que savent-ils de quelqu’un comme toi? Ils se sont persuadés que l’homme, l’espèce
la plus pécheresse entre toutes, est au sommet de la création. Toutes les autres créatures furent créées uniquement pour lui procurer de la nourriture, des peaux, pour être martyrisées, exterminées. Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka » (Isaac Bashevis Singer, tiré de la nouvelle The Letter Writer).


Le second pilier n’est pas clairement explicite. Patterson puise en effet chez Adorno l’idée que le fascisme est issu de la victoire de la « personnalité autoritaire », victoire issue de la mise en place de la société industrielle, de la société de consommation. Le fascisme est en quelque sorte la systématisation de la pensée
antidémocratique, le triomphe de la figure autoritaire, de la soumission, de la hiérarchie.
Cynisme, rapport de forces, croyance en les stéréotypes, pulsions destructrices... en sont les
conséquences. Patterson cite Adorno justement pour développer son propos en se fondant précisément là-dessus: « Auschwitz commence quand quelqu’un regarde un abattoir et pense:
ce ne sont que des animaux. »
C’est-à-dire que finalement tout son travail ne s’intéresse qu’à la psychologie de l’assassin, pas à ses motivations ni à ce qui est à l’origine du fascisme comme mouvement.

05 janvier 2011

La nature contradictoire du fascisme d'après Clara Zetkine

La nature contradictoire du fascisme d'après Clara Zetkine

L’Allemande Clara Zetkine (1857-1933) a été une figure historique du mouvement communiste. Féministe, elle est à l’origine de la journée internationale de la femme le 8 mars, qu’elle propose en 1910 à la seconde conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague au Danemark. Par la suite, elle fut une des membres historiques des spartakistes qui furent fondés sous la direction de Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht. Elle fut ensuite une dirigeante du Parti Communiste d’Allemagne et de l’Internationale Communiste, ainsi que du Secours Rouge International et à l’origine de la première analyse historique du fascisme au sein des rangs communistes.

Une première analyse du fascisme


Si Zetkine est la première à analyser le fascisme, c’est parce que ce dernier est un mouvement
nouveau. Mussolini prend le pouvoir en Italie en 1922; quelques années auparavant on trouve
la dictature de Horthy en Hongrie, instaurée en 1920, ou encore la terrible répression des « rouges » par les « blancs » en Finlande en 1918. La révolution de 1917 en Russie a été suivie d’une vague révolutionnaire, qui a
amené une vague contre-révolutionnaire. Il a donc été logique de mettre a priori tous les mouvements de répression anticommuniste sur le même plan, et de considérer que les dictatures se valent toutes.

Zetkine fût la première à expliquer que cette analyse est fondamentalement erronée. Elle oppose la terreur blanche comme conséquence de l’existence d’un fort mouvement révolutionnaire, et le fascisme qui apparaît comme un châtiment parce qu’il n’y a pas de mouvement révolutionnaire. La terreur blanche « classique » est le produit de la tentative de faire de la révolution, le fascisme est le produit de l’absence de cette tentative.
Il est vrai que la terrible répression anticommuniste de 1918 en Finlande n’a pas abouti à une dictature « classique », pas plus qu’en Turquie avec Mustafa Kémal:
ce qui en est ressorti est un régime paternaliste ultra-conservateur et anti-communiste,
mettant en avant un semblant de démocratie.
Le fascisme italien ne se veut, lui, pas une démocratie, et surtout il prétend être un régime révolutionnaire. Zetkine a reconnu ces caractéristiques particulières du fascisme. Dans La lutte contre le fascisme, qui date de juin 1923, elle explique que « La terreur instaurée par Horthy [en Hongrie] fut une vengeance.
L’exécuteur de cette vengeance est la petite caste féodale des officiers.

Il en va autrement du fascisme. Il n’est nullement la vengeance de la bourgeoisie après un soulèvement du prolétariat. Historiquement et objectivement, le fascisme est bien plus un châtiment infligé parce que le prolétariat n’a pas continué la révolution commencée en Russie. Et le fascisme ne repose pas sur une petite caste, mais sur de larges couches sociales, qui englobent même une partie du prolétariat. »
Zetkine affirme alors que la question n’est pas que militaire, mais également politique et idéologique:
le fascisme n’est pas une armée blanche classique qu’il suffirait de combattre
et de vaincre ; il est nécessaire de mener une politique antifasciste.


La nature du fascisme


Zetkine critique ardemment les socialistes, qui ont émis toutes sortes de théories pour expliquer que la révolution n’était pas nécessaire pour que les masses s’émancipent. La conséquence en a été que les masses ont été désarmées alors que le capitalisme s’écroulait sous ses contradictions. Zetkine est en effet
une dirigeante de l’Internationale Communiste, et les thèses de celle-ci se fondent sur la conception selon laquelle l’Etat bourgeois se décompose parce que le système capitaliste est dépassé.

Le fascisme est le produit de cette décomposition générale du capitalisme, de la bourgeoisie, de l’Etat. La première guerre mondiale a aggravé cette décomposition et appauvri de très nombreuses couches sociales,
comme par exemple les couches intellectuelles ou les paysans, sans parler des « classes moyennes », la petite-bourgeoisie.
Le fascisme est alors une fuite en avant, une tentative de sauver les meubles en renforçant la richesse
«nationale » Zetkine considère que le soutien d’une partie des couches sociales appauvries au fascisme
puise sa source dans la politique social démocrate.
Les socialistes ayant déçu ces couches sociales avec leurs fausses promesses, ces couches sociales deviennent réceptives à la démagogie fasciste.
Puisque la perspective de la lutte de classes ne renferme apparemment rien de productif, l’idée qui se développe est qu’il faut dépasser les clivages de classe, que la nation doit être « au dessus» des divergences et des antagonismes sociaux. Il y aurait alors quelque chose de «neuf» qui apparaîtrait.
Zetkine analyse longuement le fascisme italien et le processus marquant la naissance des syndicats fascistes,d’une société totalement compartimentée, organisée en corporations chapeautées par l’Etat.

Les contradictions propres au fascisme

De par sa nature même, foncièrement démagogique, le fascisme est un régime instable. La petite-bourgeoisie qui a cédé aux sirènes du fascisme parce qu’elle a été déçue par la social-démocratie s’aperçoit nécessairement assez vite que le régime ne fait que l’utiliser et ne défend pas ses intérêts.
Une partie même des masses populaires a été séduite par la démagogie nationaliste, et elle comprend pareillement qu’elle a été utilisée.
Cela signifie que le fascisme doit faire vite pour restructurer le capitalisme et relancer la machine économique.
Zetkine se penche sur ses contradictions et affirme que les antifascistes doivent taper là où cela fait mal, précisément sur ces promesses non tenues, afin de démasquer le fascisme. De plus, le fascisme ne peut pas gérer longtemps ses propres contradictions internes: entre l’administration pré-fasciste et la nouvelle
administration, au sein des couches dirigeantes, des différentes couches bourgeoisies l’ayant soutenu, au sein de l’armée, etc.
Ainsi, pour Zetkine, « le fascisme est actuellement l’expression la plus forte, la plus concentrée, l’expression classique de l’offensive générale de la bourgeoisie mondiale » et il faut répondre à sa violence par la violence.

10 janvier 2011

Face au Bonapartisme et aux aventuriers nécessité d'un front unique par Léon Trotsky

Face au Bonapartisme et aux aventuriers nécessité d'un front unique par Léon Trotsky


Léon Trotsky (1879-1940) est un intellectuel et un révolutionnaire russe, qui en 1917 rejoint les bolcheviks. Refusant toutefois la politique de « socialisme dans un seul pays », il est exclu et exilé. Il forme alors la « quatrième Internationale », mettant en avant une autre interprétation du léninisme que celle existante en Union soviétique.

Bonapartisme et Thermidor

Si Zetkine est restée fidèle à l’Internationale Communiste, Léon Trotsky a rompu avec elle en raison de ses considérations sur ce que devait (ou pouvait) être le socialisme en Union Soviétique. Sa rupture ouverte et revendiquée date de la fin des années 1920, et
ses considérations sur le fascisme, datant des années suivantes, reprennent les premières analyses du fascisme en y apportant des explications plus approfondies.
Trotsky conserve l’idée que le fascisme n’est qu’un phénomène temporaire, que le régime ne peut pas se maintenir. Il a d’ailleurs exactement le même point de vue concernant ce qu’il appelle la « bureaucratie » en Union Soviétique. Pour Trotsky, le fascisme et le stalinisme sont en quelque sorte des accidents de l’histoire. La situation n’étant pas assez «mûre », une caste s’approprie le pouvoir.
Trotsky qualifie ce phénomène de bonapartisme en ce qui concerne le fascisme et de Thermidor en ce qui concerne l’Union Soviétique. Le bonapartisme est un phénomène analysé par Karl Marx en France dans l’ouvrage Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte; Trotsky reprend cette analyse et la généralise, tout comme il reprend le terme de Thermidor à l’histoire de la révolution française.


Le fascisme comme domination d’aventuriers


Dans Qu’est-ce que le national-socialisme?, publié en juin 1933, Trotsky présente ce qui selon lui forme la base sociale du mouvement nazi: « Le drapeau du national-socialisme fut brandi par des hommes issus des cadres moyens et subalternes de l’ancienne armée.
Couverts de décorations, les officiers et les sous-officiers ne pouvaient admettre que leur héroïsme et leurs souffrances aient été perdus pour la patrie, et surtout qu’ils ne leur donnent aucun droit particulier à la reconnaissance du pays. »
Ayant vécu la guerre et étant capable de s’organiser et de prendre des responsabilités,
ces soldats perdus étaient motivés pour s’approprier la société car ils se considéraient
comme des « chefs »; pour Trotsky, Hitler représente « la soif de vengeance du soldat
humilié » et le nazisme se fonde sur le fait que « la petite bourgeoisie, impuissante face au grand capital, espère désormais reconquérir sa dignité sociale en écrasant les ouvriers. » Le nazisme est alors un mouvement qui tente de stopper la roue de l’histoire, qui tente de faire en sorte que rien ne change, ce qui fait dire à Trotsky que « le national socialisme rejette le marxisme mais aussi le darwinisme. »
L’idéologie raciste sert de moyen pour nier l’histoire: ce qui compte ce n’est plus l’économie, mais la « race. » Ainsi, «le fascisme a amené à la politique les bas-fonds
de la société (...), la civilisation capitaliste vomit une barbarie non digérée. »
Dans l’analyse trotskyste, la bourgeoisie n’est pas du tout contente d’avoir affaire à
ces aventuriers: « Ce n’est pas d’un cœur léger que la clique dirigeante pactisa avec
ces fascistes qui sentent mauvais. Derrière les
parvenus déchaînés, il y a beaucoup, beaucoup trop de poings : c’est là le côté dangereux des chemises brunes ; mais c’est là aussi leur principal avantage, ou, plus exactement, leur unique avantage. » (Devant la décision, février
1933).
De la même manière, pour Trotsky, le fascisme ne profite pas d’un large soutien des
masses, il n’est qu’un coup du sort, un coup de main à la bourgeoisie, mais pas un saut
qualitatif nécessitant une stratégie reposant sur l’antifascisme.



Le front unique


Après avoir expliqué que les aventuriers prennent le pouvoir en s’appuyant sur la petite bourgeoisie, Trotsky pose la question de savoir qui le fascisme sert. Car selon lui, si l’Etat possède une autonomie relative par rapport à l’économie, il ne peut pas la modifier pour autant.
Les classes moyennes étant incapable de gérer la société, les aventuriers se vendent
en quelque sorte aux grands capitalistes, qui profitent du mouvement de masse fasciste pour réorganiser l’économie en leur faveur et aller vers la guerre.
Ainsi, pour Trotsky, le fascisme ne représente pas une étape totalement nouvelle de
l’impérialisme. La lutte contre les fascistes est nécessaire à la révolution, mais il n’y a
pas besoin d’« antifascisme » car le fascisme n’est qu’une aide (particulière) au capitalisme, une forme momentanée du pouvoir politique
capitaliste. Durant la seconde guerre mondiale, les trotskystes se sont ainsi opposés à la résistance, considérant que les soldats allemands étaient
des ouvriers en uniformes et qu’il fallait les enjoindre à rejoindre le camp de la révolution.
C’est le principe de la «révolution permanente», qui s’oppose à la «révolution par étapes. »
Trotsky, dans les années 1930, était le principal critique des positions du Parti Communiste d’Allemagne en ce qui concernait la fondation d’une « action antifasciste » comme front de masse au-dessus des structures communistes et
socialistes (notamment dans « La seule voie»,1932), tout comme il a critiqué la stratégie de Front populaire dans l’Etat espagnol eten France. Ce qui est nécessaire selon lui, c’est le « front unique ouvrier », c’est-à-dire l’organisation d’actions bien délimitées, ponctuelles entre structures politiques (par en
haut donc). La tactique se fonde sur le principe de « frapper ensemble, marcher séparément»: les masses, voyant qui est réellement révolutionnaire, rejoignent par la suite les trotskystes.

11 janvier 2011

Les plébéiens au pouvoir dans la contradiction d'après Daniel Guérin

Les plébéiens au pouvoir dans la contradiction d'après Daniel Guérin

Initialement proche de Marceau Pivert au sein de la SFIO puis activiste du Parti Socialiste Ouvrier et Paysan, une organisation à gauche des socialistes et proche de Léon Trotsky, Daniel Guérin finit par rejoindre la « quatrième Internationale » trotskyste, avant de prôner ensuite une synthèse du marxisme et de l’anarchisme.

Les plébéiens au pouvoir

Publié en 1936, Fascisme et grand capital n’a eu aucun écho à sa publication. Ce n’est qu’à partir des années 1970-1980 que cette oeuvre sera mise en avant par les courants politiques trotskyste et anarchiste.
Fascisme et grand capital s’oppose en effet à l’antifascisme tel qu’il a été conçu par
les communistes. Daniel Guérin reprend la conception développée par Léon Trotsky du
fascisme comme bonapartisme et la développe longuement. Les fascistes sont selon lui des «plébéiens » (du terme de l’antiquité romaine pour nommer les membres de la «plèbe », de la « populace » par opposition aux aristocrates),
qui ont un discours anticapitaliste de façade qui amène les masses à les soutenir, ce qui plaît au grand capital qui empêche ainsi la révolution d’arriver.

Mais, comme dans la théorie trotskyste et à l’opposé de la vision de Dimitrov pour qui les fascistes sont très précisément les représentants de la bourgeoisie impérialiste, Guérin considère que ces « plébéiens » disposent d’une très large autonomie et qu’ils accèdent au pouvoir simplement parce que cela arrange l’industrie lourde. Ils ne sont acceptés par le grand capital que comme un moindre mal; ils sont « utilisés » malgré eux.
Pour Guérin, le fascisme est une « réaction de défense », une tentative du capitalisme de se sauver lui-même de sa propre désintégration.
Il ne voit donc pas la guerre comme le produit nécessaire et totalement lié au fascisme, mais comme lié au capitalisme en général. La guerre ne vient pas du fascisme, mais du capitalisme; le capitalisme donne naissance à différents phénomènes, comme le fascisme, ou la guerre.
Le fascisme n’est qu’une forme particulière d’Etat, un Etat totalitaire, où la bourgeoisie
conserve son « autonomie », même si les plébéiens ont le pouvoir.
Daniel Guérin ne prône ainsi pas l’antifascisme; pendant la seconde guerre mondiale il a défendu le point de vue trotskyste, tout comme en 1936 il avait critiqué le front populaire pour ne pas avoir fait la révolution (« Tout est possible »).
Pour Guérin, seul le socialisme s’oppose au fascisme, il ne saurait être question d’étapes, car l’ennemi c’est au fond le capitalisme et pas le fascisme, fascisme qu’il perçoit de fait comme un mouvement extérieur à la haute bourgeoisie.

Contradictions du fascisme

Pour Guérin, il y a une bataille permanente au sein de l’Etat entre les plébéiens et le grand capital, par exemple pour le contrôle de l’armée, mais dans tous les cas le grand capital conserve l’hégémonie.
Guérin donne comme exemple le putsch anti-Hitler raté de juillet 1944 ou le rôle du roi italien dans la tentative de renverser Mussolini en juillet 1943: la bourgeoisie aurait
alors tenté de se débarrasser des plébéiens.
Il existe une différence entre fascisme et grand capital: « Cet ultime épisode prouve que, grâce à l’instrument redoutable de répression qu’il s’est forgé, le fascisme peut se maintenir un moment, même lorsqu’il est abandonné par le grand capital.
Le plomb destiné aux travailleurs peut servir aussi à trouer la peau de quelques bourgeois. Mais pas longtemps. Aucun régime politique ne peut gouverner contre la classe qui détient le pouvoir économique.
N’en déplaise à quelques naïfs, les vieilles lois qui, de tout temps, ont régi les rapports entre les classes ne se trouvent pas, pour une fois, en défaut. Le fascisme ne les a pas, d’un coup de baguette magique, suspendues. Entre fascisme et grand capital le lien est si intime que le jour où le grand capital lui retire son appui est, pour le
fascisme, le commencement de la fin. »

Guérin considère même que le fascisme vit indépendamment des intérêts économiques,
qu’il est devenu une « mystique. » Il est très dificile de ne pas voir ici le parallèle entre la position de Guérin et celle des « nationalistes
révolutionnaires » :
-les plébéiens « de gauche » (ou les « vrais fascistes » comme les SA, les phalangistes,
etc.) ont été liquidés au début du fascisme à la demande du grand capital ;

-le fascisme est une mystique irrationnelle, un mouvement « élémentaire »

La seule différence est que Guérin rejette les plébéiens, car selon lui ils ne sont en fait que l’expression de la paupérisation des classes moyennes alors que le capitalisme est en crise. Les plébéiens se vendent sciemment; ils «savent » qu’ils ne peuvent gouverner sans le grand capital.
En ce sens, Guérin rejette toute existence réelle aux classes moyennes: elles ont suivi le fascisme, elles auraient dû suivre le socialisme,
il aurait fallu les convaincre et toute politique par « étapes » en ce sens (comme
le front populaire) est selon lui totalement erroné.

Dans La peste brune, Guérin raconte son voyage en Allemagne au début des années 1930 et les impressions laissées par les nazis:
leur côté «plébéien», «provocateur », « turbulent».
Le fascisme n’est pour Guérin pas un saut du capitalisme vers autre chose, mais l’expression d’une situation pourrie, d’une classe en
perdition, la petite-bourgeoisie, produisant des agitateurs, et d’une classe incapable d’assumer son rôle: le prolétariat.

25 février 2011

Le fascisme comme alliance d'après Reinhard Kühnl


L’Allemand Reinhard Kühnl, né en 1936, est un universitaire ayant fait son cursus en Allemagne de l’ouest.Il est connu dans son pays pour avoir concentré son travail sur la question du fascisme afin de contribuer aux initiatives antifascistes.

Le fascisme comme « alliance »

Patterson n’est pas le seul à avoir poussé jusqu’au bout la thèse comme quoi le nazisme était un phénomène « industriel »; en fait toute la littérature universitaire se revendiquant du marxisme fait la même chose. L’une des figures les plus connues est l’allemand Reinhard Kühnl. Kühnl est le théoricien du fascisme compris comme « union »; il a été influencé par les thèses d’August Thalheimer, qui à la fin des années 1920 avait été à l’origine d’une scission dans le Parti Communiste d’Allemagne (Parti Communiste – Opposition). Thalheimer interprétait le fascisme comme du «bonapartisme» : le capitalisme s’effondrant il y a besoin d’une direction politique, les fascistes se présentent alors pour tenir ce rôle. Les fascistes sont l’inverse exact des bolchéviks et se chargent de « sauver la baraque », s’appuyant, pour agir, sur la petite- bourgeoisie. Kühnl part de là et étudie la formation du fascisme. Il affirme que le capitalisme présuppose des structures autoritaires, que « la grande partie de la population (en particulier dans le processus de travail) est objet et non pas sujet des décisions politiques et sociales. » Le capitalisme présuppose l’obéissance et les ordres, dans ce jeu sadomasochiste le principe du commandement par un « Führer », un guide, triomphe, particulièrement en Allemagne où la monarchie s’est maintenue jusqu’en 1918. L’Etat prussien a distillé sa culture militaire, autoritaire, son culte de l’obséquiosité (déjà typique des petites entités royales allemandes), son racisme, son antisémitisme. Le nazisme est directement issu de ce terreau et son « anticapitalisme » n’est là que par démagogie, pour avoir un écho dans les classes moyennes. Avec la crise de 1929, la bourgeoisie n’a plus le choix et « cède » le pouvoir aux nazis, afin de mettre en place une industrie de guerre qui ( elle et elle seule) peut satisfaire les exigences capitalistes de conquête. Mais les fascistes ont une relative indépendance, comme le démontre la tentative des capitalistes de se débarrasser de la clique d’Hitler en 1944 (avec l’attentat du 20 juillet), afin d’éviter la débâcle totale, ou encore la priorité accordée à la direction nazie aux convois de personnes juives à exterminer par rapport aux transports militaires. Le gouvernement fasciste est ainsi pour la bourgeoisie une solution idéale pour réaliser ses plans, mais il présente des risques. Kühnl explique donc que les fascistes ont une autonomie relative; ils ont une certaine marge de manoeuvre pour suivre leurs propres plans, même s’ils dépendent pour leur maintien au pouvoir des capitalistes. L’historien allemand note ainsi qu’à partir de 1936, les nazis se mettent au service de la fraction partisane du « solo allemand » (principalement l’industrie chimique et électrique), aux dépens de la fraction très liée au capital des USA (principalement l’industrie lourde) représentée par Hjalmar Schacht qui souhaitait la « neutralité » favorable des pays occidentaux pour une offensive contre l’URSS.Le fascisme consiste donc en une politique d’aventuriers qui prennent le pouvoir en assurant l’ordre et la stabilité, par la terreur (contre la classe ouvrière) et la démagogie (pour les classes moyennes). Contrairement à Postone, Kühnl considère que l’antisémitisme est venu non pas immédiatement, mais au fur et à mesure: ce sont les nazis qui ont amené l’antisémitisme dans les classes moyennes pour les mobiliser. La nuit de cristal en 1938 n’avait pas du tout eu l’écho escompté par les nazis, et ce n’est que pendant la guerre que les nazis, ayant les mains libres, réalisent leurs propres plans. Il en veut pour preuve que les premiers camps de concentration ont été destinés aux opposants, principalement aux communistes, et que L’extermination de la population juive ne présentait aucun intérêt économique; il s’agit d’un plan totalement « idéaliste », ayant un socle purement idéologique.

11 août 2011

Le fascisme, dictature terroriste ouverte qui faut combattre selon Georgi Dimitrov


Georgi  Dimitrov  (1882-1949)  a  été  l’un  des dirigeants  de  l’insurrection  communiste  en Bulgarie en 1923. Devenu  l’un des dirigeants de  l’Internationale Communiste,  il gagne une notoriété  internationale avec  son  procès  à Berlin pour l’incendie du Reischstag, les nazis étant  obligé  de  l’acquitter  puis  de  l’expulser. Principal  théoricien  du  front  populaire,  il devient  après  la  défaite  nazie  le  principal dirigeant  de  la  république  populaire  de Bulgarie.

Le  fascisme  comme  dictature  terroriste ouverte 

La  conception  de  Dimitrov  s’oppose  très exactement  à  celle  de  Trotsky.  Parlant  de l’Allemagne,  Trotsky  expliquait  que  «  les barons,  les magnats  du  capital,  les  banquiers tentent, au travers du gouvernement Papen, de garantir  leur situation et  leurs affaires au moyen de la police et de l’armée régulière.

L’idée de transmettre tout le pouvoir à Hitler qui s’appuie sur les bandes avides et déchaînées de la petite bourgeoisie, ne leur sourit pas du tout» (Devant la  décision,  février  1933). Dimitrov  explique très exactement le contraire.

Selon  Dimitrov,  la  très  haute  bourgeoisie  a dès  le  départ  soutenu  le mouvement  fasciste; le  fascisme  exprime  même  très  exactement ses  besoins. La  raison  de  cela  réside  dans  la  «chute tendancielle du taux de profit », qui est un constat fait par Karl Marx dans son analyse du Capital. Selon lui, la bourgeoisie augmente la productivité du  travail et  licencie en raison de la concurrence, mais le problème est que la bourgeoisie vit en réalité de l’exploitation des travailleurs: remplacer  les  travailleurs par des machines c’est pour  le capitalisme se couper  les ailes. Une contradiction insoluble amenant un capitalisme ultra agressif, que Lénine a défini comme l’impérialisme (« l’impérialisme, stade suprême du capitalisme »).

Le  fascisme  est  alors  l’expression  de la  bourgeoisie  la  plus  agressive,  la  plus impérialiste. L’Internationale  Communiste  etDimitrov  définissent  le  fascisme  comme  «  la dictature  terroriste ouverte  des  éléments  les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plusimpérialistes du capital financier. » 

  La  thèse de Trotsky comme quoi  le fascisme est porté par des « éléments déclassés»,  sorte  de  pirates  modernes  achetés  par  la bourgeoisie impérialiste, est totalement rejetée

Est également  rejetée  la  thèse comme quoi  la lutte  contre  le  fascisme  ne  nécessite  pas  unestratégie spécifi que: pour Dimitrov, le fascisme représente un saut qualitatif, une modification de  la  forme  même  de  l’Etat.  «  Le  fascisme arrive  ordinairement  au  pouvoir  dans  une lutte réciproque, parfois aiguë, avec  les vieux partis  bourgeois  ou  une  portion  déterminée d’entre eux, dans une lutte qui se mène même à  l’intérieur du camp  fasciste et qui en arrive parfois  à  des  collisions  armées,  comme  nous l’avons vu en Allemagne, en Autriche, et dansd’autres pays » (Fascisme et classe ouvrière).

La  lutte  anti-fasciste  comme  nécessité absolue

Dimitrov formule les thèses du front populaire alors  que  le  mouvement  communiste  auquel il appartient a été freiné voire  tué dans  l’oeuf par  les  dirigeants  socialistes.  En Allemagne le  mouvement  socialiste  a participé  à différents  gouvernements  et  à  la  répression sanglante contre  les communistes, empêchantsystématiquement  toute  union.  La  ligne  a été  la  même  en Autriche.  Pour  cette raisonl’Internationale  Communiste  a  mis  en  avant le  thème  du  social-fascisme:  la  direction social-démocrate  sert  le  fascisme  et  il  faut  lui  arracher  sa  base.  Au  sens  strict,  social-démocratie et fascisme sont deux aspects de lamême pièce, ils se nourrissent l’un de l’autre

La  social-démocratie  empêche  le mouvement communiste de grandir, or seul le mouvement communiste  affronte  réellement  le  fascisme de manière décidée et organisée. Qui plus est en  menant  une  politique  réactionnaire,  qui désespère  le  prolétariat,  la  social  démocratie favorise le fascisme.

 




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